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Poésie néo-classique
notrac : Au purgatoire des dispensés
 Publié le 26/01/10  -  17 commentaires  -  2183 caractères  -  284 lectures    Autres textes du même auteur

L'horloge crisse à la tempe de la mélancolie...


Au purgatoire des dispensés



L'horloge crisse à la tempe de la mélancolie
En un cercle de rouille en berne sur l'instant
Deux aiguilles-camisole au cadran des folies
Cisaillent l'amertume des songes à contre


Temps


Sur les joues éraflées du carrelage blanc
Glisse l'incertitude de la chair vitrifiée
Pendue à l'indolence l'infirmière fait semblant
D'emprunter à l'aurore son regard tuméfié

La solitude allonge les couloirs peuplés
De perfusions sans-nom et d'âmes asymétriques


Pour s'opposer au ciel
Fleurissent les bleuets
Dans le parc où somnolent
Les saules névrotiques


Le soleil se répand en un ruisseau d'oranges
Sous les portes soumises au verrou du réel
On s'ébroue dans la fange et les gestes d'orage
Sculptant l'éternité d'un fœtus de sel

Sur la panse meurtrie de nos draps transitoires

L'ennui guette à demi le gris du réfectoire
L'anxieuse résignation des mandibules éteintes

De l'appétit déchu

En faim contradictoire
Pour le vide apaisant des paroles sans teinte
Pour le néant conquis des passions sans mémoire...





Puis



L'impatience des fauteuils qui se pressent au fumoir
En un serment de roues on brûle les secondes
Au concile des cendres nous nous parons d'espoir
En enterrant l'amour au détour d'une blonde



Et


Le jour semble s'étendre comme un linge rougi
Sur le fil de cire du présent ressassé
Quand dans un coin de l'être s'allument les bougies
Qui soudent l'épitaphe des heures trépassées


..............................................................................


Au purgatoire des dispensés gisent les leurres Passe le Monde
Saignent les barillets en ronde
La chance aboie Le jeu demeure
Au purgatoire des dispensés gerce le chant des pauvres âmes
En muselière de psychodrame
Sur la gueule ouverte des ans

(La craie disculpe nos rivages)



Le paysage ici se crée.


 
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   jamesbebeart   
20/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Beau texte qui résonne déjà dans ma tête... Comment dire la souffrance, l'attente d'une issue fatale, l'effroi des lendemains, enfer des trépassés... L'écriture sert admirablement le propos avec des images fortes qui cinglent, à coups de serpe inexorables. Je relève par exemple : "sur les joues éraflées du carrelage blanc" ; "sous les portes soumises au verrou du réel" ; "sur la panse meurtrie des draps transitoires" ; "saignent les barillets en ronde" (magnifique), la loterie du malheur va frapper. Merci pour cette lecture d'un texte grave et beau.

   Estelle2L   
21/1/2010
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel -
J'ai mis du temps à commenter ce texte, riche, musical et terriblement bien rythmé.

L'ouverture me plait beaucoup.
Des mots tristes, des mots fous, emprunts de beaucoup de douceur (comme les pralines de Maëlle!^^)
Tout me plait.
Le décalage sur le Temps aussi

Le second enchainement devient plus... sombre, moins fou, presque mort. L'image est triste, et en même temps, elle scintille, avec tous les réflecteurs doux (le carrelage, vitrifiée, glisse qui fait rappel à la glace...).
Là aussi séparément les vers me plaisent, assemblés, ils ont un effet très visuel, réussi.

J'aime les âmes asymétriques. moins les perfusions sans-nom.

Le passage bucolique surprend, dans le bon sens. Un bon point pour les saules névrotiques. J'aime beaucoup, c'est toujours très visuel.

J'aime le ruisseau d'oranges en association avec les gestes d'orage on pense immédiatement aux zestes d'orange... j'aime moins la fange.

*Sur la panse meurtrie de nos draps transitoires=> très joli vers, mais vu le contexte au dessus, j'ai correspondu suppositoire, pardon.

"L'anxieuse résignation des mandibules éteintes" est très réussi en association avec le vers rejeté plus bas.

J'aime les vers qui précèdent et le

Puis

Qui tombe... qui isole qui ajoute une suspension... une coupure dans le rythme qui me plait beaucoup.

"En enterrant l'amour au détour d'une blonde"=> j'aime l'image. Pourtant je suis pas fan en général des vers houblons... mais là ça coule bien et c'est double sens avec la "blonde chez qui il fait bon fait bon...", ça me rappelle une virée sur Paname...

le

Et

Moi j'aime ce style, vraiment, j'aime cette manière de poser les phrases qui suivent comme des morceaux réfléchis et douloureux...
J'aime beaucoup les sonorités et les images tout en douceur a nouveau sous la noirceur... comme plus haut avec la glace, c'est très lisse, rouge, flamboyant mais en douceur. J'aime cette opposition que je trouve très réussie.

Après les pointillés...

J'aime tout.
Vraiment.

J'aime ce poème profond, triste, engagé dans un sens subtil et envolé dans l'expression des choses... un texte paradoxal... un texte qui oscille entre la folie et la normalité avec une facilité déconcertante.

Merci... j'ai vraiment passé un moment surprenant.
Au plaisir de te relire^^

   colibam   
22/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Les mots qui peuplent ce poème s’expriment avec la force d’une cataracte. C’est sombre et beau à la fois.
Cet orage poétique illumine l’univers blafard des âmes vagabondes qui déambulent sans échos dans leur bulle mentale.

« L’horloge crisse », « les aiguilles cisaillent », « les joues éraflées », « chair vitrifiée », « regard tuméfié », « âmes asymétriques », « saules névrotiques », « fœtus de sel », « les mandibules éteintes », « gerce le chant », etc : j’adore cette façon de traduire un univers déchiqueté, une ambiance lacérée.

La première strophe est magnifique. Les mots retentissent sans contraindre la fluidité de la lecture.

Les « âmes asymétriques », bancales, en diagonales : j’aime beaucoup cette image.

« Dans le parc où somnolent
Les saules névrotiques » : comme une armée d’âmes égarées, figés dans un présent chaotique et sans lendemain, les arbres de la mélancolie patientent indéfiniment, le feuillage assombri par le regard aliéné de leurs étranges voisins.

« Le soleil se répand en un ruisseau d'oranges » : un cliché provençal, parfumé, léger, presque déplacé dans ce funeste tableau, comme une tache de couleur qui n’a rien à y faire.

« Sculptant l'éternité d'un foetus de sel » : encore une image forte et que dire de celle-ci :
« L'anxieuse résignation des mandibules éteintes ». Je suis fan !

« L'impatience des fauteuils qui se pressent au fumoir
En un serment de roues on brûle les secondes
Au concile des cendres nous nous parons d'espoir
En enterrant l'amour au détour d'une blonde » : hormis le clin d’œil à la blonde, je trouve cette strophe un peu en retrait, niveau qualité (il faut dire que le reste du poème frise l’excellence).

Le lourd battant de ce poème se referme sur un vers grouillant de sens.

Bravo !

   Alauda   
22/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Très beau texte dense et grave.
Les images sont fortes, l'ambiance pesante et sans recours dans ce "purgatoire" de la vie en fin de course.
Une seule note de couleur dans cette immobilité grise, quelques bleuets, qui osent "s'opposer" ...

J'ai particulièrement apprécié :
"L'horloge crisse à la tempe de la mélancolie
En un cercle de rouille en berne sur l'instant"

"Pendue à l'indolence l'infirmière fait semblant
D'emprunter à l'aurore son regard tuméfié"

"Pour s'opposer au ciel
Fleurissent les bleuets
Dans le parc où somnolent
Les saules névrotiques"

"Le soleil se répand en un ruisseau d'oranges
Sous les portes soumises au verrou du réel"

"L'impatience des fauteuils qui se pressent au fumoir
En un serment de roues on brûle les secondes"

"La solitude allonge les couloirs peuplés
De perfusions sans-nom et d'âmes asymétriques"

Et la fin
"Le paysage ici se crée." ( secret ?)

Bon, en fait, j'aurais dû faire un copier-coller de l'ensemble !

(Seule petite question : pourquoi "sculptant" et non pas "sculptent" dans ce vers ? :"On s'ébroue dans la fange et les gestes d'orage/ Sculptant l'éternité d'un foetus de sel" )


Voilà en tous cas la poésie qui me parle, qui me touche et qui me ravit par sa qualité d'écriture.

   Lariviere   
26/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Quoi dire ?...

Si les commentaires, au demeurant, doivent servir à aider l'auteur pour améliorer son écriture, il n'y aurait rien à dire, aucun propos dans ce but à laisser ici...

J'aime beaucoup, comme toujours, le style, la soudure alchimiste des mots et des phrases si particulières et si caractéristiques de l'auteur... J'aime beaucoup le thème, et la façon à la fois satirique et poétique dont celui-ci prend corps sous l'écriture notracienne.

J'aime beaucoup cette façon de nous faire vivre et de nous rappeler les réalités de notre société sous les couleurs vives de la fantasmagorie, du rythme malmené et des alexandrins...

Notrac est "le Daumier" de la poésie...

   MissGavroche   
26/1/2010
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel
Quel bonheur de lire ce que l'on ressent exactement, quel bonheur quand quelqu'un met des mots magnifiques sur la douleur.
J'aime tout, le rythme les sonorités, les couleurs, les impressions:
"Sur les joues éraflées du carrelage blanc
Glisse l'incertitude de la chair vitrifiée
Pendue à l'indolence l'infirmière fait semblant
D'emprunter à l'aurore son regard tuméfié" est une de mes strophes préférée avec:
"L'impatience des fauteuils qui se pressent au fumoir
En un serment de roues on brûle les secondes
Au concile des cendres nous nous parons d'espoir
En enterrant l'amour au détour d'une blonde"
J'ai lu et relu afin de trouver quelque chose de moins harmonieux, une rime laheureuse, un mot moins beau, mais rien je n'ai rien trouvé à redire

   Anonyme   
26/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
" Cisaillent l'amertume des songes à contre

temps"
là vraiment c'est d'un très bel effet...
Des images fortes et superbes, dès le premier vers on est projeté dans l'antre de la folie, elle imprègne chaque instant, chaque chose, chaque pensée.
Et l'espoir brisé, l'ennui, le vide quotidien épousent cet univers.
La seconde partie semble être Le regard extérieur, et pose ses sentiments, triste, comme une complainte.
Un poème qui m'a touché, l'émotion est là, sa plainte est venue jusqu'à moi.

   ristretto   
26/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
déjà le titre est douloureux .. et le poème laisse ne goût amer de résignation
j'aime beaucoup les images
" Deux aiguilles-camisole au cadran des folies"
"d'âmes asymétriques"

ma préférence va à la la dernière strophe
" Au purgatoire des dispensés gisent les leurres Passe le Monde
Saignent les barillets en ronde
La chance aboie Le jeu demeure
Au purgatoire des dispensés gerce le chant des pauvres âmes
En muselière de psychodrame
Sur la gueule ouverte des ans"


un poème de grande qualité, même si (oh ! il fallait bien un "mais" ..) la profusion d'images, certes excellentes prises une à une, nuit à la saveur de l'ensemble -- un peu comme un plat gastronomique dans le quel trop d'ingrédients se livrent bataille.

merci

   jaimme   
26/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
"L'horloge crisse à la tempe de la mélancolie": l'idée est splendide, mais je heurte à chaque fois sur le "à". Mais en définitive, ce frein à la lecture peut participer de cette lecture-douleur.
Le reste n'est que ressenti fort et puissance d'évocation. C'est terrifiant!
"(La craie disculpe nos rivages)
Le paysage ici se crée.": est-ce une référence à la fragilité de la craie?
Je ne relèverai pas ici les vers chocs, les idées-forces, ils sont trop nombreux, presque la totalité du poème.
Bravo Notrac. Un travail d'artiste, de toute évidence, ciselé. Quelques vers offrent une fluidité de lecture (2 à 4 de la première strophe par exemple) que d'autres n'ont pas, à mon oreille. Mais je le redis: le sujet prête à dissonance.
Le fond? Je n'ai pas envie d'en parler. Tu l'as fait bien mieux que je ne saurais le faire.
Merci.

jaimme

   strega   
26/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bien... Je rajoute à l'éloge déjà fait ou quoi...?

La première strophe m'a mise très mal à l'aise, ben oui quoi, des camisoles et des aiguilles, il ne m'en fallait pas plus non plus.

Dans l'ensemble, j'aime toujours autant cette alliance entre la poésie comme la majorité l'entend et des images citadines, de la poésie urbaines quoi.

Sinon je ne suis pas persuadée d'avoir tout compris, disons que je m'en suis fait une interprétation.

Et mais hé, la rime "Oranges" "Orage", j'avoue j'ai souri, un peu facile pour toi non ?

Sinon, je vais un peu dans le sens de ristretto moi aussi, parfois je me suis sentie noyée par toutes ces images, bien qu'elles me touchent.

C'est loin d'être du carton tout ça :)

   Anacreodes   
27/1/2010
Je m'abstiens de noter car, si je salue la performance de l'écriture qui tient en haleine jusqu'au dernier vers, mon esprit ne supporte pas ces images surréalismes, cet assemblage de mots qui sont là pour le décor...

   Lhirondelle   
27/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonjour Notrac

Beaucoup de choses ont été dites précédemment, je vais donc faire court.
Des mots pesés avec ce juste équilibre entre force des images et fluidité de lecture dans ce tres beau texte.
Un poème qui ne peut laisser indifférent et sur lequel je reviendrai pour apprécier la couleur de chaque strophe.
Merci à toi pour ce partage

Amicalement

L'hirondelle

   Morgan   
29/1/2010
 a trouvé ce texte 
Faible
Bonjour

Pour moi, l'impression qui se dégage de ce texte, n'est pas très bonne. Il me semble que les mots sont jetés là, au hasard, pour donner des effets métaphoriques qui finalement n'apportent rien pour moi à l'intention poétique.

Les choix lexicaux, les fausses ou les vraies rimes, la prosodie, la métrique, le rythme et le souffle poétique, tout me semble ici non contrôlé.

Par exemple, introduire le mot 'folies' pourrait étayer une piste poétique. Mais je n'ai eu le ressenti seulement que la piste était une impasse.

Deuxième exemple: l'infirmière. L'idée me semble bonne. Mais aussitôt oubliée à ce que je peux en lire ensuite.

Et ainsi de suite...
Sans parler des rythmes catastrophiques à mon goût...

Je suis désolé. Il me semble que cet écrit part dans tous les sens, un désordre (il peut être très poétique lorsqu'il est voulu- mais je ne présume en rien des intentions de l'auteur de ce texte.. il ne s'agit de l'impression que j'en ai eu) pas réellement voulu.

Finalement, pour moi c'est faible.

   ANIMAL   
29/1/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Un texte surprenant, d'étrange beauté. J'ai l'impression de découvrir les pièces d'un puzzle dont l'ensemble représenterait une vision de l'enfer... l'enfer blanc des asiles.

Les mots sont là, assemblés, animés de leur propre vie, de leur propre folie. Je ne saurais citer mes vers préférés sans quasiment reprendre le poème.

Dans ce genre de texte, je ne me soucie pas de la forme poétique, forcément à l'unisson de ce qu'elle évoque.

L'art de jouer avec les mots. Bravo.

   Marite   
31/1/2010
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel
Bonjour Notrac
Ce texte magnifique m'a obligée à revenir à un autre de tes poèmes, toujours sur le même sujet. Il semble que ce "monde" dans lequel sont confinés les "anciens" te révolte et tu l'exprimes admirablement aujourd'hui.
Bien que le thème soit lourd et pénible, c'est beau, clair, tous les mots merveilleusement assemblés "parlent"... Rien n'est obscur.
Une seule réserve pour le titre: les mots ne m'apparaissent pas appartenir au même registre.

   Chene   
1/2/2010
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Bonsoir

Je vais faire très court.
J'ai apprécié la puissance évocatrice de ce texte poétique où la fulgurance des expressions a peut-être entraîné l'auteur loin de la métrique initiale... Mais cet aspect n'est que accessoire.

Je salue un vrai talent d'auteur
cordialement
Chene

   Merome   
2/2/2010
 a trouvé ce texte 
Faible
Cette poésie ne me parle pas.

Je ne sais pas ce qu'est un saule nevrotique, pas plus qu'une âme asymétrique. Je n'arrive pas mieux à me représenter des draps transitoires.

Les mots sont jolis, il y a quelques rimes inattendues, mais aussi pas mal d'adjectifs qui arrivent là comme par hasard.

Bref, je n'arrive pas à disculper les rivages.

   fleur-maladive   
12/2/2010
Commentaire modéré

 

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