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Récit poétique
socque : Aux abords des plages nouvelles
 Publié le 27/04/21  -  7 commentaires  -  4571 caractères  -  118 lectures    Autres textes du même auteur

https://www.astro.oma.be/wp-content/uploads/2018/12/Presentation_Satelittes_de_glace.pdf


Aux abords des plages nouvelles



Un jour notre soleil vieillissant, acariâtre, se fera ogre et dévorera ses enfants telluriques. Viendra l'ère des lunes, Europe, Encelade, Ganymède, Titan, d'autres peut-être où, délaissée, mijote à bas bruit sous l'eau une vie languissante.

Leurs océans figés connaîtront la débâcle sous les rouges rayons de la géante rouge


Issus de la banquise universelle, des icebergs vastes comme des pays se chevaucheront en un rut rubicond ; les promontoires glacés bariolés en vieux rose, rouille, saumon, pisse fiévreuse, telles des bites kilométriques dégoutteront de sang pâle – pour du sang –, de sperme enflammé – pour du sperme. Viendra l'orgie de fécondation lorsque des unicellulaires déboussolés, dans l'agitation des eaux soudain frémissantes, se jetant les uns sur les autres emmêleront leurs timides gènes. Mort, assimilation, dévoration, amour, parce qu'au milieu de ces baisodromes en délire quelqu'un finira bien par inventer l'amour.
S'étaleront aux abords des plages nouvelles – fonds exhaussés par les bouleversements de marée des planètes gazeuses mères, puis érodés dans les tempêtes ténues d'atmosphères en mutation – des biofilms évoluant en accéléré sans rien savoir du temps. L'ultime glaçon se fera sucer dans une bouche ourlée de dents cartilagineuses.

Passe le temps, sonne l'heure sous l'œil voyeur des satellites ; les humains, toujours dans la course, vivent en habitats spatiaux. Certains, qui tentent la traversée de l'abysse noir, donnent des nouvelles éparses : l'espace interstellaire, malgré son austérité apparente, regorge de merveilles subtiles.
La vie sait-elle qu'elle doit se hâter de fleurir dans les océans de ces lunes riquiqui ? Une géante rouge ne reste stable qu'une dizaine de millions d'années et déjà des turbulences apparaissent dans le corps boursouflé, variqueux, du soleil en dégénérescence. Des rots graveleux lui échappent, menacent d'évaporer les eaux où foisonnent des formes extraordinaires. L'évolution a favorisé sur Europe une symétrie ternaire, sur Ganymède des blobs dont des chercheurs humains attendris assurent qu'ils maîtrisent la théorie des nombres premiers. Tout cela est promis à l'anéantissement, on réfléchit déjà à des habitats artificiels conçus pour sauvegarder les espèces intéressantes. De notre point de vue s'entend, les autres peuvent crever.

Pourtant ce n'est pas ainsi que tout s'accomplit


Notre soleil pris par le démon de midi a écorché les gaz de ses vassales Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune. Emportées par de torrides vents photoniques, leurs molécules se sont enfuies par troupeaux sifflants jusque dans la ceinture de Kuiper et au-delà. Ne demeurent des massifs corps vaporeux que d'ultimes couches qui, voiles de Salomé, s'effeuillent. Les orbites allégées se bousculent et la danse newtonienne, jadis valse solennelle, s'apparente désormais à un pandémonium.
Les lunes fidèles accompagnent ces trajectoires erratiques, échangent leurs chemins, s'approchent, s'éloignent, se frôlent, enfin Europe et Encelade cédant au vertige s'embrassent dans un
choc.

L'apocalypse.

L'eau, la précieuse eau, bout instantanément, sa vapeur se fait feu. Une clameur d'agonie transperce le vide, ce qui bien sûr est impossible.

Alors surgit une titanesque cuillère à glace

genre pour former de jolies boules. (Nul n'essaiera de nier la similitude avec l'ustensile familier, des cultes naîtront en vénération des images retransmises par les braves satellites avant leur capture.)

L'instrument se referme autour des deux lunes fusionnées, fondues, noyaux rocheux, ultimes gouttes, vapeur, vapeur, vapeur, fragments organiques cuits à l'étuvée, dérisoires robots dépêchés par les humains pour observation. Une sphère d'aspect métallique, mais dont aucun spectrographe ne saura démêler la composition, occupe brièvement cette portion d'espace

et s'évanouit de toutes les perceptions imaginables, charnelles ou machiniques





Ailleurs, plus tard, plus tôt, voire en même temps, une gueule s'ouvre et savoure cette délicate friandise : des êtres minéraux, organiques, artificiels, mêlés par cataclysme en une bouchée sapide encore tiède.


 
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   Eclaircie   
13/4/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Apparté : je commente ce matin , sans filet -sans relecture- trop peur que ce récit sorte de mon EL avant que j'aie le temps de commenter.

Première lecture : je suis scotchée ! En fait les récits poétiques, avant on les trouvait dans les nouvelles. Mais comme je ne vais pas côté nouvelle pour des raisons mécaniques toutes bêtes, je ne lisais pas ces bijoux.

Je ne lirai pas une seconde fois (ou alors à la parution)

J'ai adoré :
- l'histoire se tient
- le côté scientifique m'a impressionnée (d'autant plus que je n'y connais rien, alors naïve, je crois que ce que je lis là est la Vérité).
J'attends avec impatience le sujet crée par l'auteur en forum "discussions sur les récits", pour parfaire mon éducation sur la SF, le cosmique, la recherche astronomique.
Voilà un Vrai récit poétique à mes yeux : un Vrai dans le genre SF. On peut en trouver dans d'autres genres, j'en ai déjà lu.
- Apprécié la mise en page, savamment cosmique avec ce CHOC qui ébranle le lecteur, c'était le but, c'est réussi !
- La vidéo, bien sûr !

J'ai aimé tout particulièrement :
"parce qu'au milieu de ces baisodromes en délire quelqu'un finira bien par inventer l'amour."
"S'étaleront aux abords des plages nouvelles – fonds exhaussés par les bouleversements de marée des planètes gazeuses mères, puis érodés dans les tempêtes ténues d'atmosphères en mutation – des biofilms évoluant en accéléré sans rien savoir du temps. L'ultime glaçon se fera sucer dans une bouche ourlée de dents cartilagineuses."

J'arrête là, car je ne vais citer le récit en entier.

Suite du commentaire, si besoin, à la parution

Bravo et merci du partage
Éclaircie

   dream   
27/4/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
SOCQUE, bonjour

L’apocalypse débutera par le soleil en un effroyable brasier, emblème de la mort. Puis ce sera un autodafé universel et la grande submersion par le soufre, le feu et la glace qui rejailliront en un immense feu d’artifice.

Dans ce texte terriblement sophistiqué au cataclysme annoncé, où le monde des humains perd de son poids et de sa réalité, on assiste à des scènes fantasmagoriques du bonheur parfait et de l’extase du vide, par l’anéantissement de toute humanité. Qui dit mieux ? « une gueule s’ouvre et savoure cette délicate friandise : des êtres minéraux, organiques, artificiels.. ».

Et même si on ne comprend pas tout, le charme ne nous quitte plus.
Un grand Bravo !
dream

   Bellini   
27/4/2021
Il me semble avoir déjà entendu critiquer les adjectifs chez les autres. Ici, je dois reconnaître m’être évadé de votre banquise stylistique dès la fin du deuxième paragraphe (inventer l’amour). J’ai bien essayé une phrase de plus au hasard, mais j’en suis resté plus terrifié que par la probable apocalypse que vous semblez décrire. Je confirme volontiers vos goûts, pour moi ce texte est totalement illisible en l’état.
Bellini

   papipoete   
27/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour socque
on pourrait me bander les yeux, et prélevant ci et là quelques passages de " aux abords des plages nouvelles ", même avec une voix d'extra-terrestre... je dirais, le jurerais même : c'est du " socque " !
Des mariages, non consentis entre les planètes, des coucheries sans amour, et des glaces au parfum de Titanic " que sucera une bouche ourlée de dents cartilagineuses "... et n'en jetez plus, la cour...
NB un récit fantastique avec des acteurs et actrices connus, qui se bousculent pour recevoir un oscar ? non, pour avoir dans une grosse boule, une ice-cream au parfum... nouveau !
Bien sûr que je nage en plein désert, et ma plume s'emmêle les lignes...
NB NB un poème plus une nouvelle le même jour, on peut toujours s'accrocher !
je note l'incroyable inspiration et originalité de notre fameuse auteure !

   Angieblue   
27/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup l'introduction avec l'image de l'ogre qui dévore ses enfants.
C'est gargantuesque et habité. Une méga orgie explosive et interstellaire.
C'est démentiel et la métaphore orgiaque filée est bien exploitée.
J'ai bien aimé l'ironie contenue dans ce passage:
" parce qu'au milieu de ces baisodromes en délire quelqu'un finira bien par inventer l'amour."

Joli "Les voiles de Salomé (qui) s'effeuillent". ça amène de la grâce, de la magie dans ce grand Bazar infernal (Forcément, ça me parle car c'est mon univers). Et top aussi le passage sur la danse:
" Les orbites allégées se bousculent et la danse newtonienne, jadis valse solennelle, s'apparente désormais à un pandémonium."

Que dire? c'est une écriture violente, imagée à outrance, apocalyptique! une écriture qui "CHOC"!

Et à la fin un grand festin cosmique! L'eau qui bout, la cuillère, la gueule qui s'ouvre....C'est cohérent car on en revient à l'image de l'ogre qui ouvrait le récit.
Et toujours une touche d'ironie. On entend la pensée du narrateur qui se fait également ogre qui se régale de ses mots:
"ce qui bien sûr est impossible"
"genre pour former de jolies boules"

On a vraiment une osmose entre fond/forme/sémantique.
Une écriture expérimentale...un style atypique...

Bravo! l'univers fantastique/horreur et la folie m'ont plu!
Une sacrée indigestion...!

Edit: Pour une femme, vous avez des couilles en littérature!

   Louis   
4/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce récit, dans lequel la poésie s’appuie sur la science, commence au futur. Il ne se cache pas d’être une anticipation. Et quelle anticipation ! Ce n’est pas 1984 ou 2001 ! Mais une projection dans quelques milliards d’années. Il ne s’en présente pas moins comme "une brève histoire de l’avenir".

Les sciences, astrophysique et astronomie en particulier, nous apprennent que le soleil a une histoire. Il n’est ni éternel ni immuable. Il est une étoile comme tant d’autres, comme des milliards d’autres. L’observation de ces astres, à différentes phases de leur évolution, la connaissance aussi des processus en jeu dans ce qui les fait briller, ont permis d’établir que des étoiles comme notre soleil, dites « naines jaunes », deviendront des « géantes rouges », avant de finir lentement en « naines blanches », puis «naines noires ».
Le soleil est actuellement, encore jeune après 4,5 milliards années d’existence, dans sa période jaune. Mais il vieillira en rouge, et prendra de l’embonpoint. Son appétit grandissant fera de lui un «ogre » : « Un jour notre soleil vieillissant, acariâtre, se fera ogre et dévorera ses planètes telluriques ».
Pauvre Mercure qui, première d’entre elles, sera englobée dans la rougeur démesurée de sa dilatation.
Triste Vénus, déjà brûlante aujourd’hui sous des températures infernales, qui se consumera définitivement dans la fournaise stomacale du vieil atrabilaire.
Malheureuse Terre qui, elle aussi, risque de ne plus constituer qu’une partie, brûlante et lumineuse, du rubicond soleil.

Débutera alors « l’ère des lunes » : celles de Jupiter : Europe, Ganymède ; celles de Saturne : Titan et Encelade.
Se rejouera, dans la dimension cosmique, la bataille des Titans et des Géants !
La métaphore du soleil, ogre dévoreur de planètes, pourrait bien être celle du gargantuesque ou du pantagruélique, mais c’est celle du titanesque qui est choisie : « Il dévorera ses enfants telluriques », l’allusion est évidente au Titan Cronos, fils d’Ouranos, personnification du Ciel nocturne étoilé qui, dans les récits de la mythologie grecque ancienne, avait dévoré ses enfants, à l’exception de Zeus.
Pourtant, on ne peut se défaire de l’impression que le récit se teinte d’une touche rabelaisienne, de type gargantuesque, où se mêlent le dérisoire et le grotesque.
Peut-être déjà dans cette image d’une cuisine cosmique à laquelle l’univers semble se résumer. La vie y « mijote », mitonne, préparée pour un grand banquet où s’invitent des Géants.

À l’ère lunaire, quand le soleil sera boursoufflé de rouge, les lunes se trouveront dans la "zone habitable" du système solaire. La température à leur surface fera fondre les épaisseurs de glace qui les recouvrent, libérera les océans qu’elles recèlent, et l’eau liquide favorisera le développement de la vie, déjà présente, qui « mijote » depuis longtemps, « languissante ».
Tout commencera sur ces lunes par une « débâcle » et un déluge, et se poursuivra par un « rut rubicond ».
On remarque alors que la métaphore paradigmatique qui domine les images du texte est celle du corps vivant dans deux de ses fonctions essentielles : nutrition et reproduction sexuée.
Ainsi se développera et se propagera la vie, par la copulation des «icebergs vastes comme des pays » et la profusion de « sperme enflammé » dégoulinant des « promontoires glacés ». Ensuite viendra « l’orgie de fécondation ».
S’imposeront alors les lois de la vie : « Mort, assimilation, dévoration » et « amour… »
Pas de vie sans mort. Pas de vie sans reproduction et dévoration. Mais un lien est sans cesse noué entre dévoration et sexualité, idée souvent présente dans les textes de l’auteure, qui fait de l’une une composante de l’autre.
« L’amour », lui, serait à « inventer », présupposant qu’il n’est ni naturel ni spontané ; qu’il n’est pas inné, mais créé, généré, non pas à partir de rien (il n’y a jamais de telle création), mais à partir d’une pulsion vitale ou sexuelle, et de ses capacités à se transformer.
L’auteure ne craint pas de heurter le poète qui, le plus souvent, fait de l’amour le plus noble des sentiments ; poète pour lequel, dans la promotion de son apologétique, l’amour est un principe essentiel, sublime, sacré et divin. Elle prend le contrepied de tout angélisme mystificateur.
Elle laisse entendre que le sentiment amoureux a une histoire et une genèse, qui ne peut être qu’une histoire relevant à la fois du corporel, du psychique et du social.
L’existence de l’amour n’est pas niée, l’auteure ne pratique pas un "réductionnisme" qui consisterait à le ramener à la pulsion sexuelle, à la pulsion "dévorante", et à laisser entendre, comme cela se dit parfois : « il n’y a pas d’amour, il n’y a que du sexe ». L’amour existe, mais élevé sur le primat de la pulsion sexuelle. Il est au-delà du désir et de l’affection, mais c’est un au-delà de "dépassement", qui transcende tout en continuant de se faire déterminer par le transcendé.

L’amour ainsi s’apprend, s’éduque, se cultive et s’entretient.
Le texte se poursuit par l’évocation de « plages nouvelles » où s’étaleront des « biofilms », des colonies de bactéries.
Ce passage n’est pas sans importance puisque le titre du récit y fait référence : « Aux abords des plages nouvelles ».
Les plages apparaissent comme des paradis pour la vie, conformément à l’image que nous nous faisons aujourd’hui de l’espace de grève des rivages marins où se jouent les séductions et les unions, s’épanouissent les jeux du sexe et de "l’amour" ; et sur ces plages nouvelles des mondes nouveaux se rejoue le processus d’épanouissement de la vie sur terre, en un « biofilm », terme polysémique, que l’on peut aussi comprendre en un sens cinématographique, celui où se déroule pour nous le cinéma de la vie en accéléré.
Mais ces plages s’avèrent des édens illusoires, passagers et transitoires.

« L’ultime glaçon se fera sucer par une bouche ourlée de dents cartilagineuses » : en une phrase brève est ainsi signifiée la longue évolution des bactéries vers des êtres complexes, tels que les vertébrés, qui possèdent des « dents cartilagineuses ».
La glace « sucée » est objet d’ingestion, comme une friandise, et participe de cette métaphore de la "grande bouffe" qui se joue dans l’univers.

Une allusion est faite au poème d’Apollinaire, Le Pont Mirabeau : «Passe le temps sonne l’heure », mais si l’auteur d’Alcools clôturait son poème par le vers : « Les jours s’en vont je demeure », ce récit poétique affirme, lui : les jours s’en vont et l’humanité demeure. Les humains seraient, en effet, dans ce lointain futur « encore dans la course ».
Vision bien optimiste de l’avenir, dans lequel les hommes auraient réussi à survivre, malgré les bouleversements climatiques qui s’annoncent aujourd’hui, l’humeur guerrière toujours présente dans l’humain à l’ère nucléaire, et les bouleversements que produira le soleil quand commencera sa crise de rougeole.

Passe ainsi le temps et l’on se retrouve au présent du récit, qui est aussi celui de la présence pérenne des humains.
Le soleil, à l’image d’un corps vieillissant et malade, devient vite «instable » (en une dizaine de millions d’années tout de même ! Ce qui est relativement peu, il est vrai, à l’échelle astronomique, et à celle du développement de la vie).
Des éruptions stellaires se produisent alors, délétères, de ce corps rougeaud et grossier par lequel le soleil est représenté : « Des rots graveleux lui échappent ».
Toute vie semble dès lors promise à « l’anéantissement ».

Une projection un peu plus avant encore dans le futur permet d’observer ce qui s’est passé, et permet de dire : « ce n’est pas ainsi que tout s’accomplit »
Ce qui donc était conté précédemment, au futur, s’avère une hypothèse trop optimiste, et probablement inexacte.
Un autre point de vue, une autre hypothèse est envisageable, contée au passé comme un ensemble de faits avérés, qui ont eu lieu, et non comme un futur imaginé.
C’est une histoire de démons et de géants qui est alors relatée.
Le soleil, tout rouge, « pris par le démon de midi » provoque dans les planètes gazeuses une perturbation de leurs orbites, et leur «danse », autrefois si ordonnée, une « valse newtonienne », devient celle de tous les diables, un « pandémonium ».
Une collision s’ensuit entre deux lunes, choc apocalyptique. L’eau bout et s’évapore. Plus aucune vie n’est possible.

Le récit s’achève donc dans une apothéose de la métaphore du festin cosmique et des ogres gloutons ; dans une image à la fois rabelaisienne et tributaire du mythe antique des Titans.
Apparaît, en effet, une « titanesque cuillère à glace » pour saisir les deux lunes fusionnées. Cet instrument de cuisine, dérisoire, auquel est donné une dimension cosmique, prend une allure volontairement grotesque et rabelaisienne, et n’est pas sans rappeler « les batteurs géants » d’une précédente poésie de l’auteure.

Alors, « une gueule s’ouvre et savoure cette délicate friandise ».
On peut penser que cette « gueule » est celle de Chronos, le Temps, très souvent assimilé au Titan Cronos. Celle d’un « trou noir », que l’on désigne souvent comme un « ogre cosmique » n’est pas pertinente. D’abord parce qu’il n’y a pas de trou noir massif à proximité du système solaire, et que le soleil, devenu naine rouge, n’est pas destiné à s’effondrer en un trou noir.
Le Temps, en effet, semble bien être l’ogre cosmique vorace, à la «gueule» béante, avide des mondes et de toute vie, qui avale tout et toute vie dans « Le gouffre de son estomac » ( Rabelais)

Baudelaire déjà voyait dans le temps un « obscur Ennemi » qui «nous ronge le cœur », et s’exclamait : « Ô douleur ! ô douleur ! Le Temps mange la vie ».
Pourtant, l’image de Chronos alias Cronos, le Titan qui dévore ses enfants, semble plus pertinente. Si Chronos dévore sa progéniture, s’il est destructeur, il est aussi le géniteur de ses enfants, il est créateur. Le temps, sous cette forme mythique, apparaît donc comme le grand générateur, il crée, il enfante, il engendre, et tout à la fois comme le grand destructeur, celui qui engloutit, avale, dévore tous ceux qu’il a contribué à faire naître. Le temps, faudrait-il préciser pourtant, n’est ni directement créateur, ni directement destructeur, mais la condition de possibilité de l’un et de l’autre de ces deux processus.

L’univers prend donc bien l’apparence, dans ce récit poétique, d’une grande cuisine où, sur des fourneaux rougeoyants ça bouillonne, ça mijote et ça mitonne ; où se préparent dans le feu et dans la glace, le grand festin des Titans voraces, parmi lesquels Chronos règne en maître, souverain absolu des Géants, ces grands dévorateurs de vie et de ce qui la permet, et ces grands générateurs pris dans ce nœud par lequel ingestion et génération indéfiniment fusionnent.

   Ligs   
5/5/2021
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Bonjour,
Le thème est très original, le traitement aussi. Mais ce dernier, pas dans le bon sens, pour moi...
Je vois dans cette description d'un univers à la base essentiellement gazeux, métallique et minéral, la projection d'un esprit qui veut y voir quelque chose de pornographique et scatologique. La recherche de laideur dans les images me donne le sentiment d'une forme de décadence qui se complaît dans la provocation.
Je ne suis pas contre l'idée d'attribuer à l'univers une sexualité. Cela pourrait être poétique. Mais ici, les images et termes choisis (baisodromes, bites kilométriques, voyeur...) invitent à voir la sexualité sous un certain aspect, peut-être volontairement bas et immoral.
De fait, c'est la placer encore dans le cadre de la morale. Finalement, ce qui me dérange le plus, c'est que je vois dans ce texte en filigrane, une volonté de prendre le contrepied de la morale, et donc - une morale. Pas une véritable recherche poétique.

Il ne s'agit là que de mon ressenti...


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