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Poésie contemporaine
VDV : Le fils d'Abel et le chèvre-pied
 Publié le 09/09/16  -  5 commentaires  -  3882 caractères  -  77 lectures    Autres textes du même auteur

"Le destin conduit celui qui accepte ; celui qui refuse, il le traîne."

Sénèque


Le fils d'Abel et le chèvre-pied



I
Dans l’immense désert où chemina Jésus,
Que les allèchements des anges corrompus
Aidèrent à baigner dans un bain de fossiles,
J’agonisais, touché comme Achille au tendon –
Preux guerrier qui n’apprit l’usage du pardon –
De n’avoir en mes mains le livre d’Évangiles.

Mais aurait-il servi quand le ciel embrasé
Dessinait sous mon œil d’ambre carbonisé
Un incommensurable étirement de dunes,
Attendu que l’enfer est pour le Paradis
Ce qu’est ma traversée en ce brûlant pays :
Un siècle nécessaire à nos bonnes fortunes ?

La nuit était sans lune, et le jour aveuglant ;
Impossibilité d’aller vers le levant
Sans être prisonnier des tempêtes de sable,
Et le soir, quand les djinns apportés par l’éther
Voulaient me tourmenter pour servir Lucifer,
Je n’avais de paix sous ma nova tarissable.

Une nuit, affamé et loti en souillon,
Quand désespérément je suçai l’aiguillon
Âcre d’un arthropode au liquide toxique,
Le cœur m’abandonnant, je chus marmoréen,
Avec au loin les feux d’un cloître chaldéen
S’éteignant lentement sur les voix d’un cantique.

II
Lorsque j’étais enfant, un sage m’informa
À travers les écrits de son maître Lama :
« À la chute du temps périra la matière
Alors plongée dans l’anéantissement,
Mais l’étoile vivant sempiternellement
Filtre l’ubiquité et quête la poussière. »

Seulement ce message était d’ordre charnel ;
Dieu me tint au courant du massacre d’Abel,
Mais ne put révéler que l’assassin, son frère,
Dépeça post-mortem les tissus de sa peau
Afin de s’en couvrir d’un pourrissant manteau,
Le réchauffant parfois dans un profond mystère.

Ainsi, en dehors de l’intemporalité,
Quand mon cœur fut touché par la mortalité
Et que les vents brutaux agitaient ma dépouille –
Alors pendue au dos d’un compagnon de Pan
Cherchant à me jeter dans le creux d’un volcan –
Je renaquis cloué en fidèle gargouille.

III
Mon chevalier servant, satyre des bosquets,
Complice qui pactise avec des farfadets,
S’hydrate dans les eaux d’une rivière impure ;
Deux cornes sur le front et des pieds de chevreau
L’éloignent congrûment des vertus de l’agneau,
Membre du conseil de la sacrificature.

L’âpre servilité du malheureux pantin,
Guidé avec talent par le Dieu du destin,
Se voit être amorale, impulsive et furtive ;
Le nuisible ferment dans le cœur du pauvret
Est généré pour mettre à terme le projet
De l’amour absolu que l’Éternel cultive.

Aux yeux du chèvre-pied, les cieux n’écrivent pas ;
Le néant seulement prolonge le trépas ;
L’immensité, le temps, le soleil, les planètes,
La vie : tout est né de l’orgasme incertain,
Soit de l’occasion, soit d’un Seigneur hautain,
Rendant vains les espoirs des sages et poètes.

Comment rester serein face à ses propres torts ?
Le mi-homme mi-bouc, écrasé de remords
Lourds en oisiveté et en hypocrisie,
Suffoque sous le poids de ses illusions,
Lui, que l’abject Hasard tranchant les actions
Convainc : « Tu es fautif de ta paralysie. »

Mais le Hasard aussi est serviteur de Dieu ;
Dans le but de m’aider à rallumer le feu
Jadis étincelant dans le torse de l’homme,
Il implante au cerveau de l’être primitif
La conscience d’un esprit introspectif
Le forçant à penser pareil au gentilhomme.

Je suis le chèvre-pied, il est le fils d’Abel ;
Juste un être posé là, sur le grand Autel
Où viennent expirer toutes les créatures…
Comblant ainsi le cœur du Suprême Apollon,
Le bouc humera-t-il la fraîcheur d’un vallon ?
Je ne sais, mais le fils parera ses dorures !


 
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   Anonyme   
27/8/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir,

Il s'agit là d'une oeuvre de haut niveau que je ne saurais commenter, faute de références en la matière. Entre mythologie et érudition, ce poème foisonne de connaissances que d'autres sauront - je n'en doute pas une seule seconde - apprécier à leurs justes valeurs.

Pour ma part, je me contenterais d'en apprécier les alexandrins sans toutefois prendre le temps de les décortiquer... faute de temps...

Bien à vous,

Wall-E

   PIZZICATO   
9/9/2016
Je me suis un peu perdu dans ce texte auquel je n'ai pas su donner un sens exact. Peut-être y a-t-il des références bibliques ?
De ce fait je ne peux émettre une appréciation.

   Brume   
9/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour VDV

Il y a des poèmes comme le vôtre où j'ai juste envie de dire que j'ai aimé, car il est compliqué pour moi d'expliquer le pourquoi.
C'est sombre et lumineux à la fois, conté avec éclat.
Vous avez mélangé avec cohérence une légende mythologique: Le mi-homme mi-bouc avec des références bibliques. Nous savons que l'un s'est inspiré de la spiritualité. Chaque strophe est une merveille, la force et la beauté des vers. Je suis rentrée dans l'histoire avec bonheur.
Votre poème est saisissant, emprunt de mysticisme.

Je relève ces mots sublimes:

"La vie : tout est né de l’orgasme incertain,"

EDIT: sur ce passage:"Et le soir, quand les djinns apportés par l’éther" - éther ne devrait pas être écrit avec un E majuscule? Comme Ether, dieu du Ciel de la mythologie grecque.

   Anonyme   
9/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je lis, je relis, je trouve cela beau et horrible à la fois. Bizarre.
Non, horrible d'emblée. Abel n'eut pas de descendant !

Et je relis, prends le temps de relire encore.
Je me penche sur le sens, la progression, le but.
Peu à peu, j'apprécie, je comprends ce lyrisme biblique qui (heureusement) ne s'envole pas, cette disparité sacré/légende.
J'en tire une conclusion personnelle. Erronée ? Sûrement.
Elle parle d'un fils qui n'exista jamais, le diable est en ce crime (fratricide) et l'amour (Apollon) est vengé en ne durant jamais(châtiment).
Prendre le temps, pour apprécier... Je sors ravi de cette lecture (analyse ?).
Le style m'a plu, les vers sont ciselés. (attention la césure ne doit pas finir par E non élidé ). Je passe sur les hiatus, car au final, ce fut un grand plaisir que de vous lire. B

   MissNeko   
9/9/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Votre poème est magnifique mais dépasse complètement mes connaissances bibliques. La forme est sublime mais pour le fond, j avoue que j ai pas compris.
Merci pour ce partage.


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