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Poésie contemporaine
Recanatese : Le jour du Saigneur
 Publié le 20/06/18  -  12 commentaires  -  2330 caractères  -  236 lectures    Autres textes du même auteur

Bienvenus au royaume de l'Apoésie.


Le jour du Saigneur



Un homme du commun,
Ni prolo ni seigneur,
Bulle, zappette en main :
C’est le jour du Saigneur.

Par sa panse caché,
Un éventail d’orteils
Tristement arraché
Aux rayons du soleil.

Son regard importun
Crochète la serrure
D’un troupeau de pantins
– Sombres caricatures.

Ces joyeux troglodytes
Flattent son œil brumeux
Et il se félicite
De n’être pas comme eux.

Dans cette fange infâme
Où trône l’échafaud,
Monsieur lave son âme…
Attention, flash info !

Attentat terroriste,
On suspend la campagne,
Des journaleux bien tristes
Vont sabrer le champagne.

Des bilans officieux,
Le pansu, lassé, zappe
(Lentement de ses yeux
La lumière s’échappe).

Une miss météo
Caresse un hexagone,
Donne un cours de géo,
Cause d’anticyclones

Puis elle s’évapore
Sous un pouce fiévreux
Qui rapatrie la mort
Sur l’écran poussiéreux.

Des lambeaux de gamins
Exhibés sans vergogne…
Peu importe, demain :
Ciel bleu sur la Bourgogne !

Courte page de pub,
On lui vend du progrès,
Le monde dans un cube
Et du bonheur en spray.

« Avec le nouvel Axe,
Charme et virilité ;
Mesdames, vive Ajax,
Vive la liberté ! »

Mozart vend du parfum,
Vivaldi désaltère,
Bach annonce la fin
Des lunettes trop chères

Et l’ami Volkswagen
S’approprie la formule :
Le pauvre beethoven
En perd sa majuscule !

Lors, une faim soudaine
L’étreint. Le gidouillard
Soulève sa bedaine,
Écrase son pétard.

Deux steaks hachés sous vide
En guise d’apéro,
Un poulet apatride
Et un Coca Zéro.

Dans son coin, l’écran pleure
Au galop des gros plans,
On sème des couleurs,
On parle en noir et blanc…

Derrière la fenêtre,
Des pavés engourdis
Rêvent de leurs ancêtres,
Nulle âme n’applaudit.

Les larmes du poète,
Sous les cils de la nuit,
Se blottissent, muettes,
Et la lune s’ennuie…

Dans leur morne dortoir,
Des fantômes sans nombre
Éteignent. L’écran noir
Se remplit de leurs ombres.


 
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   Eccar   
20/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
C'est clair, l'orgueilleux habitant de notre village-monde en prend pour son grade avec vous ce matin. Il y a la description, le dégommage, mais aussi le désespoir bien coincé dans les lumières que nous jettent à la tête nos écrans. C'est délicieusement désespérant même. Votre texte est tellement plein de vérités que l'on écrase sous la canette de bière vide, le pétard dans le cendrier, ces petits boutons de la zapette qui changent de paradis à chaque impulsion. C'est délirant mais tellement cela. C'est vous, c'est lui, c'est toi, c'est nous, c'est moi. C'est à pleurer tant d'imbécillité issue de tant d'intelligence. L'évolution se serait-elle alors fatiguée pour rien ?
J'ai particulièrement retenu: " Une miss météo
Caresse un hexagone,
Donne un cours de géo,"..."Puis elle s’évapore
Sous un pouce fiévreux
Qui rapatrie la mort
Sur l’écran poussiéreux."..."Des lambeaux de gamins
Exhibés sans vergogne…
Peu importe, demain :
Ciel bleu sur la Bourgogne !"..."Derrière la fenêtre,
Des pavés engourdis
Rêvent de leurs ancêtres,"..."Dans leur morne dortoir,
Des fantômes sans nombre
Éteignent. L’écran noir
Se remplit de leurs ombres."

Merci pour cette poésie sur notre temps idiot, merci de nous réveiller un chouia par vos mots.

   papipoete   
20/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour Recanatese
Habituellement, lorsque la " longueur " du poème m'effraie, je passe mon chemin ; et puis non, je me suis hasardé plus loin que la taille qui m'agrée et ne le regrette pas !
Vous évoquez le temps qui passe dans le champ de vision d'un quidam, dont le bonheur réside dans la manipulation experte de sa " zapette " ; il la posera juste un instant, pour amener à grand effort jusqu'à sa bouche de quoi ne pas mourir de faim ... et la télé diffuse des images d'enfants au ventre bedonnant de ne rien manger ; une pub pour Volkswagen ; la météo prévue à St Trop' ; des barbus en djellaba et kalach' en bandoulières ...
NB l'auteur par des images subtiles, nous ballade entre rires, grimaces d'effroi ; sourires ; Vivaldi jouant pour une bière !
Voilà qui n'est pas mince affaire, d'écrire sur ce qui compose le programme TV d'un " homme du commun / ni prolo ni seigneur " !
C'est bien écrit, et sans jamais offenser, ni choquer et dans cette kyrielle de plans fixes ou éloignés, l'auteur nous émeut vers la fin, avec l'avant-dernière strophe si belle ...
Un poème façon " contemporain " fort bien construit !

   Cat   
20/6/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Des vers magnifiquement écrits, qui dans leurs enroulés, le regard en zappette, dégagent toutes les subtilités d'un monde délirant aux contradictions aberrantes, sans perdre leur part d'humanité.

Un poème au regard pur mais acéré, qui ne perd pas une miette de ce ''jour du saigneur''.

Un poème qui balance fort. Un appel à la révolte désillusionné.

Je devine, au travers ce travelling au vitriol qui perce à jour la vitrine, la peine immense du poète devant le négligé d'une société décadente, la nôtre lorsqu'elle s'affale derrière la ouate des écrans, orteils en éventail et panse molle avachie.

Des images percutantes, teintées d'humour noir, parlent fort, telles : la miss météo, Mozart qui vend du parfum, le poulet apatride, le monde dans un cube et le bonheur en spray... en tant d'autres encore, qu'il me faudrait relever le poème en entier pour toutes les citer.

Les mots sont clairs, en même temps empreints d'une très belle poésie.

Bravo Recanatese, et merci pour cette prise de conscience que ton poème ravive.

La lecture glisse en bouche.

Encore !

Cat

   veldar   
20/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Recatanese

Me suis mépris sur le titre.
Pas déçu de ma lecture. C'est bien fait, bien dit.
Ce qui me tique, par contre, c'est la peinture.
Oui, tout le monde le sait, les gros sont moches, puants, gidouillards (je ne connaissais pas ce terme) et leur petit cerveau meurt noyé dans la graisse. C'est donc pour cette raison qu'à partir du moment où l'on assassine les travers de la civilisation, c'est le gros qui passe sous le tranchoir. Pourtant, j'en connais des minces et des beaux qui ont le cerveau laid à défaut de l'avoir lent.
Bon... ceci étant dit, le propos que soutient votre texte est pertinent et rafraichissant.
Vraiment pas déçu de ma lecture.
Sur ce, je m'en retourne à ma zappette et à mes steaks hachés sous vide, c'est l'heure des infos.

   Annick   
20/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un portrait sans complaisance d'un zappeur que j'ai plus envie de plaindre que de blâmer.
"Ni prolo, ni seigneur-par sa panse caché-flattent son oeil brumeux-Monsieur lave son âme-le pansu-le gidouillard-sa bedaine-écrase son pétard"...

Il semble cumuler les troubles comme celui de l'attention :
"Des bilans officieux,
Le pansu, lassé, zappe...

ou du comportement alimentaire :

Lors, une faim soudaine
L’étreint. Le gidouillard
Soulève sa bedaine,
Écrase son pétard.

Deux steaks hachés sous vide
En guise d’apéro,
Un poulet apatride
Et un Coca Zéro.

Un type passif qui s'ennuie devant l'écran et la surabondance d'informations. Bombardé d'images, il semble fuir ce flot incessant qu'il ne peut plus interpréter, en zappant ou en cherchant sans grand espoir l'info qui lui fera lâcher la zappette.
Comme on lit un texte en diagonale, comme on regarde superficiellement les choses, comme on ne voit pas le type affalé le long d'un trottoir...

Le mauvais côté de notre civilisation de l'image.

Un texte bien écrit que j'ai eu plaisir à lire et qui nous oblige à nous regarder dans une glace !

Ha! Non ! Je n'ai rien de pansu ! Mais c'est vrai que par moment, je zappe... :-))

   PIZZICATO   
20/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Superbe travelling panorama sur les travers de notre société acctuelle, étouffée par les médias, la pub, la pensée forcée, la réflexion au rancard... Décadente ?

C'est " saignant " mais pas moralisateur, juste des faits incontestables.

" Des pavés engourdis
Rêvent de leurs ancêtres " génial !

   Ithaque   
20/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir Recanatese

C'est vivant, c'est actuel ( mais un actuel qui dure), ça me rappelle un journal qui s'appelait "La gueule ouverte" et dont les propos sans concession étaient mouillés d'acide.
Votre écrit conserve selon moi un recul qui vous permet l'ironie un rien satyrique.
Allez, c'est bien torché ...et aucun ennui malgré la longueur de texte !

Bravo

   Vasistas   
20/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut à toi scribouillard
et oui c'est aussi de la poésie, gardons le moral, rions un peu, ou un peu moins si on est directement con-cerné. c'est fatal et c'est tout un poème cette humanité !
c'est de l'anti-poésie froide et factuelle, ça pue j'adore, j'adhère, c'est très auto dérision presque inquiétant, on a l'inconscience tranquille, merci pour le coup de latte, j'adore. 9a donne envie d'écrire il y a tant à dire ...
double classe
bravo

   Lulu   
21/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Recanatese,

J'ai bien aimé ce poème, bien que j'aie eu un peu de mal à y entrer. La lecture ne m'a d'abord pas semblée aisée, je crois, à cause de la longueur des vers, trop courte, peut-être pour y poser un souffle tranquille. Mais on finit par trouver le bon rythme, car on en a le temps, le texte étant relativement long. Ainsi, ai-je moyennement apprécié les premières strophes à la première lecture.

Mais j'ai bien aimé cette aisance qui prend de l'ampleur au fil du texte, et l'humour qui affleure pour décrire ce personnage "Ni prolo ni seigneur"...

J'ai adoré le parallèle avec la musique classique, ici :
"Mozart vend du parfum,
Vivaldi désaltère,
Bach annonce la fin
Des lunettes trop chères"

On sent que vous vous êtes amusé à écrire ces vers et cela fait plaisir à lire.

Enfin, en relisant, je me dis que vous n'étiez pas loin des alexandrins, puisque vous avez fait le choix d'écrire des vers de six syllabes. Peut-être aurais-je trouvé un souffle plus intéressant si vous aviez porté les vers à 12... ? Cela n'aurait rien enlevé à la modernité du poème.

Bonne continuation.

   jfmoods   
22/6/2018
Ce poème de 20 quatrains en hexasyllabes est à rimes croisées, suffisantes et riches, majoritairement masculines.

I) Le triomphe de la modernité

1) La télévision, vecteur de l'obscène

Pour faire gonfler leur audience, les chaînes n'hésitent pas à alimenter le voyeurisme naturel du téléspectateur ("Son regard importun / Crochète la serrure", "Flattent son œil", "Monsieur lave son âme", "le jour du Saigneur", "Attentat terroriste", "Des lambeaux de gamins / Exhibés sans vergogne…").

2) Le sacre de l'objet

Grande prêtresse, la publicité dévide l'obsédante logorrhée des biens de consommation ("Courte page de pub, / On lui vend du progrès, / Le monde dans un cube / Et du bonheur en spray", / "Avec le nouvel Axe, / Charme et virilité ; / Mesdames, vive Ajax, / Vive la liberté !").

II) Un pauvre roi sur son trône

1) Le sceptre du pouvoir

Tel un monarque, le manieur de télécommande mène la ronde des programmes ("zappette en main", "un troupeau de pantins - / Sombres caricatures", "Attentat terroriste", "Une miss météo / Caresse un hexagone, / Donne un cours de géo, / Cause d’anticyclones / Puis elle s’évapore").

2) Un état déliquescent

Peu soucieux de son équilibre alimentaire ("Deux steaks hachés sous vide / En guise d’apéro, / Un poulet apatride / Et un Coca Zéro"), notre homme s'abandonne à la mollesse ("Par sa panse caché", "Le pansu", "Lors, une faim soudaine / L’étreint. / Le gidouillard / Soulève sa bedaine").

III) Un poète désabusé

1) Un regard sans concession sur l'époque

Le poète se dresse contre ce constat de décrépitude individuelle et collective ("Dans cette fange infâme / Où trône l’échafaud"). Il se révolte contre ce climat délétère qui pose l'indifférence comme règle absolue de conduite ("Peu importe, demain : / Ciel bleu sur la Bourgogne !").

2) Une révolution introuvable

L'espoir d'un nouveau Mai 68 se lève alors dans son esprit ("Derrière la fenêtre, / Des pavés engourdis / Rêvent de leurs ancêtres"). Cependant, à cette colère qui monte, à ce voeu insurrectionnel farouche, personne ne répond, sinon un silence abyssal ("Nulle âme n’applaudit").

Merci pour ce partage !

   Robot   
24/6/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Une vision aussi zapping que son propos, avec un humour pas toujours subtil mais sans pesanteur, dont le message recèle une certaine profondeur.

   Donaldo75   
30/6/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Recanatese,

Au-delà du titre, que j'ai trouvé bien vu, et de l'incipit qui m'a mis l'eau à la bouche, j'ai beaucoup aimé cet ensemble sans concessions. Mine de rien, malgré des airs de passage au vitriol, il comporte ce qu'il faut d'images poétiques pour ne pas tomber dans la facilité.

Pourtant, la tentation était grande et affichée:
"Un homme du commun,
Ni prolo ni seigneur,
Bulle, zappette en main :
C’est le jour du Saigneur."

Et je comprends:
"Dans cette fange infâme
Où trône l’échafaud,
Monsieur lave son âme…
Attention, flash info !"

La poésie a ses fulgurances:
"Une miss météo
Caresse un hexagone,
Donne un cours de géo,
Cause d’anticyclones"
Et ce qui s'ensuit.

Puis ce n'est plus drôle:
"Dans leur morne dortoir,
Des fantômes sans nombre
Éteignent. L’écran noir
Se remplit de leurs ombres."

Bravo !

Donaldo


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