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Poésie en prose
socque : De ces gens
 Publié le 15/11/17  -  21 commentaires  -  1687 caractères  -  230 lectures    Autres textes du même auteur

Le matin tu te roules joyeux dans la neige, le soir elle couvre tes yeux morts.
Qu’as-tu fait de ta journée, qu’a-t-elle fait de toi ?


De ces gens



Je suis de ces gens qui,
lorsque le soleil tendrement s'ébouriffe sur l'herbe légère du matin et se laisse bousculer par des nuages désinvoltes, pensent à la mort. Aux vers dodus, seule vérité
sous la clarté des apparences, aux cadavres qu'ils dévorent, tuf du blé, du pain.

Pour ces gens le ciel, le bel azur, n'est que la paupière close d'un rêveur. Quand à la nuit
elle se soulève, quand nous tournons le dos à notre étoile et son jeu de dupes, le cosmos nous montre ses fesses désespérantes. La lumière masque.

Et ils se rappellent avec dévotion les dinosaures, les immenses cons qui brayaient sur terre, dans les
airs et sous les mers tandis que frappait l'astéroide de Chicxulub. Ils n'ont rien vu venir, n'ont rien compris. L'atmosphère a chauffé un peu partout jusqu'à un niveau létal (ils ne pouvaient conceptualiser ni "atmosphère", ni "chauffé", ni "létal", mais
ils ont dégusté). Sommes-nous mieux protégés, avec notre Bruce Willis ?

Ces gens savent qu'une bête nouille mal orientée peut couper à jamais le sifflet, qu'à partir d'un certain âge on
se pète facile les os en trébuchant et qu'on ne s'en remet pas, que les neurones se raréfient comme les espèces, que Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. Leur mode d'existence par défaut est l'inquiétude.

Ils butent sur l'impossibilité pour un étant de se représenter n'étant plus. Butent,
butent, butent, fourbus.

Puis s'endorment.



________________________________________
Ce texte a été publié avec un mot protégé par PTS.




 
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   fugu   
29/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Et oui, on sait mais on ne fait rien. Et on va tous crever.
Butés que nous sommes.
Nous ne serions sans doute pas là si le fameux astéroïde ne s'était pas crashé sur Terre il y a plusieurs millions d'années. Peut-être que les "immenses cons" braillards règneraient encore en maitres en ce moment même. D'ailleurs je me pose parfois la question de savoir s'ils auraient évolué; et si oui, comment ?
J'aime votre texte pour le ou les questionnement(s) qu'il met en évidence.
J'en aime aussi l'humour quelque peu désespéré :
- le cosmos nous montre ses fesses désespérantes -
- Sommes-nous mieux protégés, avec notre Bruce Willis -

En revanche il y a quelques détails qui m'échappent comme ces soudains retours à la lignes (C'est surtout flagrant à la troisième strophe étrangement découpée).
Puis le choix de protéger le mot - astéroide - par PTS.
Je me demande ce que l'absence des trémas apporte de plus au texte.

   Ananas   
6/11/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Je comprends pas les choix de coupe... sur la première strophe, oui.
Ensuite non. Puis de nouveau à la fin, oui.

Il y a quelque chose qui me dérange dans la manière de passer du très littéraire (nuages désinvoltes, la paupière close du rêveur) au langage parlé (nous montre ses fesses, la nouille, ils ont dégusté)...

Par contre, j'aime beaucoup (beaucoup) la fin, qui percute bien.

Un constat. Et ce constat, bien que ponctué de jolies choses me semble encore inabouti. Y a un trop grand décalage entre ce que je lis, et ce que je lis (je ne sais pas si ce que je conçois aisément s'énonce clairement pour vous, mais dans ma tête ça fait écho)... et pour moi ça manque encore de poétique, je m'explique.

Les fins : La lumière masque. Leur mode d'existence par défaut est l'inquiétude. me coupent dans le rythme, comme les retours (sauts de lignes) que je ne comprends pas après nuit, dans les, âge on.
J'ai pourtant lu attentivement, et cherché, quelque chose m'échappe... et j'avoue que ça me grattouille toujours quand quelque chose m'échappe, control freak que je suis.

Pour que je puisse vraiment apprécier la poésie telle que l'auteur a très certainement voulu me la proposer, il manque encore quelque chose de l'ordre de l'intention que je n'arrive pas à comprendre, percevoir, ressentir.

C'est dommage, parce que votre texte a vraiment quelque chose d'intriguant, d'attachant dans cet aveu de ... procrastination ?... laisser aller ...? Prise pour acquit de notre statut de vivants ?

Bon, je me sens vraiment bête, et désolée de ne pas apprécier plus que cela ma lecture.

En espérant en comprendre un peu plus si l'auteur(e) souhaite ouvrir un forum pour en parler.

Merci du partage, des belles choses... et encore pardon.

Une prochaine fois j'espère.

   Arielle   
6/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Il y a une vraie prise de risque dans l'aveu que nous confie l'auteur : Il est" de ces gens" dont la vision pessimiste du monde nous rebute.
Le blé, qui nous nourrit, pousse sur l'humus gras de millions de cadavres dévorés par les vers.
La disparition des dinosaures n'est qu'un épiphénomène à l'échelle de l'univers et les quelques degrés que nous cherchons à épargner à notre planète ne les auraient pas sauvés de l'extinction ... nous sauveront-ils ?
A l'échelle des civilisations et de l'individu, le constat de fragilité n'est pas plus encourageant. Mais nous préférons la plupart du temps repousser les conclusions de "ces gens-là" pour nous vautrer dans l’instant, les yeux fermés et leur laisser leur clairvoyance qui nous dérange.

Nous préfèrerions, bien sûr, leur communiquer un peu de notre insouciance, de notre désir de vivre au mieux cette infime parcelle d’éternité qui nous est impartie mais je ne crois pas qu’il soit en notre pouvoir de guérir "ces gens" de leur inquiétude.

Je suis touchée par la profonde sincérité de cette confession.

   Hananke   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour

Venant de regarder à la télé le documentaire : Le dernier jour
des dinosaures, ce texte me parle donc d'une voix claire
si...
il ne possédait pas tant d'expressions que je trouve complètement
déplacées ici :
ses fesses désespérantes
les immenses cons
une bête nouille et mal orientée peut ...etc...

Pourquoi faut-il toujours essayer de se démarquer ?

Un texte poétique n'a vraiment pas besoin de cela !

Dommage, j'aimais bien le début mais par ces expressions
inappropriées le texte dérape inexorablement par la suite.

   Robot   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Dans sa globalité, la lecture de ce texte m'a amusé. Si je vois bien le pessimisme de fond, je trouve que le sujet est traité avec humour. Encore que pessimisme soit un peu fort. Devrais-je dire constat lucide ?

Sans qu'ils aient nui à ma première lecture, quelques éléments me semblent moins heureux du point de vue rédactionnel:

"(ils ne pouvaient conceptualiser ni "atmosphère", ni "chauffé", ni "létal", mais
ils ont dégusté)"
Pourquoi mettre entre parenthèse. Ce n'est pas un insert, cette phrase me paraît tout à fait inscrite dans le contexte du récit.

"Leur mode d'existence par défaut est l'inquiétude."
Je trouve cette précision surajoutée et sans intérêt pour le récit.

" l'impossibilité pour un étant de se représenter n'étant plus"
Je trouve cette idée exprimée avec beaucoup de lourdeur. Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement. Je trouve que cet axiome n'est pas appliqué ici.

Je confirme cependant que le thème et le récit m'ont globalement intéressé.

   Marite   
15/11/2017
L'incipit m'a attirée et intriguée. Cependant j'aurais mieux vu ce texte dans la catégorie "Réflexion/..." car je n'y ai pas trouvé et ressenti de poésie dans l'expression.
La conclusion est étonnante mais peut-être réaliste, du moins pour qui se satisfait de vivre et penser dans le confort illusoire d'une "cloche factice" posée au-dessus de leur tête :

" Leur mode d'existence par défaut est l'inquiétude.
Ils butent sur l'impossibilité pour un étant de se représenter n'étant plus. Butent,
butent, butent, fourbus.
Puis s'endorment."

Comme des enfants suis-je tentée de compléter.

   papipoete   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
bonjour socque,
Je vois une page tirée d'un genre de " petit livre rouge " du moral dans les chaussettes, où même le ciel étoilé évoque au héros, une source de désillusion !
Je n'aime pas le passage sur les " immenses cons qui brayaient sur terre ", car ceux-ci m'inspirent un sujet de berceuse pour enfant, plutôt que des tonnes de bêtise !
" l'étant qui ne peut s'imaginer n'étant plus ", me fait plutôt sourire, songeant à tous ces " irremplaçables " qui encombrent l'existence !

   PIZZICATO   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Les deux premiers paragraphes m'ont plu ; la poésie est présente.
" lorsque le soleil tendrement s'ébouriffe sur l'herbe légère ".

Ensuite, bien que l'idée soit rendue, l'humour au rendez-vous, j'ai trouvé que ça virait à la chronique.

Un texte quelque peu morose mais une lecture intéressante.

   jaimme   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est peut-être l'âge, mais moi aussi j'ai tendance à penser de plus en plus à la mort. Heureuses bestioles qui n'ont que l'instinct de survie et non la pensée de la mort. Bien que je n'échangerais pas ma place avec la leur.
J'ai aimé le style: mélange de belles phrases classiques, de quelques mots recherchés et de langage peu soutenu. Cela donne à l'ensemble un ton moderne sans sacrifier à la belle langue.
Je ne critique pas le format, chacun son ressenti, mais une plus grande longueur aurait permis (à mon goût) de développer et d'amplifier.
En tout cas ces mots ont résonné chez moi.
Merci.

   Alexandre   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour socque. Hormis le découpage que je ne comprends pas ( à moins qu'il soit ainsi fait pour aérer le texte ), j'aime bien cet état des lieux que laissait prévoir le préambule.

Pas sûr que les dinosaures étaient plus cons que nous... car ici aussi ça chauffe depuis un certain temps et que fait-on malgré notre conceptualisation du désastre à venir ? Rien, moi le premier !

Pour le reste, je suis dans la "tranche" où la nouille mal négociée peut vous couper le sifflet, pas non plus à l'abri d'une traitresse fracture et je me rends bien compte que mes neurones foutent le camp, même en gardant porte et fenêtres fermées...

Pas vraiment fourbu pour l'instant, je bute tout de même sur certains problèmes en attendant de... m'endormir !

Ben oui, faut pas rêver !

Merci pour cette lecture qui n'aura quand même pas entamé mon indéfectible optimisme.

   rosebud   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Lorsque j'ai voulu commenter ce poème en EL, il avait disparu pour toujours de ma liste de lecture comme les dinosaures de la face de la Terre. Quel dommage! Mais le voilà qui réapparaît pour de bon et c'est tant mieux.
Ce poème a pour moi l'aspect astéroïdique de celui de Chixculub : on ne le voit pas venir, mais il est dévastateur. J’aime le choix répété de mots nets et gênants dans un poème de classe : « les immenses cons », « ils ont dégusté », « couper le sifflet », « on se pète facilement les os ». Y avoir dérogé avec des mots mieux choisis aurait été une faute.
Et puis, je ne sais pas vraiment pourquoi, ce poème m’a fait penser à la belle chanson d’Anne Sylvestre qui aime les gens qui doutent. J’entends presque la voix de Socque que j’assimile à celle, douce et légèrement indécise, d’Anne Sylvestre.
Mais les dinosaures brayaient-ils ou braillaient-ils ?

   Queribus   
16/11/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Ce texte appelle de ma part les remarques suivantes en ce qui concerne la forme:
Je n'ai pas compris la coupure des phrases à la première ligne (vérité-sous la clarté, quand à la nuit-elle se soulève, dans les-airs, certain âge on-se pète,)qui n'apporte rien de plus à l’écrit
-le mélange d’expressions littéraires et d'expressions très crues, là aussi, m'apparait inopportun mais certains u trouveront un certain charme ce qui est parfaitement leur droit.

En ce qui concerne le fonds, la réflexion est très intéressante mais aurait mérité, me semble-t-il plus de simplicité tout en en gardant la poésie (pas facile je l'avoue); je pense que vous pouviez mieux faire sur le thème en question.

Bien à vous.

   Perle-Hingaud   
16/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte me plait bien.
Il est enlevé, de guingois avec ces retours à la ligne et parle de nouilles qui te coupent le sifflet, beau pied de nez à l'image sérieuse et dramatique de la Grande Faucheuse ! Tout cela dit avec une sorte de tendresse affligée. Je pense à Prévert, je pense à Desproges.
Chouette lecture !

   Ramana   
16/11/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Comme chantait Nougaro :
"Nos vies ne sont qu'un bout d'essai,
Pour qui, pour quoi, nul ne le sait".
Ce texte fait état d'une grande philosophie, alors qu'il s'y trouve quelques clins d’œil humoristiques qui apportent un brin de dérision, voire d'auto dérision dans un questionnement pourtant fondamental : "immenses cons qui brayaient sur terre", "l'astéroïde de Chicxulub", "Sommes-nous mieux protégés, avec notre Bruce Willis ?", "une bête nouille mal orientée"...
On pourrait débusquer dans ce poème quelques accointances avec l'esprit bouddhique (hormis la désespérance) pour lequel toute chose est en constante modification, pour qui rien n'est permanent, où la vie et la mort coexistent à tout instant, où le monde tel que nous percevons est irréel et ne vaut pas mieux qu'un de ces rêves que nous faisons la nuit.
La désespérance et l’inquiétude ici évoquées face à l'apparente absurdité de la vie, celle de tout individu comme celle de notre civilisation, tient au contexte de la pensée occidentale après que la "bande au professeur Nimbus soit arrivée, frappant les cieux d'alignement" (Brassens).
Oui, la vie est fragile, c'est un fait ; oui, bientôt ces corps, le vôtre, le mien, ne seront plus, et alors ?
Nous connaissons si peu de ce que nous sommes, que savons-nous de la vie, et pire que savons-nous de la mort ? Quelque chose va t-il survivre ? Peut-être après tout aurons nous une bonne surprise, qu'en savons-nous ? Une grande partie de la planète en est convaincue (je sais, ça ne prouve rien !).
En attendant, comme disait ma grand-mère : "mange donc, tu ne sais pas qui te mangera".
J'apprécie ce plat de réflexion nourrissante avec quelques cerises humoristiques venant inciter le lecteur à prendre du recul sur la problématique, se demandant s'il faut vraiment la prendre au sérieux avant de s'endormir (et d'entrer dans le rêve).

   luciole   
16/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Rien dans ce monde ne mérite d'être vu que sub specie mortis et aeternatis.
Je suis comme le "je" du poème et je me suis retrouvé dans vos mots.

   troupi   
17/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Socque.
Le découpage ???? mais bon c'est un choix comme un autre.
La réflexion est intéressante bien que chacun de nous doit l'avoir en permanence dans un petit coin de cerveau sans pour autant y songer trop souvent.
Je ne sais même pas si je vais avoir le temps de finir ce commentaire et pourtant je l'écris comme si c'était important dans ma vie et la votre. C'est ainsi que l'humain fonctionne il sait qu'il va mourir bientôt et il vit comme s'il était éternel. Tant qu'il suit ce processus il peut espérer avancer sans trop de complications.
Avec ça on n'a pas fait avancer grand-chose. Non. Ce qui est amusant dans ce texte c'est la distance prise avec le sujet, l'humour, la dérision,.
J'adore les dinosaures depuis toujours, je ne rate pas un documentaire sur eux, ma curiosité est insatiable sur le sujet, mais au grand jamais je n'ai songé à eux en tant que "grands cons". Rien que pour ça je vous remercie d'avoir pondu ce texte car à bien les regarder je trouve que le qualificatif leur va bien.
Bonne journée. Si vous parvenez à la terminer bien sûr.

   Louis   
17/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le poème distingue plusieurs catégories de « gens » : il y a ceux qui pensent à la mort, et les autres, qui y pensent peu, ou pas, ou seulement de façon occasionnelle. Le locuteur, et aussi auteur du texte, déclare appartenir à la première catégorie.

Une particularité de cette pensée de la mort est soulignée : elle se forme le matin dans l’esprit, quand le soleil brille, « lorsque le soleil tendrement s’ébouriffe sur l’herbe légère du matin ».
La pensée de la mort hante les « gens » plutôt le soir, quand meurt le jour, quand le soleil s’éteint, alors que cette pensée vient à l’auteur dès le matin, quand le jour renaît, quand le soleil habituellement associé à la vie brille de nouveau dans le ciel. Dès l’aurore naît la pensée du crépuscule.

Cette mort qui hante l’esprit dès l’aube ne reste pas une abstraction, mais se trouve concrètement représentée par le cadavre en décomposition, le régal des « vers dodus ».

La méta-pensée sur la mort se poursuit poétiquement, dans le texte, par l’évocation d’une confusion : nous confondons le jour et la nuit, l’éveil et le sommeil, la réalité et le rêve.
Le jour ne correspond pas au temps de l’éveil et de la perception du réel, au contraire. Le jour, nous dormons et nous rêvons : « le ciel, le bel azur, n’est que la paupière close d’un rêveur ». Le ciel bleu : un rêve ; le bleu du ciel : une illusion. La lumière que nous associons à la lucidité n’est qu’un « jeu de dupes », elle n’est qu’un leurre, « la lumière masque », elle n’est qu’une apparence qui voile la réalité dans le bleu des songes.
La nuit : voilà le véritable temps de l’éveil et de la clairvoyance, quand l’astre du jour cesse de nous aveugler. C’est quand vient la nuit que nous y voyons clair.

Et que nous apparaît-il clairement dans la nuit noire ? « Un cosmos » qui « nous montre ses fesses désespérément », répond l’auteur.
Une fois tiré le rideau bleu du ciel diurne, un spectacle effarant se présente à nous. Des étoiles sans nombre, d’une luminosité non aveuglante, nous révèlent un univers immense ; elles ne saturent pas le ciel de lumière et nous font percevoir un fond tout noir sans limites.
Ce cosmos ne nous montre pas son visage, il ne se révèle pas à nous franchement, de face, pour nous signifier ce qu’il en est du monde, de l’existence et de son sens, non, pas franc du collier, mauvais garnement, il ne nous montre que l’arrière de son anatomie astronomique, ses fesses et son fond noir insondable, son noir fondement. Comme un défi à la compréhension.

Mais quel lien entre la pensée de la mort et celle de l’inversion du jour et de la nuit ?
Penser la mort, c’est penser notre place dans l’univers. Que signifie notre présence en lui ? Vivre et mourir ne peuvent se comprendre qu’en considération du Tout de l’univers. Mais celui-ci ne présente à notre regard que ses « fesses », il nous tourne le dos.
Une exigence de mise à l’endroit sous-tend l’avancée réflexive et poétique du texte, une exigence de retournement des choses pour qu’elles soient vues clairement, de face. Le jour et le cosmos nous tournent le dos, et se dérobent à nous. Le cosmos aime à se cacher, ou il se voile en bleu, ou il se déculotte. Difficile donc de voir les choses en face.
La pensée de la mort s’avère donc une méditation qui veut aller au-devant de la réalité, insatisfaite de ne saisir qu’un derrière.
Elle ne peut être qu’une pensée éveillée du jour vrai, qui se lève et s’élève quand le soleil se couche.

Ces gens-là, les penseurs de la mort, poursuit le texte, se souviennent, « se rappellent avec dévotion », du sort des dinosaures. L’expression comporte une pointe ironique, puisque aucun homme n’a été témoin de la disparition des dinosaures ; puisque les deux espèces n’ont jamais coexisté.
Ces espèces vivantes disparues sont qualifiées d’ « immenses cons qui brayaient » dans le temps même de leur anéantissement par un astéroïde. Ils mouraient sans avoir conscience de mourir. Sans langage et sans pensée, qui sont indissociables, ils « brayaient ». Ils mouraient sans même savoir ce qui les tuait. Ces sauriens décidément ne savaient rien.
Mais nous sommes des êtres humains, conscients, doués de langage et de pensée, pas des dinosaures un peu « cons ». Rousseau l’avait remarqué, seul l’homme sait qu’il va mourir, « Jamais l'animal ne saura ce que c'est que mourir, et la connaissance de la mort, et de ses terreurs, est une des premières acquisitions que l'homme ait faites, en s'éloignant de la condition animale. » écrivait-il. Penser la mort, c’est assumer sa condition humaine, consciente mais mortelle.

La pensée de la mort n’est plus celle de la personne singulière ( la mort « à la première personne » comme disait Jankélévitch), mais celle de l’espèce.

La conscience de ce qui nous tue nous protège-t-elle du danger ? L’auteur pose la question avec humour :
« Sommes-nous mieux protégés, avec notre Bruce Willis ? »
La question, rhétorique, est l’affirmation que nous sommes très vulnérables, pas vraiment à l’abri de la chute d’un nouvel astéroïde, ou d’une autre catastrophe, soit naturelle, soit provoquée par l’homme lui-même. Moins « cons » que les dinosaures, puisque nous pouvons au moins poser la question, mais cons quand même, nous le sommes.

L’auteur rappelle la phrase de P. Valéry : « Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.»
Nous connaissons désormais la fragilité des civilisations que nous croyions éternelles, et de toute vie. Il s’en faut d’un rien pour qu’une vie prenne fin, « une bête nouille mal orientée peut couper à jamais le sifflet ».
Ce savoir s’acquiert grâce aux « gens » qui méditent sur la mort. Mais quel est l’acquis réel de ce savoir s’il ne permet pas de vaincre notre fragilité ?
Les souvenirs des lectures de Pascal reviennent à la mémoire : « L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. Il ne faut pas que l’univers entier s’arme pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée. »
Plus « dignes » et moins « cons » que des dinosaures, sommes-nous, lorsque nous appartenons à cette catégorie de gens qui pensent la mort.

Ces gens-là ne peuvent avoir d’autre mode d’existence que « l’inquiétude ». Non pas l’angoisse, que l’auteur met à distance en parsemant le texte çà et là de pointes d’humour et d’ironique dérision. La pensée de la mort ne peut guère s’accompagner de quiétude sereine.

Mais la situation des gens de cette catégorie de penseurs s’avère plus tragique qu’il n’y paraît. Ils se heurtent en effet contre un obstacle insurmontable : « Butent, butent, butent, fourbus. » Cet obstacle est exprimé dans un langage heideggérien : « L’impossibilité pour un étant de se représenter n’étant plus ». La mort s’avère, en effet, impensable.

Penser la mort revient donc à penser l’impensable. Mais comment y renoncer ? Le penseur de la mort se trouve donc dans la nécessité de penser l’impensable, condamné à penser dans l’inquiétude, en un processus toujours voué à l’échec.

L’ironie de notre condition est exprimée dans les mots qui clôturent le texte : « Puis s’endorment »
Nous savons que nous allons mourir, et pourtant, irrésistiblement, nous sombrons dans l’inconscience du sommeil !

Merci socque pour ce texte qui pointe, avec sensibilité, humour et réflexion, un des aspects essentiels de la condition humaine.

   wancyrs   
17/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
De l'entêtement des Hommes et de leur cécité ; c'est vrai que c'est désespérant de voir avancer le monde inéluctablement vers sa fin... mais je ne suis pas de ces gens qui pensent à arrêter de vivre pour autant ; courage ? ou bien lâcheté ? j'en sais rien ! J'aime ce que vous dites

   fried   
18/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Oui Mais...
On aimera vivre tant que tendrement le soleil s'ébouriffera dans l'herbe tendre du matin.

   jfmoods   
18/11/2017
L'entête, construit en un double chiasme ("Le matin tu te roules joyeux dans la neige, le soir elle couvre tes yeux morts. Qu’as-tu fait de ta journée, qu’a-t-elle fait de toi ?"), annonce la thématique qui hantera le poème. Derrière la liberté, conquérante, de l'individu, se cache la fragilité, la volatilité de sa condition.

L'assimilation, fixée d'emblée ("Je suis de..."), délègue au groupe ("ces gens" x 3, "Ils" x 2, "leur mode d'existence"), image de l'entité dans laquelle on trouve sa place, la portée de la parole.

Comme le met clairement en évidence le paradoxe ("lorsque le soleil tendrement s'ébouriffe..., pensent à la mort."), ce groupe n'est pas franchement majoritaire dans la société.

L'image du cycle inaltérable de la vie (destruction : "Aux vers dodus", "aux cadavres qu'ils dévorent", production : "tuf du blé, du pain") traduit la profondeur d'une réflexion sur la mort dont la conclusion s'impose d'elle même (groupe nominal à visée catégorique : "seule vérité").

Ce regard singulier sur le monde exige une capacité à se mettre à distance des faux-semblants (complément de lieu : "sous la clarté des apparences", personnification : "La lumière masque", locution restrictive : "le ciel, le bel azur, n'est que la paupière close d'un rêveur") pour mieux appréhender la modestie de notre condition (provocation devant laquelle on reste impuissant : "le cosmos nous montre ses fesses désespérantes").

Une espèce moins évoluée que la nôtre ("les dinosaures", périphrase sarcastique : "ces immenses cons") a déjà péri sur Terre suite à une catastrophe ("l'astéroide de Chicxulub"). Par esprit de dérision, à l'aide d'une question rhétorique, la poétesse convoque la figure emblématique du héros cinématographique des temps modernes auquel est confiée la tâche surhumaine de sauver le monde ("Sommes-nous mieux protégés, avec notre Bruce Willis ?").

Une subordonnée complétive à cinq branches, clôturée par une citation de Paul Valéry ("Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles.") prend alors en charge le poids d'une expérience de la vie qui nous enseigne que nous pouvons disparaître à tout instant. Nous sommes donc des cons moins immenses que nos prédécesseurs.

Cependant, notre intelligence ne nous est d'aucun secours, puisque nous questionnons en vain un inconcevable après ("Ils butent sur l'impossibilité pour un étant de se représenter n'étant plus", anaphore marquant l'obstination stérile : "Butent, butent, butent", participe passé : 'fourbus") avant de nous effondrer bêtement, terrassés par le sommeil ("Puis s'endorment").

Le sérieux du thème choisi ici doit être largement relativisé par la présence de plusieurs procédés : quelques sauts de ligne impromptus, un anachronisme qui prête à sourire ("se rappellent avec dévotion les dinosaures") et une forte disparité des niveaux de langue.

Merci pour ce partage !

   David   
20/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour socque,

Il y a quelque chose de prosaïque dans le sujet, si ce n'est qu'il se tient à la porte de ce qui ne l'est plus : l'angoisse de la mort. Il y a un peu de lyrisme et de l'humour, et surtout cette fin, où il est écrit que quelqu'un en train d'être ne pourrait s'imaginer en train de n'être pas, comme condamné à voir, jusqu'aux portes de son sommeil, où là aussi, il pourrait sans doute difficilement s'imaginer en train d'être en sommeil, et pourtant il s'endort, comme un jour il mourra.


Oniris Copyright © 2007-2017