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Poésie libre
Palrider : Les yeux d’ailleurs
 Publié le 16/06/18  -  9 commentaires  -  793 caractères  -  232 lectures    Autres textes du même auteur

Puis, ses visions allèrent vers l’essentiel...


Les yeux d’ailleurs



La lune se moire avec les roseaux secoués par le vent de terre
elle, désormais liée à Alzheimer jusqu'au dernier souffle
sort et court le long des roseaux, vers la lune frôlant la mer
elle pète, rigole comme une pie à Cannes, lève les bras au ciel tant elle est euphorique.

Il y a ces îles sœurs pas loin, elle ne les sait plus... voit deux tortues géantes à liserés dorés...

Elle va être guidée pour rentrer, disputera qui voudra l'emmener sur la chaise à trou, où l'on se vide
elle ne demande qu’à grimper aux arbres, mais qu’on la laisse faire bon Dieu
ce jour, dans sa chambre de fin de vie, un petit fils
elle pèse trente-cinq kilos, dodeline à cent cinquante kilos le mouvement, les yeux d'ailleurs.

... Où pars-tu...


 
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   Provencao   
8/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
".où pars tu... "

Quelle sublime poésie libre qui délivre, qui confie....

J'ai beaucoup aimé ce regard puisse t-il être ou peut-être pas tout à fait incongru de suggérer que la poésie libre,inconditionnellement attachée à rendre le vivant et le concret et obsédée par la recherche d’une clarté persistante que la maladie liée à Alzheimer ne menace pas à chaque instant d’engloutir à nouveau, confine elle aussi par moments, d’une certaine façon, les limites de l’éternité.....

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   papipoete   
16/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour Palrider
A l'insu " de son plein gré ", elle s'est unie à Alzheimer qui ne la lâche plus, dicte ses pensées et parle à sa place . Elle voit des choses qui semblent évidentes, comme ces " deux tortues géantes ... "
Dans sa chambre où guette derrière un rideau la faucheuse, son petit-fils la regarde " s'équiper " pour Morphée ; << où pars-tu ? >>
NB une scène de la vie que l'auteur nous brosse en demi-teinte, mêlant sourire attendri et les yeux qui se baissent face à la détresse .
La première strophe et son 4e vers en particulier sont très touchants !

   hersen   
16/6/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
j'ai vraiment aimé ce poème pour la raison principale que l'auteur a réussi à pas un gramme de pathos; rare pour ce genre de sujet; il y a une lucidité de l'observateur, et j'y décèle de la tendresse envers la personne malade.

C'est pour moi la poésie pure, on ne se tracasse pas de la forme puisque tout est dit, puisque le coup à l'estomac me dit à moi, lectrice, que c'est réussi;

Mêler de la poésie pure avec pète et rigole comme une pie à Cannes, il faut je pense une très grande empathie, il faut être capable d'aimer les personnes pour et par ce qu'elles deviennent. la poésie attitude ?

quand j'ai découvert l'auteur, quelque part je n'ai pas été étonnée, je l'ai déjà lu plongé dans l'humain sous des dehors loufoques;

Bravo Palrider et merci pour ce poème.

ps, je crois ma première prhase n'est franchement pas en frs correct, mais bon, à mon avis ça va le faire :)

Ah, l'éval ? Bon. J'hésite. Parce que je pense qu'on est dans le beaucoup, + ou -, on s'en fout. Mais la rareté de cette façon de traiter le sujet me fait voir plus haut. Alors je vais vers un passionnément. Flèche en bas, faut pas exagérer non plus :)))

   Lulu   
17/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Palrider,

Le texte est court, mais va en effet vers l'essentiel… On peut se représenter un personnage entier du fait de le voir vibrer et vivre :
"sort et court le long des roseaux, vers la lune frôlant la mer
elle pète, rigole comme une pie à Cannes, lève les bras au ciel tant elle est euphorique."
Ainsi, pour le fond, je suis vraiment touchée, mais pour la forme, j'aurais plutôt mis "rit", plutôt que "rigole" (un mot que je n'aime vraiment pas… mais c'est tout à fait personnel) et le "tant elle est euphorique" me semble alourdir le vers. L'idée est intéressante, et je trouve bien de la dire, mais peut-être qu'une autre formulation passerait mieux, car là, ça fait trop prosaïque.

Puis, le vers suivant entraîne au large, là où se porte son regard… Très beau "Il y a ces îles sœurs pas loin, elle ne les sait plus… voit deux tortues géantes à liserés dorés…"

On resterait bien dehors un peu plus, à la suivre en poésie dans cette présence au monde qui la montre heureuse.

J'ai trouvé la manière de raconter vraiment intéressante. Son point de vue, entremêlé à celui du petit-fils "mais qu'on la laisse faire bon Dieu"... "Où pars-tu..."

C'est sobre et sans détour en même temps. C'est précisément ce qui m'a plus dans ce texte.

   Recanatese   
17/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

il y a des poèmes dans lesquels aucun mot n'est de trop et où il ne manque rien. Votre écrit en fait partie. C'est pourquoi il m'est difficile de citer un passage plutôt qu'un autre.
Mon ressenti fut très fort dès la première lecture et l'est tout autant maintenant.
Je relis et je vais quand même relever les passages qui m'ont le plus touché:

elle "sort et court le long des roseaux, vers la lune frôlant la mer elle pète, rigole comme une pie à Cannes, lève les bras au ciel tant elle est euphorique."

"Elle va être guidée pour rentrer, disputera qui voudra l'emmener sur la chaise à trou, où l'on se vide
elle ne demande qu’à grimper aux arbres, mais qu’on la laisse faire bon Dieu"

L'évocation de la maladie est très belle et sonne juste. Je trouve ce parti pris "mais qu'on la laisse faire bon Dieu" très émouvant. Je vois dans votre personnage quelque chose d'un enfant dont il ne faut pas brider l'imagination, la poésie... Merci pour ça.

Au plaisir de vous relire.

Recanatese

   Cat   
17/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Il y a des poésies comme ça, qui me laissent sans voix, sans mots. Tout est dit dans ce poème très réaliste, très lumineux, malgré le grave du sujet. C’est justement ce qui m’émeut ici.

Il y a beaucoup de respect envers la personne touchée. Elle n’est pas simple malade, elle est elle, parce que l’amour du poète lui redonne le droit de se manifester telle qu’elle a toujours été au travers ses mots à lui. La touche d’humour est une touche de génie en ce sens.

Merci Palrider. J’ai deviné depuis longtemps toute la sensibilité qui palpite derrière tes interventions.

A te relire.

Cat

   Donaldo75   
17/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Palrider,

Pour un thème difficile, en voilà un qui gagne le pompon. Eviter le pathos, l’exhibitionnisme ou le glauque est un vrai challenge tellement ce sujet est chargé en émotion, dans nos consciences collectives et individuelles.

Eh bien, tu as réussi à passer ces écueils, haut la main ; en plus tu cites nommément la maladie, par le patronyme du neurologue allemand qui l’a étudiée et révélée au début du XXème siècle. Le lecteur sait donc sur quel chemin il s’aventure. J’avoue que la poésie, l’image des tortues, en particulier, adoucit le poème, quand même bien rude surtout sur la fin.

Bravo !

Donaldo

   Pandelle   
17/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien
C'est fort parce que le ton(le style) est en accord avec le thème.
Cette mémé qui veut grimper aux arbres(Nabokov appelait les gens atteint de cette fantaisie: les "brachipodistes"! Je ne sais pas si c'est lui qui a inventé ce terme, je ne l'ai jamais lu ailleurs)ou plutôt à l'arbre, celui de la généalogie ; comme des racines qui sortent de terre en faisant des doigts d'honneur.
Il paraît qu'en vieillissant on redevient enfant...les enfants gâtés et les vieux gâteux, tu m'étonnes que les yeux s'y perdent...(pour le moins)

   Eki   
18/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quel poème...Voici les mots qui me viennent en écho :
Respect, amour, sensibilité et tendresse.

La bientraitance est aussi dans le regard que l'on porte aux plus fragiles..C'est ce que j'ai ressenti dans votre écrit.

Peut-être un hommage à une personne aimée, vous en parlez si bien.
Presque un cri tu comme une douleur pudique qu'il faut porter, qu'il faut déguiser un peu pour la porter.

Vos images nous guident avec une infinie délicatesse.

Eki émue


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