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Poésie contemporaine
Quidonc : André sans sonnets [Sélection GL]
 Publié le 27/07/17  -  8 commentaires  -  3513 caractères  -  115 lectures    Autres textes du même auteur

Peut-être n'est-on jamais à la hauteur de ses rêves, mais faut-il pour autant s'arrêter de rêver ?


André sans sonnets [Sélection GL]



André sans sonnets (Qui se voulait poète)

De café en café dans tous les abreuvoirs
Par l’alcool imprimé, je m’affale au comptoir.
Médiocre, sans talent et sans génie je trinque,
Car si je rime ailleurs, mon vers fond sur les zincs.

On m’appelle archi-loque pas pour mes origines,
Bien que tout comme lui je sois né à Paros,
Mais pour mon apparence, mon parfum nicotine,
Mon penchant excessif pour le whisky d’Écosse.

S’alignent devant moi sur la table les verres,
Je cherche dans l’alcool à plier quelques vers.
Muse qui m’use et s’amuse, la verveine m’inspire,
Je râle, je riposte, je rince, je délire,
Je rote, rame et rime… Pas même un fabliau.
De mon cerveau fiévreux, des verres prisonniers,
Par un saoul entendu mes vers vont s’oublier.

J’aurais aimé, c’est vrai, des autres être admiré,
Ne fût-ce qu’un printemps, ne fût-ce qu’avoir été.
Aussi dans ma folie avec l’ami Bacchus,
Je me mets à rêver que mes œuvres parussent.

Et je me réinvente couché pendant des heures,
Le cheveu long crasseux plaqué sur le visage,
Avec suffisance faire de sombres présages,

Avec une once d’ennui, un bâillement calculé,
Avec emphase aussi, en conservant mon flegme,
Je vous délivrerais mes plus beaux apophtegmes.

Puis porté au cénacle je taquinerais le vers,
Mon nom serait chanté aux cercles littéraires,
On boirait mes quatrains et des éclats de rire…

Mais des éclats de rires ne me reste que brisures.

« Ô rage ô désespoir ô vieillesse ennemie
N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie. »
Ce sont là jolis vers que j’eusse aimé écrire,
Comme l’ami Corneille la tragédie pétrir
Ou capter quelle aubaine de Rimbaud la folie
De Charles Baudelaire humer le désespoir
Ou de l’ami Verlaine la tristesse infinie.

J’aurais aimé m’appeler Shakespeare
Mais voilà je me nomme André
Dans mes vers il faut que j’expire
Sans qu’ils aient été respirés.

Alors je lève mes vers à l’illustre inconnu
Les portant à ses lèvres récitera ma thrène,
Chantera mes poèmes puis d’un air entendu,
Les jettera aux vents que le temps les entraîne.

Que tout soit disparu.


 
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   BeL13ver   
6/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Voilà un poème bien ivrogne comme il le faut ! L'apparente médiocrité de ces vers permet d'enchanter le lecteur et restitue bien le discours sans queue ni tête d'un homme ivre ! On prendrait presque en pitié ce pauvre gars qui n'a même pas l'air de se rendre compte qu'il parle en alexandrins.

Pas de moments particulièrement géniaux dans le style ou l'impression laissée, mais beaucoup de passages détendent et permettent d'esquisser un sourire bienveillant pour André sans snonnets/chansonnet/Sansonnet.

Il ne se souvient plus même précisément des vers de Corneille "N'ai-je donc tant vécu que pour cette infâmie ?"

Un moment détendu, de tranquillité, un petit rayon de soleil dans ma journée poétique. Un petit bémol cependant : si j'aime beaucoup ce poème, je le trouve un peu trop long...

   Zoe-Pivers   
11/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il a quelque chose, à mes yeux, de terriblement touchant ce rêveur.
Beaucoup de vers fluides qui coulent comme une liqueur en bouche,
le lecteur se laisse avoir, il boit ces vers qu'on lui tend puis la lecture se met parfois à tituber et se prend les pieds sur certains vers. Est-ce à cause d'un "saoul entendu " ? (le lecteur interprète :)
C'est pas glamour de s'affaler sur le comptoir, pas vendeur le parfum nicotine, le cheveux long crasseux... Et pourtant le charme opère.
Puis il y a pour moi des découvertes comme Archiloque, apophtegme et thrène.
J'ai beaucoup aimé ce poète écorché qui en vers aime trinquer, avec son lecteur.
Merci
Zoé

   Brume   
15/7/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour

Pas facile d'être poète. Encore moins quand le cerveau est étourdi par l'alcool.
Le portrait d'André n'est pas laid. Il a un beau langage et ses jeux de mots comme par exemple "saoul entendu" ont de la classe.

Le changement de rythme est un beau contraste. Dans la première partie le rythme est plus alerte. Et à partir de "Ô rage Ô désespoir..." la ponctuation se fait plus rare, le rythme ralenti. Mais du début à la fin l'état d'esprit du narrateur reste le même : il en émane de l'amertume.

   papipoete   
27/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Quidonc,
Votre texte fut présenté il y a quelque temps, je le commentai favorablement, mais celui-ci réapparut en espace-lecture, sûrement remanié !
NB je ne reprend donc pas mes dires ( que vous devez avoir conservé ), mais souligne quelques passages particuliers, le 3e tercet ; et plus loin " j'aurais aimé m'appeler Shakespeare , mais voilà ... " ce passage est fort touchant ! et le titre fort original !

   Cristale   
27/7/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un plus pour les rimes "flegme" "apophtegme", aussi pour "thrène" "entraîne".

L'auteur a du vocabulaire et le sens de la narration. Je lui dirais bien d'arrêter de boire, de se laver "Le cheveu long crasseux plaqué sur le visage" (rire!) et de continuer à rêver et de signer ses poèmes de son nom, le seul qui lui va le mieux : "André".

Merci pour cette plaisante lecture.
Cristale

   Pouet   
27/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

Pour ma part j'ai vraiment bien aimé ce poème.

Je pense toutefois que le terminer sur :" Mais des éclats de rires ne me reste que brisures." aurait été opportun car la suite n'apporte rien de plus et est à mon avis moins percutante. Mais bon quand j'écris je suis un peu pareil, j'ai du mal à m'arrêter parfois quand je suis lancé...

Bref hormis cela j'aime beaucoup quoi. C'est simple, fluide et bien écrit, ironique à souhait.
Et puis moi la poilade du titre "Entrez sans sonner" aveg l'akzent munichois me plaît bien mais bon je suis bon client faut dire à ce sujet.

Au plaisir.

   PIZZICATO   
27/7/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une auto dérision corrosive ; le ton est donné des le premier quatrain.

Vient ensuite cette allusion et jeu de mots fort bien tournés :
." On m’appelle archi-loque pas pour mes origines,
Bien que tout comme lui je sois né à Paros,
Mais pour mon apparence, mon parfum nicotine,
Mon penchant excessif pour le whisky d’Écosse. "

Malgré sa déchéance, dépravé par ses rêves non aboutis, le personnage engendre une certaine compassion.

   Louison   
27/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir,

J'ai pris un grand plaisir à lire ces vers.
Le poète qui cherche l'inspiration au fond des verres, qui voudrait tant la gloire même pour un moment bref est très bien décrit.

J'aime particulièrement:

J’aurais aimé, c’est vrai, des autres être admiré,
Ne fût-ce qu’un printemps, ne fût-ce qu’avoir été.
Aussi dans ma folie avec l’ami Bacchus,
Je me mets à rêver que mes œuvres parussent.

et:
Mais des éclats de rires ne me reste que brisures.

J'ai un peu buté sur:
Alors je lève mes vers à l’illustre inconnu
Les portant à ses lèvres récitera ma thrène,

bien sûr la préposition "qui" devant "les portant à ses lèvres" ne serait pas jolie, mais j'ai trouvé ce vers un peu étrange de ce fait.


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