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Poésie contemporaine
Miguel : L'est pas morte la reine
 Publié le 17/11/22  -  25 commentaires  -  1081 caractères  -  318 lectures    Autres textes du même auteur

Vous croyez tout savoir et vous ne savez rien ;
Je vais vous dire, moi, la vérité des choses.


L'est pas morte la reine



Elle est morte, mon œil, la reine d’Angleterre.
Ils ont inventé ça pour calmer les esprits,
Pour émouvoir le peuple et contrer sa colère,
À cause des impôts, du chômage, des prix.

En fait on la retient sur une île inconnue,
Et je connais quelqu’un qui connaît bien quelqu’un
Qui connaît bien quelqu’un qui l’a de ses yeux vue ;
Mais ils veulent cacher cette histoire au commun.

Le monde est plein d’hypocrisie et de mensonge ;
Des puissances d’ailleurs pèsent sur nos destins ;
Tout ce que vous tenez pour le vrai n’est qu’un songe ;
Mais moi, par mes réseaux, j’ai vent de faits certains.

Je suis dans le secret des choses de Russie :
Tout ce qu’on dit est faux, Poutine veut la paix ;
Comme ils veulent la guerre ils ont mis son sosie…
Et ce n’est là qu’un brin de tout ce que je sais :

Un clone, Madonna : la vraie, on la séquestre.
C’est une femme, en fait, que le pape François.
Le Covid est venu par un extraterrestre,
Et le père Noël est un agent chinois.


 
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   GiL   
1/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Excellent ! Ça démarre sec dès le premier hémistiche avec cette pauvre Elizabeth (« Elle est morte, mon œil, ») ; la preuve incontestable ne tarde pas : « Et je connais quelqu’un qui connaît bien quelqu’un Qui connaît bien quelqu’un qui l’a de ses yeux vue ; » (j’adore !) ; on globalise dès le troisième quatrain, on fait un petit détour par le sosie de Poutine (bon sang, mais c’est bien sûr !) et la dernière strophe termine en apothéose ce réquisitoire sarcastique. Bravo ! Bravissimo !

Le rythme, agréable, s’accélère au fil des strophes : c’est un poème à déclamer. Les vers sont classiques (dont un trimètre au v9 qui tombe plutôt bien) et bien tournés mais quelques rimes masculines s’avèrent insuffisantes pour lui valoir la catégorie classique : dommage ! J’ai achoppé sur le vers 10 : une faute d’orthographe à corriger avant publication.

Un grand merci, je me suis bien amusé : j’en ai d’ailleurs fait profiter mon entourage qui, vous vous en doutez, n’est pas complotiste…

   socque   
3/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je suis entièrement d'accord avec le propos caustique de votre poème, j'en apprécie la versification que je trouve aisée, fluide, les rimes discrètes et naturelles (un petit chagrin sur mensonge/songe quand même trop facile selon moi). Vraiment du beau boulot à mon avis… et qui me terrifie, car votre narrateur ou votre narratrice m'apparaît des plus réalistes et hors de portée, jusqu'à la fin, de toute réalité.
La caricature représente parfois ce qu'il y a de plus vrai.

   inconnu1   
4/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

Sur la technique, vous choisissez le contemporain et vous avez raison car certaines rimes sont relativement pauvres (inconnue-vue et russie-Sosie), mais dans l'ensemble vous faites tellement d'effort qu'on voit aisément que connaissez bien le sujet technique : respect de l'alternance des rimes féminines et masculines, pas de hiatus, élision des e muets... Du beau travail. Cette fois-ci, je ne m'y ferai pas prendre, le 9ème vers est un trimètre. Et toc.

Sur le fond, je ne commenterai pas mais je dirai seulement que je me suis bien amusé.

Bien à vous

NB : pour le pape François, j'en étais presque sûr, il est trop gentil cet homme là pour être un homme

   Myo   
7/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une lecture qui donne le sourire ... si ce n'était hélas, que ces "vérités" le sont bien pour certains.
Ah, quand l'esprit manque de recul et de sens critique, combien il peut être influencé et influençable.

J'ai adoré et le ton familier et l'humour et le message sous-jacent.

Bravo!

En EL Myo

   Queribus   
9/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Voilà qui est dit et bien dit; en effet, le monde est plein de petits savants qui savent tout sans avoir jamais appris ou qui, plutôt, se font un plaisir à rapporter les moindre ragots entendus. Mieux vaut en rire et laisser dire. Pour ce qui est de la forme, je note la perfection de l'écriture et de la prosodie. Tout est bon dans ce texte, y'a rien à jeter et je me suis régalé à le lire; un peu d'humour et de dérision font du bien par les temps qui courent.

Bien à vous.

   Anonyme   
17/11/2022
Ce que j’ai aimé :
______________
L’humour réjouissant qui en met plein les dents aux lanceurs de fake news, complotistes et paranoïaques de tous horizons.


Ce que j’ai moins aimé :
___________________
Pour ergoter, on pourra dire que c’est davantage un pamphlet qu’un texte purement poétique.


Ma Conclusion :
____________
Un bon moment d’humour grinçant mis en vers.

   Anonyme   
17/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Hello Miguel,

Je me suis ennuyée sur la première strophe.
Je trouve que ça devient intéressant à partir de la deuxième, crescendo jusqu'à la fin, je ne sais pas si c'est voulu, mais c'est agréable en lecture puisqu'on saute de strophes en strophe comme on monterait un escalier.

Je ne sais pas si j'ai beaucoup plus à en dire que ça. J'ai passé un bon moment de lecture, entre invective et humour, je trouve que l'ensemble qui aurait pu tomber dans le grotesque facilement , se défend pas mal.
On y lit bien entendu la critique d'une société prête à tout gober si tant est que ce soit rassurant.

J'aurais aimé plus de lyrisme, plus d'images choc (tu sais, genre, des images choc...) mais ça ne nuit pas vraiment à la poétique au sens large. Tout comme j'aurais aimé une prose ou un vers libre qui aurait permis d'extrapoler plus "émotionnellement" sur le sujet. Mais ça dénature complètement ton exercice, et c'est pas le but. Cela dit, de mon propre petit gout personnel, j'aurais aimé.

Une lecture agréable, pour laquelle je te remercie.

   Hananke   
17/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour

On se croirait sur les réseaux sociaux avec leurs lots d'âneries...
mais de vérités, également.
Le bouchon est poussé un peu loin dans ce texte et si j'aime bien
le début sur la reine, je trouve qu'on tombe un peu rapidement
dans la caricature avec, surtout, les 2 derniers quatrains.
Car je reste quand même persuadé, même si le tri à faire est
important, que l'on nous cache beaucoup de choses.

Dommage pour la rime Russie/sosie qui doit interdire le classique.

Au final, un bon texte qu'il faut lire pour ce qu'il est : un pamphlet
des sociétés actuelles.

   papipoete   
17/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Miguel
D'emblée, je rigole croyant lire le discours d'Arlette Laguiller voici quelques dizaines de lunes selon mon écoute " lecteurs, lecteuses, on vous spolie, on vous ment..." ( spolie vos pensées, vos certitudes )
He oui, notre bonne Reine d'Angleterre n'est pas morte ( je l'ai vue cueillir des cèpes )
Vladimir de Russie, appelé aussi Vlad le Gentil, partagea son manteau comme Saint Martin avec un manant ukrainien, et transige avec Kim Jong-Un pour partager son pain quotidien avec la plèbe moscovite
NB un peu cela votre texte, où l'on se mare ( jaune ) à lire toutes ces infos, que le bon peuple gobe à longueur de journée !
Mais un brin de sérieux quand-même dans la première strophe, et la dernière mixe le tout de belle manière !
ce qui est plus impensable, c'est que l'auteur put écrire en " contemporain ? " je ne vois pas où se cache cette taupe !

   senglar   
17/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Miguel,


Poème qui dénonce sur un ton dérisoire les théories du complot et la désinformation.
Bonne idée que d'avoir centré le début (sic) sur la mort de la reine d'Angleterre qui fut très récemment omniprésente dans l'actualité.
La troisième strophe définit le sujet et annonce la suite qui recense et accumule le nombre de ces intox (Je ne les connaissais pas toutes).
Poutine mérite toute l'infamie des trois vers qui lui sont consacrés et le quatrain qui clôt le poème est un feu d'artifice.

Y a-t-il des sujets qui ne soient pas poétiques (ou qu'il vaut mieux traiter d'une autre façon) et d'autres qui le sont (plus ou moins spécifiquement) ? Je me pose la question après cette lecture. Qu'en est-il ici : Plaquette ? Diatribe ? Pasquinade ?...

   Anonyme   
17/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Miguel,

J'aime l'originalité de votre poésie et l'humour l'accompagnant tout en ayant à l'esprit, peut-être, le ras-le-bol de ces fake news.
Moi, ça me fait penser, allez savoir pourquoi, à la "grande gueule " mythomane et un tantinet éméchée dans les mariages ou autre grand rassemblement, , celle qui jure avoir tout vu, tout savoir.
Sur le net aussi, on en découvre de bien bonnes.


Une lecture fluide et agréable, une caricature poussée très loin mais je pense que c'était le but de l'auteur, pousser à l'extrême.
Je me suis amusée à vous lire.

   Damy   
17/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un poème qui aurait pu être illustré par Cavanna ou Cabu (et qui a bu boira :-) !
L'humour caustique est du Grand Art.

Merci, Miguel, pour ce très plaisant moment de lecture.

   poldutor   
17/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Miguel
Quel délice que ce poème où quittant les belles compositions classiques et poétiques, vous nous présentez un bijou de dérision avec toujours votre technique irréprochable.
Il est vrai que le complotisme fait florès, et plus c'est gros, plus les foules béates sont prêtes à tout avaler.
Bravo.
Cordialement.
poldutor

   Lotier   
17/11/2022
Sincère ou pas ? Vrai ou faux ? Ces notions s'entremêlent pour alimenter la désinformation et ce, depuis la nuit des temps (ex : Sun Tzu, Ulysse). Ce qui en fait un fléau aujourd'hui, peut-être davantage qu'autrefois, c'est la diffusion massive et la volatilité de l'information.
Sur la forme, ce poème manque d'homogénéité de style :
« Elle est morte, mon œil » comparé à « j’ai vent de faits certains ». J'ai bien conscience que les contraintes de la poésie, même contemporaine, obligent à certains arrangements ou libertés (la fameuse licence poétique), la fluidité, même si elle est bonne au niveau de la scansion, en souffre au niveau du vocabulaire. Ce qui ne m'empêche pas d'apprécier ce poème.
Dernière remarque qui concerne le thème, pas spécialement votre poème, la surenchère médiatique concernant les informations, la désinformation, la prolifération des détenteurs de vérité, tout cela sature complètement les quelques neurones qui me restent. Je m'impose un confinement cognitif mais salutaire face à cette viralité…

   JohanSchneider   
17/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Miguel,

Vous avez oublié quelqu'un : Elvis. Il est pas mort lui non plus, enfin quoi !
Et Louis XVII n'est pas mort au Temple, il est réapparu en Allemagne sous le nom de Kaspar Hauser.
Et Jeanne Calment n'a jamais atteint l'âge de 122 ans, c'est sa fille qui s'est fait passer pour elle...

C'est très bien vu ce que vous avez évoqué ici avec brio, mais reconnaissez qu'on pourrait en faire un catalogue qui n'en finirait pas.

Entre nous, je sais où elle est retenue, la reine : à Sainte-Hélène, là où Napoléon n'est pas mort, bien entendu.

   Mokhtar   
18/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je vois qu'il reste une petite place à la suite des commentateurs nombreux à saisir la moindre occasion de rigoler un peu.
Je pense que toutes les réflexions possibles ont été faites à propos de ce texte. Sur le fonds comme sur l'écriture.
En fait, en matière d'humour, pour ma part: pas besoin d'exégèses.
Ai-je ri ou souri ?
Ici : affirmatif, mon colonel.
Merci Miguel

   Corto   
18/11/2022
Je ne suis pas enthousiaste devant ce poème.
Les Sorgeliens y trouveront peut-être leur compte à chaque vers, mais ce n'est pas ma préoccupation.

Non, la démarche me déplait tout simplement.
L'humour pratiqué ici est vraiment épais.
Passe la plaisanterie sur la mort d'Elisabeth.
Passe la troisième strophe à la mode de l'intox "Mais moi, par mes réseaux, j’ai vent de faits certains."

Ne passe pas du tout le passage sur la Russie et Poutine. C'est du gros mauvais goût, point.

La dernière strophe est du niveau de fin d'apéritif (beaucoup de "petit jaune" vraiment) au Café du Commerce.

Au total on a l'impression que l'auteur ne sait manier qu'un humour grinçant et qu'il a voulu nous en faire profiter.

Hélas.

   Ramana   
18/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Comment reconnaître le vrai du faut dans ce monde où la communication a pris le relai de l'information, et où l'on mélange à dessein le vrai du faut, ceci tantôt par jeu, tantôt par calcul ?
Au delà des affirmations les plus outrancières (reine Elisabeth, etc...), Il n'est pas aisé de séparer le bon grain de l'ivraie, et je crois sincèrement, étant moi-même un rien "complotiste", qu'il est bien facile de moquer ces derniers lorsqu'on a peu d'arguments pour apporter la contradiction. Ayant régulièrement vu des "fake news" devenir des faits finissant par être communément admis, je me demande quelquefois si les plus complotistes ne sont pas les moins suspects de l'être...

   BlaseSaintLuc   
18/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ah ,vive l'humour en poésie,je trouve que ça rend le monde moins laid.
Beaucoup de trouvailles la dedans, mon cher vous avez avez dû aller vous inspirer sur des sites incertains , *Mater dolorosa!
Le résultat est bien plaisant, je l'ai lue en EL sans prendre le temps d'un commentaire, voilà c'est fait.
Technique, clin d'œil à l'absurde, ce n'est pas pour les grincheux...

   Phicai   
20/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Miguel
J'ai bien aimé le début, les deux premières strophes, qui démarre au galop, mais je trouve que le texte tombe rapidement dans la facilité jusqu'à la dernière strophe un peu bâclée, je trouve.
Un bon texte amusant et très plaisant néanmoins.
Merci pour cette lecture.
Philippe

   Louis   
20/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une ironie est habilement menée dans ce poème.
Pour railler plus efficacement celui que l’on désigne par "complotiste’’, le procédé consiste, dans les deux premiers quatrains, à prendre sa place, à jouer son rôle, à se glisser dans sa parole.

Celle-ci appartient au langage familier, au langage parlé, ainsi que l’indique l’expression « mon œil », ou l’usage du pronom démonstratif : « ça ». Par là aussi, se trouve signifié que le "complotiste’’ appartient à un milieu "populaire ".

Les deux premières strophes sont intéressantes en ce qu’elles suivent la "logique’’ à l’œuvre dans le discours qui veut être dénoncé.
La parole que l’on fait entendre se réfère à un cas particulier, lié à un événement récent : le décès de la reine d’Angleterre.
Cette parole proclame dans le premier vers, de façon surprenante, que la reine n’est pas morte.
L’information sur le décès du monarque, comme tant d’autres "infos’’, n’apparaît pas crédible pour le sujet de ce discours complotiste’.
Pour lui, il ne peut s’agir que d’une fiction : « Ils ont inventé ça ».

Qui est désigné par ce « ils » ? Un ensemble anonyme. Une instance toute puissante capable de forger des mensonges, de "raconter des histoires’’ et de les diffuser, qui rassemble en elle, comme la suite le montrera, les hommes politiques et les journalistes.

Pourquoi cette fiction ? Car il faut bien une explication. On constate alors que ce type de discours ne rejette pas la rationalité, puisqu’elle recourt à des explications apparemment rationnelles.
La raison de cette affabulation est donnée dans le deuxième vers :

Ils ont inventé ça pour calmer les esprits

S’il faut les calmer, c’est qu’ils sont en colère, le vers 3 le précise, l’explicite, montrant que le discours ne se poursuit pas sans logique.
L’expression de cette colère doit être évitée, contenue, parce que dangereuse, parce qu’elle peut représenter un danger.
Un danger pour qui ? Pour le pouvoir en place. Représenté par le "ils" anonyme, impersonnel, le pouvoir politique en premier lieu.

Or tout pouvoir vise à se conserver, cherche par tous les moyens, même les plus cyniques, à se perpétuer.
Ainsi le discours populaire semble, étonnamment, s’être instruit de penseurs aussi perspicaces que Machiavel.

Comment plus précisément cherche-t-on à calmer les esprits ? Quel est le stratagème utilisé ?
Il doit y avoir une "ruse’’, croit-on, dans la production de la fiction, comme si l’on avait souvenir de ce passage du Prince de Machiavel :
« Le prince devra employer tour à tour la force et la ruse, à l’image du lion et du renard (… ) ce qui est absolument nécessaire, c’est de savoir bien déguiser cette nature de renard, et de posséder parfaitement l’art et de simuler et de dissimuler. »

La "combine’’ consiste à : « émouvoir le peuple ».
Il s’agit de substituer une émotion à une autre émotion, ou plutôt de combattre une émotion dangereuse, la colère, par une autre, plus intense mais plus inoffensive, la tristesse, et le chagrin lié au deuil d’une personne respectée, aimée, symboliquement une mère.
Une fois de plus, on semble avoir appris des grands penseurs, comme Rousseau, par exemple, pour qui « l'on ne triomphe des passions qu'en les opposant l'une à l'autre. » (La nouvelle Héloïse) et non en opposant « la froide raison » à la passion.

Une passion ( au sens traditionnel que lui donnait Rousseau) se substitue donc à une autre et détourne ainsi l’attention sur la source de la colère.
Celle-ci n’est pas non plus sans explications, elle a pour « causes » : « impôts », « chômage », « prix » : un mécontentement sur une situation ressentie comme intolérable.
Le pouvoir politique est habituellement jugé responsable d’une telle situation. Il se sent en danger, et cherche donc à user de duperie.
Le discours n’est donc pas irrationnel, dénué de toute logique, et pourtant, voilà le grand paradoxe, à la fois risible et scandaleux : il aboutit à une contrevérité, ou plutôt à une totale invraisemblance : la reine n’est pas morte.

Comment prétendons-nous savoir qu’elle est morte ?
Par les journalistes et les médias "officiels’’, journaux écrits, télévision, radio qui diffusent l’information.
Or les journalistes apparaissent eux aussi suspects, aux yeux du "complotiste", suspects de collusion avec le pouvoir politique ; leur parole n’apparaît plus crédible. Les journalistes sont soit les complices du pouvoir, soit facilement abusés par lui.

Pour "nous’’, ils apparaissent dans l’ensemble fiables et crédibles.
Qu’est-ce qui nous garantit pourtant, que « nous », nous ne serions pas aussi dans l’illusion ? Dupés et abusés ?
À qui, à quoi accorder une autorité dans le discours de vérité ?

Dans l’exemple choisi, une inversion se produit : l’effet devient cause, et la cause effet.
On part de l’effet produit par l’info sur la reine : on ne parle plus de la grogne du peuple, et ne plus en parler revient à la nier ; on masque et détourne l’attention sur une situation sociale difficile, et ces conséquences, on en fait la cause. Ainsi, nier et masquer la grogne du peuple devient la cause de l’info. La négation était donc voulue. Elle résulte d’une intention, qui arrange bien les politiques. Conclusion : cette info est fausse.
Cette logique aboutit à deux possibilités : soit on a assassiné la reine ; soit la reine est vivante, mais on la fait passer pour morte.
La deuxième hypothèse à laquelle aboutit le raisonnement complotiste a prévalu : la reine a disparu, mais cette disparition n’est pas un décès.

La deuxième strophe l’indique :
« On la retient sur une île inconnue »
Une logique encore est à l’œuvre. Elle a disparu, elle ne paraît plus sur les écrans, en public, il faut alors une explication : elle est retenue sur une île.
L’île est associée à l'isolement, les mots eux-mêmes sont de la même famille. On l’a donc isolée. Pourquoi : « inconnue » ? Pour que nul ne puisse la trouver. "Inconnue’’ est assimilée à "introuvable’’.
Ainsi tout se tient.
Mais la logique ne suffit pas, la pure rationalité ne peut suffire. Il faut une confirmation par l’expérience. Cette preuve est faite : «quelqu’un l’a de ses yeux vue». La reine a été vue vivante, mais dans l’incapacité de recourir à un témoignage direct, la preuve est appuyée sur un ouï-dire, de quelqu’un qui connaît bien quelqu’un qui… Ce recul éloigné de la perception directe permet d’insister sur la faiblesse de la preuve.

Ainsi donc, la rationalité n’est pas absente du discours complotiste.
On est loin d’une parole incohérente et absurde, semblable à celle très bien illustrée par Molière dans la tirade de Sganarelle qui prétend "démontrer’’ à Dom Juan qu’il agit mal et sera damné. Elle commence par : « Sachez, Monsieur, que tant va la cruche à l'eau qu'enfin elle se brise » puis enchaîne par des phrases du genre «marabout bout de ficelles » pour aboutir, dans un effet comique certain, à cette conclusion : « et par conséquent, vous serez damné à tous les diables. » ( Dom Juan Acte V scène 2 )
Comment rendre compte alors de la conclusion irrationnelle à laquelle aboutit le discours complotiste, qui pourtant n’est pas dénué de logique, ni de rationalité ?

La troisième strophe reprend son mode de pensée sur un plan plus général.
Il expose les prémisses implicites de ce type de raisonnement, et les conséquences qui en sont tirées.

« Le monde est plein d’hypocrisie et de mensonge. »

Cette première prémisse n’a rien d’une ineptie. Rousseau aurait pu l’affirmer, et nombre d’hommes des Lumières, sensibles au divorce dans la société entre l’être et le paraître. Et Molière, un peu plus tôt, aurait-il dit autrement à l’époque de l’écriture du Tartuffe ?

Deuxième prémisse :

« Des puissances d’ailleurs pèsent sur notre destin » :

Il ne s’agit en rien, cette fois encore, d’une croyance farfelue. Nombre de croyances religieuses partagent cette idée. L’ « ailleurs » correspond pour eux à l’au-delà : le ciel où règnent les dieux, et le «destin » recevra diverses désignations, comme celle de "Providence’’ chez les chrétiens. L’idée est en grande partie partagée aussi par le courant de pensée stoïcien.

Troisième prémisse :

« Tout ce que vous prenez pour vrai n’est que songe »

L’idée ici est celle du doute généralisé. Et Descartes ne nous a-t-il pas enseigné la méthode de ce doute, radical et hyperbolique ? ! Ne sommes-nous pas de bons cartésiens ? Doute hyperbolique au point qu’il se transforme, pour considérer comme faux, comme un« un songe » », ce qui n’est que douteux.
De ces prémisses, qui ne semblent pas complètement insensées, une conséquence en est tirée :

« Mais moi, par mes réseaux, j’ai vent de faits certains »

La conclusion qui s’imposerait est plutôt celle d’un scepticisme radical ( tout est douteux, on ne peut être certain de rien), mais non, des présupposés implicites, on débouche sur des certitudes.
Descartes aussi avait soutenu que l’on peut sortir du doute généralisé et hyperbolique, par le fameux Cogito.
Le « moi », en effet, est mis en avant : « Mais moi… ».
Cependant, les « réseaux » sociaux, dans lesquels se dissout le «moi» orgueilleux, viennent prendre place du Cogito, et du Dieu vérace selon Descartes, garantie de toute vérité et de toute certitude.
Les réseaux sociaux échapperaient donc au doute, ils seraient la source et la garantie du vrai et du certain.

Bien que chez le complotiste, peut-on remarquer, on pratique la défiance plutôt que le doute appuyé sur des raisons ; on confonde ce qui relève du scepticisme et le négationnisme, comme on peut l’observer, par exemple, dans la dénomination : « climatosceptique».

Mais comment ces réseaux ont-ils pu acquérir une telle fiabilité, et la presse "officielle’’ un total discrédit ?
Le poème n’en dit rien, et ne prétend pas se substituer à une analyse sociologique.
Il se limite, dans les deux dernières strophes, à accumuler les exemples caricaturaux des discours complotistes, dans un combat du phénomène par le rire ironique.

Le discours complotiste s’apparente au délire paranoïaque, bien construit, logique, mais élaboré à partir d’une évidence infondée : «on m’en veut », « on cherche à me nuire ». Le point de départ du discours complotiste, lui, s’énonce plutôt : « On nous trompe ». ( qui pourrait s’entendre, il est vrai : on nous trompe dans l’intention de nous nuire )
Or cette affirmation dans sa généralité, "on nous trompe", n’est pas nécessairement fausse.
Psychologiquement, on place sa fierté dans le pouvoir de ne pas se laisser abuser. On nous trompe, on nous prend pour des « idiots », mais on ne veut pas paraître un gogo qui avale tout ce qu’on lui dit, et surtout pas passer pour un simple « naïf ».
On cherche donc à échapper à des pouvoirs d’illusion, mais en tombant sous d’autres pouvoirs trompeurs, par manque d’une véritable réflexion.
Par manque d’une capacité de discernement.
Entre adhésion sans critique au discours dominant, et conviction que tout est mensonge, manque cette capacité de discernement pour laquelle nous sommes de moins en moins armés.
Le bain culturel dans lequel nous baignons aujourd’hui n’y aide pas, tout au contraire. La vérité est confondue avec l’opinion ; on prétend que chacun a sa vérité, que toutes les opinions se valent ; qu’elles sont "respectables’’ etc. Comment s’étonner ensuite que l’on passe à l’ère de la "post-vérité’’ et à celle du complotisme ?

Ironiser sur le complotisme ne suffit pas. Comprendre comment il s’engendre ; saisir la logique de son fonctionnement sont essentiels pour le combattre.
Ce n’est pas le rôle de la poésie, mais elle peut y contribuer, et ce poème, ne se limitant pas à simplement dénigrer le complotisme, y apporte une contribution, même modeste.

Enfin, la lutte contre le "complotisme’’ n’est justifiable et n’a véritablement de sens que dans le combat contre tous les pouvoirs producteurs d’illusions, tous les pouvoirs trompeurs, ainsi que toutes les mystifications, y compris celles dont se croient épargnés les contempteurs du complotisme.

   Cyrill   
20/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime bien le ton : comploteur, conspirateur, satirique sans être méchant. Et le phrasé relâché de l'oralité si bien qu'on pourrait lire ce texte à voix haute sans s’apercevoir qu'il y a des rimes. À ce titre, le titre est à l'avenant et donne d'emblée envie de lire. Bravo pour ça. Important les titres, on ne le dira jamais assez.
La partie réservée à la reine est top, le 1er vers parfait. Le quatrain 3 bien vu pour passer à d'autres sujets de vérités alternatives comme on dit. Les deux suivants me semblent un peu faibles, peut-être vite faits sans que ça m'arrache le même sourire que ceux consacrés à la reine. Du bon boulot, je trouve, quand même.

   Ioledane   
20/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Que voilà un texte savoureux ! Je me suis régalée à la lecture de tous ces "mensonges" dénoncés.
Mes passages préférés :
"Et je connais quelqu’un qui connaît bien quelqu’un
Qui connaît bien quelqu’un qui l’a de ses yeux vue"
"Mais moi, par mes réseaux, j’ai vent de faits certains"
Et les deux derniers vers, pas mal non plus.
Ah, ces "faits certains" !
Un léger bémol pour certaines tournures qui manquent de naturel selon moi ; si elles sont parfaitement correctes, je les trouve 'forcées' par la rime ou la prosodie. Notamment : "au commun", "Un clone, Madonna : la vraie, on la séquestre", "C’est une femme, en fait, que le pape François".
Quant au vers "Le monde est plein d’hypocrisie et de mensonge", si je le trouve beaucoup trop 'cliché', j'apprécie le rythme du trimètre qui vient rompre avec celui des alexandrins.
La rime "mensonge" et "songe" est convenue également, mais c'était évidemment tentant.
Merci pour ce joli morceau d'ironie.

   Kemo   
21/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Votre texte m’a fait sourire, puis m’a agacé car ce que je lis ici n’est finalement pas tant exagéré en comparaison de ce que je peux lire ailleurs, et de façon très sérieuse, par des gens qui ont l’impression d’être les seuls à ouvrir les yeux, et qui demandent aux autres de se réveiller, moutons idiots que nous sommes !

Bref, je m’en vais paître et me rendort.

Merci !

   Donaldo75   
21/11/2022
Bonjour Miguel,

J’avoue que ton poème m’a bien fait marrer ; tu as du bien rigoler à l’écrire vu le nombre de clins d’œil que tu places dans ces vers. Dès l’exergue, j’ai senti le potentiel comique de ce texte et ce qu’il dénonce. Je crois avoir lu un commentaire évoquant Elvis. Oui, Elvis, ça aussi c’est du lourd dans la série « on nous ment, on nous cache des choses » et il a donné de la matière à ce genre de délire. Est-ce que ce complotisme va au-delà de ce que tu aimes ici à mettre en avant ? Oui, je le crois et c’est dans ce sens que j’aurais aimé voir ce poème se diriger. Des complotistes, il y en a de plus en plus et j’ai même vu une émission sur France Info qui explique les mécanismes sociaux et psychologiques qui en régissent les actes et expliquent pourquoi il s’étend. Je ne m’étendrai pas la dessus plus longtemps parce que ce n’est pas le moment, ni le lieu et qu’avant tout c’est ton poème qui compte dans ce commentaire. Tu as de la verve. Tes vers brillent. C’est rafraichissant.


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