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Poésie en prose
Palrider : Époque humide
 Publié le 08/11/18  -  15 commentaires  -  463 caractères  -  417 lectures    Autres textes du même auteur

À l’Est rien de nouveau.


Époque humide



Devant un rideau de bambous, un grand buffle d’Asie mâche de hautes herbes, une délicate nappe brumeuse flirte avec les champs de thé. Au pied des rizières en terrasses, une jeune fille rejoint la maison sur pilotis.
Dans la langueur de la jungle au printemps, mes muscles se détendent un peu, les chants d’oiseaux bleuissent l’air.
Un papillon multicolore sort de l'orbite d'un cadavre, je lève les yeux, la colline d'en face est rongée par le napalm.


 
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   Brume   
24/10/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour

De suite la lectrice que je suis est subjuguée par ce paisible tableau que vous décrivez. Les images frappent avec clarté dans mon esprit.

De la beauté sereine on passe à une vision terrifiante.
Terribles images qui avancent sans bruits, s'installent aussi tranquillement qu'un monde en paix.
La vie et la mort, l'apparente sérénité et l'horreur, cohabitent dans un même lieu.
Ce contraste est vraiment puissant, décrit par une plume raffinée et saisissante.

   lucilius   
27/10/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Pour moi le titre ne colle pas, même si dans le texte "une délicate nappe brumeuse flirte (et non flirt) avec les champs de thé. Ensuite cette très courte description en fait un instantané où le sujet phare est en second plan. On pourrait revendiquer l'originalité si ne prédominait pas l'effet carte postale. Mais difficile d'y échapper en deux lignes...

   Lariviere   
8/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Palrider,

J'ai aimé votre "époque humide"... C'est votre dernier séjour de vacances au Viêt-nam qui vous inspire ?... ;)

J'ai aimé le thème et son traitement.

J'ai aimé votre épure ; avec le message à véhiculer, dans sa forme minimale (trois vers, trois phrases!) c'est vraiment une performance.

J'ai aimé vos intentions sur ce texte et j'ai apprécié votre construction jusque "les chants d'oiseaux bleuissent l'air" complètement efficace pour amener inconsciemment le lecteur vers la chute, malgré le vers qui suit...

Vous n'aimez pas les papillons ?... même quand ils sortent d'un charnier ?...

Moi non plus et j'ai aimé votre image (connaissez vous "idées noires" de Franquin ?...) à la fois morbide, macabre et poétique...

Mon bémol sur la fin :

"je lève les yeux, la colline d'en face est rongée par le napalm"

Où je comprends très bien le contraste que vous voulez judicieusement créer tombant comme un couperet entre l'apparente béatitude sous-jacente du narrateur et la réalité que lui rappelle un sens premier, pourtant basique : sa vision... qui nous permet vulgairement de rencontrer d'autres réalités très simples, finalement... Je trouve ça plutôt pas mal dans l'idée mais je trouve que sur la réalisation "la colline d'en face est rongée par le napalm" pourrait être plus incisif ; peut être en accentuant encore le coté frappant, brutal, de votre description, pourquoi pas en gardant la phrase de fin mais en la retravaillant pour être plus "cassante", par exemple : "...je lève les yeux : en face, une colline, rongée par le napalm... ensuite libre à l'auteur de voir si oui ou non, ca peut être une bonne piste d'amélioration ; la réécriture, c'est son espace sacré... ;)

Merci à l'auteur pour son partage en ligne et très bonne continuation à lui dans sa démarche d'écriture.

   papipoete   
8/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Palrider
un flash-back au Vietnam, au Cambodge alors qu'ici quiétude et paix n'existaient plus !
Même reproche qu'à un autre auteur ; 4 lignes de prose me semblent " court " pour évoquer un sujet ?
je comprend que là, les bombardiers sont allés ravitailler leurs flancs, de bombes incendiaires, et que la nature souffle un peu, un instant ! ou tout autre chose, la guerre est finie mais ses traces n'ont pas fini de ressortir !
Un peu court, disais-je ...

   bipol   
8/11/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
bonjour,

j'ai été subjugué par votre poésie

moi qui ne suis pas un adepte de la prose

cet univers silencieux de beauté magnifique

éclaté par la brutalité de l'explosion finale

m'a coupé le souffle, on reste sans voix enfin moi

   PIZZICATO   
8/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le côté paisible et serein de l'endroit, auquel on s'attache grâce à des images expressives, se fait, d'un seul coup d'un seul, démolir par quatre mots.

Juste quatre mots qui font revivre une situation néfaste.
Un texte minimaliste qui en dit long.

   TheDreamer   
9/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La guerre du Vietnam. Tout ce poème en prose tient par la force de son propos, dans l'exposition de l'instant et du lieu. Le versant où se trouve le narrateur est encore l’instant d'avant, alors que celui de « la colline d’en face » dans le même instant est plongé dans l'horreur de la guerre, mais le conflit est aussi ici même si l'endroit présenté en ouverture du texte est paisible et que rien ne semble devoir déranger sa quiétude... sinon ce « papillon multicolore » qui « sort de l'orbite d'un cadavre » et ce regard porté sur la colline d'en face. Toute la force du texte réside dans le contraste saisissant de l'instant et l'opposition entre le lieu où se trouve le narrateur et celui qu'il regarde.

   Anonyme   
9/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'aime beaucoup la plénitude du moment, la douceur qui se dégage des premières lignes et ce contraste saisissant sur la dernière.

Mais je trouve justement que cette dernière phrase manque un peu de punch, je pense à cause de la ponctuation. Un point avant je, un après et je me dis que la force évocatrice serait meilleure...un peu comme un haïku...Mais peut être que je me fourvoie!

   Vincente   
10/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour. C'est fort et concis, clair, sans égarement.
La dernière phrase est un clou qui crucifie la scène et nous agresse le cœur. Le beau papillon qui sortait de l'orbite du cadavre nous avait aimablement averti que ça pouvait se gâter, remercions-le de sa transition pertinente.
On pourrait regretter la trop grande brièveté de ce texte, mais c'est ainsi qu'il doit porter son coup.

   hersen   
11/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonne idée que d'installer ce contraste où le narrateur, brièvement a sa place. cela renforce les deux images : celle paisible d'une vie simple, et l'autre qui est l'aboutissement de recherches sur l'arme nucléaire. Recherches qui ont coûtées des milliards et des milliards tandis que des gens paisibles vivent de leur humble travail dans la rizière.

C'est une dénonciation, et c'est profondément déprimant de n'avoir que la voix d'une plume, je pense. Mais c'est aussi une grande chance que de l'avoir.
Merci de cette lecture.

Edit : j'ai oublié de parler du titre. Il est pourtant très important, puisqu'il fait référence, je crois, à la saison de plantation dans les rizières et aussi à ce que cette bombe a laissé de larmes derrière elle;
j'aime beaucoup quand un titre se fait l'écho du texte, et ce n'est pas toujours facile à trouver.

   Castelmore   
11/12/2018
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Courte carte postale artificiellement habillée de termes”poétiques “
“un rideau de bambous... une délicate nappe brumeuse flirte...une jeune fille...Dans la langueur ... les chants d’oiseaux bleuissent l’air.
Un papillon multicolore ...

Et mise en valeur du cliché le plus banal : l’oppositIon de ce paradis terrestre ... avec la saloperie des bombes américaines...

Sans aucun effort de l’auteur ..

Je m’abstiens de noter...

Le 11/12
Le commentaire nouveau de Anomele à propos d’ « Époque humide » a ranimé ma curiosité et j’ai donc relu cette œuvre.
Mes convictions se sont renforcées... voici pourquoi :

La musique de ce texte est à peine audible tant elle repasse en boucle dans tous les bazars à touristes d’un côté et les réunions de gauchistes plus ou moins éclatés de l’autre.

Sur un site de poètes amateurs personne ne s’attend évidemment à trouver à chaque lecture l’œuvre d’un maître défonçant par son génie les portes de nos ghettos intellectuels et je ne vous ferai pas reproche de la banalité du choix de votre sujet tant il est vrai aussi qu’il est ardu de quitter les territoires de son confort intellectuel.

L’authenticité des sentiments ou des convictions intellectuelles, que je ne dénie à personne, constitue-t-elle par ailleurs un alibi « poétique »? Je ne le crois pas.

Afin que sa présentation franchisse la barre de l’extrême banalité, un sujet convenu nécessite un art qui va bien au-delà du simple habillage et nécessite un savoir faire qui tient plus de la haute couture, de la broderie en fils dorés, que du prêt-à-porter...
un art et un travail donc.

A la relecture de votre texte je ne trouve malheureusement ni l’éclat du premier, ni même l’écho du second... Il est vrai qu’‘aujourd’hui la spontanéité, le « premier jet », font office de vertus et les slogans remplacent les analyses et les livres... de même que les muscles ne sont plus là pour le travail , mais pour se détendre !

Je reste donc malheureusement sur le triste constat d’une carte postale « travestie » en une poésie, et qui n’en est, en vérité, que la caricature.

Et aujourd’hui je note car si je peux accepter le passable, voire le médiocre, je ne le peux du factice et de l’artificiel...bien éloigné de l’art.

   Raoul   
28/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,
Un texte bref qui ne se perd pas nostalgie, en exotisme descriptif. Chaque mot déclenche une image paisible que le temps arrêté sabre. Une charogne baudelairienne ouvre une perspective qui montre les dessous de la surface.
Pour être allé au Viêtnam, on ressent vraiment cette paix où affleure le sang répandu.
Juste pour chipoter, pour moi, le " d'Asie" est trop démonstratif et n'était pas du tout indispensable.
Merci pour cette lecture.

   Queribus   
23/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Du grand art: en effet, passer de la douceur à la violence en trois lignes, fallait le faire...et le réussir, ce qui est le cas à mon avis. Votre écrit comporte aussi de très belles images poétiques("une délicate nappe brumeuse flirte", "les chants d’oiseaux bleuissent l'été") et le tout se termine avec un mot synonyme de guerre et de destruction: napalm.

Encore une fois bravo et recommencez vite l'expérience; je suis certain que vous pouvez encore nous surprendre.

Bien à vous.

   Anomel   
11/12/2018
Cela fait très "dormeur du val", mais en prose...

   FANTIN   
11/1/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Quatre lignes et tant de choses... Une description tout en contrastes, qui commence avec de jolies notations exotiques, brossant un tableau plein de charme et de paisible beauté, quand vient la dernière phrase où quelques mots suffisent à tout décaper jusqu'à l'os: "orbites, cadavre, rongée, napalm", le dernier refermant l'évocation sur l'atroce réalité de la guerre.
Un réquisitoire efficace rendu plus fort par sa brièveté. Mais le titre me paraît un peu faible (même s'il a pour but d'évoquer l'endroit tout en masquant le vrai sujet), et on ne peut s'empêcher de penser au "Dormeur du val'...


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