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Poésie en prose
socque : vs.
 Publié le 14/11/22  -  19 commentaires  -  853 caractères  -  333 lectures    Autres textes du même auteur

Tout toujours pour la même.


vs.



La beauté n'est jamais modeste.
Même quand elle se donne des airs d'humilité – premier brin d'herbe du printemps entre deux plaques de neige, reflet timide d'une pincée lumineuse sur une flaque trouble, courbe épurée d'un profil, d'un muscle sain –, mutine elle séduit comme une petite fille, file rieuse, moineau sautillant au sommet d'un vieux mur sec. On suit l'espiègle, on s'attendrit, on tient à la protéger : elle triomphe.
Alors parfois je préfère la laideur, la gaucherie posée comme un parpaing dans la boue. Celle que le regard préfère éviter, des maisons revêches, des climats sinistres, des paysages plats, qui graillonne « je suis ainsi. À prendre ou à laisser ». Bien sûr qu'on laisse ! Il faudrait faire des efforts ?

Car là gît la vérité des êtres, loin de la caresse des photons. Le cœur inerte et sombre du monde.


 
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   Pouet   
2/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Slt,

un texte bien écrit qui se méfie de la beauté, lui préférant la "vérité" ou la sincérité de la laideur. Beauté/laideur - concept tout relatif, bien évidemment.

Je ne vais pas ici poser les bases d'un débat philosophique, mais je trouve l'écriture convaincante, le propos bien mené.

Pouet

   Mintaka   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Socque,
Parce que la beauté se trouve dans toute chose y compris la laideur, mais le fait qu'elle s'y soit cachée peut fasciner davantage.
Mais c'est mon interprétation car je me retrouve dans votre pensée.
Un texte simple et fort et qui nous fait forcément réfléchir, en celà il est beau.
Merci Socque

   papipoete   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
bonjour socque
La beauté n'a pas à se fouler, elle n'a qu'à se laisser cueillir, tel bouton de rose éclos ce matin.
La laideur, attribut inné comme celui de sa rivale, se remarque comme un bouton sur le nez, comme " un parpaing dans la boue "... à éviter l'un comme l'autre !
NB " je l'aime bien, elle est si jolie... " comme si être gâté par la nature serait une qualité ?
" lui, je le déteste, il est si laid ! " serait un défaut ?
Hitler caressant la joue d'un enfant au Berghoff, la moustache bien brossée, pas vraiment moche pourtant ?
Ce jeune agriculteur dernièrement, au profil angélique, violer, puis tuer Sonia après l'avoir droguée...
Et mon cher Albert Jacquard, qu'un accident mutila... alors comme l'auteure parfois, je préfère la laideur !
Les deux strophes sont aussi bien illustrées, l'une que l'autre, laquelle me plaît davantage ? Question... à prendre ou à laisser

   Jemabi   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
C'est intelligent, original, bien écrit, et ça me rappelle la chanson de Gainsbourg sur "la beauté cachée des laids". Malgré tout, je cherche en vain l'élément poétique qui m'emporterait, comme si le message didactique prenait tant de place qu'il en laissait assez peu pour le reste. Je sais bien que poésie en prose et littérature sont très proches mais tel quel j'ai plus l'impression de lire une profession de foi qu'une vraie poésie.

   fanny   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cette beauté des êtres et des chose sur laquelle nous ne faisons pas l'impasse et qui finit toujours par nous influencer, même en pleine conscience,
Et ce qu'elle doit à son contraire sans lequel elle n'existerait pas.

Une prose fine et légère, en petites touches réalistes, dans une vision délicate de ce qui nous entoure.

   Eskisse   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Socque,

Une poésie originale en ce qu'elle personnifie beauté et laideur , deux notions subjectives, que le narrateur a pris le parti d' opposer pour proposer sa vision du monde.

J'ai aimé les successions d'images qui définissent la beauté ( petite fille/ moineau /l'espiègle) en lui donnant une certaine légèreté.
Mais j''aurais aimé davantage de métaphores dans le deuxième paragraphe pour incarner l'idée de laideur.
Les paroles de la laideur, même si elle graillonne, font d'elles une sorte de jeune fille indépendante et rebelle et me font penser à la chanson de Juliette Gréco : " Je suis comme je suis"
Merci du partage

   Anonyme   
14/11/2022
CE QUE J’AI AIMÉ :
L’écriture très bien tournée.


CE QUE J’AI MOINS AIMÉ :
Le parti pris de l’auteur de décréter ce qui est beau de ce qui est laid, tout ça est tellement affaire de point de vue. Ainsi que la dernière phrase qui frôle le n’importe quoi asséné comme une vérité première.

CONCLUSION :
Serge Gainsbourg avait dit que l’avantage de la laideur sur la beauté, c’est qu’elle dure. Un autre auteur avait écrit contrairement à ce que dit le texte : « Que la laideur fascinait ». Je suis assez en accord avec la deuxième allégation. Je dirai donc que la forme est très plaisante mais le fond peu solide à mon regard.

   Anonyme   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour socque,

Je ne vais pas parler du fond, avec lequel je ne ressens pas écho, sinon pour dire que la beauté peut être modeste, tout dépend d'où elle grandit et comment elle est vue. Bref. Digression utile pour moi, je ne sais pas si elle peut ouvrir une discussion sur le sujet, mais en lecture, j'ai préféré mettre le fond de côté pour me concentrer sur autre chose.

Les sonorités, puisque c'est ce qui me plait dans la lecture d'une poésie, sont superbement bien gérées. D'allitérations en assonances, le résultat est très agréable à lire à voix haute.

Les formules et les tournures sont également sympathiques et originales (j'aime moins "mutine" jusque "file", et de "climats sinistres" à "efforts?" que je trouve en-deça au niveau strict de l'évocation poétique pure).

Pour finir, je trouve que la gestion visuelle est bien rendue. On s'approprie votre vision de la laideur supposée des choses et on se voit marcher dans nos propres lits de ronces, les bâtiments biscornus sur la gauche et les saules tordus à droite.

Merci pour le partage, et le plaisir pris en lecture.

   Miguel   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une belle prose, pleine de contrastes avec sa légèreté ici, et là sa gravité; image saisissante et parlante, au moins, que celle du parpaing dans la boue. La beauté, la poésie sont là où on veut bien les voir. Et sans doute vaut-il mieux la laideur d'un ange que la beauté d'un démon.

   Cristale   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Socque,

J'aime bien la beauté de votre prose, la gaucherie de votre parpaing dans la boue, vos climats sinistres qui inspirent bien des auteurs de romans et...de poésies, vos paysages plats infiniment monotones et sans surprises.

La beauté est une laideur ratée.

Vos mots transforment le laid en beau.
Merci socque.

Cristale

   Provencao   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour socque,

"Car là gît la vérité des êtres, loin de la caresse des photons. Le cœur inerte et sombre du monde "


Tout est dit, quand la laideur ne se caractérise que si, par clair-obscur, elle fait poindre ce qui est beau.

Au plaisir de vous lire
Cordialement

   Myo   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La beauté n'est-elle pas cachée en toute chose (ou presque) lorsqu'on arrive à changer sa façon de regarder, lorsqu'on arrive à se détacher d'un regard formaté et avoir son propre sens critique ?

Il y a de très belles images dans ce texte mais je ne suis pas en accord avec le fond.
Ce que l'on trouve laid est loin d'être inerte ou sombre, au contraire, cela cache souvent plus de vie que la "beauté".

Myo

   Raoul   
14/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir,
Une courte prose où s'exposent LES beautés de notre monde, celui dont " l'homme* est la mesure de toute chose."°. J'aime particulièrement ce parpaing dans la mare, comme installation d'art contemporain, explorant la poétique de l'objet, et que d'aucuns, ici ou là, méprisent en criant à la mystification...
Ce bref "texticule" en dit bien plus, et ô bien plus délicatement, qu'un long pensum ou qu'un simple clash opposant deux opinions.
Ce poème est un baume pour la pensée.
Merci beaucoup pour cette lecture.

* Houllllllla féministes calmez-vous ;)
° Protagoras

   Lotier   
15/11/2022
« La beauté n'est jamais modeste. » n'est pas compatible avec « La modestie est toujours belle »… et j'ai vite fait mon choix !
Il y a une confusion qui s'installe entre la beauté et la séduction (on pourrait dire aussi entre l'être et le paraître) que je trouve assez affligeante, mais c'est bien, aussi de faire réagir le lecteur. La beauté n'a pas besoin d'être prise ou laissée, la séduction, si.
Quant à la mise en abîme finale, le trou noir au plus profond de chacun de nous, c'est une ouverture/fermeture intéressante, sauf l'utilisation de « car » au début…

   Charivari   
15/11/2022
Bonsoir socque. C'est une petite reflexion poétique assez philosophique qui m'émeut assez- J'aime cette idée du brin d'herbe qui séduit le quidam et du gros parpaing dans la boue, tout lourdingue. J'imagine les 2 photos, en gros plan, mais je crois qu'alors que la photo du brin d'herbe vient aussitôt à l'esprit, celle du parpaing en fait, offre beaucoup plus de jeu: la texture du ciment, un peu rugueux, la couleur de la boue, le flasque et le dur, le relief du paralléliépipède et son reflet dans la boue, etc etc... Bref, tout ça c'est un pavé dans la mare, hein, personne ne regarde un parpaing c'est moche. Et pourtant...

Je réfléchirai à "la beauté n'est jamais modeste", très jolie formule.
Au plaisir de vous lire

   Donaldo75   
15/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonsoir socque,

Décidément, les photons sont de sortie dans vos textes !
Ceci étant dit, j’ai bien aimé cette poésie en prose qui ne raconte pas mais parle au lecteur ; la première phrase pose le décor, après que l’exergue cryptique ouvre la voie et la suite s’égrène doucement à la lecture, un peu comme si une voix-off me délivrait un message venu de loin, d’au-delà des étoiles peut-être. Est-ce un souvenir, comme dans la scène finale de « 2001 Odyssée de l’espace » ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je ne l’ai probablement jamais su pourrait me répondre la voix-off. Et cette réponse irait bien avec la dernière ligne de ce poème.

   Louis   
16/11/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le texte commence par l’énoncé d’un aphorisme :

« La beauté n’est jamais modeste »

Comme tout aphorisme, il s’affirme valoir de façon générale et universelle.
La suite l’explicite, et le justifie.
Elle explicite surtout le « jamais » de l’attribut du beau : « jamais modeste ». Bien que le beau paraisse parfois sans prétention, la validité générale de la sentence n’admet pas d’exceptions.
Lorsque, en effet, la beauté revêt des apparences d’humilité, « des airs d’humilité », elle n’en reste pas moins immodeste.

Des exemples illustrent l’idée : le « premier brin d’herbe du printemps entre deux plaques de neige »
Ainsi dans une chose infime, un brin d’herbe, ou évanescente, qui n’a l’air de rien, discrète et sans tapage : « le reflet timide d’une pincée lumineuse sur une flaque trouble », la beauté peut se nicher.

On remarque que, par l’usage de ces exemples, la « beauté » n’est pas séparée des choses, mais les qualifie, sans se distinguer d’elles dans une pureté transcendante, dans une réalité "en soi’’.

Mais pourquoi donc la beauté manque-t-elle de modestie ?
La réponse est nette et brève : parce que toujours elle « triomphe ».
Elle s’impose, victorieuse, au regard, à l’attention, et en tire orgueil par son éclat, et fierté de chose élue.
Ainsi, en se rapportant à une chose, le beau la distingue des autres, lui donne un éclat particulier, la rend aimable et digne d’attention, la hausse au rang du remarquable, et ainsi la sélectionne au détriment d’autres choses qui restent alors obscures, inaperçues, dédaignées, parce que non touchées par sa "grâce’’.

La séduction est le moyen par lequel elle s’impose.
La beauté séduit, elle exerce un pouvoir, vécu comme « attractif » ; on se sent attiré par elle, sans pouvoir lui résister (bien qu’en vérité, il est probable que nous soyons poussés vers elle par nos désirs). Victorieuse, elle l’est aussi de nos résistances. Et l’on finit toujours par succomber à son attrait.
Ainsi, elle nous "ravit", nous possède, nous fascine, exerce sur nous un ascendant, elle nous charme, nous conquiert. Son pouvoir semble magique.
« Séduire », « séduction » : les termes viennent du latin "se ducere’’, qui signifie conduire à l’écart ou amener à soi.
La beauté nous attire et nous mène vers la chose à laquelle elle accorde ses faveurs ; elle sait nous "prendre dans ses filets’’.
Séduire, c’est encore chercher à plaire, ou se présenter comme une promesse de plaisir (" une promesse de bonheur" : disait Stendhal, cherchant ainsi à définir le beau) ; comme promesse donc de la satisfaction d’un désir.

La séduction évoquée dans le texte présente pourtant une particularité, en ce que la beauté, est-il écrit : « séduit comme une petite fille ».
Sa séduction est une malice, une ruse, un stratagème par lequel elle se lie à la fragilité, à la tendresse, dont elle fait ses complices ; sa séduction est un jeu, par où elle se joue de nous, et l’on « suit l’espiègle, on s’attendrit, on tient à la protéger ».
L’auteure laisse alors entendre que la beauté pourrait bien n’être qu’une apparence trompeuse.

« Alors parfois, je préfère la laideur » : poursuit-elle.
Ce n’est plus un aphorisme à caractère général et universel, qui est énoncé sur le beau. Mais une préférence singulière. L’auteure s’implique en tant que « je », elle ne se place plus dans un universel objectif et impersonnel.
« Parfois » précise-t-elle. Pas toujours. L’amour du beau demeure, mais connaît des infidélités.
L’attention pour la beauté ne se fait plus alors exclusive et captive, elle se porte sur ce « que le regard préfère éviter » ; elle se détourne des choses trop séductrices pour s’attacher à celles qui sont délaissées. Vers ce qui est désigné par une « gaucherie », c’est-à-dire une maladresse, une anomalie, ou encore et surtout, une imperfection. Si le beau est traditionnellement associé au parfait, on conçoit que la laideur caractérise alors l’imparfait.

Une comparaison est proposée « la gaucherie posée comme un parpaing dans la boue »
L’imperfection semble ici dans cette association insolite, incongrue, entre parpaing et boue ; une association sans harmonie ; des choses sans accord entre elles, et l’on sait que la beauté se définit traditionnellement comme parfaite harmonie, des sons, des formes, des couleurs. De plus, le parpaing n’est pas fait de matière "noble’’, et la boue est communément perçue comme matière vile, sale, sans beauté, et la laideur le plus souvent associée à la "gadoue’’, au ‘’dégueulasse’’.

Quel est le ressort de ce détournement du regard, de cette "conversion’’ provisoire à la laideur?
Une quête de « la vérité des êtres » est-il répondu.
Sont dissociés, ce qu’une tradition depuis Platon conjoint : le vrai, le bien et le beau.
Les choses dans leur vérité ne seraient pas nécessairement belles. Le réel, c’est moche aussi, c’est choquant, ça heurte, c’est pas attirant, et c’est même repoussant.

Il s’agit alors d'une volonté de tout voir, de regarder la réalité dans tous ses aspects. De ne pas être aveugle à toute une part que l’attachement au beau occulte, masque, délaisse. Non, ne pas tourner la tête devant tout ce qui n’a d’être que « loin de la caresse des photons »
La vérité serait du côté des choses obscures, sombres, sans lumière. À l’inverse, la beauté tiendrait de la lumière, d’effets de lumière.

Edmond Rostand, dans les derniers vers de son Hymne au soleil, écrit à propos de l’astre du jour, symbole du foyer de toute lumière :

Tu prends un arbre obscur et tu l'apothéoses !
Ô Soleil ! toi sans qui les choses
Ne seraient que ce qu'elles sont !

Ainsi les choses dans ce qu’elles sont, dans leur vérité, sans «apothéose », sans le sublime, sans le charme que leur donne la lumière, cette « caresse des photons », ne seraient que choses «obscures », sans couleurs, sans chatoiements, sans éclats, mornes, tristes et déprimantes.
Remarquons le recours au mot « photon » venu des sciences, de la physique, un mot «laid» pour désigner un processus d’embellissement, de sublimation, qui participe de cette tendance à considérer le laid, jusque dans la parole.

Le soleil, évoqué par Rostand, ce n’est pas seulement l’astre du jour, peut-on penser. Le soleil qui, en effet, fait briller les choses, les embellit et les magnifie se trouve aussi dans l’homme, dans son imagination et ses désirs.
La beauté ne précède pas l’amour et le désir que nous avons pour elles, mais à l’inverse en procède ; nous apparaissent belles les choses et les personnes que nous aimons et désirons. La beauté n’est pas cause, mais effet.
La beauté n’est pas un absolu. Elle est relative à l’homme.
Mais on s’égare lorsque le terme « homme » est compris comme individu singulier, si bien que la beauté serait relative à chacun, et par conséquent, il en serait de même pour la laideur.
De même, dans la formule du sophiste Protagoras : « L’homme est la mesure de toutes choses », l’homme est le plus souvent assimilé à l’individu. Cela entraîne l’idée que "chacun a ses opinions’’, " chacun a ses goûts’’ et qu’il n’y a objectivement et universellement ni beauté ni vérité ; la conséquence aussi, c'est que beaté et laideur, vrai et faux perdent toute signification.

La beauté est alors confondue avec le « joli », c’est-à-dire ce qui plaît variablement avec chacun.
Socque ne fait pas usage du terme « joli », mais utilise celui de «beauté ».

Kant, le philosophe, affirmait que : « Le beau est ce qui plaît universellement et sans concept ». Il ne s’agit pas d’une universalité de fait, nulle part constatable, mais de droit, c’est-à-dire que le beau est ce qui peut plaire à tous. Kant semble approcher une idée plus juste du beau, distincte du "joli’’.
Force est de constater alors que des choses sont trouvées communément laides et d’autres communément belles ; l’auteure, socque, en donne des exemples ; qui trouvera belles ou beaux : «les maisons revêches, les climats sinistres, les paysages plats » ?
Qui trouvera belle la description de la Charogne par Baudelaire ? Qui trouvera beau le contenu de cette fameuse strophe :

Les mouches bourdonnaient sur ce ventre putride,
D’où sortaient de noirs bataillons
Des larves, qui coulaient comme un épais liquide
Le long de ces vivants haillons

Nous dirons pourtant que La charogne est un « beau » poème, de même que celui de socque.
Kant encore voit assez juste, lorsqu’il écrit : « L’art n’est pas la représentation d’une belle chose, mais la belle représentation d’une chose ». Dans l’art, la chose représentée peut ne pas être belle, mais sa représentation ( poétique, picturale, musicale, etc.) peut l’être, c’est la condition indispensable, selon lui, pour qu’il y ait «art».
Nous devrions conclure que les choses en elles-mêmes ne sont ni belles ni laides.
Pourtant l'auteure termine son texte autrement : elle veut jeter un regard sans l’abîme, dans « le cœur inerte et sombre du monde ».

On remarquera que les propos de socque, dans sa conversion vers la laideur, ne sont pas indépendants de son activité artistique de poète et nouvelliste. Ce n’est pas seulement dans son vécu que s’effectue son regard vers ce que la beauté délaisse, mais aussi dans ses œuvres. Jusque dans le choix des mots, on en a croisé un exemple avec le terme « photon ».
Le fond des choses, laisse-t-elle entendre, indépendamment de la lumière artificielle que nous projetons sur elles, est une terrible réalité, obscure et sans vie ( "inerte et sombre").

Le texte semble faire écho à ce qu’écrivait Victor Hugo, dans sa Préface de Cromwell :
« La muse moderne verra les choses d’un coup d’œil plus haut et plus large. Elle sentira que tout dans la création n’est pas humainement beau, que le laid y existe à côté du beau, le difforme près du gracieux, le grotesque au revers du sublime, le mal avec le bien, l’ombre avec la lumière. (La poésie) se mettra à faire comme la nature, à mêler dans ses créations, sans pourtant les confondre, l’ombre à la lumière, le grotesque au sublime, en d’autres termes, le corps à l’âme, la bête à l’esprit. »

Socque s’engage-t-elle alors dans une « esthétique du laid », telle qu’on a pu l’évoquer à propos de l’art contemporain ?
Le développement de ce point mènerait un peu trop loin. Je me limiterai à ces remarques :
Il ne s’agit pas de trouver un certain charme à la laideur.
Si « esthétique » il y a, c’est au sens premier et étymologique du mot. Esthétique avant de désigner le domaine de l’art a désigné, conformément à son étymologie grecque dans le mot :"aisthesis’’ signifiant sensation, le domaine des sens ou du sensible.
Alors, oui, la démarche de socque rentre dans cette sensibilité pour la laideur.
Elle se présente comme une tentative de soulever le voile d’Apollon, ou de jeter un coup d’œil sur ce qui se tient à côté du voile. Rappelons qu’Apollon est la divinité de la lumière, de l’harmonie, de la belle apparence et du rêve.

Ce texte enfin présente un côté réflexif. À la fois poème, œuvre poétique et réflexion sur la façon singulière, propre à l’auteure, de pratiquer son art.
Le regard sur la laideur y obéit à la volonté de faire accéder à la conscience ce qui est publiquement refoulé ou méconnu.
Au goût des belles choses s’est substitué dans ses œuvres, pour partie au moins, le souci d’exprimer les choses telles que l’humain les voit et les sent tragiquement.
Ses textes contribuent à nous "apprendre à voir’’, en acceptant de nous confronter à la laideur du réel et de dépasser la peur du terrible pour y découvrir la source d’une humanité plus profonde et plus authentique.

Merci socque

   jfmoods   
17/11/2022
La construction du poème en quatre parties bien distinctes met clairement en exergue la visée argumentative du texte.

1) "La beauté n'est jamais modeste."

Le propos, catégorique, ne souffre aucune exception (adverbe de fréquence : "jamais"). La poétesse n'envisage pas d'alternative à l'aspect purement tape-à-l'oeil du concept.

2) "Même quand elle se donne des airs d'humilité - premier brin d'herbe du printemps entre deux plaques de neige, reflet timide d'une pincée lumineuse sur une flaque trouble, courbe épurée d'un profil, d'un muscle sain -, mutine elle séduit comme une petite fille, file rieuse, moineau sautillant au sommet d'un vieux mur sec. On suit l'espiègle, on s'attendrit, on tient à la protéger : elle triomphe."

Pour soutenir cette thèse, elle va s'appuyer sur les exemples apparemment les moins sujets à caution (marqueur temporel : "Même quand elle se donne des airs d'humilité"), les plus banals (rythme ternaire : "premier brin d'herbe du printemps entre deux plaques de neige, reflet timide d'une pincée lumineuse sur une flaque trouble, courbe épurée d'un profil, d'un muscle sain"). La beauté nous circonvient en faisant appel à nos émotions les plus basiques (comparaison : "elle séduit comme une petite fille, file rieuse", métaphore : "moineau sautillant au sommet d'un vieux mur sec"). La poétesse décrit alors l'inévitable processus, invitant le lecteur à partager sa réflexion (rythme ternaire, pronom personnel et gradation : "On suit l'espiègle, on s'attendrit, on tient à la protéger"). La présence de deux points en lieu et place d'un connecteur logique de conséquence (donc, si bien que) matérialise, en fin de phrase, l'évidence incontestable d'une victoire ; victoire facile, trop facile, de la beauté.

3) "Alors parfois je préfère la laideur, la gaucherie posée comme un parpaing dans la boue. Celle que le regard préfère éviter, des maisons revêches, des climats sinistres, des paysages plats, qui graillonne "je suis ainsi. À prendre ou à laisser". Bien sûr qu'on laisse ! Il faudrait faire des efforts ?"

La poétesse développe ensuite sa propre réflexion, à contre courant. Le titre du poème ("vs.") souligne bien le contraste qui s'affiche pleinement ici, au coeur du texte. Le marqueur temporel ("parfois je préfère la laideur") nuance cependant la pensée de la locutrice. Comme la plupart de ses congénères, elle reconnaît ainsi, implicitement, se laisser gagner par la beauté la plupart du temps. Mais c'est sur un moment bien différent qu'elle va à présent se pencher : celui où le spectacle, loin d'attirer, dérange, indispose, rebute (comparaison : "la gaucherie posée comme un parpaing dans la boue"). L'anaphore du verbe ("je préfère la laideur"/"le regard préfère éviter") signale cette mise à distance du comportement commun. Une troisième construction à rythme ternaire, assortie d'adjectifs qualificatifs dépréciatifs, présente alors des exemples concrets dessinant un paysage état d'âme dépourvu d'aménité ("des maisons revêches, des climats sinistres, des paysages plats"), peu enclin à séduire (verbe à connotation péjorative : "graillonne"). Ce décor, rebutant, exige de s'interroger, d'aller au delà du convenu, des apparences clinquantes et rassurantes (mise en perspective comique du discours direct et du discours indirect libre : "je suis ainsi. À prendre ou à laisser."/"Bien sûr qu'on laisse ! Il faudrait faire des efforts ?").

4) "Car là gît la vérité des êtres, loin de la caresse des photons. Le cœur inerte et sombre du monde."

Voici venue la fin du travail argumentatif (connecteur logique : "Car"). Un jeu d'antithèses ("là"/"loin", "la vérité des êtres"/"la caresse des photons") marque une ligne de fracture : la nature profonde de l'humain se trouve du côté de cette laideur que nous refusons de voir, laideur qui va de pair avec le tragique de notre condition. On pense évidemment à "Une charogne" de Baudelaire. La beauté dessine quant à elle, en écho, l'image d'un monde bon, apaisé, pacifié. La dernière phrase du texte, nominale ("Le cœur inerte et sombre du monde."), met violemment en relief l'insondable noirceur qui préside à notre destinée. Ce poème de Socque éveille le souvenir d'un certain nombre de lectures, parmi lesquelles "Ubu" de Jarry ou "Un roi sans divertissement" de Giono. Il fait aussi immanquablement songer à un fragment des "Feuillets d'Hypnos" de Char, fragment qui exprime ce si grand besoin de clarté dans un univers voué à l'obscurité...

"Dans nos ténèbres, il n'y a pas une place pour la beauté. Toute la place est pour la beauté."

Merci pour ce partage !

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18/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Donc en gros, mon impression après lecture de ce poème est que la beauté aurait quelque chose de "bien pensant".
Ce texte aussi intéressant soit-il aurait franchement mérité d'être plus étoffé. Les exemples me paraissent minces.
Même si je comprends la démarche, je ne suis pas convaincu.


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