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Poésie libre
socque : L'hiver des mensonges
 Publié le 09/10/21  -  8 commentaires  -  670 caractères  -  296 lectures    Autres textes du même auteur

Le froid en nous calcine la planète.


L'hiver des mensonges



Dans l'hiver des mensonges nous nous vautrons
le froid en nous tue les arbres.

Le froid en nous tue les insectes
cela n'est pas pour nous déplaire
il tue tout. Contrariant.

Au milieu des mensonges qui piapiatent inlassés
les faibles vérités s'agitent
suffoquées
albatros abattus reins rompus chus sur le dos si haut
leur sang s'écoule leurs yeux se voilent au ciel les os brisés de leurs grandes ailes zigzaguent
tortueux sous les plumes éteintes

et Twitter tweete.


__________________________________________
Ce texte a été publié avec des mots protégés par PTS.


 
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   Cyrill   
4/10/2021
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
« albatros abattus reins rompus chus sur le dos si haut
leur sang s'écoule leurs yeux se voilent au ciel les os brisés de leurs grandes ailes zigzaguent »

J’aime beaucoup ces deux vers, et d’ailleurs la strophe qui les entoure me plaît assez.
Le début du poème me semble malheureusement un peu maladroit, malgré une intention louable, à laquelle je pourrais adhérer, peut-être… je me demande tout de même qui sont ces êtres froids (nous ?) insensibles au devenir des espèces. Je ne m’y reconnais guère en tout cas et ça m’ennuie que le poème m’y inclue.
Cela dit, j’ai bien aimé le parallèle fait entre l’oiseau aux ailes de géant, poète comme disait l’autre, et le petit pioupiou des réseaux.

   Cristale   
9/10/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Avec Socque c'est souvent ambiance "apocalypse now" mais jamais rien de banal dans cette écriture hors du commun qui enfile ses vers sur une structure résolument contemporaine et ne s'embarrasse pas de vieux poncifs.

Tout à déguster, rien à jeter, la lectrice que je suis prend ça en pleine poire et descend de son petit nuage rose et blanc.

Excellent !

   Provencao   
9/10/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"Au milieu des mensonges qui piapiatent inlassés
les faibles vérités s'agitent
suffoquées"

J'aime beaucoup ce passage où la vérité dépasse l’âme qui aspire à la quiétude.

Dans cet hiver des mensonges , ou le froid semble être devenu la règle, la pensée de socque pourrait sans doute aider à recouvrer certaines valeurs fondamentales....

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   papipoete   
9/10/2021
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour socque
Qu'il est facile de mentir sans le moindre effort, mais que c'est difficile d'avouer une vérité... on en perdrait le souffle de le dire, le chuchoter !
" hein, qu'est-ce que tu dis ?
- je disais que...
- comment ?
- tu as raison ! "
NB du " socque " dans toute sa splendeur, mais sans le moindre gros-mot !
les trois dernières lignes semblent aveux, que la voix bredouille, pour se libérer...

   Vincente   
9/10/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai sans réserve apprécié le style et l'agencement des vers, il y a là un équilibre moteur qui progresse avec une certaine puissance et ancre sans frilosité ses impressions.
Une bonne part de l'énergie signifiante, celle qui a choisi le "froid" comme véhicule narratif et emprunte sa capacité la plus sensible à hauteur de nous humains au sang chaud, et la plus générale face aux organismes qui luttent contre lui pour vivre, tente son oeuvre révélatrice.

Dans l'exergue, l'antagonisme justement, étroitement, affirmé est sans appel. En opposant "le froid", celui qui engonce et fige, ainsi en l'associant quand bien même ce serait à triste finalité au "feu" qui calcine notre terre, nul doute que le lecteur va en être secoué. À cette explosion des sens confrontés, le froid s'avère au figuré quand le feu au contraire est au propre ; audacieuse mais bien excitante proposition…

Ce que je regretterais après cette lecture bouleversante (sens propre et figuré), c'est une discordance foncière entre l'intention de révéler, pousser à la révolte, émouvoir pour réagir (instances dynamiques, volontaristes, aux ressorts et "définitions" crûment réalistes), et celle qui se lit ici dans un floutage sympathiquement poétique mais qui enlève à son sujet, en ne le cernant pas, la force même qu'il invoquait. Mais s'il le fait cependant a minima dans le final – car le "Twitter" est d'une très belle inspiration après "plumes éteintes" de "l'albatros abattus", par ces "plumes" duales puisqu'on comprend combien elles sont(étaient ?) également écri-vaines ! Dans le reste du poème, on reste dans une évocation très aérienne de la problématique évoquée ; des arbres, aux insectes puis aux oiseaux, l'on ne devine qu'une adresse bien partielle aux dégâts dus au réchauffement climatique.
Bien sûr il ne serait pas question de convoquer toutes les négativités de ce phénomène, mais dans un propos qui s'y "attaque", un ciblage plus dirigé m'aurait semblait plus pertinent.
Pertinence et poésie, voici deux notions que l'on pourrait penser peu associables… eh bien au contraire, leur collaboration dans des textes "militants" me paraît très souhaitable.

   Donaldo75   
9/10/2021
Bonjour socque,

Je n’arrive pas à déclencher mon enthousiasme pour ce texte et pourtant je le trouve original, engagé, différent. En cela, je suis comme l’amateur de peinture impressionniste qui reste coi devant une toile de Kandinsky parce qu’elle l’attire mais qu’il ne la perçoit qu’en partie. C’est juste une analogie, je préfère de loin Kandinsky à Monet et la forme libre à la poésie classique. Je préfère le préciser pour ne pas amener de malentendu. Ici, l’exergue donne le ton. Le titre oriente le thème. La forme libre déployée tout au long de ce poème souffle sur les neurones du lecteur cela d’autant plus qu’il n’y a pas de ponctuation et c’est ce que j’aime dans le libre.

« Dans l'hiver des mensonges nous nous vautrons
le froid en nous tue les arbres. »

Court mais vrai, j’attends la suite, c’est ce que je me dis en lisant ces vers.

« Le froid en nous tue les insectes
cela n'est pas pour nous déplaire
il tue tout. Contrariant. »

Bof, bof, bof, ces trois vers sont à mon goût trop plongés dans le raisonnement, la logique, le discours, inutile vu les deux premiers ou alors il aurait mieux valu les intégrer dans le début. La répétition « le froid en nous tue » ne m’a pas convaincu.

La suite me plait nettement plus pour tout ce que j’ai évoqué au début de mon commentaire, les images, la non-ponctuation qui donne un flot continu et rythme la lecture au gré de ma suffocation.

« et Twitter tweete. »

Une conclusion qui va bien dans l’esprit du poème, du moins ce que j’en ai compris.

   Keanu   
30/10/2021
Bonjour socque !

Votre texte est le premier que je commente sur Oniris. J'espère faire les choses correctement.

Dans l'ensemble, je dirais que je n'ai pas été séduit, même si quelques passages m'ont plu.

La manière dont vous brodez le motif du froid comporte un certain charme : le phénomène concret (on imagine les corps humains se rouler dans la neige : « nous nous vautrons » ; ceux des insectes et des arbres pris d'assaut par le gel) accompagne l'allégorie (le froid des « mensonges », de l'indifférence, du déni). Ainsi, une attitude humaine est comparée à un événement naturel ; on est bien dans le thème du cataclysme, du dérèglement climatique, de l'anthropocène : c'est cohérent en matière esthétique.

Mais cette allégorie du premier vers me déplaît en cela qu'elle me semble grandiloquente et surfaite : « l'hiver des mensonges ». J'aime rarement ce genre de constructions (article défini + motif concret poétique + complément immatériel). Ensuite, l'utilisation surplombante et englobante de la première personne du pluriel et du verbe péjoratif « se vautrer » me donne immédiatement l'impression d'un moralisme un peu creux. Peut-être y a-t-il une certaine ironie ou un certain cynisme dans ces procédés ? En revanche, « le froid en nous tue les arbres » me plaît beaucoup pour sa concision, sa brièveté évocatrice, sa douceur paradoxale ; je n'y trouve pas la même grandiloquence raide et fabriquée.

Je ne déteste pas la deuxième strophe mais elle me donne une impression de platitude. J'aime que les « insectes » soient mentionnés mais je n'aime pas le « cela » qui me paraît rigide et le « Contrariant » isolé et brutal me laisse de marbre. Je crois que je trouve cette strophe trop démonstrative.

La troisième, plus longue et plus dense, me laisse des sentiments partagés. J'aime assez la description de l'agonie des albatros, d'une part le rythme enlevé qui semble mimer la chute et l'urgence d'agir, d'autre part la précision à la fois squelettique, sanguine (« reins rompus », « os brisés », « leur sang s'écoule ») et poétique (« leurs yeux se voilent au ciel », « les plumes éteintes »). Dans les deux derniers passages cités, les motifs de la menace élémentaire (comme un ciel voilé) et de l'extinction (des yeux, des plumes, des espèces) sont habilement intriqués et illustrés. J'aime aussi et surtout que le poème donne à voir, de manière à la fois crue et picturale, un corps vivant en train de mourir dans ce qu'il a de concret : ça permet de restituer une réalité, d'incarner une singularité (certes exemplaire), plutôt que de rester dans l'abstraction hors sol (bien qu'il s'agisse d'« albatros », figure céleste et allégorique par excellence, et que vous comparez leurs "plumes" à celles qui se taisent, ici ils existent bel et bien en tant qu'êtres et ils tombent). Beau passage, donc, à mon avis !

Seulement, je trouve qu'il est gâché par le début de la strophe (« au milieu des mensonges qui piapiatent inlassés/les faibles vérités s'agitent/suffoquées »), lequel reprend cette dialectique et cette allégorie vérité(s)/mensonge(s) que je trouve poussives et même assez déplacées en l'occurrence : dans un poème aux accents écologiques qui traite des conséquences de l'action humaine et du déni face à elles en grande partie engendré et alimenté par une pensée anthropocentrée et mentaphobique qui chosifie depuis toujours le reste du vivant pour mieux l'exploiter, qui peine à rendre palpable l'existence des non-humains, je trouve assez maladroit de comparer les corps réels des oiseaux à des notions (idéelles et donc humaines) comme la vérité ou le mensonge. L'allégorie s'apparente alors selon moi à une réification. C'est d'autant plus dommage que, comme je l'ai déjà dit, la suite du texte s'efforce littéralement de réaliser, de redonner corps et vie à ces albatros.

Quant à la petite formule qui clôt le poème, elle me semble démagogique à la fois dans sa forme et dans son contenu. Le jeu de contraste du point de vue du registre de langue et de l'imaginaire me paraît tape-à-l'oeil, comme si les coutures du texte étaient trop évidentes. Après la chute écrite, poétique et néanmoins cruellement réelle des albatros, on arrive à une syntaxe prosaïque, pauvre, tautologique et désenchantée, à une mention de la technostructure virtuelle pour signifier l'inanité, l'hypocrisie, l'aveuglement ou l'autotélisme de la société contemporaine (« et Twitter twitte »). Du point de vue littéraire je trouve cette disparité trop criarde et du point de vue politique ou intellectuel cette binarité technologie/nature trop expéditive, réductrice ou caricaturale.

En somme, face à un sujet à la fois aussi important, aussi vaste et aussi sensible, j'aurais aimé que le texte s'attache à montrer ou suggérer avec une simplicité inventive des choses menues plutôt qu'à démontrer avec une emphase convenue des monuments. Justement parce que l'enjeu écologique consiste aussi à faire sortir les altérités de l'abstraction, à ne plus considérer les corps des autres uniquement comme des symboles.

Merci beaucoup pour le partage de ce texte que j'ai pris plaisir à lire et à réfléchir selon mon opinion qui, bien sûr, n'engage que moi. Je tiens à dire que j'ai perçu dans l'écriture un savoir-faire, une recherche formelle et un aspect cérébral qui m'ont attiré.

   Louis   
13/10/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Sans tergiversations, le premier vers fustige les hommes ; il nous tance vertement, « nous » en tant que collectivité, pour déclarer :

« Dans l’hiver des mensonges nous nous vautrons »

Il est nôtre, cet hiver, mais l’on s'y vautre.
On s’y abandonne, en effet, jouissant des plaisirs de la consommation effrénée, et dans une passivité coupable à l’égard des tous ces vivants qui, sur la planète, périssent en grand nombre.

Quels mensonges, dans ce rude hiver ?
Ceux par lesquels on masque une vérité, que l’on ne veut pas voir ; ceux du négationnisme climatique ; ceux des idéologies soumises à des intérêts économiques et financiers, subordonnées à des impératifs égoïstes irresponsables, alors que l’on a établi scientifiquement, sans aucun doute possible, l’origine anthropique du changement climatique.
Ces mensonges tentent de justifier l’« hiver » qui s’est instauré chez les hommes, cette ère glaciaire pour l’esprit et pour le cœur, quand la vie sur la planète suffoque et meurt dans la hausse des températures, le bouleversement climatique et ses brûlures.
Ainsi ce n’est pas la chaleur croissante qui « calcine » la planète, mais la froideur « en nous », la froideur des hommes, leur insensibilité devant la mort des arbres, celle des insectes et de multitudes espèces vivantes.

L’auteure, on la comprend, s’irrite et se consume d’énoncer une vérité aussi glaçante :
« Le froid tue tout ».
Nous sommes devenus des animaux à cœur froid.
La mort nous indiffère, comme si la vie des autres non-humains n’était pas celle de proches, celle de nos sœurs et de nos frères.
Et même, cette mort n’est pas « pour nous déplaire » quand il s’agit des vilains insectes, que nous apprécions si peu, trop "laids’’, trop "sales’’, trop "nocifs’’.
Et « les faibles vérités s’agitent / suffoquées »
Elles apparaissent bien faibles devant la puissance des opinions.
Elles « suffoquent », manquent d’air, de hauteur, d’altitude. La vérité, en effet, ne peut se rabaisser, se soumettre aux vils intérêts, aux intérêts grossiers très "terre à terre’’, sous peine de s’anéantir. Il lui faut un ciel, il lui faut un azur.
C’est pourquoi les vérités sont comparées à des albatros, ces « rois de l’azur » (Baudelaire), et non l’inverse : ce ne sont pas les oiseaux qui sont comparés à des notions humaines, mais de l’humain qui est assimilé allégoriquement à des oiseaux. La vérité dans son universalité, de plus, et à condition d’être distinguée de la "vérité de chacun’’, c’est-à-dire la simple opinion, n’est pas "humaine" ; elle est universelle et objective, et s’il y a, et s’il y avait d’autres esprits que les esprits humains, elle s’imposerait aussi à ceux-là. La vérité, bien que saisie ou approchée par un esprit, est indépendante de cet esprit, qui ne la forge pas, puisqu’elle s’impose à lui.

Ains les vérités-albatros sont « abattues » en plein vol, et ne peuvent plus conserver leur place au-dessus de la mêlée des opinions subjectives, assénées sans preuves ni démonstration ( et qu’il n’ y ait pas d’absolues vérités n’empêche pas le distinction entre opinion et vérité, qui ne peuvent être mises sur le même plan. L’absence d’absolu ne signifie pas que tout se vaut).
Les opinions sont bavardes, fusillent à vue, d’autant plus péremptoires qu’elles sont mal fondées, ou non fondées.

Dans leur bavardage, il est reproché aux mensonges d’imiter les oiseaux. Ainsi les mensonges « piapiatent », et font des « tweets ». Ces deux termes ont pour origine des onomatopées par lesquelles un discours est considéré semblable au chant des oiseaux, dans le sens des pépiements ou des gazouillis.
Or les vérités sont, elles aussi, comparées allégoriquement à des oiseaux : les albatros.
Il y aurait là un apparent paradoxe.
D’un côté on reproche aux hommes d’abattre les oiseaux ( les albatros), donc de les rejeter hors du vivant et de l’humain ; de l’autre de les imiter (« piapiater » ; « tweeter »), d’intégrer donc dans l’humain des comportements de volatiles.
Mais l’idée de fond est que l’on tue les oiseaux de chair et d’os, comme tous les autres vivants non-humains, par notre froideur ; que l’on abat métaphoriquement les oiseaux comme les albatros, allégories de la vérité ; et que l’on tue aussi le chant des oiseaux, en ne retenant de lui qu’un bavardage creux et insignifiant, profusion de sons sans langage.
Ainsi, le reproche n’est pas celui d’imiter les oiseaux, mais de copier leurs chants imaginaires nés des représentations fausses que l’on se fait à leur égard, méconnaissant la teneur des "pépiements’’.

Tombe alors le paradoxe, et vole l’oiseau qui doit, comme l’albatros, donner à l’esprit le modèle d’une pensée d’envergure, qui sait prendre de la hauteur et de l’altitude, bien au-dessus des bassesses qui mènent à la destruction de notre monde, et sait donc envisager les grands enjeux d’un avenir de notre monde et la responsabilité que nous avons à l’égard du futur.

Le poème déplore donc, d’un ton vif, et avec ironie, celle de la lutte et du combat, la mort qui vient, le froid qui nous saisit. Un froid qui engendre son contraire : la chaleur invivable.


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