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Chansons et Slams
Rathur : Les remords de Tibbets
 Publié le 12/02/09  -  9 commentaires  -  1850 caractères  -  75 lectures    Autres textes du même auteur

Essayer de ramener l’ampleur de tels drames à la conscience individuelle.


Les remords de Tibbets



J’aurais dû revendre mes actions,
J’ai revendiqué mon geste,
L’effet de ce que l’on choisit :
Conscience simpliste de mes haines.
- Mais, Monsieur taisez-vous, c’était la guerre !

Je voulais un beau looping
Au-dessus du champignon.
J’ai félicité mes gars à l’écouteur,
J’ai mis le masque du responsable :
Le devoir d’un assassinat de plus.
- Mais, Monsieur taisez-vous, c’était la guerre !


J’aurais dû regarder les conséquences en face.
Ne pas mettre ma croyance à toutes les sauces.
Aucun neuroleptique ne peut ôter des yeux
L’image d’enfants en lambeaux.
- Mais, Monsieur taisez-vous, c’était la guerre !

J’aurais dû étudier les philosophes humanistes.
J’ai ânonné tous les manuels des chapelles
Où naissent les nouveaux nez d’uranium,
- Mais, Monsieur taisez-vous, c’était la guerre !


J’aurais dû visiter Hiroshima en bermuda,
Acheter des souvenirs made in Hong Kong,
Shooter en numérique et manger au McDo du centre.
J’ai continué à voler, j’ai continué à prier :
Je n’ai fait que mon devoir.
- Mais, Monsieur taisez-vous, c’était la guerre !


J’aurais préféré plus de discrétion,
Tout classer « secret-défense »,
Mais alors c’était reconnaître le mauvais coup,

Tout comme l’écran du prénom de sa maman
Sur la carlingue-miroir pour se donner de l’âme.
Une forteresse volante me hissait :
Un étron B29 salissait le ciel à jamais.
- Mais, Monsieur taisez-vous, c’était la guerre !
- Mais, monsieur taisez-vous, c’était la Terre !


 
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   Nongag   
12/2/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen -
Hummmm! Il y a quelque chose de confus, pour moi, dans tout cela. Tibbets est le mec qui pilotait l'avion qui a largué la première bombe atomique.

On a donc affaire à un mea-culpa imaginé par l'auteur. Il y a de beaux moments:
"J’aurais dû regarder les conséquences en face.
Ne pas mettre ma croyance à toutes les sauces.
Aucun neuroleptique ne peut ôter des yeux
L’image d’enfants en lambeaux."

Mais je ne comprends pas certains passages. En 1945 des souvenirs made in Hong Kong, des McDonalds...

De plus, la finale ne me convainc guère, la répétition est banale et n'ajoute rien, je trouve. Je n'aurais gardé que les quatre premiers strophes. Et au dernier j'aurais enlevé la répétition.

   Sallymara   
14/2/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
Enola Gay....

J'aime beaucoup la structure du poème avec cette excuse sempiternelle: la guerre est un espace de non-droit, une excuse à toutes les horreurs.

Comme nongag, j'ai été surprise par les anachronismes, ou alors je n'ai pas compris l'idée.

mais je salue la force de ce texte.

   David   
16/2/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Bonjour Rathur,

Tribunal de la conscience, les petites mains n'ont pas leur mot à dire sur ce qu'elles manipulent, Tibbets, manutentionnaire de bombe nucléaire...

   Menvussa   
17/2/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Voilà un "Rathur" qui résonne comme un Mac Arthur. Est-ce que le général aura, quant à lui, su raisonner ainsi.

Sur la forme, j'ai quelques difficultés à y reconnaître une poésie, j'ai du mal à en trouver la musique. Je trouve par contre que cela est bien écrit.
Sur le fond, je suis totalement séduit.

   Anonyme   
10/5/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Presque un slam, presque une chanson. Un morceau intéressant avec une chute plutôt bien amenée. Des prises de position, on les partage ou pas, des prises de risque de fait, c'est louable.

   Raoul   
12/6/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Sec et dru!
Voilà un poème qui a quelque chose à dire, parle clair, et qui, ce qui pourtant est souvent le cas dans les textes "engagés", n'est pas naïf ou réducteur. Ce qu'apportent les anachronismes, justement, c'est ça: avec eux ce n'est pas un simple écrit de mémoire, il s'encre bel et bien dans la réalité d'aujourd'hui.
Sans pathos, c'est un texte qui pose de bonnes questions.
Le vers refrain est de ces petites musiques qui ont justifié beaucoup du pire, et continuent… sous des formes dérivées et malignes.
Un poème comme j'aimerais en lire plus souvent sur ce site!

   Meaban   
16/6/2009
je rejoindrais le commentaire de raoul, j'aime cette écriture âpre, demanderesse de culture générale pour arriver à une sorte de communauté d'esprit avec l'auteur

loic;-)

   jaimme   
15/9/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Je ne peux qu'être touché par ce thème!
J'ai moins aimé les deux dernières strophes. Tout le reste m'a plu: force sans aucun contournement de l'obstacle. Avec des mots sans concession poétique.
Encore!

   coquillette   
15/9/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Bonsoir Rathur
Je n'avais pas lu ce poème. J'aime beaucoup. En particulier la cinquième strophe - ma préférée - bien qu'un rien anachronique.
Et je pense à Paul Tibbets mort en 2007 enterré sans funérailles ni pierre tombale. Est-ce que ça vie durant... après, il aurait pu dire "j'aurais dû" ?
Oui c'est sûr :
"J’aurais dû visiter Hiroshima en bermuda,
"Acheter des souvenirs made in Hong Kong,
"Shooter en numérique et manger au McDo du centre."
Oui certes, aussi, il y a la rime mais la fin me déçoit un peu, j'aurais préféré : Mais monsieur, taisez-vous, c'étaient des hommes." mais bon...
Merci

 

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