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Poésie en prose
widjet : Ange et mésange
 Publié le 24/04/08  -  12 commentaires  -  1896 caractères  -  83 lectures    Autres textes du même auteur

L’aurore cligne ses paupières, mais ses lueurs tout juste rosées ont été devancées par ce jeune homme blond au teint plus pâle encore et au physique délicat.


Ange et mésange



L’aurore cligne ses paupières, mais ses lueurs tout juste rosées ont été devancées par ce jeune homme blond au teint plus pâle encore et au physique délicat. Cela fait probablement un long moment qu’il est là, immobile, accoudé au balcon du quatrième étage, les épaules bien droites, fixant de son regard azuré un horizon cotonneux. Si l’aube n’était pas si vexée, elle confesserait sans honte qu’il l’avait aussi précédée ; et si la nuit était moins malhonnête, elle passerait également aux aveux. Cet homme était arrivé avant eux, à leur insu. Maintenant, il se tient là, dans la quiétude du jour à peine esquissé, les yeux égarés sans être perdus. Malgré les premiers chuchotements du vent, ses mèches d’or ne bougent pas. Ses cheveux sont comme sa peau, comme ses lèvres, ils sont comme lui. Ils ne frémissent plus.

Les premiers halos d’un monde encore aphone lui renvoient son dernier « allô » dérobé hier soir au téléphone. Ce n’était pas méchant, un peu idiot peut-être. Juste pour réentendre sa voix qui par intermittence prend des inflexions inédites et touchantes. Juste pour ça. Sa voix. Et ses inflexions inédites et touchantes. Au lieu de cela, il lui a fait peur.

Bientôt l’ébauche orangée d’une nouvelle journée. Nouvelle journée pour les autres, journée nouvelle sans l’autre. Qui s’en soucie ? Peut-être cet oiseau jaune et bleu qui vient discrètement de se poser sur l’épaule en bois d’un hêtre presque humain. Le jeune homme tourne la tête vers le minuscule volatile perché sur l’arbre immense et c’est à cette mésange colorée qu’il fait don d’un sourire mélancolique et indulgent, dernière offrande d’amour quand l’Amour, lui, ne fait pas de cadeau. Puis, aussi habilement qu’il avait faussé compagnie au crépuscule, surpris la nuit et son astre au front d’argent, le jeune ange s’en va prendre la vie au dépourvu.

Et se jette dans le vide.


 
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   Anonyme   
24/4/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Et vole donc?...

J'aime bien ce style, c'est du widjet "fleur bleue", et c'est pas

mal du tout.. Surpris, agréablement...

   clementine   
24/4/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Jolie lecture effectivement, triste, tendre, l'émotion est là.

   nico84   
25/4/2008
 a trouvé ce texte 
Bien +
Une de tes meilleurs poésies, j'aime le jeu avec la nature, le vent, la nuit, le crépuscule et l'oiseau.

Que c'est doux et triste, bravo !

   Athanor   
6/8/2008
 a trouvé ce texte 
Bien
Ben je suis un peu désorienté là. Le poème commence comme une nouvelle.
La chute (dans les deux sens du terme) est là.
J'ai un peu de mal à évaluer pour le coup.
Il n'en demeure pas moins que le côté poétique est bien présent. De belles images évoquées aux passages de l'aurore et des phases qui suivent.

   Anonyme   
17/10/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
Il est difficile de commenter un tel texte sans rompre le charme;
Je dirai simplement que c'est de la poésie à l'état pur.
On a souvent tendance à confondre poésie et versification. A tort.
Ce texte en est un très bel exemple.

   marogne   
20/11/2008
 a trouvé ce texte 
Très bien +
La seule chose que j'ai regretté, c'est que le crépuscule du matin ne précède pas l'aurore, pour faire suite à son compère du soir...

Je partage l'avis de Razkayou, et ai donc un peu de mal à commenter après lui.

   coquillette   
20/2/2009
L'aurore cligne... des paupières, c'est infime, mais ça change l'impact de la phrase... puisqu'on est en poésie.
D'autre part, ouvrir la page et découvrir un vrai texte, ça change aussi, ça surprend et c'est agréable.

"Cet homme était arrivé avant eux, à leur insu. Maintenant, il se tient là" Cet homme est arrivé avant eux... (préférence perso)
"Le jeune homme tourne la tête vers le minuscule volatile perché sur l’arbre immense et c’est à cette mésange colorée qu’il fait don d’un sourire mélancolique et indulgent, dernière offrande d’amour quand l’Amour, lui, ne fait pas de cadeau." relu la phrase (très belle) plusieurs fois mais je trébuche à chaque fois sur "mélancolique". Je serai incapable de dire pourquoi. (musique, peut-être ?)

C'est beau, c'est bien écrit, mais sur mon électrocardiogramme, la ligne verte est continue.

   AlphonseBLAISE   
28/3/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
J'ai beaucoup aimé tous les détails et la nature qui pense et qui prend allure humaine....
Peut-être cet oiseau jaune et bleu qui vient discrètement de se poser sur l’épaule en bois d’un hêtre presque humain."

Merci...je suis touchée...Alex

   Anonyme   
15/7/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Bon, je suis pas équipée... définitivement à la compréhension métaphysique des textes poétiques de W.

Bon, j'exagère un poil, je trouve qu'il y a des images sympas voire assez jolies dans le genre : horizon cotonneux, les premiers halos d'un monde encore aphone, l'épaule en bois (alors là j'aurais laissé tombé bois pasque bois de hètre ok mais non...) d'un hêtre presqu'humain (même si la succession de jeux de mots est un peu plan plan...), son astre au front d'argent...

Pour le reste quelques touches anti poétiques au possible comme Allô, qui tombe comme à l'huile c'est pas top... même la résonnance avec halos... euh... non...
le retour des inflexions inédites et touchantes qui ne me convainc pas, pas plus que le sourire mélancolique et indulgent...

En fait, et si je peux me permettre, je me permets quoi qu'il en soit, j'ai l'impression d'une micro-nouvelle.
C'est très descriptif, très narratif, et puis finalement, assez loin de mes propres gouts en matière de prose.

Si on était en catégorie nouvelle, je pense que j'irai même jusqu'à dire que l'auteur s'est pas trop foulé... mais on est en prose, alors...

Pas convaincue donc, par cette petite prose, mais je persévère hein, je fouille les greniers Widjiens et je finirais par y trouver quelque chose qui me parle...^^

Merci en tout cas pour la lecture, qui n'est pas désagréable au demeurant... juste que j'ai du mal à palper l'émotion, je sens un peu trop les ficelles...

   jphil   
15/7/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
Bjr
je sais que les anges sont souvent blonds et éthérés dans l'imagerie populaire mais j'aurais aimé un peu plus d'originalité. J'ai tiqué aussi sur l'homonymie "halos" et "allo", je ne suis pas convaincu par ce genre d'exercice dans un texte comme celui-ci, mais il est vrai qu'"ange" et "mésange" est un peu de la même veine et annonce la couleur si je puis dire. Mais cela ne me convainc pas car je trouve que ça nuit plutôt à la poésie recherchée que je trouve pour ma part un peu mièvre.
L'homme arrivé devant "eux" me laisse aussi sceptique car à bien relire je n'ai trouvé que des noms féminins : l'aurore, la nuit et l'aube", à moins qu'il ne faille n'y inclure l'horizon, mais ça ne me parait pas approprié.
Et même si je n'adhère pas forcément à une telle évocation de l'ange, je crois que j'aurais joué la partition jusqu'à le faire voler un bref instant, avant la chute. Mais bon, tout ceci n'est jamais qu'un avis personnel sans grande conséquence.

   calouet   
15/7/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
On se prend beaucoup le chou en ce moment je trouve, par ici, sur les catégories des textes. Ca me défrise un chouia de voir de nombreux avis (pas simplement ici) qui semblent en grande partie guidés par ça. Bref, passons.

Pour ma part, j'ai plutôt touvé ça joli quoique un peu poussiéreux niveau clichés (l'ange blond, qui se jette à la fin, l'aurore orangée...). J'ai été plutôt fan des jeux de mots et autres trouvailles, même si niveau poétique a casse un peu parfois, j'aime être surpris et ce fut le cas avec l'abracadabrant "Les premiers halos d’un monde encore aphone lui renvoient son dernier « allô » dérobé hier soir au téléphone."

Sinon, des petit détails bizarres à mon sens. comme d'emblée "l'aurore cligne ses paupières" qui me fait l'effet d'un pet dans une lune de miel.J 'aurais préféré "l'aurore cligne des paupières"...
Ou encore cette phrase "Nouvelle journée pour les autres, journée nouvelle sans l’autre"... Telle que je l'ai comprise, j'aurais vu "journée nouvelle pour les autres, nouvelle journée sans l'autre"...

Bref, c'est assez déroutant, pas déplaisant, mais ça me semble quand même un peu léger, sur ce coup. Et on s'en tape que ce soit une nouvelle poetico-tragique, conte prosé ou un serpent à sonnet.

   Scipio202   
20/1/2010
 a trouvé ce texte 
Moyen
Quand on lit calmement cette pièce de prose, elle étonne par sa sérénité presque penaude. Gare, cependant, aux phrases un chouilla trop longue, comme la première, presque imprononçable sur la fin, parce que l'on en revient le souffle coupé.

Sinon, le texte est profondément cohérent, par quelques échos sonores, mais surtout celui des images. Elle sont habilement superposées, engendrées, "in a blur of disrupted colour," notamment par la présence en palette de couleurs froide (le bleu) et chaude (l'orange).

La fin du texte fait frissonner : "Et merde..." Néanmoins, elle pourrait être plus cognante, plus directe, et d'autant plus tragique, par la présence d'un vocabulaire plus significatif. Le verbe jeter est trop courant, et fait usage dans trop de cas divers que pour véritablement, comme il se doit, ponctuer la fin du texte.

Pour l'oeil, il est vrai que le "allô", s'il passe à l'oral invisible, dénote et peut chatouiller, il devrait donc être plus discrètement mis en texte.

 

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