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Poésie en prose
MonsieurF : Kaléidoscope
 Publié le 14/03/17  -  12 commentaires  -  1223 caractères  -  179 lectures    Autres textes du même auteur

Réminiscences alti-ligériennes.


Kaléidoscope



Sertir la pénombre.

Trois immobiles mouvements dans le printemps naissant.
Quand se soulève la ronce avec la chaleur des pierres, sous le lierre courent des musaraignes, le vent à tire-d’ailes.

Errer au seuil des chemins en creux, avec à l’horizon deux enfants, un chien un peu bête et la nuit comme amie. Ce sera demain la chaleur naissante au loin, puis le rougeoiement d’une aurore.
Tout est immobile, sauf le vallon, les angles rugueux de la vieille femme posée devant l’âtre, veillant le père, le nourrisson braillard dans son cagibi, babils silencieux parfois.

Le fils est parti pour Verdun ou la ville, c’était avant le temps d’avant, la guerre ou savoir quoi, trépassé par les cathédrales d’acier. Il va neiger. Même le Christ oublié de Dieu dans le pays à l’agonie sèche ses larmes, il y a les foins à faire, rentrer les bêtes, survivre ou essayer de vivre.
Il y aura des jours de givres et de glas, de longs lundis sans pain, puis les pétales écarlates des coquelicots sûrement.

La vie oubliera les volcans, le bleu de l’eau.

À la fin, le monde tournera trois fois autour de son axe ne laissant qu’une nuit diadème ornée de souvenirs.


 
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   papipoete   
18/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
prose
Dans la maison où seul le feu est plein de vie, on survit en songeant au travail qui dehors ne manque pas, alors que 2 bras musclés manquent tant !
La mémé veille le grand-père, et le bébé dans son cagibi chouine de temps en temps .
Des vers en forme de lamentations sans larmes ( elles ont trop coulé ) et leur puits est tari ; le monde lui, continue de tourner et les étoiles de briller ...

   Anonyme   
19/2/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Ce texte m'a littéralement transporté en Haute-Loire ( que je ne connais pas ) pour un instant.
Toutes les images sont belles et vraies. Pas de montage sophistiqué pour éblouir le chaland, on sent que la main n'a pas tremblé en écrivant ce beau texte. Et c'est alors que commence le martyre pour celui qui voudrait commenter avec un rien de pertinence et apporter à l'auteur un peu de son ressenti ou de sa foi à ces quelques lignes sans tomber dans l'analyse de texte toujours un peu scolaire.

La beauté tout comme la vérité ne se commentent pas ; elle s'admirent en silence.

PS: Les textes de cette qualité sont trop rares et je suis bien aise de pouvoir commenter "à l'aveugle" sans savoir qui en est l'auteur-e.

   Pouet   
20/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

De jolies images, une écriture évocatrice, un tableau sensible.

Une vie, la vie esquissée en quelque lignes.

La répétition "immobile" n'est pas forcément gênante car elle tranche bien avec la chute.

L'immobilisme perpétuel aurait dit Aragon.

Très belle impression me concernant.

Pouet

   Tadiou   
14/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien
De belles images du quotidien, des gestes simples de la vie ordinaire,
des références à la banale nature (chemins, ronce, pierres, lierre..).

"Les foins à faire, rentrer les bêtes"... aide à lutter contre le désespoir, à ne pas être vaincu par "Verdun" tout en restant lucide ("Il y aura des jours de givres et de glas, de longs lundis sans pain").

Un beau texte plein de force et d'attention au monde environnant.

   Proseuse   
14/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir MonsieurF

... Et quoiqu' il en soit .. le monde tournera trois fois , mais ce qui a été, dans la mémoire restera !
quand on vous lit, on voit sépia et le temps d' avant est immobile, mais toujours là !
Un très beau texte tout en pudeur et en non-dits mais, qu' on entend quand même !
Merci pour ce partage

   vendularge   
14/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir,

Un très beau texte où d'ailleurs les mots, les phrases priment sur l'histoire qui pourrait se passer n'importe où et peu importe quand.

Poésie, prose?

Poésie de mon point de vue, belle poésie.

Merci

vendularge

   Brume   
14/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Monsieur F

Plusieurs fois que je lis votre prose sans savoir quoi dire mais savourant les chemins pleine de péripéties, on y croise une belle nature et on y fait de belles rencontres.

Que de belles histoires! Que de belles impressions visuelles que vous m'offrez, des scènes vivantes et belles à couper le souffle.

Très beau moment de lecture.

   Alcirion   
15/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Texte très évocateur dont le sens se donne bien, pour peu qu'on relise une ou deux fois.

Le style est brut, sans fioritures et contribue à donner un sentiment de sincérité : pas d'images forcées ou trop sophistiquées, il y a une impression de clarté, le sentiment mélancolique est présenté de façon précise.

La façon de procéder rappelle la doctrine de Rimbaud : la nature est animée par le poéte qui se voit à travers elle. Ou comme le dit mieux que moi Jean-Michel Maulpoix : "Il faut au poète toujours en passer par le monde pour atteindre sa propre figure."

Une lecture très agréable.

   corbivan   
15/3/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
À part le titre que j’apprécie un peu moins, j’aime beaucoup ce paysage temporel…comme un cliché en noir et blanc (ben oui ! vous êtes démasqué Mr le photographe).

C’est ciselé, tout coule pour parler de ces vies ailleurs, et j’aime ce regard posé paisiblement et tendrement sur ces gens-là.

Je ne cite rien parce que j’aime tout.

À vous relire.

Corbivan

   MonsieurF   
15/3/2017

   jfmoods   
18/3/2017
Le poème est conçu comme une boucle, la toute fin du texte faisant écho à sa première phrase ("une nuit diadème ornée de souvenirs", "Sertir la pénombre"). L'ambition, que signalait le titre ("Kaléidoscope"), a été menée à son terme : alimenter d'éclats de lumière l'obscurité d'une histoire auvergnate lointaine, vieille d'un siècle.

Les cinq premières phrases s'inscrivent dans le temps présent. Elles amorcent l'analepse (quatre phrases suivantes) puis la prolepse (trois dernières phrases) à venir. La variété des formes (infinitive, nominale, verbale, infinitive, verbale) n'est pas tout à fait étrangère à la réussite de cette entame.

Les "immobiles mouvements" interpellent le lecteur. Ce paradoxe invite, pour chacun des trois exemples, à interroger le mystère, à rechercher la cause invisible derrière la conséquence visible d'un phénomène ("la chaleur", "des musaraignes", "le vent"). Le locuteur se met alors en scène dans le décor ("... avec à l’horizon deux enfants, un chien un peu bête et la nuit comme amie."). Le glissement est significatif ("chemins creux" / "chemins en creux") car la traversée du lieu prépare un réceptacle : celui du champ de l'imaginaire. Avec la prémonition du jour à venir ("Ce sera demain la chaleur naissante au loin, puis le rougeoiement d’une aurore.") va s'ancrer, comme en écho rétrospectif, un point de focalisation, de fixation du lieu dans le temps.

Prend alors consistance l'image d'une famille paysanne alti-ligérienne ("la vieille femme", "le père", "le nourrisson", "le fils", "il y a les foins à faire, rentrer les bêtes"), en période de grand froid ("Il va neiger"), dans le contexte misérable (personnification : "le Christ oublié de Dieu dans le pays à l’agonie sèche ses larmes", alternative : "survivre ou essayer de vivre") de la grande guerre ou de l'immédiat après guerre (alternative : "parti pour Verdun ou la ville"). L'âpreté de la perspective est appuyée par quelques éléments marquants (sécheresse physique de l'aïeule : "les angles rugueux", nom commun soulignant le dénuement : "cagibi", adjectif qualificatif caractérisant l'enfant : "braillard", métaphore matérialisant les villes et la religion aliénante du progrès : "les cathédrales d'acier").

Par le recours au futur ("aura", "oubliera", "tournera"), le poète brosse la suite de l'histoire du lieu jusqu'à nos jours (énumération avalisant le froid, la mort, la misère et l'espoir d'un renouveau : " des jours de givres et de glas, de longs lundis sans pain, puis les pétales écarlates des coquelicots sûrement", allégorie entérinant la distance de plus en plus grande au territoire rural : "La vie oubliera les volcans, le bleu de l’eau", périphrase mettant en lumière les révolutions successives du mode de vie ("le monde tournera trois fois autour de son axe").

Merci pour ce partage !

   Queribus   
19/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour MonsieurF,

J'ai tout aimé dans ce poème: la modernité bien assimilée de l'écriture et, en même temps, sa simplicité, sans phrases alambiquées "pour faire bien" ; n'importe qui peut lire ce texte et l'apprécier, ce qui est, pour moi, une vraie preuve de talent. Je crois qu'on peut le citer en modèle pour tous ceux qui souhaitent s'épanouir dans un certain style de poésie contemporaine. personnellement, j'ai pensé à Blaise Cendrars pour la forme, rien que ça.

À très bientôt de vous lire encore.
Amitiés.


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