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Poésie néo-classique
Mokhtar : Cornus à plume
 Publié le 27/03/20  -  17 commentaires  -  2924 caractères  -  265 lectures    Autres textes du même auteur

Treize personnages à table, qui vous content leur infortune. Saurez-vous les reconnaître ?


Cornus à plume



Mahloneste ribaulde, ay de la desplaisance
Quant faire la chosette et fretinferrailler
Brisent povre cuer. Oyez ceste meschance !
Q’avecque diable vast rataconniculer !*

Quand le vent a tourné viennent les temps moroses ;
La romance se meurt dans le chant de l’oiseau,
Et Mignonne s’enfuit, m’envoyant sur les roses
Pour faire la coquette au bras d’un damoiseau.

Un beau chat bien honnête aimait une lapine,
Mais fut tôt fatigué de rendre les honneurs.
Un lièvre aventureux sut combler la gredine :
Amour ne peut suffire à faire tous bonheurs.

Madame, je fais fi des femmes malhonnêtes,
Rejoignez ces amants qui guignent vos appas ;
À ces petits marquis offrez vos galipettes,
Ce monde est trop impur, je m’enfuis à grands pas.

Dois-je du suborneur supporter cet outrage ?
Il faut que dans le sang se lave mon honneur,
Qu’on présente les fers, qu’il montre son courage,
Si de sa fine lame il use avec bonheur.

Tous me parlent de toi, ma douce au cœur fidèle :
Le cygne qui revêt la blancheur de ton cou,
Le zéphire au parfum de ta peau tendre et frêle,
L’oiseau gris tout là-haut, chantant « coucou, coucou ».

Ô grande est ma douleur, profonde ma détresse !
Je hurle ma colère et sonne l’olifant ;
Que les dieux à jamais bannissent la traîtresse
Qui vers Onan me pousse au matin triomphant.

Je suis le délaissé, – l’exclu –, l’indésirable,
Le vieux prince déchu, privé de son blason ;
À mon cœur qui se meurt ma lyre inconsolable
Soupire les accords de la morte-saison.

Si tu reviens un jour pour assécher mes larmes,
Ô toi ma douce Aurore, objet de mon malheur,
Je trouverai les vers dont les sublimes charmes
Mieux qu’une polonaise iront charmer ton cœur.

Dis, cruelle Aphrodite, ô toi dont l’inconstance
M’ôte des bras d’Éros et m’offre à Thanatos,
Ai-je bien mérité l’horreur de ta sentence
Qui me fait partager le sort d’Héphaïstos ?

Riez sans vous priver, libérez votre bile,
Moquez ces andouillers qui fleurissent mon front,
Dites de ces branchus, dont se gausse la ville,
Qu’il suffirait de peu qu’ils rayent le plafond.

Quand le vent des oublis rage la mélopée
De la désespérance et du fiel de l’orgueil…
Quand je rentre mes pleurs auprès de ma Pépée…
Je désapprends tes yeux pour pisser sur mon deuil.

– L’on fait bien peu de cas de la vertu des femmes,
Du beau sexe se tient mauvais procès ici ;
Ces poètes contrits, n’écoutez pas Mesdames :
La faute se partage, et l’infortune aussi.


____________________________________________________________________
* La signification des expressions de ce quatrain est laissée à l’imagination du lecteur.


 
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   Curwwod   
8/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quel beau texte à clefs construit avec une écriture remarquablement maitrisée et a dû nécessiter un travail long et méticuleux pour piquer la curiosité et l'astuce (je ne dirai pas la culture) des lecteurs. Je garde mes réponses sans doute erronnées en partie pour moi, pour préserver le plaisir que chacun aura de s'y frotter. Le thème n'est qu'un prétexte qui n'a pas d'autre importance. c'est un morceau de bravoure plaisant qui dénote beaucoup de talent et de savoir chez son auteur.
BRAVO ET MERCI.

   Lebarde   
14/3/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour
Mon inculture ne me permet pas de reconnaître les treize poètes que vous avez cachés dans ce superbe texte original et poétique à souhait.

Peut être un troubadour ( ou un trouvère) moyenâgeux, un Ronsard, un La Fontaine, un Du Bellay, un Hugo, peut être un Lamartine et quelques autres que je soupçonne sans oser les citer par peur, en me trompant, de faire sourire l'auteur(e) qui fait preuve ici d'une incontestable culture littéraire et mythologique et d'une grande maîtrise d'écriture, dont bien peu sont capables sur le site, qui forcent l'admiration.

Chaque quatrain développe son sujet-devinette qui s'enchaîne dans une remarquable fluidité avec le suivant .
Tout est limpide, simple, élégant, gracieux, délicieusement évocateur, délicatement enjoué, merveilleusement poétique.

Le lecteur comprend vite après la première strophe énigmatique, que la plume dont on peut par contre facilement deviner l'auteur(e), puise son inspiration dans une encre naturellement "classique"qu'il est difficile de masquer.
( Pourquoi le catégorie néo-classique? En fait je ne cherche même pas pourquoi)

Les alexandrins sont parfaits, les rimes alternées sans faille, le vocabulaire d'une préciosité subtile, l'ensemble d'une drôlerie rafraîchissante.
Comment faites vous pour produire çà, avec une facilité si évidente ( sans doute feinte) qui ressort à la lecture.
C'est trop beau!!!

Et puis le titre tellement évocateur et bien trouvé. C'est tellement mieux que " Poètes trompés" ou " Les poètes cocus"!!

Le lecteur que je suis, prends tellement de plaisir à relire cette strophe, parmi toutes les autres, qui fait sourire:

"Riez sans vous priver, libérez votre bile
Moquez ces andouillers qui fleurissent mon front,
Dites de ces branchus, dont se gausse la ville
Qu'il suffirait de peu qu'ils rayent le plafond".

Je suis à court de louanges.

Merci
En EL

Lebarde enthousiasmé

   Corto   
27/3/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ainsi maniée que la culture est belle !
Cet exercice un peu farceur invite le lecteur à beaucoup de modestie. N'est pas virtuose qui veut...

J'espère que l'auteur aura la gentillesse de nous fournir le lexique indispensable pour permettre à chacun de déguster avec encore plus de plaisir.

Grand bravo Mokhtar.

   sympa   
27/3/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Mokhtar,

Permettez-moi en premier lieu d'applaudir le travail accompli et la beauté de vos vers.
Je pense avoir reconnu 4 poètes.

Quatrain 2 : Ronsard
Quatrain 3 : Jean-de-la-Fontaine
Quatrain 5 : peut-être Victor Hugo
Quatrain 11: De Musset

Pour la suite, je ne vois pas.

Je laisse donc aux spécialistes le soin de trouver les autres et peut-être corriger mes erreurs.
Il faut leur laisser un peu de travail et de réflexion !
Magnifique poésie qui fera, je n'en doute pas, travailler les méninges des lecteurs.

   Pouet   
27/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Slt,

le 1, peut-être Villon?

Le 2: la mignonne et la rose ne laissent guère de place au doute.

Le 3: Lafontaine.

4, 5, 6 : je sèche

Le 7: Onan personnage biblique donnant son nom au plaisir solitaire est aussi un ouvrage d'un surréaliste: Georges Hugnet...
Peut-être Eluard (Capitale de la douleur pour le premier vers) dont Hugnet était proche et dont l'ouvrage sorti peu de temps avant le mariage d'Eluard et de Nusch? Bref je pars un peu dans tous les sens et j'en sais rien en fait :)

8: Hugo?

9, 10, 13: à sec

Le 12: c'est Léo (Pépée)... Et c'est mon quatrain préféré. (enfin peut- être que ce sont les yeux d'Elsa qu'on "désapprend" et que du coup c'est Aragon... uh uh) Quoi qu'il en soit mon quatrain préféré que je vous dis!

Voilà toute ma fort mince science poétique... :)

Sinon j'avoue que l'exercice est très intéressant et ludique.

Bravo pour ça.

   Annick   
27/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quel beau sujet ! Quelle belle idée que d'écrire "à la manière de" sur un même thème, et de cacher dans chaque strophe un poète, un écrivain !
C'est ludique, bien écrit, et vous l'avez fait de manière habile.
Il me semble avoir reconnu sans certitude aucune, Rabelais, Ronsard, La Fontaine, Molière, Corneille ou Racine, Baudelaire, Gérard de Nerval, George Sand...
Un joli moment de lecture.

La strophe que j'ai préférée :

Tous me parlent de toi, ma douce au cœur fidèle :
Le cygne qui revêt la blancheur de ton cou,
Le zéphire au parfum de ta peau tendre et frêle,
L’oiseau gris tout là-haut, chantant « coucou, coucou ».

(Ce "coucou coucou" semble porter un message peu flatteur en ce qui concerne le narrateur, étant donné le contexte, le thème, le titre.)
On se comprend ! ;-)

   Cristale   
27/3/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quel travail ! Quel talent !
Poètes d'antan sortez de cette plume que je ne saurais atteindre !

Mokhtar, vos quatrains esbaudissent mes olz et et m'oste du cuer toute mauvestié...

Si je devais choisir l'un d'eux ...non, décidément je ne le puis, je prends tous et me régale à les relire.

À deux rémiges du classique ce fut un P+

Bravo bravo bravo !!!

Cristale

   papipoete   
27/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour Mokhtar
après votre " où vas-tu fillette ? ", que Ronsard n'aurait pas froissé, nous suivons votre parcours bucolique, où " un bouton de roses put au jardin des délices, éclore... "
Mais de la Belle du héros, se sont occupés de coupables nobliaux... et tout le monde alentour loue son cou si blanc, la fraîcheur de sa peau et... de ces andouillers chez Monsieur que chantent même les oiseaux " coucou, coucou... " L'amoureux éconduit pourrait laver son honneur par le fer, mais attendre qu'un jour lui revienne sa mie, à cette fin sa raison le convie...
NB qu'en belle grammaire, l'auteur parle du mauvais sort réservé à son héros ! le préambule en " vieux françois " prête à sourire, mais la suite de l'histoire narre au lecteur, celle qui existe depuis que la séduction existe, et malheureusement à travers les temps, fait des envieux et fait tourner la tête et les sens masculins, féminins...
Quel noble tempérament que celui du " cocu ", qui plutôt que occire l'amant attendra, espèrera que dans son jardin, un jour à nouveau son " bouton de rose vienne à déclore... "
des moments savoureux pourtant dans cette complainte " médiévale " et des tirades comme échappées de la bouche du Cid !
Décidément poète, de la " chose " vous parlez bien à votre aise, et ce vieux langage sied à ravir à ma lecture !
la conclusion met " les pendules à l'heure ", où l'on convient que la faute de chair se partage !
je ne suis pas assez instruit, pour lever le voile sur tous les personnages célèbres, que l'auteur évoque.
Techniquement, les alexandrins font bien belle figure et les inversions sont tout-à-fait à leur place dans ce brillant texte !

   Vincente   
27/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Une poésie ludique à la mise en scène bien sympathique.
Dans un "tour de table" où chacun, poète identifiable à sa manière, va raconter ses déboires conjugaux, voici la règle du jeu : qui a écrit chaque strophe ?

Ces maris trompés par des dames revêches ou polissonnes déclarent leurs émois et leurs malchances, chaque cas est bien singulier. Si je me suis bien pris au jeu, je ne tenterais pas de réponse en publique, mais tout de même, il me semble que la moitié sont plutôt accessibles, pour les autres je serais bien curieux d'en apprendre l'auteur.

Mais dites-donc poète, votre tablée était-elle dressée au bal des cocus pour que tous ces messieurs se trouvent ainsi ramassés ?
Ah mais tout ceci n'est qu'un jeu !
Qu'un exercice pour avouer :

" Ces poètes contrits, n’écoutez pas Mesdames :
La faute se partage, et l’infortune aussi.
"

La poésie peut tout raconter, peut-être même l'inavouable…

   Michel64   
27/3/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Des cornus à plume qui seront plumés encore, par Oniris, et ce sera bien mérité.

Quel régal que ces quatrains dont les différents styles s'étalent sur peut-être 500 ans.

Je ne suis pas assez littéraire pour pouvoir donner plus de six ou sept noms (et avec des doutes encore) mais chaque quatrain est un plaisir de lecture. Par exemple le premier, Rabelaisien sans aucun doute ou celui-ci...

"Je suis le délaissé, – l’exclu –, l’indésirable,
Le vieux prince déchu, privé de son blason ;
À mon cœur qui se meurt ma lyre inconsolable
Soupire les accords de la morte-saison."

...mon préféré je crois.

Bravo Mokhtar pour ce bon moment passé et cette leçon stylistique.

   Castelmore   
28/3/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Cornus... l’étaient ils tous ?

Certains l’étaient notoirement... comme ce pauvre Musset abandonné à Venise par Aurore ( certes dans une chambre du Danielli ...mais quand même...) et qui comble de la malséance s’enfuit avec le médecin du poète !

d’autres discrètement...

tous ?? Ah !!

J’espère que l’auteur nous éclairera sur chacun...

Qu’il est plaisant de voir une telle maîtrise et une telle intelligence dans l’écriture de ce que je soupçonne être en première intention un exercice, une forme d’amusement pour l’auteur
mais qui grâce à son talent, sa culture, la finesse de son « analyse de style » et son sens poétique est maintenant devenu
un vrai chef d’œuvre, une pièce unique...

Un très très grand bravo Mokhtar !

   archibald   
31/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ah ouais ! Je suis tout à fait client de ce genre de trucs. Je vais jouer, j'y reviendrai car pour le moment je télé-bosse de ouf. Surtout, ne balance pas la soluce trop tôt.

Bon, voici mes propositions :

1 : On dirait du Rutebeuf qui aurait lu Rabelais (anachronisme).
2 : Ronsard.
3 : La Fontaine.
4 : Saint-Amant.
5 : Corneille.
6 : Je cherche encore. Ce "coucou, coucou" me laisse dans l'expectative.
7 : Rocco Sifredi.
8 : Nerval.
9 : Musset
10 : Hugo pas très en forme ?
11 : Charles-Timoléon de Beauxoncles (quel cuistre je fais).
12 : J'aurais plutôt écrit : "Je désapprends ses yeux". C'est très alambiqué, avec ce prosaïque "Pépée" ; rien ne me vient.
13 : Sacha Guitry.

Je suis impatient de ton retour.
Ce fut un réel plaisir, bravo et merci.

   Mokhtar   
29/3/2020
Je ne publierai les solutions que dans 8-10 jours, pour laisser jouer ceux qui le veulent.
Ne pas hésiter à m'écrire en MP, pour ne pas faire de révélations publiques

   emilia   
29/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un titre bien choisi pour allier l’humour et la culture littéraire sous la forme de devinettes très finement tournées, offrant au lecteur un charmant divertissement pour lui permettre d’égayer sa journée, ordonnance utile et bien trouvée en période de confinement… Une belle occasion de sourire en s’écriant tel Molière : « Ah ! Qu’en termes galants ces choses-là sont mises… ! » sur un sujet évoquant « la malhoneste ribaude » parodiant les lais d’un dénommé Rabe, « la Mignonne coquette » du hussard qui tourne en rond, « la lapine gredine », « l’outrageant suborneur », « la douce et son coucou », la traîtresse » pour « un prince déchu » dont le cheval a du nerf…, les sentiments bafoués de « l’inconstance » du marivaudage, à la désespérance et « aux pleurs » des grandes douleurs « du fiel de l’orgueil » et « objet de malheur » pour celui qui dédiait à sa Muse les meilleurs placets…, jusqu’à la morale finale où face « au mauvais procès », l’honneur du « beau sexe » reste sauf !
Merci à vous pour ce texte qui mérite largement toutes ses « plumes » et bravo pour votre talent et votre habileté !

   Francois   
31/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bravo pour ce poème original, ces pastiches de poètes célèbres ! Le vocabulaire est particulièrement recherché...
Quatrain 8 : Gérard de Nerval ("Je suis le Ténébreux, le Veuf, l'Inconsolé")
J'en ai plus ou moins reconnu d'autres, sans certitude... (quatrain 9 : Hugo ?)
Je suis curieux de connaître les poètes évoqués...

   Robot   
31/3/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce jeu d'imitation et de pastiche est vraiment plaisant. Difficile de reconnaître tous les auteurs. J'ai je crois reconnu Ronsard, Rabelais, La Fontaine, peut être Molière et Hugo…

Un bon moment de lecture m'a permis de découvrir un texte qui a du demander beaucoup de travail de recherche et de mise en forme.

   GillesP   
2/4/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quel travail! Et quel talent! Bravo! Je ne sais que dire de plus, si ce n'est qu'à la lecture de votre poème j'ai éprouvé un double plaisir:

- D'abord, celui consistant à me délecter de la richesse du langage: il y a une multitude de façons différentes de dire une même chose et vous le montrez avec brio (au passage, votre œuvre témoigne d'un des fondements, pour moi, de la littérature en général: si les sujets choisis sont souvent les mêmes, la manière de les mettre en forme est différente selon chaque écrivain, chaque époque, etc.). En vous lisant, j'ai éprouvé le même plaisir que celui que j'ai à chaque fois que je me replonge dans la tirade des nez de Cyrano, puisque là aussi, le personnage dit une réalité simple de multiples façons différentes.

- Ensuite, bien évidemment, il y a le plaisir de la connivence, celui consistant à tenter de trouver qui se cache derrière chaque strophe, quel est l'auteur dont vous faites le pastiche (je dis bien le "pastiche" et non la "parodie", dans la mesure où vous restez très près de l'auteur que vous imitez avec talent, sans volonté de tomber dans la caricature, sauf quand la "mignonne" envoie Ronsard sur les roses, dans la deuxième strophe). Allez, je me lance, je livre mes conjectures:

Strophe 1: je pense reconnaître les structures propres à François Villon. J'avoue, ce qui m'aide aussi, c'est l'orthographe qui me semble être celle du XVe et du XVIe siècle. Ce n'est plus de l'ancien français du XIIe siècle, mais ce n'est pas encore le français moderne du XVIIe siècle.

Strophe 2: Ronsard, bien sûr, "Mignonne, allons voir si la rose".

Strophe 3: La Fontaine, évidemment. Bravo d'avoir su faire une "microfable", comme Jauffret fait des microfictions. À partir de là, j'ai compris que vous vous livriez à un parcours chronologique de la poésie et de la littérature française.

Strophe 4: j'ai d'abord pensé à un poète précieux, comme Vincent Voiture, mais le langage n'est pas assez "précieux", justement, pour que ce soit cela. Puis les "petits marquis" m'ont fait penser aux deux prétendants de Célimène, dans le Misanthrope: Acaste et Clitandre. Il s'agit donc ici d'Alceste qui envoie "promener" Célimène et part dans son désert , où il a fait "vœu de vivre".

Strophe 5: le sang, l'honneur, le courage. On est dans une tragédie cornélienne.

Strophe 6: là, je sèche un peu. J'ai d'abord pensé à Mallarmé, qui a écrit un poème se nommant "Le Cygne". Mais on serait déjà à la fin du XIXe siècle et, par ailleurs, le quatrain n'est pas hermétique du tout. La mièvrerie de celui-ci me fait pencher du côté du romantisme, mais je ne sais pas qui choisir: Vigny, qui a écrit un poème célèbre dont le titre fait référence à un animal ("la mort du loup"). La référence me semble un peu tirée par les cheveux, il doit donc y avoir autre chose. Musset, alors?

Strophe 7: ah! la grandiloquence hugolienne! Je l'attendais!

Strophe 8: on est toujours dans le romantisme, mais cette fois chez Nerval: "je suis le ténébreux, le veuf, l'inconsolé".

Strophe 9: qui dit "Aurore" dit Aurore Dupin, donc George Sand, donc Musset, bien sûr.

Strophe 10: le quatrain me fait penser à Baudelaire, aussi bien dans la forme que dans le fond. La présence de Thanatos, la mort sur laquelle s'achève Les Fleurs du Mal, me fait dire qu'il s'agit bien d'un pastiche de Baudelaire, avec peut-être une allusion à Jeanne Duval, sa sensuelle maîtresse, qu'on surnommait la "Vénus noire" (d'où la présence d'Aphrodite dans ce quatrain, nom grec de la déesse Vénus).

En ce qui concerne les trois dernières strophes, je ne parviens pas à trouver l'auteur pastiché. Peut-être parce que vous êtes passé au XXe siècle et que vous évoquez des écrivains qui n'ont pas pour habitude d'écrire en alexandrins. Voici néanmoins mes conclusions.

Strophe 11: avec beaucoup de doutes, je dirais Rimbaud, pour le côté irrévérencieux, satirique, qui me fait penser à certains de ses poèmes comme "À la musique". Mais je dois me tromper… Je connais mal la poésie de la fin du XIXe siècle. Peut-être Corbière…

Strophe 12: j'ai pensé à Léo Ferré, pour sa chanson "Pépée", pour le recours à l'anaphore "quand" et pour l'expression familière et pourtant poétique "je désapprends tes yeux pour pisser sur ton deuil". Cette expression me rappelle aussi Boris Vian, J'irai cracher sur vos tombes.

Strophe 13: l'élégance du langage, le recours à l'aphorisme, cette obsession à parler des femmes… Sacha Guitry.

Au plaisir de vous relire.
GillesP


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