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Poésie contemporaine
Mokhtar : La dame voilée
 Publié le 23/01/18  -  18 commentaires  -  1816 caractères  -  335 lectures    Autres textes du même auteur

« Tant de livres faits sur la peinture par des connaisseurs n’instruiront pas tant un élève que la seule vue d’une tête de Raphaël. » VOLTAIRE 1859.
Souvenirs d’un choc lors de l’exposition « Raphaël, les dernières années », Louvre, début 2013. Portrait de : « La donna velata ».


La dame voilée







Aux frimas de janvier la belle florentine avait élu quartier au centre de Paris. Sous le dôme de verre, émouvante et mutine, elle habitait son cadre avec tous ses amis.

Ensemble ils témoignaient que Maître Raphaël au sommet de son art emprisonnait la vie. Plus vivants que vivants, sublimes de réel, en chœur ils se mêlaient à la foule ravie.

Et je fus subjugué par sa douce candeur, sa mèche délicate en vrille sur la tempe. Et me sentant ferré par son accroche-cœur, j’aurais voulu me pendre à son fin collier d’ambre.

Expression d’artiste ou grâce naturelle, perfection des traits ou tendre pureté ? Quand c’est l’âme qu’on peint, la présence est réelle, illuminant la toile avec la vérité.

Cette fille du peuple, en Madone il l’a peinte, en Vierge radieuse, en majesté sereine. Belle amante lascive et parée comme sainte, c’est la femme de chair dont il a fait sa reine.

Car pour être ainsi peinte il fallait être aimée, au-delà du modèle être sa passion. Souvent vient le génie de la grâce enflammée et se doit le chef-d’œuvre à l’exaltation.

Quand bouillonne et se tord l’étoffe de sa manche, que sa gracile main cherche à calmer son cœur, quand transparaît le sang sous sa douce peau blanche, c’est l’amante adorée qui s’offre avec langueur.

Figé par son appel dans la foule mouvante, je me sentis saisi d’un fol envoûtement, esclave devenir à sa loi fascinante, du charme de son charme être en enchantement.

Quand je crus percevoir à sa bouche un murmure, quand ses yeux vers les miens je vis se diriger, je me rapprochai d’elle et sentis, je le jure, son eau de violette et son souffle léger.


 
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   Eccar   
23/1/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour,
"Quand je crus percevoir à sa bouche un murmure, quand ses yeux vers les miens je vis se diriger, je me rapprochai d’elle et sentis, je le jure, son eau de violette et son souffle léger." Que ce passage est magnifique ! Et comme il démontre bien le réalisme de ce tableau, le parfum et le souffle du sujet sont ressentis, comme si le peintre avait su emprisonner ces signes de la vie dans son oeuvre.
Votre texte est d'une grande force, d'une si délicate écriture. Je suis subjugué, et par votre poésie, et par ce qui l'a inspiré. J'ai toujours été époustouflé par ce talent des peintres qui ont donné tant de réalité à leur personnage, presque plus qu'une photographie. Vous, par ce poème, avez ajouté à la séduction de cette dame un charme tellement vivant que l'on peut deviner votre propre personne défaillir devant elle.

Mille bravos pour ce double tableau.

   troupi   
23/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Mokhtar.

Décidément vous écrivez sur des sujets qui me passionnent. D'abord Venise et maintenant la peinture, la vraie, celle qui peut provoquer des émotions comme celles que vous décrivez, qu'on ne se contente pas de regarder mais dont on pressent qu'il s'est passé quelque-chose lors de la réalisation de l’œuvre.
Votre poésie porte la marque des alexandrins ce qui donne à la lecture un rythme nonchalant, une certaine douceur qui colle parfaitement au tableau que vous avez choisi de présenter.
Je me suis amusé avec word à reconstruire votre texte verticalement en vers de douze pieds et il me semble que ça devait être sa forme originelle car certains mots doivent être prononcés en diérèse pour avoir douze pieds.
Si c'était le cas je trouve que vous avez eu raison de choisir la présentation horizontale. C'est plus original.

   kreivi   
23/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Mokhtar,
J'avais lu votre poème en EL et avait été impressionné.
En somme vous avez fait un syndrome Stendhal amoureux.
c'est vraiment une belle lettre d'amour que vous lui écrivez à Margherita, Donna Velata,
et je comprend qu'elle vous aie répondu.
Et vous, tellement ébloui, tellement fasciné, que vous lui avez trouvé des accroche-coeur qu'elle n'a pas dans la peinture.
Mais quand on peint l'âme comme vous dites il y a toujours un accroche-coeur quelque part.

Avez-vous l'intention de l'épouser dans un palais vénitien ?

   papipoete   
23/1/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
bonjour Mokhtar
l'auteur, face à " la Belle Florentine " tombe en admiration, et bientôt entre elle et lui, un rayon merveilleux ne cesse de briller !
NB des vers resplendissent tel " cette fille du peuple, en Madone il l'a peinte ", et l'on juge à quel point le poète est dans la peau de Raphaël, tant il reproduit dans sa vision, tous les détails de cette femme !
Et le dernier vers sublime ce " récit-déclaration d'amour " !
Je fus saisi du même vertige face à Valentine de Milan, tableau exposé au château de Blois !
A la 5e strophe, ( mais ce n'est qu'un avis mineur ), j'aurais conjugué au passé-simple ( il la peignit/dont il fit )

   Bidis   
25/1/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Deux petites choses que je n'aime pas :
- "j’aurais voulu me pendre à son fin collier d’ambre." : se pendre ???
L'image n'est pas jolie.
- "au-delà du modèle être sa passion" :ici, c'est une question d'écriture. Pour moi, ou bien il y a hiatus, ou bien je lis "modèlètre"
A part cela, c'est un poème ma-gni-fi-que. Une envolée, un rythme, des mots qui chantent et emportent. Et une présentation inhabituelle qui charme.

Edit 25/01
Ou alors mettre une virgule : "au delà du modèle, être sa passion"

   Louison   
23/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quel bel hommage vous rendez à ce tableau!

J'aime beaucoup: "Quand bouillonne et se tord l’étoffe de sa manche, que sa gracile main cherche à calmer son cœur, quand transparaît le sang sous sa douce peau blanche, c’est l’amante adorée qui s’offre avec langueur."

J'ai eu un réel plaisir à vous lire.

   PIZZICATO   
23/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un élan amoureux engendré par l'admiration d'un tableau.
Vous retracez, en écriture, toute la grâce et la beauté de cette oeuvre, l'amour de l'artiste qui l'a immortalisée "
Car pour être ainsi peinte il fallait être aimée, au-delà du modèle être sa passion ".

Un très beau moment de lecture.

   Pouet   
23/1/2018
Bjr,

Un texte sans aucun doute bien écrit que j'ai apprécié lire grâce à un bon rythme, à des tournures qui font parfois mouche et à une fin sympathique malgré une certaine "lourdeur" due notamment à l'inversion: "quand ses yeux vers les miens je vis se diriger,"

Toutefois l'ensemble souffre d'un (gros) brin d'emphase et d'une relative abondance d'adjectifs qualificatifs.

Une sensation de "trop" pour ma part.

Mais bon cela n'est que mon goût personnel et n'a pas valeur de vérité universelle.

De plus la toile en question ( la peinture en général d'ailleurs, hormis quelques trucs style Jérôme Bosch) ne me transcende pas particulièrement, du coup je partais avec un désavantage.

Bien cordialement.

   Cat   
23/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Mokhtar,

Aie ! Habituellement j'aime les images sans texte et les textes sans images, de manière à laisser vagabonder mon imagination la bride sur le cou. Comme par exemple, dans la récente Vénus de Ithaque, où je me suis immergée toute entière dans l'expression des sensations du poète avec un plaisir immense. Ce n'est qu'après que j'ai été admirer la toile, mais seulement au travers des ressentis de ma lecture, donc au détriment de sa réelle valeur.

Dans ton poème, c'est l'inverse qui se produit. Je suis tellement subjuguée par ce sublime tableau qui l'accompagne, et la beauté de la dame voilée qui irradie à l'état pur, que dans la confusion où je me trouve, ton poème brille quelques degrés en-dessous, même si j'aime l'histoire qu'il raconte. L'histoire du peintre amoureux qui nous donne à respirer l'Amour par les poses de sa dulcinée.

Ton envolée lyrique est pourtant indéniable, c'est pourquoi je suis sincèrement désolée de n'avoir pas su conserver mon élan vibrant après être passée devant le tableau, pour l'apprécier comme elle le mérite.

J'apprécie la mise en forme hors norme pour un tel sujet. Elle vient casser la rigidité du "trop académique" qu'aurait pu revêtir l'ensemble avec des alexandrins au cordeau.

Une question, si je peux me permettre : avec un pseudo comme le tien, Mokhtar, qui sent si bon le sable chaud, le choix du titre a-t-il été réfléchi de manière à jouer l'ambiguïté, voire l'humour ?

Merci pour tout. Le partage et peut-être, qui sait, une réponse à la curieuse que je suis... ^^


Cat

   hersen   
23/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Mokhtar,

Ici, la réalité dépasse le tableau; l'artiste a su peindre ce que le poète voulait voir. Et même au-delà puisque l'observateur, se prolonge, s'implique par des sens bien réels.
C'est un fond que j'aime vraiment beaucoup.

Par contre, et que l'auteur n'y voie aucun dénigrement, c'est seulement mon point de vue, j'aurais été, je crois, plus sensible à une écriture moins ampoulée, avec moins d'inversions. Je comprends que, par exemple, gracile et candeur soient des mots donnant à ressentir assez justement, mais je les trouve un peu vieillots; Il me manque ici un regard peut-être plus moderne afin que justement l'oeuvre ne vieillisse pas, qu'elle parle à tous de tout temps.
C'est le contraste des époques qui vraiment m'aurait donné à le voir comme universel.

Suis-je bien claire ? je me le demande :(

Merci de cette lecture

hersen

   Jmeri   
23/1/2018
Bonjour,
J'aime votre idée de tomber amoureux d'une femme peinte, de passer sous la peinture et de se retrouver avec la chair de cette personne...
l'écriture est parfaite pour le sujet, vous avez trouvé les bonnes couleurs et le bon pinceau des mots. Et votre pinceau passe délicatement sur le sujet (avec bien sûr quelques défauts mais c'est normal). Mais...

Mais, on sent très vite que cet "amour" que vous ressentez est surfait. Qu'il est sur commande. Quelque chose à la fois sophistiqué et démodé. Çà fait un peu trop château de Versailles (ou Palais de Doges).
Vous avez une superbe écriture mais qui se regarde un peu trop elle-même. Quand vous essayez de la porter au sommet, elle manque de sincérité de profondeur..
Il y a des choses que j'aime et d'autres non dans votre poème. Impossible de mettre un appréciation.

En toute amitié. (et désolé)

   Alexandre   
23/1/2018
Bonsoir Mokhtar... Que vous soyez tombé follement amoureux de la représentation de cette dame voilée, soit ! Par contre je crois que quelques retouches dans votre déclaration d'amour vous rendraient encore plus crédible à ses yeux... par exemple :

Au lieu de :Cette fille du peuple, en Madone il l’a peinte, en Vierge radieuse, en majesté sereine.

Il l'a peinte en Madone me semble suffisant, l'inversion n'apporte rien de plus.

je me sentis saisi d’un fol envoûtement, esclave devenir à sa loi fascinante, du charme de son charme être en enchantement.
Idem ! Pourquoi se compliquer la vie avec "esclave devenir" ou "de son charme être en enchantement".

... et pour finir...quand ses yeux vers les miens je vis se diriger ! Encore une inversion qui alourdit le texte...

Bien entendu ces quelques observations sur la forme n'engagent que celui qui les formule sans pour autant remettre en cause le thème abordé !

Au plaisir...

   myndie   
24/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Mokhtar,

L’exercice d’écriture à partir d’une toile : tout ce que j’aime. Votre texte est magnifique. Il a réussi à me faire vibrer pour un tableau qui ne m’aurait sans doute pas remplie d’extase : je préfère la peinture « expression »  à la peinture «photographie ».

Mais là, votre plume a su traduire avec brio ce bel élan amoureux qui vous enflamme face à la belle voilée. Et ce, particulièrement par la grâce de la construction du poème. Je suis d’accord moi aussi pour penser qu’il avait dû initialement être écrit sous la forme classique d’alexandrins se succédant en strophes régulières . Cette originale et ingénieuse mise en forme attire immédiatement l’attention par la fluidité incroyable qu’elle offre au texte, tout en éveillant le sentiment d’une dualité, le contraste entre la douceur du modèle, objet de votre flamme, et l’exaltation de la passion amoureuse.

Donc moi, j’ai particulièrement apprécié le rythme, porté qu’on le veuille ou non, par l’alexandrin.

Je partage toutefois les avis émis sur les inversions. C’est un peu dommage car elles n’apportent rien de plus qu’une certaine lourdeur maniérée au texte qui , du coup, en pâtit un peu.
C’est mon seul regret car vraiment, vous m’avez offert un très beau moment de lecture.

myndie

   Louis   
25/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
D’emblée, « la Dame » est présentée comme bien vivante, on ne vient pas la voir à Paris pour une exposition, mais elle vient nous rendre visite, et loge dans un beau cadre au centre de la ville, en résidence au Louvre : « La belle florentine avait élu quartier au centre de Paris ».

Ensemble avec « les amis » qui l’accompagnent, ils ne font pas «figuration », ne restent pas figés, inertes dans leurs encadrements, mais se montrent vivants, très vivants, « plus vivants que vivants », et « se mêlaient à la foule ravie ».

La Dame venue du passé, du Cinquecento, est bien présente parmi les vivants arrivés à sa rencontre. Si elle n’est pas là en chair et en os, une part d’elle pourtant, essentielle, se tient là, immortalisée par l’art de « Maître Raphaël ». Au-delà de l’apparence picturale, et pourtant portée par elle, par les formes et les couleurs, une vie a été saisie par le peintre de la Renaissance, qui lui a donné le pouvoir de renaître pour tous ceux qui viendront à sa rencontre, sensibles à sa beauté.

Le narrateur fait alors le récit d’une émotion, d’une fascination pour la Dame : « Et je fus subjugué par sa douce candeur ». Il aime cette belle « âme ». C’est par ce mot « âme » qu’est désignée la part essentielle de la Dame, et de tout être humain ; par lui est signifié ce qui fait « la vie », ce qui rend vivant : « Quand c’est l’âme qu’on peint, la présence est réelle, illuminant la toile avec la vérité ».

On n’aime pas une « âme » pour elle-même, disait Pascal, mais pour ses qualités. Et ce sont justement ces qualités qui séduisent le narrateur. Qualités jugées réelles et non « expression d’artiste », qui magnifierait par l’art un être dénué des qualités qu’on lui prête, comme dans une « cristallisation » au sens de Stendhal.
Ces qualités, invisibles, telle la candeur, se manifestent pourtant dans l’apparence visible, celle d’un visage, celle d’un regard ou d’un geste.

Le narrateur se sent attaché à cette dame aux si grandes qualités d’âme, si captivantes, au point de souhaiter prendre part, captif pour l’éternité, au collier suspendu à son cou : « J’aurais voulu me pendre à son fin collier d’ambre ».

La Dame serait d’origine modeste, désignée : « fille du peuple », mais cela ne se voit pas, et se trouve même contredit par les riches étoffes qui constituent son vêtement. Le narrateur voit donc la Dame à travers ses connaissances historiques du tableau qui perpétue la vie du personnage, et laisse sous silence le paradoxe.
À moins que celui-ci ne se trouve résolu à ses yeux, par la volonté du peintre de la représenter en « madone », en « Vierge radieuse », en « majesté sereine ». L’habit ne fait pas le moine, dit-on, mais ne fallait-il pas rendre le sublime par une sublime apparence vestimentaire, rendre la grandeur et la richesse d’âme, par la richesse du tissu qui la manifeste ?
Une fille du peuple peut-être grande et noble, disent ses habits, pour ses contemporains, mais la véritable grandeur, la beauté et la richesse sont celles de l’âme, dit le peintre pour l’éternité.

Le narrateur s’interroge sur l’artiste : comment a-t-il pu la « re-présenter » avec tant de grâce ?
Il donne cette réponse : « pour être ainsi peinte, il fallait être aimée ». D’un amour qui ne soit pas seulement charnel, d’un amour seul capable de donner des yeux qui voient par-delà le corps, seuls en mesure de saisir l’âme. Ou bien le peintre partagerait-il l’idée traditionnelle selon laquelle la beauté des apparences, celle du corps, celle de la tenue vestimentaire, manifesterait la beauté de l’âme ? Le diable, non, ne s’habillerait pas en Prada.

La dame est présentée comme « diva », comme divine ; en elle, se mêlent le divin et l’humain, et la beauté ne serait-elle pas divine ? Raphaël ne serait-il pas un platonicien qui unit dans un unique être transcendant le Bien, le Beau et le Vrai ?

Mais s’il fallait être aimée, il fallait aussi être aimante. Et cet amour, le narrateur le décèle « quand bouillonne et se tord l’étoffe de sa manche, que sa gracile main cherche à calmer son cœur, quand transparaît le sang sous sa douce peau blanche ».
Un double mouvement circulaire semble s’effectuer : du beau procède l’amour ; de l’amour procède le beau. L’amour rend beau, et la beauté rend amoureux.

Le texte se termine par la sensation d’une présence de la Dame plus physique que spirituelle : « je me rapprochai d’elle et sentis, je le jure, son eau de violette et son souffle léger ». L’âme s’est donnée un corps, le spirituel s’est incarné dans le sensible.
Le narrateur ne s’est pas senti poussé vers la pure beauté de la Dame, mais attiré, « aimanté » par elle ; il répond à un « appel », il répond à un regard le ravissant.

Merci Mokhtar pour ce beau texte, consacré à une très belle œuvre de Raphaël.

   Marie-Ange   
28/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je comprends fort bien votre ressenti, aussi intense, je suis resté bouche bée devant un tableau de Rembrandt, "un vieillard", son regard était d'une profondeur, j'avais l'impression qu'il le fixait, qu'il m'interpelait, qui voulait communiquer, il avait une posture très majestueuse. Je suis resté un très long moment devant cette toile.

Belle description, que la vôtre, qui permet de bien saisir à quel point il y a comme "envoûtement", je ne suis pas surpris par la puissance de votre émotion retranscrit dans les discours de votre dernière phrase :
" Quand je crus percevoir à sa bouche un murmure, quand ses yeux vers les miens je vis se diriger, je me rapprochai d’elle et sentis, je le jure, son eau de violette et son souffle léger. "

Merci pour ce charmant moment de partage, singulièrement plaisant.

   Mokhtar   
28/1/2018

   Damy   
30/1/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Je suis "baba" (excusez la vulgarité de ce terme mais je n'en trouve pas d'autres) d'admiration devant votre chef-d’œuvre.
J'apprécie notamment la musique des alexandrins qui m'est si chère, la forme quasi prosodique de présentation (quelle riche idée car ce poème est long sous forme classique de quatrains et, manquant de temps, je ne l'aurais peut-être pas lu) et "l'exploitation" poétique fort juste et précise d'une peinture.

Merci, Mokhtar, pour cet excellent moment de découverte.

   jfmoods   
10/2/2018
Le poète a choisi de disposer ses 36 alexandrins en 9 blocs de texte de quatre vers à la file.

J'aurais ajouté des éléments de ponctuation...

Aux frimas de janvier, la belle florentine

Et, me sentant ferré

que sa gracile main cherche à calmer son cœur ; quand transparaît le sang

Hormis un glissement allitératif ("tempe", "ambre"), nous avons ici des rimes croisées, riches, suffisantes et pauvres. Le poème procède par alternances (féminines, masculines / masculines, féminines) sauf dans son centre (féminines : "peinte", "sereine", "sainte", "reine").

Les 8 premiers alexandrins présentent le cadre spatio-temporel ("janvier", "au centre de Paris", "Sous le dôme de verre") d'une prestigieuse exposition de peinture (tournure éminemment laudative : "Maître Raphaël au sommet de son art", hyperbole : "Plus vivants que vivants", oxymore : "sublimes de réel") qui connut un grand succès ("la foule ravie") et dont "La dame voilée" du titre ("la belle florentine") fut la pièce maîtresse.

Les 8 alexandrins suivants vont s'attacher à décrire, en s'attardant sur quelques points d'appui du regard ("sa mèche délicate en vrille sur la tempe", "son accroche-cœur", "son fin collier d’ambre"), l'immense exaltation du locuteur devant la toile (voie passive : "je fus subjugué par sa douce candeur", participiale : "me sentant ferré", conditionnel passé : "j’aurais voulu me pendre", alternatives introuvables : "Expression d’artiste ou grâce naturelle, perfection des traits ou tendre pureté ?", lexique de la traversée des apparences par le peintre : "âme", "présence", "réelle", "illuminant", "vérité").

Face à une telle évidence de beauté, le poète va, au fil des 12 alexandrins qui suivent, considérer le tableau sous l'angle de la transfiguration. Le peintre, amoureux, a transcendé le portrait de la femme chérie (complément de cause : "Car pour être ainsi peinte il fallait être aimée", antithèse filée : "fille du peuple" / "Madone", "Vierge radieuse" / "Belle amante lascive" / "sainte" / "femme de chair" / "reine" / "amante adorée qui s’offre avec langueur", thématique de la fièvre amoureuse : "passion", "grâce enflammée", "exaltation", jeu des métonymies : "sa gracile main", "son cœur", "le sang", "sa douce peau blanche", présentatif : "c'est").

Les 8 derniers alexandrins vont alors voir le poète se projeter dans l'oeil du peintre (images de l'émerveillement : "saisi d’un fol envoûtement", "esclave devenir à sa loi fascinante", "être en enchantement", mise en abyme du tableau : "charme de son charme") au point de traverser la toile pour mettre en place un horizon sensuel (ouïe : "percevoir un murmure", "son souffle léger", vue : "ses yeux vers les miens se diriger", odorat : "je... sentis... son eau de violette").

Merci pour ce partage !


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