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Poésie contemporaine
Recanatese : Jo et la vieille
 Publié le 31/07/17  -  8 commentaires  -  2713 caractères  -  141 lectures    Autres textes du même auteur

À Jo, Charline et moi-même.


Jo et la vieille



« De son premier berceau à sa dernière couche,
L’homme égrène les ans tel un triste jongleur
Qui déambule en vain entre ennui et douleur,
Festin en devenir pour les vers et les mouches. »

Ainsi parlait l’amant de la froide raison,
Emmuré dans le gris de sa tour de Babel,
Jo l’aigri grignotait son dernier Babybel
Et méditait son choix : le fer ou le poison ?

À deux pas de chez lui vivait une jeunette,
Soixante-dix printemps, on la disait barjo.
Peu de choses semblaient la séparer de Jo :
Quelques murs de béton, la teinte des lunettes.

Dans ses doubles foyers s’invitait la Grande Ourse,
Elle couvait d’un œil bienveillant les trois mômes
Du bâtiment : Farid, Aminata, Jérôme
Et les dealers du hall qui lui montaient ses courses.

Jo voyait vaguement s’ébattre trois gamins,
Dans ses fausses Ray Ban s’éteignaient les couleurs,
En quête d’un sursis il suivait les dealers,
Un coup d’œil à l’ancêtre et la peur de demain.

Sur le front de la vieille il regardait courir
Le rictus figé de la mort qui nous attend,
Un affront du destin, une insulte du temps ;
Elle y savait les nids où dorment nos sourires.

Mamie s’imaginait, les yeux à demi-clos
Face au peintre attelé à sa plus belle toile,
Calmement adossée à l’angle d’une étoile,
Étreignant l’infini de son céleste enclos.

La voûte diaprée pour unique chapelle,
Elle batifolait avec des dieux impies,
À son bras suspendue, la divine Utopie
Sous la lune dorée faisait danser sa belle.

Les illusions de Jo n’avaient pas survécu
À la vérité nue qu’il traquait sans relâche,
Il fuyait les saints lieux, sanctuaires de lâches
Où des vendeurs d’espoir prêchent des cons vaincus.

Sachez qu’il fut un temps, cet enfant de la nuit
Se plaisait à compter les étoiles filantes
Qui semblaient désormais, dans leur course insolente,
Lui siffler des « va-t’en voir ailleurs si j’y luis ! ».

Poète à sec, sculpteur de mots par intérim,
La plume et le poignard se disputaient son âme
Mais de curieux amis ensommeillaient sa lame
Et, sournois, lui mettaient des bâtons dans les rimes.

Effexor, Lysanxia, Lysanxia, Quétiapine :
Amis commis d’office. Ils tenaient en otage
La faucheuse accoudée à son treizième étage
Et traçaient les confins de sa morne routine.


Dans un vieux livre hanté par mille et une voix,
L’aube renouvelée entrouvrit une page,
La vieille y vit bientôt s’épanouir une plage,
Sur le sable ces mots : IL ÉTAIT UNE FOIS.


 
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   papipoete   
20/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
contemporain
L'histoire de Jo et ses illusions qui l'emportaient à la tête d'une bande, où l'on se prosternerait sur son passage ; mais la réalité le poursuit aidé dans son courage par l'ami " Lysanxia ", et les yeux éteints sous de fausses " Ray Ban " .
NB ce poème est rempli de bons mots comme au 4e vers et des lignes comme celles de la 8e strophe !
L'avant-dernier quatrain est à savourer !
papipoète

   Brume   
23/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Poème visuel à l'ambiance planante sans effet surréaliste.
Le rythme est alerte mais l'impression que les images semblent se défiler au ralenti.
Jo pointe un regard désabusé teinté d'humour gris.
J'ai ris à "va-t-en voir ailleurs si j'y luis!"

Le bien et l'illégal se côtoient dans la cité :

- "Elle couvait d'un oeil bienveillant les trois mômes
Du bâtiment : Farid, Aminata, Jérôme
Et les dealers du hall qui lui montaient ses courses "

La narration me plaît pour son charisme: son caractère original, grinçant et haut en couleurs.

Le poème est bardé de puchlines ça et là comme par exemple la strophe 6 que je trouve redoutable par son mélange de cynisme et de crainte.

   Pouet   
31/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

J'ai pensé aux "nourrices" de certains dealers qui sont souvent des personnes âgées, donc au-dessus de tout soupçon même si cela se sait à présent.

Quoiqu'il en soit un poème assez triste, d'un réalisme intéressant.

Beaucoup de bons vers parsèment le texte:

" Un affront du destin, une insulte du temps ;
Elle y savait les nids où dorment nos sourires."

"Calmement adossée à l’angle d’une étoile,
Étreignant l’infini de son céleste enclos."

Le sombre côtoie le léger, l'humour de façon harmonieuse, et la "narration simple" les métaphores recherchées, j'apprécie tout particulièrement ce mélange des genres.

Faire rimer "Babel" et "Babybel" n'est pas non plus pour me déplaire.

Ce vers m'a semblé moins coulant, j'ai un peu buté dessus: "Le rictus figé de la mort qui nous attend,". Enlever le "nous" me paraît être une bonne idée concernant la fluidité et la "force" du vers. Mais bon c'est vous l'auteur.

Voilà, je ne vais pas tout citer, mais il y a pas mal de trouvailles, de la modernité, c'est un très bon poème me concernant.

Au plaisir.

   PIZZICATO   
31/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un tableau réaliste de certaines vies dans les cités.
Un humour aigre-doux, parfois corrosif, chemine avec une poésie bien présente pour décrire les " aigris" et les dérives.

" Sur le front de la vieille il regardait courir
Le rictus figé de la mort qui nous attend,
Un affront du destin, une insulte du temps ;
Elle y savait les nids où dorment nos sourires. " Beau passage, entre autres...

   Alexandre   
31/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Recanetese. Jo et la barjo m'ont fait passer un bon moment sans prise de tête... J'ai relevé quelques passages ou expressions qui valent leur pesant d'or ne serait-ce que :

-À deux pas de chez lui vivait une jeunette,
Soixante-dix printemps, on la disait barjo.

-Et, sournois, lui mettaient des bâtons dans les rimes.

... et j'en passe !

Un bon moment de lecture dans un registre " sculpteur de mots par intérim", qui me convient parfaitement... Bravo et merci !

   Cat   
1/8/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Recanatese,

A l’entame, ton incise me dit tout.

A mi chemin entre les souvenirs et la réflexion désabusée sur la Vie avec sa majuscule, ainsi parle « l’amant de la froide raison emmuré dans le gris de sa tour de Babel » à la recherche de « la vérité nue qu’il traquait sans relâche… ».

Je lis, et c’est un film devant mes yeux, dont l’histoire en filigrane, accentuée par l’effet de la rime, raconte le gris des jours béton. Ces jours qui mènent de « … cet enfant de la nuit se plaisait à compter les étoiles filantes », à l’inexorable mort « Sur le front de la vieille il regardait courir le rictus figé de la mort qui nous attend, un affront du destin, une insulte du temps ; »

Il y a une vraie et prenante ambiance dans ton poème. Des images poignantes s’emparent du réel avec une poésie belle, hallucinée, désespérée et tendre aussi. Tellement tendre. Il me faudrait relever tout le poème pour donner des exemples.

Les « amis commis d’office » disent tout le désarroi, l’impuissance, la difficulté à accepter.

Je l’aime ton « Poète à sec, sculpteur de mots par intérim », pour toute la tendresse qui émane de ses mots déchirants. Parce qu’il touche à ce qu’il y a de plus sensible dans le combat mené pour prendre la vie avec son risque majeur.

Ce IL ETAIT UNE FOIS final, je l'ai pris comme un bol d'espoir immense, une utopie à portée du bon vouloir...

Merci infiniment pour ce partage, qui me taraude depuis ma lecture d'hier, et qui va résonner/raisonner encore un peu une fois la page fermée.

A te relire...


Cat

EDIT : prise dans l'émotion, j'allais oublier de citer les pointes d'un humour que j'ai déjà pu apprécier par ailleurs. La jeunette de soixante-dix ans, n'est qu'un exemple...

   Antinoos   
1/8/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Disons, d’emblée, ce qu'on n'aime pas :

- " Le rictus figé de la mort qui nous attend," : problème de rythme et de césure mal positionnée ici

- la facilité qui ne me fait pas mouche de cette expression : "les cons vaincus"

- le vers tronqué : "Dans un vieux livre hanté par mille et une voix," qui sonne faux puisque le h de hanté est aspiré ; on lit donc : "dans un vieux liVREEE HANté" (à revoir)

- autre passage difficile : "s’épanouir une plage," où il est nécessaire de faire la synérèse forcée sur le verbe pour que le vers coule bien.

- ajoutons aussi quelques passages restés obscurs pour moi, auxquels je ne comprends rien ; par exemple :

"Mamie s’imaginait, les yeux à demi-clos
Face au peintre attelé à sa plus belle toile,
Calmement adossée à l’angle d’une étoile,
Étreignant l’infini de son céleste enclos."


En revanche, j'apprécie le quatrain d'ouverture, au désespoir baudelairien ; ainsi que la rime modernisée, telle que la pratiquaient Aragon et d'autres, consistant à négliger l’œil pour ne contenter que l'oreille, ce qui laisse tout de même de la musique aux fins de vers.

J'apprécie aussi la volonté de mise en scène de personnages qui sont des sortes d’archétypes actuels et la restitution d'une ambiance contemporaine au moyen d'alexandrins et de rimes modernisés.

Des choses à retravailler pour que le texte soit plus éloquent, à mon avis.

A.

   Recanatese   
8/8/2017


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