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Poésie contemporaine
Pouet : Les derniers soleils
 Publié le 20/04/13  -  11 commentaires  -  1965 caractères  -  265 lectures    Autres textes du même auteur

Un village.


Les derniers soleils



Au village le jour ne veut plus se lever,
L’horizon désuet porte un collier de brume.
Depuis longtemps le coq a cessé de chanter,
Au théâtre de l’aube, ses hymnes d’amertume.

Le ciel paraît si bas,
Des averses de boue
Inondent les sillons
De la mélancolie.
Sur de l’herbe mica
Un âne rêve debout
Dans l’enclos des saisons
Où sèche l’ancolie.

Les volets se confondent
En paupières d’ébène
Aux chaumières talées ;
S’entassent les remords
Dans un recoin du Monde
Où le roi est un chêne.
L’espoir s’en est allé,
Tous les oiseaux sont morts.

Au village l’instant ne semble s’écouler
Que sur les joues fragiles de la terre rougie
Par l’empreinte carmin d’un amour refoulé ;
Le chemin du partage s’éclaire à la bougie.

L’église flatte l’esprit de ses tristes clients
Au marché de l’ennui, bradant l’éternité,
Le curé distribue quelques pieux dépliants
Même si de son regard la foi s’est exilée.

Et les âmes se croisent
Comme on croise le fer,
Les habitants se toisent :
Reflet de leur misère.

Sur les sentiers sans peau
Des cadavres de chiens,
La lune sans cerceau
D’un cirque aérien…

On dit dans la région
Qu’un ruisseau de lumière
S’éparpille en éclat
De rires multicolores,
Que l’autre est religion
Et l’amitié prospère,
Que les heures, là-bas,
S’égrainent en perles d’or.

On parle d’un endroit
Sans chemin ni frontière,
D’un écrin suspendu
Aux fêlures de l’éveil
Où l’aurore se boit
Au goulot du sincère :

Comme des yeux perdus
Brillent les derniers soleils.

Ici le paysage foule son manteau de suie
Car c’est à l’arme blanche qu’on achève l’été.
Soupesant l’existence, chacun porte sa nuit,
Au village le jour ne veut plus se lever.


 
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   Ioledane   
9/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Pesante atmosphère d'un village moribond, au rythme hésitant des alexandrins ou hexasyllabes ...

Beaucoup de belles images, j'ai noté en particulier :
"L’horizon désuet porte un collier de brume"
"Un âne rêve debout
Dans l’enclos des saisons"
"Et les âmes se croisent
Comme on croise le fer"
"Qu’un ruisseau de lumière
S’éparpille en éclat
De rires multicolores"
"D’un écrin suspendu
Aux fêlures de l’éveil"
"Comme des yeux perdus
Brillent les derniers soleils"
et le premier et dernier vers, qui résume tout.

Beaucoup de force dans ce poème très bien réalisé.

   Pimpette   
20/4/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
'soupesant l'existence, chacun porte sa nuit'
Que c'est beau ça....et triste...et comme ça peint bien ce bled assoupi!

Chaque ligne apporte, comme avec un pinceau sur une toile, une touche d'agonie douce et même le curé ne croit plus beaucoup à ce qu'il représente!

les images se suivent,simples et aisées, et je trouve que c'est un beau travail!

   Anonyme   
20/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour
J'avais lu ce poème dans l'espace lecture sans le commenter.
Aujourd'hui, je l'ai lu plusieurs fois afin de trouver pourquoi je ressentais un déséquilibre.
Ouf !
J'ai trouvé !
Ce sont les oiseaux morts et les chiens.
Ils enlèvent de la crédibilité à ce poème. C'est juste un peu trop.
Mais à lire à haute voix, c'est très agréable.
La poésie est là !
Merci.

   leni   
20/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un vrai diaporama de trouvailles C'est écrit à plume nostalgie Les images me frappent dans leur simplicité ...Au théâtre de l'aube..dans l'enclos des saisons..Et les âmes se croisent comme on croise le fer Superbe! Où l'aurore se boit au goulot du sincère....Et c'est à l'arme blanche qu'on achève l'été...Là je viens d'arriver à l'auberge la plus proche et je m'offre le temps de boire au goulot de la sincérité Et je relis ton texte...Merci et Bravo Leni

   brabant   
21/4/2013
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour Pouet,


S'il y a de la poésie ici, alors il s'agit de poésie naphtaline type Botrel, les coqs eux-mêmes n'y chantent plus. Quid des citadins retraités qui veulent égorger Chantecler à la campagne quand ils ne veulent pas arracher les horloges carillonnantes des clochers.

Je n'ai jamais rencontré pour ma part, même au profond des villages, de vieux curés éteints car le profond des villages est aussi le profond des âges où la flamme continue de brûler et s'anime dans la mystique des églises, derniers et robustes et entêtés remparts de la foi, la foi naïve, celle du charbonnier, la foi comme un livre de vitraux ou de chemins de croix en douze stations c'est-à-dire d'images.

La thématique de ce poème dépassé m'apparaît donc très problématique, qui consiste à faire du vieux mité là où le vieux vénérable et luisant d'encaustique garde aujourd'hui vaillamment le temple et sa foi.

Pour cette raison je ne puis y adhérer d'autant que mon expérience prouve le contraire car chaque samedi soir je tape le carton au Café du Soleil face à l'église avec l'abbé Jo suffisamment moderne pour avoir abandonné la manille au profit de la belote et le vin de messe pour le panaché bière/grenadine. L'aime pas les socialos le Père Jo, j'lui ai pas dit que j'en suis un ! L'est haut en couleurs et fort en gueule, toujours prêt à se battre pour le Christ en croix et à croire que tout ce qui n'est pas catholique romain porte marteau et faucille sous son manteau !

   Charivari   
21/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quelle atmosphère ! Très belle idée que ce soleil qui ne veut pas se lever, comme allégorie d'un monde cloisonné, routinier, sans espoir - je me souviens une fois, en traversant la Beauce, j'ai eu cette impression-. Au niveau du style, j'ai trouvé ça très bien écrit aussi, une très bonne prosodie, des images comme "le collier de brume", ou "les âmes se croisent comme on croise le fer", que j'ai beraucoup aimés. Par contre, j'ai trouvé ça un peu trop long. Notamment les deux strophes évoquant l'ailleurs, vers la fin (on dit que... ). Parfois, aussi, ça manque un peu de fluidité (par exemple "les habitants se toisent : reflet de leur misère". La juxtaposition m'a un parue un peu brusque. ) Mais dans l'ensemble, je ne vais pas bouder mon plaisir, c'est un texte qui m'a beaucoup plu.

   Lariviere   
21/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Pouet,

"Ici le paysage foule son manteau de suie
Car c’est à l’arme blanche qu’on achève l’été."

Rien que pour ces deux vers, ce poème mérite amplement le détour...

La forme, très sage, presque conventionnelle déroule ses belles images pour faire résonner ces "hymnes d'amertume", mélancoliques, empêtrés de névroses collectives et de frustrations, de tous ces villages où désormais encore plus qu'hier, "le jour ne veut plus se lever"...

Je regrette comme vous que ces villages ne soient plus aujourd'hui, que l'ombre d'eux mêmes...

Qu'est ce qui les a tués ?... Internet et facebook ?... La fuite des jeunes ?... La mondialisation ?... Les jeunes qui naissent déjà vieux ?... La baisse de fréquentation des bistrots ?... L'interdiction de fumer dans les espaces publics ?.... La tolérance zéro pour l'alcool au volant ?...

En réalité, un peu tout ça à la fois, mais surtout le reste... Le temps qui change, les pratiques sociales qui "évoluent"... L'appauvrissement certains des liens sociaux dans des milieux ruraux déjà peu enclins au bavardage...

Et aussi certainement, quelque chose d'intemporel et de tenace : l'ostracisme et le repli sur soi de ces habitants aux volets fermés "En paupières d’ébène" (par chez moi, c'est pour éviter les trop fortes chaleurs...), mais en effet, dans la fraîcheur des pièces sombres

"S’entassent les remords
Dans un recoin du Monde
Où le roi est un chêne."

Des passions extraordinaires, il y en a pourtant ; mais elle stagnent et croupissent jusqu'à devenir improfitable au genre humain, et alors elles s'écoulent, comme de la bile

"Par l’empreinte carmin d’un amour refoulé ;
Le chemin du partage s’éclaire à la bougie."

J'aime beaucoup cette dernière image, ainsi que tout le passage sur l'église, le dernier supermarché des coeurs remplis de sècheresse où,

"Au marché de l’ennui, bradant l’éternité,
Le curé distribue quelques pieux dépliants"...

L'image suivante est très belle aussi et exprime bien la réalité d'un monde habité de méfiance et de suspicion, où chacun développe ses cancers dans son propre silence :

"Et les âmes se croisent
Comme on croise le fer,
Les habitants se toisent :
Reflet de leur misère."

En conclusion, j'ai beaucoup aimé ce poème. Les images développent une force d'évocation singulière au profit d'une véritable émotion que ne dessert pas la construction classique, bien au contraire...

Merci pour ce beau moment de lecture !

   wancyrs   
21/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le décor est posé d'entrée de jeu : "Le jour ne veut plus se lever". Ici le coq qui chante me fait penser à un village d'Afrique, l'ébène, la terre rougie aussi... Les images qui défilent sont prenantes, et on se laisse aller à observer, à toucher...

L’église flatte l’esprit de ses tristes clients
Au marché de l’ennui, bradant l’éternité,
Le curé distribue quelques pieux dépliants
Même si de son regard la foi s’est exilée.

C'est si vrai !!!

Et si on ajoute :

Ici le paysage foule son manteau de suie
Car c’est à l’arme blanche qu’on achève l’été.

Le détour en vaut vraiment la peine.

Merci pour ce moment de lecture

Wan

   widjet   
23/4/2013
 a aimé ce texte 
Bien
J'aurai nettement préféré que le texte se termine sur

Comme des yeux perdus
Brillent les derniers soleils.


Et le "même si de son regard la foi s'est exilé" est un peu disgracieux à l'oreille.

Pour le reste, c'est vraiment bon et on reconnait et retrouve avec plaisir les images propres à l'auteur, ces associations ("théâtre de l'aube", " hymnes d'amertume", "chemin du partage", "marché de l'ennui" etc...) dont il a le secret.

Seul manque le morbide (ce sera pour le prochain ? :-)

Merci

W

   Anonyme   
23/4/2013
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Quelques bonnes choses dans ce poème, malheureusement beaucoup aussi de métaphores désuètes au lyrisme pompier :

- "un collier de brume - Au théâtre de l’aube - les sillons de la mélancolie - les joues fragiles de la terre rougie /Par l’empreinte carmin d’un amour refoulé - Au marché de l’ennui - Aux fêlures de l’éveil - Au goulot du sincère - ".
Tout ça est daté au carbone 14.

Et puis, rien de pire que de s'infliger un cadre classique et répétitif (alexandrins et hexasyllabes) si c'est pour ne pas respecter l'arithmétique. En effet je relève pas moins de 8 alexandrins boiteux sur 16. Le record étant détenu par le vers :
- "Ici le paysage foule son manteau de suie" qui compte 14 syllabes!!

Les hexasyllabes sont un peu mieux traités puisque seuls 8, si j'ose dire, devraient aller en rééducation. Chez vous l'hexasyllabe est élastique de 7 à 5, ce qui encore une fois ne me gêne pas spécialement dans une poésie libre et variée, mais est très désagréable dans le rythme régulier que vous avez souhaité imprégner à votre poème. Je crois que vous avez un problème avec les E muets.

Par contre j'aime le premier vers qui à la fin referme le village sur lui-même. Et puis ces quatre vers, beaucoup plus poétiques que tout le reste :

- "Dans un recoin du Monde
Où le roi est un chêne.
L’espoir s’en est allé,
Tous les oiseaux sont morts."

Poésie, métaphore, arithmétique, tout y est... trop peu souvent.

   troupi   
24/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La métrique approximative passe pourtant bien à la lecture, surtout à voix haute, donc ça ne me gène pas du tout.
L'histoire est triste mais empreinte d'une beauté tranquille et nostalgique. On voudrait voir revivre ce village moribond et d'abord pour échapper à la folie destructrice des villes qui si elles sont bien vivantes sont aussi des tueuses à long terme.


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