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Poésie classique
Miguel : La dernière leçon, et la plus opportune
 Publié le 28/02/17  -  31 commentaires  -  1335 caractères  -  378 lectures    Autres textes du même auteur

Petit récit humoristique.


La dernière leçon, et la plus opportune



Allez, riez de moi, je l’ai bien mérité.
Dans mon outrecuidance et ma témérité
J’ai cru pouvoir encor me faire un jeu de plaire,
Et je n’en ai reçu qu’un trop juste salaire.
Égaré par l’éclat de vos jolis vingt ans,
Myope sur les maux que l’injure du temps
Avait patiemment accomplis sur moi-même,
Et fort du bel effet de mes anciens « je t’aime »,
Dans l’orgueil insensé de charmer vos beaux yeux,
Je crus un moindre effort de vous sembler moins vieux.
Mais effacer vingt ans, quand j’aurais pu le faire,
C’était paraître encor l’aîné de votre père,
Et, parmi les blondins qui vous faisaient la cour,
J’allai benoîtement concourir à mon tour.
Ridé, chenu, poussif et rond comme la lune,
Sans douter un instant de ma bonne fortune,
Et d’un large sourire arborant mon dentier,
Entre trente apollons je me fraie un sentier,
M’écroule à vos genoux et vous chante ma flamme…
Mais qu’un autre me plaigne, et qu’un autre vous blâme :
Après ma roucoulade à vos yeux étonnés,
Ce fut trop de douceur que de me rire au nez.

Qu’au tain froid des miroirs le vieux fol se contemple,
Et que la Renommée enseigne mon exemple
À celui qui, sans souffle et mûr pour le tombeau,
Se croit irrésistible et fait encor le beau.


 
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   Anonyme   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Le sujet de la vieillesse amoureuse d'un tendron n'est pas neuf mais au moins il n'est pas maltraité ce qui est plutôt rassurant. ( Réminiscence des libertins du XVIIIè siècle ou mieux encore de Ronsard ? )

Contrairement à bien des cas décourageants, la structure assez "massive" du texte ne me dérange pas. Les contes de La Fontaine sont parfois bâtis eux aussi de cette manière avec bonheur.

Le quatrain qui constitue l'envoi est plutôt élégant et devrait être conservé en l'état.

J'ai un doute sur le pluriel mis à Apollon dans la mesure ou il y a une majuscule et donc n'est pas employé comme un nom de genre mais bien comme nom propre.

Edit du 28 février: puisque le texte a été corrigé par rapport à sa première mouture ( qui comportait une majuscule à Apollons) je mets à titre documentaire le lien vers la discussion avec les correcteurs concernant cette forme particulière qu'est l'antonomase.

http://www.oniris.be/forum/sur-apollon-et-apollons-t23575s0.html#forumpost314078

   GilbertGossyen   
8/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce texte est très beau et m'a ému. Mais je ne le trouve pas si humoristique que cela finalement. Les quatre derniers vers sont très durs et ne prêtent pas à rire. Les années passent...

   Donaldo75   
9/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

C'est un poème marrant, en alexandrins justes, où le vieil amoureux transi se dévoile au lecteur. Le style va bien avec le thème, daté, vieille école, ne manquant pas d'humour et d'auto-dérision.

C'est une découverte sympathique.

Merci pour la lecture,

Donald

   Hananke   
11/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour.

C'est un très beau et bon poème classique qui reprend avec
jubilation le thème du vieux beau cherchant encore à plaire aux jeunettes.
Il n'est juste que ce fol qui me tarabuste, j'aurais mis fou pour
faire plus simple, l'adjectif ne s'élidant que devant une voyelle, il me semble, mais c'est vraiment une broutille.

Oui, un bel ensemble et en classique !

   lucilius   
12/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Humour et autodérision sont au rendez-vous de ce joyeux galimatias (au sens noble et non confus) vaudevillesque.
La variante poétique de "encore", utilisée trois fois en quelques vers, est excessive et rend l'écriture un peu paresseuse (on privilégie la facilité à la difficulté). Je la sanctionne donc un peu.

   socque   
12/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Eh ben ouais... C'est bien assené, je trouve, et avec d'autrant plus d'impact que le narrateur se moque de lui-même ! Pas d'aigreur dans le récit, la sagesse tard venue du répudié à juste raison. Je trouve une belle synthèse dans
Ce fut trop de douceur que de me rire au nez.

D'une manière générale, j'ai d'ailleurs trouvé ces vers assurés, sans chichis ni superflu mais non dénués d'élégance ! J'ai particulièrement apprécié
Myope sur les maux que l’injure du temps
Avait patiemment accomplis sur moi-même,
J’allai benoîtement concourir à mon tour.
Ridé, chenu, poussif et rond comme la lune,
Sans douter un instant de ma bonne fortune,
Et d’un large sourire arborant mon dentier,
et aussi la constance dans la qualité de l'expression, simple et pas simpliste.

Oui, de la classe et de l'humour dans cette fable... De la belle ouvrage, pour moi.

   Arielle   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je me suis délectée de ces beaux alexandrins que Molière et sa verve assassine ne renierait pas.
Intemporel, l'humour dans ce langage châtié gagne encore plus de saveur
Un portrait du narrateur esquissé en trois traits magistraux :

"Ridé, chenu, poussif et rond comme la lune,"

Avec retenue et sans jérémiades une fable cruelle sur les illusions que l'âge nous fait perdre.

   Ramana   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai connu des cas de soixantenaires qui sortaient des jeunettes, oui, cela arrive ça et là. Ils n'étaient pas pour autant Johnny Hallyday ou Crésus, mais ils soignaient la verve et un certain style. Les adultes "matures" (hommes ou femmes) ont aussi quelques avantages que n'ont pas les jeunes coqs. Tout est possible en fait (entre adultes, s'entend), mais il y a les idées reçues, le regard de la société, l'ouverture d'esprit de l'autre, et le degré de notre auto assurance...
Je ne ris pas de votre personnage, d'un côté j'apprécie sa tentative (qui ne risque rien n'a rien), mais de l'autre, je trouve qu'il a tord de s'auto dénigrer après coup parce qu'il a pris un "râteau", ce qui arrive à tout le monde, et de hâter sa venue au tombeau en s'y croyant déjà.
Sinon, votre texte est fort bien envoyé, et si votre personnage avait un tel talent de langue, je suis sûr qu'il devrait persister dans ses opérations de séduction des jouvencelles.

   Robot   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai pensé en lisant ce texte qu'il était très scénique, tout à fait une tirade ou un monologue de théâtre classique qui passe très bien à la déclamation.

   Ludi   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah Miguel, comme je vous préfère dans ce registre plutôt que dans vos stances à Marie ! Par contre, vous avez intérêt à convaincre Saint-Pierre de l’innocence de la cougardise. Car enfin, vous vous apprêtiez quand même à dévergonder la jeunesse.
Quand vous lâchez la bride, on ne vous tient plus : « Entre trente Apollons » ! Parce qu’en plus vous faites les concours de musculature ?

Par contre, je ne supporte plus la diérèse dans le classique contemporain. Tout le monde sait que la diérèse était utilisée par les anciens par respect de la racine latine. Un mot comme « patient » que vous utilisez en diérèse provient du latin « pa/ti/ens » prononcé tel quel à l’époque. Aujourd’hui c’est juste un anachronisme, et donc, pour moi, un poème qui comporte des diérèses n’est qu’un pastiche, une bête à concours.
J’ai définitivement tranché le débat : la diérèse est anachronique (sauf si l'on veut s'en moquer), à la rime elle est ridicule, et deux diérèses qui riment ensemble c’est carrément rédhibitoire, zéro direct.
Donc, de mon point de vue, vous commettez aujourd’hui un blasphème lorsque vous faites suivre deux vers à diérèse :
« My/o/pe sur les mots que l’injure du temps
Avaient pati/emment accomplis sur moi-même »

Quand un élève vous dit «Oh Miguel, tu viens à la teuf ? », je suppose que vous ne lui répondez pas « Soyez donc pa/ti/ent, j’ai quelques heures d’a/vi/on ».

Et puis, votre triple « encore/encor », c’est plus de la licence poétique, c’est encor du dévergondage.

Pour le reste, j’accepte le style s’il s’agit bien d’un pastiche (le vieux fol ???). Partant de là, le texte est un modèle de composition classique, même si les rimes AABB ne s’appellent pas plates pour rien.

Ludi
diérétique

   Cristale   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Mais non, je ne ris pas des outrages que le temps fait subir aux corps humains car à l'intérieur c'est toujours la même personne qu'il y a dix, vingt, trente ans et plus avec pour la plupart un supplément de richesse spirituelle et de sagesse qui ne s'acquièrent qu'au fil des ans. L'amour et le désir se conjuguent à tous les temps, du printemps à l'hiver de la vie.

Ce poème m'a beaucoup touchée.

Je suis époustouflée par la qualité des alexandrins, la verve du discours, le style "classieux" du langage écrit qui me plaît tant, ce romantisme tellement élégant. Les "trente apollons" ont du soucis à se faire avec leurs textos pleins de fautes :)
De plus vous jouez joliment avec les sons ouverts et fermés à la rime qui donnent au rythme de ce poème une musique agréable à l'oreille.

La poésie classique prend ici toutes ses lettres de noblesse et vous lire me fut un grand plaisir.

Merci Miguel.

Cristale

   papipoete   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Miguel,
Vous voyant si belle, j'ai voulu oublier mon grand âge, et tenter de vous plaire ... mais le poids des ans ne pouvait gommer ses outrages faits à mon corps, et plus près du tombeau que du dancing, je ne puis plus faire le beau !
NB l'auteur brosse un tableau dont je connais un acteur de 66 ans, qui joue ce rôle, oubliant qu'il n'a plus de R8 GORDINI ni le look de ses 19 ans !
à partir du 18e jusqu'au 20e vers, pourquoi conjuguez-vous au présent de l'indicatif ?
le 20e vers avec ses 2 " autre " ne put-il se passer d'un seul ? ( mais que l'un d'eux me plaigne, et qu'un autre ... ) par exemple .

   Alexandre   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Miguel ! Une superbe tirade datée XVIIème pour la forme et le vocabulaire mais intemporelle pour la leçon qu'elle adresse aux barbons qui n'ont point vu passer les ans !
Les trois "encor" équeutés ne me gênent pas car suffisamment éloignés les uns des autres, pas plus que les quelques diérèses qui émaillent cet excellent texte classique dont le quatrain final vaut son pesant d'or... et je pèse mes mots !
Bravo et merci de redonner au Classique ses lettres de noblesse...

   LaFelix   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J’ai vraiment beaucoup aimé. Même si le personnage est cinglant envers lui-même, conscient de son ridicule, il ya quelque chose dans ces vers qui le rend attachant. Son humanité ?
Pour ce qui est de la forme, rien à dire, c’est impeccable à mes yeux de non-expert… et ce n’est pas facile de rendre un texte classique en alexandrins si fluide, donc chapeau !
Mention spéciale à "Ridé, chenu, poussif et rond comme la lune", que j'ai adoré :-)

   Francois   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je trouve ce texte superbe, drôle, très bien écrit. Il me fait un peu penser à Stances à Marquise de Corneille, et ne souffre pas de la comparaison.
Les diérèses ne me choquent pas, on les pratiquait encore à la fin du 19ème siècle.
Le côté suranné, précieux de ce poème me plait beaucoup... Et cette autodérision, quel régal !

   plumette   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je laisse aux spécialistes la lecture critique de la métrique! Tout en étant bien contente de les lire pour mon apprentissage poétique.

Que ce texte est agréable à lire, par son ton et son thème!

En existe-t-il de ces vieux beaux qui sont capables après le "rateau" de prendre du recul et de se moquer un peu d'eux-même?

Ici, votre personnage n'est pas tendre avec lui-même! "Ridé, chenu, poussif et rond comme la lune," J'ai trouvé qu'il forçait un peu le tableau pour se rendre sympathique. Et il l'est sympathique d'ailleurs.

le dernier quatrain en forme de morale est sans pitié.

Bravo et Merci.

   Francis   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai pensé à Arnolphe parachuté dans notre monde contemporain. Agnès s'est émancipée et elle préfère les tablettes de chocolat, les sportifs au "ridé, chenu, poussif et rond comme la lune". La plume ( de belle qualité) nous conduit de la farce à l'attendrissement. Le temps est cruel pour celui qui voudrait encore séduire la rose de ses vingt ans !

   vendularge   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Miguel

Et merci pour cette "tournée" d'alexandrins qui dit avec drôlerie une scènette qui pourrait tout à fait se jouer aujourd'hui. Les hommes d'âge mûr à la poursuite d'une éternelle jeunesse ne sont pas si rares. Ici, l'homme se moque de lui-même, ce qui me le rend plutôt sympathique. Sans doute à l’intérieur est-il resté le même, animé de l'ardeur de ses anciens "je t'aime"..tout est dit.

Ce qui le rend attachant, c'est qu'il donne raison à la jeune femme et son éclat de rire spontané.

Bravo

vendularge

   Marite   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un régal que ce récit humoristique en alexandrins, tant par la forme que par le fond.
Je me suis un peu retrouvée sur le forum qui avait été ouvert en mai 2011 par Charivari

http://www.oniris.be/forum/conversations-byzantines-en-alexandrins-t13875s0.html

Une façon de se familiariser en s'amusant avec cette forme rigoureuse et classique.

   hersen   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Sur la forme je ne peux pas dire grand-chose sauf que, comme c'est le cas ici, c'est quand elle se fait oublier qu'elle prend tout son sens, tout son talent.

On lit avec plaisir cette farce, telle qu'elle apparaît au premier abord, mais bien vite le sourire vire au jaune; si ce n'était l'humour, l'auto-dérision du narrateur lui-même, on sombrerait avec lui; mais il est remis à sa place, l'accepte puisque l'évidence le frappe enfin.

Une petite réflexion sans doute pour ceux ou celles qui chercheraient l'illusion de leur jeunesse enfuie.

mais qui connait l'amour, vraiment ?

Merci pour cette lecture.

hersen

   Anonyme   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Dans une langue extrêmement classique (un peu trop à mon goût), des vers harmonieux, solidement rimés et musicaux pour chanter cette déconvenue.
Sympathique.

Rien d'autre à dire si ce n'est cette question : pourquoi "vieux fol" et non pas "vieux fou" ?

A.

   emilia   
28/2/2017
Ce récit humoristique se situe un peu dans la lignée de celui présenté par Archibald sur « le temps qui passe » et son douloureux reflet occasionné dans le miroir : « Qu’au tain froid des miroirs le vieux fol se contemple… », avec cette même part d’autodérision, en apportant cependant une nuance de taille car , ici, le narrateur déclare n’avoir pas un instant douté de sa bonne fortune… », passionné qu’il était par son état amoureux cause de sa « témérité » et de la raillerie de sa belle qui lui fait prendre conscience de la réalité dont il se moque avec talent en maîtrisant l’art oratoire du classique et sa mise en scène…

   archibald   
28/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C’est un de ces textes que j’aime rencontrer sur Oniris : un poème patiemment travaillé où l’auteur a fait les efforts nécessaires pour que le lecteur n’ait pas trop à en faire, juste apprécier la belle ouvrage.
C’est tellement classique que ça en devient un pastiche du XVIIème siècle. On pense bien sûr à Corneille moqué par Tristan Bernard et chanté par Brassens, et aussi à tous les barbons de Molière…
D’accord avec Lucilius : le style choisi aurait demandé que l’on n’employât pas “encor” à trois reprises. Je regrette aussi l’exergue ; je trouve maladroit d’annoncer que l’on va faire de l’humour.
Mais je te remercie pour ce bon moment de lecture.

   Curwwod   
6/3/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Excellent. J'adore car j'ai cru entendre le vieux Corneille expliquer à Jolie Marquise qu'il serait d'accord pour un petit tête à tête, ou encore une confession tardive du barbon Arnolphe.
Une remarquable qualité d'écriture, des rimes riches, des images, une richesse de vocabulaire pour exprimer une auto dérision pleine de subtilité
Mazette, Corneille et Molière, vos références ne sont pas les moindres et vous nous montrez là que la poésie classique a encore de beaux jours devant elle.
Un très grand bravo.

   Proseuse   
1/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Miguel,

J' ai toujours plaisir à lire un texte -déclaratif- il m' entraîne à chaque fois avec bonheur sur une scène de théâtre et les images du coup foisonnent .. même l' avant et l' après de la - tirade-!
le thème de la vieillesse est bien sûr souvent traité, mais, il est aussi bien attachant .. demandez donc à un vieux monsieur de 90 ans si il est brun ou blond, et bien que ce qui lui reste de cheveux soit blanc, il vous répondra avec aplomb ... qu' il est brun , voyons ! :-)
Merci pour ce moment de partage

   Ioledane   
3/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup le style de ce texte, très fluide et maîtrisé à la fois, et très XVII-XVIIIème, avec son vocabulaire choisi : outrecuidance, blondins, benoîtement, vieux fol ... La confession n'est pas qu'humoristique, loin de là, et se teinte bien évidemment d'une certaine amertume qui pour le coup peut s'avérer très contemporaine.
Une seule chose me gêne un peu, en termes de crédibilité : j'imagine mal celui qui fut longtemps un tel fat, se voir soudain complètement à l'opposé : "Ridé, chenu, poussif et rond comme la lune" et "mûr pour le tombeau", en trouvant "trop de douceur" dans la moquerie. Il me semble que généralement ce genre de prise de conscience prend un peu plus de temps, car un aveuglement comme celui décrit ici doit avoir la vie dure ; mais je peux me tromper.
En tout cas, le récit est savoureux.

   jfmoods   
3/3/2017
Ce texte poétique de tradition classique, en alexandrins, à rimes suivies, suffisantes et riches, tour à tour masculines et féminines, tient à la fois de la tirade de théâtre (première partie, constituée de 22 vers) et de la fable (les 4 derniers vers).

L'entame (vers 1 à 4) se présente sous la forme d'une prolepse. Elle rend compte, pour s'excuser au préalable (noms communs : "outrecuidance", "témérité", passé composé : "ai... mérité", "ai cru", "ai reçu", litote : "un trop juste salaire"), du fruit d'une narration qui va se développer, en deux étapes, sur les 18 vers suivants.

Entre les vers 5 et 14, le locuteur, non dépourvu d'humour, se met en scène de manière peu valorisante (participes passés : "Égaré", "insensé", diérèses significatives sur l'adjectif qualificatif : "Myope" et l'adverbe : "patiemment", périphrase dépréciative désignant le vieillissement : "l'injure du temps", effet de gradation des formes infinitives : "effacer vingt ans", "paraître encore l'aîné de votre père", litote : "moins vieux", adverbe : "benoîtement") au regard du défi considérable qui l'attend (métonymies : "vos jolis vingt ans", "vos beaux yeux") et de l'inévitable et féroce concurrence qu'il devra affronter (synecdoque : "les blondins").

Les vers 15 à 22 vont, avec vivacité et autodérision, rendre compte de l'échec annoncé de la démarche (présent de narration : "je me fraie", "M'écroule", "vous chante ma flamme", gradation hyperbolique : "Ridé, chenu, poussif et rond comme la lune", complément de manière : "sans douter un instant de ma bonne fortune", participe présent : "arborant mon dentier", antonomase assortie d'une hyperbole : "trente apollons") et exprimer le recul salutaire du locuteur sur la situation (souhait au subjonctif agrémenté d'un parallélisme : "Mais qu’un autre me plaigne, et qu’un autre vous blâme", terme à visée dépréciative : "ma roucoulade", écho des vers 22 et 1 : "me rire au nez", "riez de moi").

Les vers 23 à 26, au présent de vérité générale ("se contemple", "enseigne", "Se croit", "fait"), renvoyant au titre (superlatif : "La dernière leçon, et la plus opportune") et adressés à une postérité appuyée par la majuscule ("la Renommée"), tiennent lieu de morale à cette histoire édifiante de séducteur impénitent qui n'est certes plus le gaillard d'avant (métaphore : "tain froid des miroirs", groupe nominal peu élogieux : "le vieux fol", hyperbole : "mûr pour le tombeau").

Merci pour ce partage !

   Michel64   
6/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Miguel,
De retour de vacances, je fais du rattrapage de commentaires.

Un texte très bien écrit sur le décalage entre notre désir de séduire qui dure, je crois, toute notre vie ("J’ai cru pouvoir encor me faire un jeu de plaire") et notre apparence qui subit le poids du temps qui passe, ("Qu’au tain froid des miroirs le vieux fol se contemple").
J'aurais fait un paragraphe des 4 premiers vers qui lancent le sujet comme les quatre derniers le clôturent.
A ce détail près, j'ai eu beaucoup de plaisir à vous lire.

   BeL13ver   
13/3/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Votre poème est agréable à lire et bien construit, et tout ce qu'il y a de plus classique.
Le style volontairement vieux jeu nous donne à sourire.
Merci pour cette publication belle et bien rythmée.

   Eversad368   
27/5/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
La versification respectée, la prosodie enchanteresse en une histoire tangible, je reconnais avoir été scotché !
Magistral !
Comment pourrais-je proposer quelque texte après cette oeuvre ?

   Jano   
27/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je vois que cette poésie a reçu 30 commentaires, c'est une belle récompense et je vous en félicite. Elle le mérite amplement tant les alexandrins sont assurés et le thème pertinent. En général je suis plutôt imperméable à ce type de déclamation surannée mais là ça passe bien. Vous arrivez à nous mettre dans l'ambiance et on visualise sans problème cette scène tragi-comique.


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