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Poésie libre
socque : Loin sur nos têtes les batteurs géants [Sélection GL]
 Publié le 26/08/20  -  19 commentaires  -  3866 caractères  -  161 lectures    Autres textes du même auteur

Ils garantiront l'émulsion.


Loin sur nos têtes les batteurs géants [Sélection GL]



Ciel océan se lorgnent se tâtent
cobalt piqué d'écume azur troué de blanc
à leur interface des surfaces fractales
brouillards bulles giclées embruns ressac
et la trombe ensemence la nuée sperme violemment salé
plus tard des alevins pleuvront dans le désert
et les fous infiltrent l'eau d'air brassé et les rorquals pètent et les dauphins éclaboussent et
la pluie creuse d'infimes puits dans les lames brisées
miroirs aux mille éclats où la clarté diffracte
eau air tissés serrés par tant de navettes se bisouillent bavent débordent sans oser s'accoupler.

Alors voilà ce que nous allons faire. Tout mélanger.
Qu'air et eau s'entremêlent de la troposphère aux abysses. Nous serons si légers !
Sautillant sous la douce lumière glauque irisée d'arcs-en-ciel
Sautillant sous la douce lumière glauque irisée d'arcs-en-ciel flous
pesanteur presque oubliéenière glauque irisée d'arcs-en-ciel
loin sur nos têtes les batteurs géants garantiront l'émulsion
et les sous-marins s'arrêteront aux feux rouges et les rémoras
iront à la boulangerie et les anachorètes s'installeront dans les coraux
philosopher avec les poulpes
et les alpinistes descendront aux Mariannes et les baudroies grimperont l'Everest éblouies et les crabes
rongeront les détonateurs de missiles et les fleurs toutes les fleurs
ondoieront de la tige et les arbres s'écorceront émus vulnérables assouplis.

Le débat fera rage pour nommer le nouvel organe respirant pouchie ou branmonbranpou ? monchie ?
Et on s'en foutra.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   sauvage   
12/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Une liberté et une créativité appréciable qui cependant ne m'ont pas touchées. Même si le langage familier ne me gêne guère, finir sur « Et on s'en foutra .», dans son relativisme globalisant, est à mes yeux raté. Et juste avant, les combinaisons sous forme de déclinaisons entre poumon et branchie sont un peu lourdes. Pour conclure, ce poème a des qualités mais pourrait être toiletté, resserrer sur l'essentiel pour que le message soit davantage mis en avant. Bonne continuation.

sauvage en E.L.

   Luz   
16/8/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour,

Évidemment, là, on touche à l'exceptionnel.
Je ne sais que dire, c'est tellement original, poétique, humoristique ; génial en somme.
Comment peut-on être inspiré à ce point (je signale que la charte interdit le dopage : il y a des contrôles, sauf en été peut-être...)
Je n'avais encore rien lu de semblable, comment commenter l'admirable ?
Merci.

Luz

   Melorane   
18/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour,
Un poème écrit dans un ton plutôt absurde très réussi et en même temps vu comme c'est partie, la situation sur Terre, ne le sera pas moins.
L'eau monte à cause en grande partie de nous et en effet, il faudra s'adapter, comme l'exprime très bien l'avant dernier vers.
Le dernier vers quand à lui me semble bien finir ce texte, rappelant à quel point tout cela nous passe au dessus de la tête.
Je suis un peu moins convaincu par la mise en page, je n'ai pas vraiment compris la mise en couleur de certain mots, je pense comprendre le bleu clair et le bleu foncé pour le ciel et l'océan/air et eau. Mais les autres mises en évidence ne me semble pas clair, pourquoi ces mots en particulier, il doit y avoir une explication que je n'ai pas saisi.
En E.L.

   Robot   
18/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai un regard trés dual sur ce texte. Autant la composition, l'écriture, le fond m'ont passionnés, autant je reste circonspect sur la mise en page que je trouve très artificielle avec ses couleurs et ses tentatives d'effets qui ont perturbé ma première lecture.
J’ai ressenti l’impression d’une sorte de crainte (de l’auteur) que l’écriture soit trop faible pour suggérer une image claire dans le cerveau du lecteur. Pour moi nul besoin de peindre les lettres de l'arc en ciel pour que je le visualise.
Le procédé dessert plutôt car on se demande pourquoi, par un soulignement, rendre visible certains mots et pas d'autres. J’aurais été plus convaincu si, en plus de rendre physiquement les couleurs de l’arc en ciel le même procédé fut appliqué pour son adjectif flou ou pour rehausser les surfaces fractales et les brouillards bulle gelés. Mais cela aurait été moins aisé à rendre. C’est cette différence de traitement qui m'a convaincu que le procédé ne fonctionnait pas..

Heureusement, j'ai débarrassé le texte de ses "fioritures" et il m'est apparu plus lisible et même littérairement bon dans la visualisation qu'il inspire sans besoin d'artifices.
C’est la créativité du récit et l’inventivité poétique que je veux retenir de cette poésie libre qui possède un peu le visage d’une prose.
La flèche descendante pour dire mon regret de la présentation.

   Dugenou   
26/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour socque,

Je n'avais pas pris conscience jusqu'à présent que j'habitais ce que les générations futures appelleront l'Atlantide. Merci de me le mettre sous le nez !

Les jolies couleurs me mènent à penser que les chocolats aux champignons mexicains que l'on propose aux nouveaux venus sur Oniris doivent être consommés avec modération... surtout par les anciens.

Je nage ici en pleine confusion, mes branchies me démangent, bref, je n'avais jamais vu ça, donc je conclue avant de sombrer dans le délire le plus total : Bravo pour tant de maestria !

   Stephane   
26/8/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un joli pandemonium, une soupe originelle et originale, un foutoir délirant dans lequel tout se rejoint - y compris l'injoignable - le ciel, la terre, les nues, les abysses, un peu comme ce "Tous à zanzibar" de je ne sais plus qui. Ca sonne comme un foisonnement de lames brisées qui m'éclaboussent au plus profond de moi.

Je ne saurais mieux dire, finalement.

Bravo et merci (un bien beau cadeau pour mon 200è commentaire) ; mince, ça vient de passer à 199, un shortien a du supprimer l'un de ses poèmes, tant pis !

Stéphane

   Vincente   
26/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Une fois n'est pas coutume, je vais donner mon ressenti à rebours. Car chaque plan ingéré m'a produit une émotion seconde presque à contretemps de la première…

Tout d'abord, l'impression initiale de cette présentation colorée, comme un flash assez éblouissant, m'a, si ce n'est plu, du moins attiré, voire intrigué. Le problème c'est qu'elle ralentit et même handicape la saisie de ce qui se lit, car le verbe étant déjà très fourni, cela fait une notion de plus à assimiler, et, vraiment, il y a eu chez moi une surcharge cognitive néfaste.

Toute la première strophe m'a beaucoup plu, d'abord dans le foisonnement des images et puis dans ce qu'elles invitent à voir et entendre (les sons induits que produisent les scènes évoquées sont omniprésents). Le tout est assez jubilatoire.
Un bémol cependant, j'aurais trouvé plus ajusté de faire un retour à la ligne après le "Ciel océan" du premier vers.

Ensuite la strophe du basculement qui propose de tout mélanger. Par une sympathique et insolite inflexion métaphysique, lancer le paradigme improbable et voyons ! Soit.

Et puis vient cette loufoque élucubration… Là j'ai décroché, trop de débordements conceptuels, trop de laisser aller imaginatif, trop d'à peu près tout.
Même le plus parfait surréalisme doit paradoxalement garder a minima les "pieds sur terre", laisser quelques résonances envisageables en affleurements du possible, sinon où va-t-on ? On délire comme les enfants qui s'amusent à empiler les "si" et leurs aberrantes propositions… non pour moi, un poème doit conserver quelques liens avec le réel pour être sensiblement intéressant ; quand les mots et leurs représentations ne sont plus que des emprunts (voire détournement) de sens, amputés de leur signifiance, ils deviennent de simples couleurs, et l'art qui les convoque ainsi va au-delà de l'abstraction, là où je ne sais pas, et ça me gêne !

Je suis donc passé d'une très bonne impression première à une dommageable déception seconde. Mais j'y ai cru, un temps…

   Annick   
26/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai d'abord été attirée par les couleurs, plus particulièrement ces arcs-en-ciel que je considère comme réussis ! Innovant, donc ! Un brin naïf mais j'aime !

J'ai apprécié la première strophe comme une sorte de Genèse revue et corrigée par le narrateur, une soupe originelle où se mêlent chimie et alchimie. (Les eaux du ciel et de la Terre mêlées.) Truculence provocatrice et poésie font bon ménage.

La seconde strophe me fait tomber de haut avec les mots "sous-marins", "feux rouges" ou encore "boulangerie", par exemple. J'ai l'impression qu'ici tout se désorganise dans un chaos accéléré et loufoque, où le narrateur semble ne plus maîtriser les rênes des chevaux, je veux dire de son imagination débridée. Point trop n'en faut.

Mais je salue la créativité.

   Bellini   
26/8/2020
 a aimé ce texte 
Un peu
Oui c’est vrai, si la nature continue d’être dérangée, on pourrait bien penser un jour que des batteurs géants ont été branchés entre océan et ciel, créant ce genre d’émulsion. On peut tout imaginer, en fait. Et c’est ce trop-plein cartoonesque qui m’a séduit. Mais comme dans Pépette est une salope, vous mélangez vos publics. Si la naïveté du coloriage peut amuser des enfants, bon courage à eux pour démêler votre apocalypse. Ils riront intelligemment aux rorquals qui pètent si le mot rorqual est dans le dictionnaire du CP, sinon ils riront bêtement au simple mot péter, en attendant caca boudin.

Je miserai donc plutôt sur une clientèle d’adultes. Mais de la même manière que je ne suis pas fan des calligrammes, je n’ai pas besoin qu’on passe le stabilo sur le cobalt pour qu’il paraisse piqué d’écume avec les lettres devenues blanches. Ne parlons pas de l’arc-en-ciel ni de l’artifice des baudroies éblouies au point d’éclaircir le mot. Cela retire à l’intelligence du texte plutôt qu’il en ajoute.

Je pense que vous avez suffisamment d’imagination et d’énergie pour ne pas infantiliser vos lecteurs. En tout cas, moi je l’ai été, infantilisé.
Bellini

   Lebarde   
26/8/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Tout est fait pour interpeller le lecteur, petit ou grand, et provoquer une réaction.
Je sais que vous êtes coutumier de ces recherches très en marge de la poésie traditionnelle et je sais aussi vous avoir déjà fait part de ma réticence devant ces démarches trop « excentriques ».
Mais ici, plus que jamais, est-ce bien utile et convenable pour un sujet à vocation poétique.
De la couleur, un arc-en-ciel en sur lignage et pourquoi pas au milieu du texte, le dessin d’une petite fleur, d’un arbre, d’une maison et ce qui serait plus dans le contexte, un tas d’ordures ou une fumée d’usine, pour créer le buzz!
Un exercice d’illustration pour maternelle, oui bien sûr ça pourrait plaire!
À t’on besoin de tous ces artifices, certes très novateurs, pour faire le scoop et piéger son public?
À mon avis, certainement pas et je n’adhère pas à ces » fioritures » qui n’ajoute rien au texte et au sujet et n’ont pas leur place ici.

Désolé mon esprit a été détourné du propos par vos coloriages et je n’ai pas pu l’apprécier.

Lebarde

   papipoete   
26/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonsoir socque
comme dirait le ronchon d'à côté, " ça n'a ni queue, ni tête ! " mais qu'est-ce qu'elle va chercher là ! " les alevins pleuvront dans le désert ! "
Et chaque ligne a son énormité ; chaque pensée fait réfléchir... et l'on se dit " elle a raison, en fait ! "
Ce n'est pas un tireur de ficelles et ses marionnettes, mais un " batteur géant " qui malaxe tout ce que les brumes montées au ciel, apportent dans son grand bol, et... ça retombe sur la Terre...
NB très farfelu de prime abord, mais à bien mâcher chaque ingrédient, on se fait une idée de ce que l'avenir nous réserve!
J'aime particulièrement le passage final, où " les alpinistes descendront aux Mariannes et les baudroies..." bien que très savoureux, pourrait bien nous faire rire JAUNE !

   Arsinor   
27/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte très talentueux, d'un même geste désinvolte, avec des oppositions violentes, et une idée pas mal, celle non pas de reprendre le calligramme noir sur blanc mais de profiter de l'informatique pour ajouter des couleurs, le plus drôle étant le mot pâli par son propre éblouissement. Ce poème me paraît terminé, achevé ; un seul regret les mots de registre vulgaire mais c'est le style choisi par l'autrice.

   Malitorne   
28/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J’admire le travail avec les balises html ou je ne sais quoi, ça n’a pas dû être évident et vous réclamer beaucoup de temps. Toujours votre besoin d’épater la galerie, on peut dire que c’est réussi tant sur le fond que sur la forme. D’ailleurs je suis surpris de ne pas voir votre poésie dans le Laboniris, elle y aurait eu toute sa place et honoré cette section trop vide.
Sur le texte en lui-même on retrouve votre patte unique, mélange d’écologie et de vision sombre du futur, le tout mixé dans un mouvement ample et baroque. Et pour ne pas trop s’envoler dans des stratosphères intellectuelles, quelques mots grivois pour ramener ce bel ensemble sur terre, comme si vous vous moquiez de vous-même, qu’on ne vous prenne pas trop au sérieux. J’aime beaucoup l’énergie exceptionnelle que transporte ce type d’élucubrations, car c’est un peu de ça qu’il s’agit.

   David   
28/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir socque,

J'ai pensé à un rêve de pluie, ce qui me semble la forme sensible de la fusion du ciel et de la mer, un rêve d'orage même, de trombes d'eau sur les flots seraient à l'ampleur du "Loin sur nos têtes les batteurs géants", du "miroirs aux mille éclats où la clarté diffracte".

"Et tu marchais souriante
Épanouie ravie ruisselante
Sous la pluie"

Les successions à la Prévert "garantiront l'émulsion" du poème, c'est presque une fractale sonore le "brouillards bulles giclées embruns ressac", plus doux le "eau air tissés serrés" puis à nouveau comme un ciseau du "se bisouillent bavent débordent" et sensible avec "émus vulnérables assouplis".

Le passage d'où est tiré le titre est splendide de légèreté, de fluidité, d'énergie, d'onirisme :

"loin sur nos têtes les batteurs géants garantiront l'émulsion
et les sous-marins s'arrêteront aux feux rouges et les rémoras
iront à la boulangerie et les anachorètes s'installeront dans les coraux
philosopher avec les poulpes"

La citation enlève les couleurs désolé, mais ça aussi c'est très bien, le glauque est une couleur ! Il lui fallait une place dans un poème, que le mot soit devenu ce qu'il est alors qu'il désigne simplement un vert si vivant. Il y a le délicat Everest et la deuxième ligne de ciel et d'océan, l'arc en ciel aussi. j'ai un petit peu envie de passer le doigt pour étaler les couleurs mais ça doit être sec, comme les tableaux dans les musées... pour dire que le défaut de la forme, c'est que c'est un peu carré, il faudrait une balise pour faire passer en vague un miroir déformant qui rendrait le tout un peu plus flou, monsieur Cadbury :)

Il y a aussi le :

"Alors voilà ce que nous allons faire. Tout mélanger.
(... )
Et on s'en foutra."

Presque en travers du lyrisme des vers, mais avec leur humour, pas du tout clandestin.

Alors l'émotion, elle viendrait des monchies, des branpous, des branmons ou des pouchies... à voir avec l'anachorète, ou avec le poulpe !

   solo974   
31/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour socque,
Si je ne peux que saluer le travail fait au niveau de la mise en page, je dois avouer qu'elle m'a personnellement perturbée.
Par exemple, dans ce vers précis, je trouve que la couleur rouge n'était pas utile...
"et les sous-marins s'arrêteront aux feux rouges et les rémoras"
Mais ce n'est là que mon point de vue, bien sûr !
Un poème dense, que je n'ai peut-être pas apprécié à sa juste valeur.
Excellente continuation sur le site et à vous relire !

   Pouet   
1/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Slt,

j'ai eu un peu de mal avec la surabondance des "et", vers la fin j'ai fait une overdose. Le surlignage en couleur ne m'a guère convaincu non plus.

Sinon j'ai beaucoup aimé les images, ça cogne, ça grince, ça défait, ça confond, ça éclate, ça construit. (overdose de "ça".. :)

Bravo pour ce joli et rageux mier et cel.

   Louis   
2/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte, ainsi que les deux précédents de l’auteure, publiés sur Oniris, se placent sous le signe de Rimbaud, quand le poète s’exclamait dans une illumination :

« Elle est retrouvée.
Quoi ? — L'Éternité. »

Une même quête semble courir dans les trois textes, deux nouvelles, un poème. Une « éternité » semble à chaque fois cherchée et retrouvée dans une rêverie sur les éléments fondamentaux de la nature et sur leur brassage, au sein de la matière et non dans son au-delà.

Si l’éternité est « retrouvée », c’est qu’elle a été perdue, pour Rimbaud comme pour l’auteure.
Perdue, lorsque s’est effacée la promesse chrétienne, au salut, à la survie de l’âme dans un intemporel, par-delà la fin des temps.
Rimbaud, comme l’auteure, ont perdu cette foi, mais « l’éternité », en un sens profane, est pourtant retrouvée dans la nature, et non dans un au-delà spirituel et surnaturel.

Dans « La chanceuse », à l’allure d’une fantaisie macabre, les eaux profondes sont associées à la mort, et à l’éternité :

« de cette force adepte en recyclage
Qui peut paraître hostile mais soulage :
L’éternité… »

L’eau ne se brasse pas avec un autre élément, mais brasse le vivant, le renouvelle, le « recycle » sans cesse. L’eau est ici posée comme l’élément premier, le plus fondamental, une "materia prima", dans une intuition qui, par-delà les siècles, rend visite à Thalès.
Mère de toutes les mères, l’eau, originelle et amniotique.
L’Eternité retrouvée est vie mais, pour les vivants, vie mortelle.
Vie retrouvée sous le signe du temps, de l’éphémère, du précaire, et de la mort.
Au fond des océans, la vie se perpétue dans une profusion infinie de formes différenciées, où les vivants se transforment les uns dans les autres, les uns par les autres.

Dans « Pâte », l’eau se mêle à la terre pour composer justement une ‘’pâte’’, et en elle s’unissent, se conjoignent, fusionnent les humains singuliers, modelés en une sphère qui rappelle les humains originels du mythe antique des androgynes.
L’aspiration humaine, nostalgique d’une totalité parfaite, la sphère sans défaut, sans manque, sans scission avec soi-même et avec autrui, se trouve satisfaite. Les temps historiques se font cycliques, et vont de la sphère originale à la sphère finale.
Une masse impersonnelle, « ça », est constituée, dans laquelle la vie se poursuit, indéfiniment, au prix de la perte des différences, des identités individuelles : « Ça, immortel, semble en stase éternelle… »
L’éternité n’est plus un élan vital à travers une prolifération de formes diverses et variées, mais fusion de l’humain, au moins, dans un ensemble indifférencié.

Dans ce poème « Loin sur nos têtes les batteurs géants », l’eau ne se mêle pas directement à la terre.
Si Rimbaud retrouvait l’éternité dans l’union de la mer et du soleil :

« C'est la mer allée
Avec le soleil »

l’union ici est celle de l’océan et du ciel, de l’eau et de l’air.
Dans "Bannières de mai", Rimbaud exploitait de façon très voisine cette idée de fusion des éléments dans l'unité du cosmos : "l'azur et l'onde communient", écrivait-il.
Le poème ne fait pas explicitement référence à l’éternité, mais il s’inscrit très nettement dans la veine des deux textes précédents, variantes opposées sur le thème de l’éternité, et ne prend sens véritablement que dans leur lignée.
Il semble venir en complément de la Chanceuse ( du reste une même fantaisie sur un arrière-plan de noirceur traverse et le texte et le poème), et la chanceuse, en effet, ne manque pas de « chance ». Elle manque d’air et de hauteur, prisonnière du fond de l’océan, mais avec les « batteurs géants », son éternité ne se limitera pas à toucher le fond. Avec les batteurs géants, un mouvement se met en place, par lequel descendre revient à s’élever, et monter à s’enfoncer : « et les alpinistes descendront aux Mariannes et les baudroies grimperont l’Everest », ainsi la chanceuse aussi aura la chance de grimper au ciel.
« C’est de l’eau, c’est sur l’eau qu’on apprend à voguer sur les nuages, à nager dans le ciel » écrivait Bachelard.

Mais surtout, peut-on penser, sa mort, cette mort immobile, cette mort en profondeur, cette mort qui demeure avec nous, en nous, sera secouée, et c’est elle qui sera projetée vers le ciel.
Ciel et mer mêlent leur infini, dans cette éternité ainsi retrouvée.

Il faut l’intervention d’un pouvoir, celui d’une énergie, pour unir et fusionner les éléments, car le spectacle de la nature ne suffit pas à le révéler, car la rêverie à elle seule ne suffit pas non plus. L’expérience tactile vient suppléer l’observation visuelle.
« Pâte » déjà laissait entendre la matière pétrie, malaxée. Organe d’énergie et de modelage des formes, la main dynamique qui pétrit, triture, moule ou tripote, est sa représentation, et son symbole. La main aide à connaître la matière dans son intimité ; et elle aide à rêver.

Un pouvoir magique intervient dans le poème. Après le constat dans le premier paragraphe que l’air et l’eau n’osent pas « s’accoupler » (bien que la « trombe ensemence la nuée sperme violemment salé», une décision est prise : « Alors voilà ce que nous allons faire ».
Une action, un « faire », est envisagé, et non une imagination. Une action sur le monde provoquée par le seul pouvoir du désir, de la volonté, ou de la pensée et des mots. Un pouvoir magique donc. Il suffirait de désirer, de vouloir « tout mélanger », de le penser et de le dire, et le grand processus de mixage se mettra en branle.
« Qu’air et eau s’entremêlent de la troposphère aux abysses », de plus, résonne comme un « Fiat lux ». L’injonction d’un verbe qui se fait monde, d’un verbe à l’origine de l’action.
Puissance magique, surnaturelle, des hommes qui se prennent pour des dieux.
Qui se prennent pour des sorciers, avec ces « batteurs » comme les baguettes magiques d’une « émulsion », ou comme les baguettes merveilleuses d’une fée pâtissière qui concocte pour la terre, une nouvelle atmosphère, une crème brumeuse et salée.
On est ainsi passé de la ‘’pâte’’ à la ‘’pâtisserie’’…
Une action, une "manipulation", s’avère toujours nécessaire, mais reste cependant une représentation. C’est une rêverie née du dynamisme de la main ( on désigne d’ailleurs parfois les mains par le terme « battoirs » ).
Un tactile vibratile, et l’eau dormante, l’eau morte frissonne…

( et une référence à Bachelard vient de nouveau à l'esprit : «L’exploit du poète au sommet de sa rêverie cosmique est de constituer un cosmos de paroles » La poétique de la rêverie. )

Une autre énergie, sexuelle cette fois, participe au processus d’union fusionnelle des éléments, comme puissance unificatrice : l’eau et l’air n’osent pas s’accoupler, il leur faut un ‘’coup de main’’ pour qu’ils se mêlent et engendrent une atmosphère nouvelle.
Dans la « pâte », l’union passait par la sexualité jusqu’à la dépasser: « un programme général d’hormonisation gomma les genres », l’allusion au mythe des androgynes le confirme, dans la variante d’une sexualité, non pas double, mais dans le genre indifférencié.

Chez Rimbaud déjà, qu’il écrive : « mer allée avec le soleil » ou «mêlée au soleil » dans une autre version du poème, la connotation sexuelle était chaque fois évidente. Une fille qui ‘’va’’ avec un garçon, cela signifie qu'elle a des relations charnelles avec lui ; dans le langage familier ou vulgaire, ‘’se mêler à’’, ‘’se mélanger avec ‘’ comportent aussi une signification sexuelle.

L’énergie déployée semble pourtant vaine, et tournée en dérision.
Car ‘’battre l'eau’’ ne signifie-t-il pas se donner beaucoup de mal sans espoir ? Et ‘’battre l'air’’ agir inutilement ?

Le poème prend des couleurs. Comme par l’union d’éléments encore, mais cette fois de deux arts différents, poésie et peinture. L’eau n’a pas de couleur, mais prend ici un air coloré.
Elle n’a pas de couleur, mais devient rouge, verte, jaune… suivant les lieux qu’elle traverse. Elle absorbe donc tout. Et parce qu’elle est en perpétuelle circulation dans la nature, elle transporte tous les éléments qu’elle a absorbés sur son passage. Et nous les donne à voir.

Il ne serait pas surprenant qu’un quatrième texte, nouvelle ou poésie, soit publié, qui retrouve l’éternité dans une rêverie qui associe cette fois, comme chez Rimbaud, l’eau et le feu, l’océan et le soleil.

Merci socque.

   Lariviere   
3/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J'ai beaucoup aimé lire ce poème, du titre jusqu'à l'écriture et le ton résolument libre, audacieux et pourtant terrriblement poétique et expressif du début à la fin.

Quel dommage cet appui lourdaud que constitue ce colorisme arbitraire à un si beau texte. Ca donne un sentiment d'artificialité qui nuit au lieu de renforcer la poétique.

Cependant pour le poème, merci encore et bravo !

   Marpay   
5/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Les commentaires précédents sont assez explicites et éloquents... vous maîtrisez l'art des contrastes c'est un fait !


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