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Poésie libre
taha : Le heurtoir
 Publié le 16/03/19  -  9 commentaires  -  4041 caractères  -  143 lectures    Autres textes du même auteur

Prose intuitive, prise au gré de l'écriture, dans une oscillation entre une émotion aux perspectives surdimensionnées et le surréel.


Le heurtoir



I

J’ai bu à la source vive,
Source enfuie de justesse
De votre univers glauque ;
Je vous vois vous redresser de vos mares-abreuvoirs,
Dégoulinant d’algues vertes ;
Je vous entends pousser sous des révérences de batraciens,
Des vocalises,
Gargouillis de larynx infectés.

… Moi qui suis venu à vous avec une âme de prêtre ;
Non pas de ceux qui habitent les monastères,
Mais de ceux qui peuplent les contes.

Ainsi qu’un marcheur parmi les grabataires,
Rougissant de ma validité, j’ai feint de boiter
Et vous voilà à en rire.

Par humilité, triste vertu ;
J’ai fait vœu d’indigence.
J’ai caché ma face et me suis présenté à revers.

Moi qui suis venu à vous avec une âme de prêtre…

Je fais des rêves irrémédiablement déviés.

Mon cerveau insomniaque est aveuglé
De lumière blanche.

Je fais des rêves peuplés de frissons métalliques ;
Des rasoirs aux spasmes circulaires halètent après des gorges,
Qui, déjà déchiquetées,
Portent l’empreinte de dents humaines.

J’ai bu à la source vive,
À la sauvette
Et je vis avec la peur que vous en fassiez la découverte,
Peur, de vous voir y rendre vos reflux bilieux,
D’y libérer les viscosités de vos pattes palmées.

II

Ma solitude,
Ultime compagne,
Ange décharné, aux soins duquel je suis livré…

– Écrire ?

Tout court, se précipite ;
Sur les pages les phrases tombent en même temps.
Il y apparaît simultanément des béances contradictoires
De lumière et de gouffres ;
Des aboiements haineux,
Sont mis au pas, par des murmures aux douceurs maternelles.

Des mots…

Pour me fondre dans la foule, triste vertu ;
Je me suis jeté dans la boue.
Je me suis mis au verbe décadent ;
Tant, que me voilà bègue.
J’ai asphyxié le verbe. Quelle ascèse est plus terrible !
Par humilité, triste vertu,
J’ai renié la science et la puissance.

Mon gosier, caveau forcené,
Les mots s’y débattent ;
À les vouloir humbles, je les ai faits morts.
Et me voici assailli par des mots invertis… des mots onglés,
Des mots simulacres, qui rient de toute leur gencive édentée.
Des mots qui cliquettent à la manière des fers-blancs,
Blanchis de lueurs glaciales,
Des mots courbes et réfractaires.

Tout se bouscule, sous un ciel hermétique fendu çà et là,
Par les éclairs.
Des fragments s’organisent, rien n’y est à la mort, tout à l’agonie.

III

Les jours et les nuits indifférenciés,
Sont au gris.
Les maux qui atteignent les multitudes,
Ne frappent plus comme la foudre.
Les tempêtes funestes ont refréné leurs assauts.
Le malheur a perdu sa tragique parure.
Tout s’est transmué en une nappe sirupeuse, douceâtre,
Qui vous emplit les poumons ;
Et, après avoir rivé vos fers pour un long séjour au cachot
De l’indifférence,
Finit par prendre aux amygdales, avant de vous finir…
D’une fin ordinaire.

Les coups du sort ont cédé la place à l’adversité et je chante…
Je chante,

Te voici âme, prise dans de furieux vertiges
Et toi mon pauvre cœur, solitaire, ombrageux…
Les vents contraires soufflent ; voilà que s’érigent
L’adversité retorse et son rictus hideux.

Il nous faut, aujourd’hui, filtrer ce vieux poison,
Maturé à l’étuve des antiques douleurs
Et consentir à voir gonfler de ses humeurs
La veine des orties aux fielleuses toisons.

Pressons nos membres vains et tressons nos doigts tors,
Trames onduleuses où tout sur tout se tord,
Jusqu’aux osselets pour qu’aux jointures suinte,
Ridée, une amertume, aux ocres verts d’absinthe.


 
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   papipoete   
16/3/2019
bonjour taha
Les parutions de ces derniers jours, pour moi présentent un défaut, la longueur du texte qui rebute le lecteur ; surtout, si son contenu est âpre à assimiler comme le vôtre, en première parution !
Il est des récits qui nous tendent la main, nous disant " allez un effort, tu vas aimer ! " et l'on se laisse emporter, séduit, puis enthousiasmé d'avoir emboîté le pas à la " sergent-major "...
Mais ici, j'ai le regret de ne pas vous applaudir, car je m'enlise dans ce texte, pour moi trop compliqué !
Il se trouvera bien quelque onirien, qui l'esprit aux aguets, vous suivra avec délectation ?
Pour ne pas vous décourager, je n'apposerai point de notation.

   Davide   
16/3/2019
Bonjour taha,

S'il y a quelque chose que je n'aime pas en poésie, c'est l'hermétisme.
Ici, je ne comprends ni l'exergue, ni le texte proposé.
C'est trop "intellectuel" pour moi, je ne comprends pas le cheminement, ce que l'auteur(e) a voulu exprimer.

Il est normal, en poésie, d'instiller à son texte une part de mystère, de ne laisser au lecteur que des bribes de réponses.
Il est une part de doute qui fait le charme de la poésie.
Mais l'auteur(e) doit laisser la porte ouverte - du moins entrebâillée - au lecteur, pour que les images et les émotions puissent passer.
Tel est mon ressenti.

L'écriture est soignée, le texte a été travaillé, mais le message ne passe pas pour moi, je me suis cogné contre les murs.
Et j'ai mal à la tête...

Un texte moins long et plus accessible serait bienvenu.
Peut-être une prochaine fois, je l'espère en tout cas, car j'ai beaucoup aimé la finesse de l'écriture.

Désolé,

Davide

   PIZZICATO   
16/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai vu dans ce texte une sorte de bilan d'une existence, l'analyse d'un itinéraire avec ses époques sombres et ses renouveaux - comme au paragraphe III (?)
Je n'ai pas pu définir à qui s'adresse ce " vous " du premier volet.

Certes ce texte est pénalisé par sa longueur, mais à aucun moment ennuyeux si on prend le soin de l'aborder comme il es nécessaire.

Des passages intéressants comme :
" Ainsi qu’un marcheur parmi les grabataires,
Rougissant de ma validité, j’ai feint de boiter
Et vous voilà à en rire. "

   Vincente   
16/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai beaucoup aimé la forme mais j'ai dû faire l'effort de ne pas me laisser emporter par l'amertume de ce flux révulsé.
Le style est efficace, décapant, urticant, il véhicule une grâce sombre, délétère. Pour trouver "l'envie" d'entendre son agressivité, il faut une raison positive, une issue, par exemple une nécessité salvatrice de crever un abcès, de donner de la perspective à ses excès... Mon "besoin" a été d'identifier le pourquoi de cette rancœur qui inonde le poème. Or l'auteur ne nous facilite pas la tâche. Alors j'ai essayé d'imaginer : la société contemporaine, tapie sous ce "vous" du début du texte, une entité phagocytant les individus, dont le narrateur qui se déclare la victime infirmée en toute fin du poème par
"Te voici âme, prise dans de furieux vertiges
Et toi mon pauvre cœur, solitaire, ombrageux…
Les vents contraires soufflent ; voilà que s’érigent
L’adversité retorse et son rictus hideux."
.

J'ai trouvé intéressantes de nombreuses formulations, en particulier celles se rapportant aux mots falots ou abuseurs/abusifs "Et me voici assailli par des mots invertis… " ou "Des mots courbes et réfractaires. ". J'ai apprécié l'écriture intuitive qui bien qu'assez instinctive ici ne manque pas d'ampleur.

Le titre signale le heurtoir, un objet contre lequel on bute, je m'interroge pourtant sur le but du propos, un exutoire ou ... une échappatoire, ou... j'ai manqué de vision à défaut de visibilité.

   Lulu   
16/3/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Taha,

A ma première lecture, j'ai senti une profondeur qui m'a touchée, bien que je n'ai pas tout saisi.

J'ai trouvé la première strophe très forte, même si je ne sais qui peut être ce "vous"...

Cette opposition entre cette "âme de prêtre" et ces "gargouillis de larynx infectés" montrent, dans un premier temps une sorte de désillusion, même s'il s'agit d'une de ces âmes qui "peuplent les contes".

Je n'ai cependant pas tout saisi. Ainsi, je suis perdue quand je lis "j'ai feint de boiter / Et vous voilà à en rire". Je suis perdue, car le locuteur évoque, plus haut, "suis venu à vous avec une âme de prêtre" qui nous laisse imaginer une certaine authenticité. Or, le verbe "feindre" semble aller vers un sens opposé.

Indépendamment de cela, cependant, j'ai trouvé cette écriture très riche. Il y a un ton, un rythme qui nous mène et nous donne à entendre une voix harmonieuse, ce qui n'est pas si fréquent en poésie.

Tout n'est pas clair. C'est effectivement un peu hermétique. Mais il y a une dimension qui me plaît du fait de cette narration à la première personne qui donne au texte un côté personnel, qu'il soit proche de vous en tant qu'auteur, ou du narrateur qui semble exprimer, sans détour, des sentiments intéressants à lire : "Je fais des rêves peuplés de frissons métalliques ;" par exemple.

La seconde partie m'a plus touchée. Sans doute parce qu'elle me paraît moins hermétique. Le rapport aux mots, à l'écriture est explicite. Et les mots pour le dire sont, toujours dans cette belle tonalité, fort intéressants. J'ai particulièrement aimé : "Tant, que me voilà bègue"... entre autres.

L'essentiel se trouve là, je pense, à partir de cette seconde partie. En tout cas, est-ce mon sentiment à la lecture de ce beau poème qui peut sembler bavard, a priori, mais qui dit un essentiel dans le rapport à l'écriture.

J'aime beaucoup le choix qui a été fait de rendre compte de ces impressions en vers libres. Cela donne un rythme intéressant et vif. C'est un peu comme s'il y avait un enjeu de catharsis.

C'est, pour moi, un texte d'une grande richesse. Il suppose d'être lu et relu. Tout n'apparaissant pas à la première lecture.

"Je chante, je chante" ; oui, il y a ce chant, et l'on entend une voix, effectivement… car la poésie est là, mais je regrette de ne pas saisir du tout la dernière strophe…

Le heurtoir, finalement, qu'est-ce ? C'est la question que je me pose après avoir lu ce poème… Car il y a bien "heurt" dans l'expression d'une solitude par rapport à un vous qui échappe, mais je ne suis pas sûre de ma lecture, bien que l'ayant assez bien appréciée.

Mes encouragements.

   senglar   
17/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour taha,


Lu le dernier mot : "absinthe" je me dis : "Et ?...", les mots qui vous ont porté jusque là vous ont-ils abandonné ? Ils sont beaux, ou grandioses ou grandiloquents, je n'en ai pas vu d'humbles, ils bombent le torse, ils avancent en fanfare, ils n'en font qu'à leur tête et je vous ai senti contraint de suivre, de les suivre : "Ecris-moi ! Il faut que tu m'écrives ! Tu m'as stocké là, quelque part au fond de ton cerveau, il faut que tu me montres, il faut que tu m'exhibes. Je suis trop beau vraiment." Eh bien non, beaucoup de ces mots que vous avez stockés il faut les remettre en cage, c'est à vous de les mener.
On vogue ainsi, de mots en images de manière un peu hypnotique, le fil du poème s'assimile, se digère sans trop se déglutir, images laides ou belles, souvent répulsives, mais on se dit qu'on mange (déguste ?) bien des olives vertes sans trop de déplaisir, on assiste à ce combat de morose délectation, on devine que l'auteur se fait du bien sans trop nous faire de mal, il croit mener aux points mais moi lecteur je me dis qu'il se laisse trop souvent mener par le bout des mots. Un peu maso peut-être, un peu mytho aussi. Vais lui donner une gomme ou bien du corrector.
Enfin comme il ne m'a pas fait trop mal, pas trop ennuyé non plus, je me dis que je ne serai pas trop crapaud avec lui comme celui de sa fable, celui-là je le pêcherai avec un carton... euh... un chiffon rouge :)

A un prochain titre donc, maintenant qu'au choc de ce "heurtoir" nos portes se sont ouvertes. Je préparerai votre crapaud avec une crème d'ail. C'est bien un crapaud n'est-ce pas ce batracien pustuleux tout suintant de poison ?


senglar

   taha   
18/3/2019

   jfmoods   
20/3/2019
Dans la partie I, le locuteur s'adresse au groupe. Cependant, de manière tout à fait déroutante pour le lecteur, ce groupe n'est pas saisi dans son humanité mais dans une forme d'animalité ("votre univers glauque", "vos mares-abreuvoirs", "Je vous entends pousser sous des révérences de batraciens, / Des vocalises", "vos pattes palmées"), une animalité inquiétante ("Gargouillis de larynx infectés", "reflux bilieux", "viscosités"). De sorte qu'avancer vers ce groupe, forcément, c'est s'exposer, c'est se placer en situation de vulnérabilité.

Répondant à la force d'un appel intérieur ("J’ai bu à la source vive" × 2), la foi chevillée au corps ("une âme de prêtre" × 2, "Non pas de ceux qui habitent les monastères, / Mais de ceux qui peuplent les contes", "humilité", "indigence"), le locuteur, poussé par un esprit charitable, a décidé d'aller à la rencontre du groupe, espérant sans doute lui venir en aide.

Cependant, pour arriver à ses fins, il a dû tricher ("Ainsi qu’un marcheur parmi les grabataires, / Rougissant de ma validité, j’ai feint de boiter", "J’ai caché ma face et me suis présenté à revers"), suscitant les moqueries ("vous voilà à en rire").

Notre homme est à présent en situation de vulnérabilité. Ce qu'il redoute par-dessus tout, c'est que le groupe comprenne ses motivations ("la peur que vous en fassiez la découverte") et lui fasse payer au prix fort son intrusion dans un monde qui n'est pas le sien.

Son sommeil se trouve dès lors hanté par des images violentes et sauvages ("Je fais des rêves irrémédiablement déviés. / Mon cerveau insomniaque est aveuglé / De lumière blanche. / Je fais des rêves peuplés de frissons métalliques ; / Des rasoirs aux spasmes circulaires halètent après des gorges, / Qui, déjà déchiquetées, / Portent l’empreinte de dents humaines").

La seconde partie du poème voit le locuteur, renvoyé à lui-même ("Ma solitude, / Ultime compagne, / Ange décharné, aux soins duquel je suis livré…"), tenter de reprendre pied dans le monde par l'écriture. Mais c'est un combat âpre ("lumière et de gouffres", "aboiements haineux" / "douceurs maternelles"), sans merci ("Les mots s’y débattent", "me voici assailli"), extrêmement douloureux ("Des fragments s’organisent, rien n’y est à la mort, tout à l’agonie"), qui le laisse exsangue ("J’ai asphyxié le verbe."). Quel fruit aura-t-il tiré de l'expérience traversée ? Aucun.

La troisième partie du poème prend l'aspect d'un constat final on ne peut plus amer. Le coeur s'est glacé ("un long séjour au cachot / De l’indifférence") et l'espoir de changer, à sa manière, le monde, s'est éteint ("Les jours et les nuits indifférenciés, / Sont au gris", "Le malheur a perdu sa tragique parure"). Après avoir vainement frappé à une porte (titre : "Le heurtoir"), le locuteur, impuissant, s'est vu refuser le franchissement du seuil.

À la chute du poème, de manière plutôt inattendue, la forme libre glisse vers la forme rimée. Le balancement du vers berce le chant triste et délétère d'un homme profondément abîmé ("L’adversité retorse et son rictus hideux") qui se perd dans l'ébriété ("ocres verts d’absinthe").

Merci pour ce partage !

   Iktomi   
21/3/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai lu d'une traite, plusieurs fois de suite, et sans vouloir à tout prix trouver une signification derrière chaque mot.

En fait je crois que je me suis laissé emporter par la profonde musicalité de ce texte et aussi par la vigueur des images qu'il suscite.

C'est pourquoi je ne lui trouve pas de référence sur le plan littéraire mais en revanche il me fait irrésistiblement penser à Alligators 427 de Thiéfaine et au "Cri" d'Edvard Munch.


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