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Poésie classique
sympa : L'autre
 Publié le 04/04/20  -  14 commentaires  -  1223 caractères  -  259 lectures    Autres textes du même auteur

« Un mari porte un masque avec le monde et une grimace avec sa femme. »

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux


L'autre



Il fait le fanfaron comme à son habitude,
Sous l’œil ensorcelé des convives joyeux
Qui jurent à tout va, formelle certitude :
« C'est le gendre idéal, un homme merveilleux ! »

Sa beauté, sa douceur, forgent la jalousie
Des femmes dont l'époux, passif et détaché,
Dévore du regard, et non sans frénésie,
Les courbes d'une dame au charmant déhanché.

Assise à ses côtés, il me colle, il m'oppresse,
Agrippe fermement mon avant-bras meurtri,
M'encombre de mots doux, m'écrase de tendresse
Et charge de baisers mon visage flétri...

Les pieds et mains liés ainsi qu'une recluse,
J'aimerais leur crier : « Manipulation ! »
Quand, dans un long discours, ce bellâtre m'accuse
De ne pas lui montrer la moindre affection...

Mais je suis condamnée à garder le silence
Et ne pas m'opposer au brillant enchanteur :
« Sa Majesté le Roi » dans sa magnificence
Qui n'a de qualités que ses talents d'acteur !

Je dois être exemplaire ainsi qu'un bon apôtre :
Céder aux interdits, vivre sans liberté,
Croupir dans un milieu sans amour ni clarté,
Me taire et me plier aux caprices de l'autre.


 
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   Lebarde   
17/3/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
bonjour

Fanfaronner, faire semblant, se faire mousser, abuser et tromper l'entourage, se donner le beau rôle, faire des envieux, faire croire ce qu'on est pas.

Subir sans rien dire, s'incliner, être soumise, rester dans l'ombre, "garder le silence"," être exemplaire ainsi qu'un bon apôtre"...

Faire comme la société, les habitudes, les institutions l'exigent encore quelquefois.


Le sujet cruel et dérangeant est criant de vérité ( qui n'a jamais rencontré ce genre de couple !) mais tellement subtilement et poétiquement décrit et mis en vers.

Bravo c'est superbe.

La forme classique est sans faille:
- beaux alexandrins à césures parfaites, aux douze syllabes assurées par les diérèses, manipulation/affection.
- rimes riches ou suffisante (apôtre/autre)

Tout est maîtrisé et transpire le travail d'un(e) auteur(e) accompli(e) au sommet de son art.

Qui dire? J'admire et je relis.

En EL

Lebarde

   Hananke   
4/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour

Eh oui, les êtres humains, car je ne différencie pas les sexes, ont
souvent une multitude d'attitude suivant l'endroit où ils se trouvent
et l'entourage qui les écoute.
Ce magnifique poème le montre très bien : une épouse étouffée, il me semble, par un conjoint ultra possessif.
J'espère que ce n'est qu'une fiction pour l'auteur(e).

Un très bel ensemble, un très beau dernier vers, que demander
de plus ?

   Anje   
4/4/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
L'autre, comme insiste l'incipit, est ici un homme. Un autre avec lequel, pourtant, on continue à partager son espace, peut-être à cause d'enfants qui condamnent la narratrice à sa torturante situation. C'est une triste vie que celle nue d'amour et cette grande tristesse transpire entre ces quatrains.

Une prosodie parfaite à mon sens, si ce n'est cette minuscule rime interne à l'hémistiche des treize et quatorzième vers (liés/crier).
Il est d'habitude d'éviter les rimes en ion mais "manipulation !" ne pouvait trouver meilleure place qu'en fin de vers. Il est l'axe de ces quatrains.
En tout cas, un grand bravo pour le travail.

On connait la violence physique mais moins ces comportements dangereux de manipulation. Merci d'avoir abordé ce difficile sujet avec autant d'éloquence.

   papipoete   
4/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour sympa
l'auteur est ou bien parle dans le corps d'une femme, dont le seul intérêt pour la cour du Roi, est de paraître... en l'occurrence montrer quelle est sa joie de potiche, aux côtés de ce " gendre idéal ".
" Assis près de moi, une main écrasant la mienne et l'autre effleurant la cuisse de ma voisine ; un oeil sur ma bonne tenue et l'autre planté dans la gorge de la belle d'en face... De quoi aurai-je à me plaindre, j'ai tout ! " " Ce mari, vraiment il est trop top ! "
NB l'on jura de l'exemplarité d'un John Fitzerald, aux côtés d'une Jackie tellement amoureuse...et plus près de chez nous, au cours d'un banquet celui-là qui ne fait qu'encenser sa compagne, dont les cornes sont si lourdes et pointues...
les deux dernières strophes, bien que cruelles sont savoureuses, et notre esprit frappe à la porte de bien des chambres, quand du cinéma en public, tombe la fin de séance !
techniquement, au 14e vers, " manipulation " se dit en synérèse, alors nous n'avons que 11 pieds
idem au 16e vers avec " affection "
ma source de vérification est le " Littré "
EDIT ; ma source est bonne, mais ma vue l'est moins ! Dame Cristale m'a fait rajuster mes lunettes : oui, " a/fec/ti/on " se dit bien en di/é/rèse... mais " ma/ni/pu/la/tion " non point !

   Cristale   
4/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'image parfaite du P.N. ! Le pervers narcissique est une espèce nuisible assez courante malheureusement non reconnaissable et donc libre d'agir impunément au sein de son nid. Grand manipulateur mental, il est difficile à sa proie d'échapper à son venin quand la toile s'est refermée. Il a le don d'éblouir les foules et celui d'aveugler ses proches, tout cela est parfaitement décrit dans ce poème.

Des alexandrins bien construits et des mises en scène très représentatives. Quelques détails discrets dénoncent également la violence physique : "mon avant-bras meurtri" et la souffrance à son paroxysme : "mon visage flétri".
"L'autre"...jeté comme une vomissure pour désigner l'être abject dont prononcer le prénom est devenu impossible et lui ferait bien trop d'honneur.

"Affection" en poésie, se lit en diérèse donc 4 syllabes, c'est parfait : a-ffec-ti-on, mais "manipulation" en synérèse donc 5 syllabes ma-ni-pu-la-tion.*

Tout cela est bien dit, bien écrit, glaçant !
Merci Sympa.

Cristale

*Edit : quand il y a diérèse pour un mot utilisé dans un poème, Littré ajoute, quand c'est le cas : (de xxx syllabes, en poésie) ou : (en vers, de xxx syllabes)

   Miguel   
4/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Dans mon Occitanie on dit "Bon Dioù de carriero et diablo d'oustal" (bon Dieu dehors et diable à la maison) pour définir ce genre d'homme. Le point de vue interne de la femme opprimée et le portrait de l'imposteur sont ici d'une vérité et d'une force criantes. La forme rigoureuse du poème ajoute à cette tension. Une souffrance intérieure qu'on a envie de hurler soi-même. C'est très beau. Ce texte mérite d'être envoyé aux organismes qui luttent pour cette cause.

   dream   
4/4/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Dans l’apparente unité de ce couple qui est une illusion d’optique, l’on assiste au jeu manigancé par « l’autre », le séducteur au charisme ravageur inquiétant et en perpétuelle représentation lorsqu’il est confronté à la société. Du reste, il ne se complaît qu’avec sa « cour ». Ici, le poète nous renvoie à la réalité des faux-semblants dans la vie. Malheureusement ce genre de « tyrans » existe bien et parfois, il leur suffit simplement d’apparaître pour charmer leur auditoire.

Que mérite cette engeance ? Même pas notre mépris !

Et que mérite ce très beau poème ? Un très grand BRAVO !

dream

   Mokhtar   
5/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Fort bien tourné, et très agréable à lire, ce joli poème dénonçant un m’as-tu-vu goujat en représentation. Cette idole des dîners en ville qui fait le mariol en singeant les maris attentionnés parait bien hypocrite.

Il y a, dans l’esprit et la satire, un peu de Molière dans ce texte.

La narratrice ronge son frein : il ne faut pas altérer le vernis social. Et ravaler son dépit.

Belle description de ce genre de destin féminin suranné (quoique) qui justifie bien des luttes pour l’émancipation de la femme.

Bravo et félicitations pour l’intérêt du thème, et la très adroite façon de le traiter.

Sur la technique :
« Manipulation » : Diérèse dans les exemples du Sorgel, qui renvoie par ailleurs au Littré qui dit : synérèse.
Personnellement, je n’aime pas la diérèse sur ce mot, mais dans ce texte elle vient naturellement puisque hémistiche complet, avec la plus nette des césures, le « : ». Elle s’impose d’autant plus qu’elle rime avec celle de « affection ».

Par contre, je ne sais pas si, dans le dernier quatrain, le passage des rimes alternées aux rimes embrassées est permis en classique.

Mais sur le ton général, ce poème correspond bien à l’idée que je me fais du classique.

   Dugenou   
5/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour sympa,

Je ne critiquerai pas la forme, qui semble parfaite à mon regard de novice.

Quand au fond... quelqu'un l'a déja fait avant moi.

C'est clair, votre mari est bien ce genre de personne qui aime que les autres dépendent de lui, trompent leur monde, et voient leurs proches comme des victimes privilégiées... Elle, par contre, est un peu le "dindon" de la "farce" de ce mariage. Je l'aurais imaginée redescendant sur terre beaucoup plus tard que le jour fatidique...

Bravo pour le regard !

Dugenou.

   Corto   
5/4/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour sympa,
Sur le fond ce poème m’apparaît quelque peu suranné.

A l'époque de Metoo on sait que l'oppression de femmes par des hommes passe par des canaux multiples et souvent plus pervers encore que ceux que vous énoncez. C'est pourquoi je reste à distance notamment de votre première et troisième strophes.

La mise en scène du début du poème reste dans le registre mondain mais dès la quatrième strophe on constate un tournant où la dame met en mots sa souffrance et son emprisonnement. Ici le poème devient plus profond et plus crédible. Je l'ai donc apprécié.

Ce thème est traité en poésie classique ce qui enthousiasme bien des commentateurs passionnés par ce style. Pour moi le choix de cette forme n'est pas au bénéfice du fond car il tend à le placer dans un éloignement temporel dommageable.

Ceci dit je reconnais la volonté de traiter d'un sujet hélas durable depuis la profondeur des temps.

Merci à vous.

   Robot   
5/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Les faux semblants, le paraître, l'image à donner aux autres quand dans l'intimité on est tout autre que l'apparence. C'est ainsi que j'ai ressenti le thème de ce poème classique réussi.
J'ai bien apprécié le changement de rime au dernier quatrain , le passage des rimes alternées aux rimes embrassées qui permet d'insister sur cette conclusion terriblement pessimiste

   Myo   
5/4/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Il m'aurait plu, comme dans une fable de La Fontaine, que ce drôle de Paon perde quelques plumes en cours de route.
Mais vous avez préféré, à toute morale, un regard sans concession sur la triste réalité de cette violence psychologique.

Une très belle écriture.
Le 3e vers heurte un peu ma lecture avec la double voyelle ( jurent à ) mais celle-là est permise je crois.

   Curwwod   
11/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une bien douloureuse confession des souffrances intimes éprouvées par celle qui doit se taire et se complaire aux exigences de l'Autre (c'est comme ça qu'on évoque le diable). Combien de femmes ont vécu et vivront malheureusement encore la tyrannie dévastatrice de ces machos hypocrites qu'on encense hors du foyer, qui aux yeux des extérieurs possèdent toutes les vertus qu'ils savent si bien singer.
Mais les temps changent, gare au retour de bâton! Les filles ne sont plus élevées dans l'acceptation de la servitude muette, et elle vengeront leurs mères et leurs grand-mères en prenant sur le mâle une position dominante que leur talent justifie.
Vous dites les choses avec talent et clarté. J'apprécie beaucoup que vous exprimiez ainsi une réalité qu'on voudrait voir disparaitre bien plus vite car beaucoup d'entre elles en meurent.
Bravo.

   Vincendix   
12/4/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Illustration parfaite d'une double personnalité, certains faits-divers dramatiques révèlent cette situation.
Belle écriture, comme d'habitude avec votre signature, voilà pour la forme.
Un texte d'une réelle sobriété pour traiter un tel sujet.
Vincent


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