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Récit poétique
woodmoodwoom : Sur rien d'autre que rien
 Publié le 29/04/21  -  8 commentaires  -  3495 caractères  -  104 lectures    Autres textes du même auteur

Un vaste huis-clos au sommet d'une montagne pour un homme isolé.


Sur rien d'autre que rien



Le veilleur du parc se réveille sans émotions, leur couleur patiente dans l’obscurité. Les rides de ses draps précèdent les plis de sa peau. Les murs sont blancs, la lumière s’y reflète. Les mots sont simples, la pensée s’y arrête. Les vents sont lents, le souffle se fait jour. Limpide est la voix, lorsque l’orient fait un tour. Le veilleur se sent incapable d’être lui-même lorsqu’il est seul, mais cela ne l'empêche pas de vieillir.

Le gardien du temple s’exprime avec inattention, son soliloque lui est devenu familier. Des nuances attendent d’être nommées, leur existence serpente dans l’attente. La file est longue et longtemps dure le défilé. Le paradis des mots perdus domine l’enfer des vérités oubliées. Le casanier se lamente de ne plus savoir comment peser le verbe croire, et c’est peut-être pour cette raison qu’il a cessé d’espérer.

Le cœur veut pleurer, un rire le surprend ; l’eau vient à manquer aux bords de cils qui se tendent. La joie s’impatiente, un drame vient combler ; le vide a déjà fissuré le vertige laissé entre deux fossés. Les images sont nettes, un flou les trahit ; la clarté s’écrase sur un tas de signes qui s’étranglent, qui s’épuisent, et ce qui est simple, et dans l’esprit divise, périt. Pourtant la montagne est belle.

L’agent des hauteurs incline ses jumelles, les nuances du ciel lui évoquent le passé. Des sensations de l’enfance lui reviennent incertaines, ces moments où il ne restait plus que les nuages à contempler. Mais l’enfant ne connaissait pas ce verbe, ni les autres, et d’un seul regard se libérer ? L’agent se dit que ce qui commence dans l’illusion se maintient dans l’absolu pour ne pas se salir. Mais l’enfant, lassé d’être petit, s’est toujours senti à l’étroit, étouffé et blotti. Une vie n’est pas assez longue pour s’aligner aux désirs du temps. Le devoir de vieillir languit à côté des lois physiques. Seul le regard peut voler, puisque la fatalité commence et finit dans le sol amnésique et patient.

La mémoire s’attache à un détail, une ligne tait l’essentiel et ne laisse qu’une dimension. Les fragments naissent d’un devoir, et du besoin d’un sens derrière le miroir des illusions. Ses souffrances résument son identité, il s’en plaint quand ça lui chante, sa quête du « pourquoi moi » se glisse sous une fente, et de ses doigts pincés il gémit contre sa porte. Il est chez lui « nulle part », car personne n’est là pour savoir qu’il est ici chez lui... c’est-à-dire, sans père, ni mère, ni femme, ni homme, ni amis. Il part faire un tour sur les sentiers et rêve déjà d’une tempête qui viendrait l’égarer.

L’amour naît de loin dans les cœurs difficiles. Est-ce que le silence est plus attachant qu’une présence qui commencerait à se voir ? La dureté de ses pensées l’a asséché et son sang a pris les couleurs d’un rocher. Sa vie lui semble de moins en moins légitime, pris du sentiment de n’avoir jamais lutté. Mais les cœurs se détendent dès qu’ils se heurtent à l’exil. L’humain est beau, son teint rougit. L’humour va haut, son ton rugit. L’humeur montée, le bonheur permis... Les âmes grossissent lorsque les hommes sont loin. La souplesse de ses idées l’a ramolli et son souffle s’est tout à fait relâché. Quels couples se forment à partir de rêves jetés devant le miroir ? L’amour naît dans le désert ou n’est rien d’autre que sa continuité stérile. Maintenant c’est le soir et une énième journée à ne plus compter est passée sans qu’elle ne se laisse voir.


 
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   Eclaircie   
15/4/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour,

Un récit poétique, nouvelle catégorie sur oniris, en expérimentation en quelque sorte, belle avancée sur Oniris.

Le titre est fabuleux, on comprend que le sujet sera "rien"
Ensuite l'exergue confirme l'impression d'espoir de "bon repas".

(je détaille au fur et à mesure de ma lecture)

le premier paragraphe confirme la qualité du repas. Cette entrée est succulente. Premier personnage présenté : gardien du parc.
Second paragraphe, entre en scène, le gardien du temple. Bien !

Troisième acte : l'agent des hauteurs qui a été petit, un jour.

À la 4eme apparition, je me perds un peu : qui est ce "Il" dans
"Il est chez lui «nulle part», car personne n’est là pour savoir qu’il est ici chez lui...", je relirai mais là j'ai trébuché. Quand le personnage n°4 est la mémoire ?

Paragraphe final : revient ce "Il", il me faut trouver de qui il s'agit, c'est important. Serait-ce l'humain ? Que de poésie dans ce récit poétique : "L’humain est beau, son teint rougit. L’humour va haut, son ton rugit."

Enfin, je suis abasourdie, me demande si je ne rêve pas. Non, je ne rêve pas, c'est juste le poème qui m'a fait rêver.
CQFD
Éclaircie

Ps, je prie l'auteur de bien vouloir m’excuser si ce commentaire n'est pas celui qu'il aurait envisagé, voulu, espéré.

   papipoete   
29/4/2021
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour woodmoodwoom
votre pseudo est tout un poème...
Votre titre pourrait évoquer la substance de mon dernier texte paru : " je ne suis RIEN qu'un intouchable " , quand on songe à conjuguer la phrase " rien de rien ".
Ce gardien qui veille sur ce parc, scrute la moindre agitation, cette fumée là-bas qui s'élève au-dessus de la canopée, a tout son temps pour se visiter. Il sait tout de son apparence, n'a pas besoin d'un miroir ; mais de son for intérieur, il cherche le pourquoi de ses failles, ce qui pourrait le faire sourire alors que ses larmes effleurent ses paupières. Il est bien ici, chez lui, mais n'attend ni personne, ni un cri...
NB une introspection au centre de soi-même, pour tuer le temps, que vienne la nuit... ne rêver à " rien d'autre que rien "
je n'y connais rien en " récit poétique ", aussi m'est-il délicat d'en commenter les lignes ; la première strophe néanmoins captiva mon attention !
Je rencontrai par le passé un ami devenu retraité ( qui s'intéressait à peu de choses )
" alors que deviens-tu ? que fais-tu ?
- rien ; je ne fais rien "
ces mots résonnent en moi, alors que fort lointains !
Concernant votre écriture, je dirais à voix basse : si c'était du papipoète, je la trouverais un peu prosaïque... mais ne le répétez à personne !

   Vincente   
29/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Voilà une personnalité vraiment singulière !
Je veux parler du narrateur qui existe par et via son questionnement réducteur de lui-même mais pourtant tellement extensif, ample, errant dans l'infini lui offrant l'existence comme dans son propre infini, infinitésimal, indéfini, si évanescent qu'il peut d'un" rien" créer.

Je veux aussi parler de la main qui pense et écrit ainsi.
Deux phrases, dès le premier paragraphe, plantent un mode d'expression et de pensée riche et particulièrement original :

"Les rides de ses draps précèdent les plis de sa peau."

"Le veilleur se sent incapable d’être lui-même lorsqu’il est seul, mais cela ne l'empêche pas de vieillir."

Contretemps situationnels et contrepieds cognitifs vont ainsi s'avouer au travers et tout au long du soliloque évoqué. À commencer par cette intentionnelle expression de l'auteur pour retranscrire la posture insolite du narrateur : "Le gardien du temple s'exprime avec inattention". D'autres viendront sur-argumenter cette étonnante appréciation de la solitude du gardien, comme "le cœur veut pleurer, un rire le surprend…" ou "le vide a déjà fissuré le vertige laissé entre deux fossés.", etc… Quelle atmosphère ainsi se dessine, se destine et s'invective ! Il y a là un "oxymorique" espace de conscience.

L'on peut aussi chercher des réponses en se fondant dans ce récit. Ainsi j'ai été touché par ce passage :
" …Mais l’enfant, lassé d’être petit, s’est toujours senti à l’étroit, étouffé et blotti. Une vie n’est pas assez longue pour s’aligner aux désirs du temps. Le devoir de vieillir languit à côté des lois physiques. Seul le regard peut voler,…"

J'ai cependant senti comme un decrescendo dans la force de l'originalité de la posture stylistique et ontologique. L'évolution narrative m'a alors suggéré que ce "rien" final venait en cohérence se confondre avec celui qu'évoque le titre, "Sur rien d'autre que rien", et donc le fond du propos.
Oui mais je pense pourtant qu'un dernier paragraphe plus riche aurait achevé plus grandement l'intention de chanter la désespérance du solitaire. Seule peut-être l'avant-dernière phrase, à ce niveau, sauve la mise :
" L’amour naît dans le désert ou n’est rien d’autre que sa continuité stérile." (D'ailleurs, je pense qu'elle gagnerait à se conclure par un point d'interrogation).

   Myo   
29/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte qui n'est pas simple à appréhender et m'a demandé concentration et relecture mais d'une grande richesse et originalité.

Il surfe avec grâce sur les antithèses, oxymores et autres paradoxes ce qui lui confère une grande poésie.

J'ai eu aussi un peu de mal de cerner le paragraphe sur la mémoire avec l'apparition de ce "il" qu'on ne peut clairement définir.
Mais mis à part ce détail, un texte abouti et passionnant.

Merci du partage.

Myo

   Cat   
30/4/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai rarement lu sur Oniris une prose poétique aussi richement menée.
« Le paradis des mots perdus domine l’enfer des vérités oubliées. » C'est tellement vrai !

Dans un ressac incessant d'oxymores sculptés à la loupe, d'antagonismes et autres jeux de styles, se percutent et vibrent des images à foison.

« Un vaste huis-clos au sommet d'une montagne pour un homme isolé. », grandiose soliloque chez celui qui ne peut empêcher les pensées de bouillonner, et ce dès potron-minet, dès que « Les rides de ses draps précèdent les plis de sa peau. ». Au point que « Le gardien du temple s’exprime avec inattention, son soliloque lui est devenu familier. ».

Je relève ce passage, tant il me parle, « L’agent se dit que ce qui commence dans l’illusion se maintient dans l’absolu pour ne pas se salir. Mais l’enfant, lassé d’être petit, s’est toujours senti à l’étroit, étouffé et blotti. Une vie n’est pas assez longue pour s’aligner aux désirs du temps. Le devoir de vieillir languit à côté des lois physiques. Seul le regard peut voler, puisque la fatalité commence et finit dans le sol amnésique et patient. » , mais c'est tout le texte que j'ai envie de recopier ici. Car partout je retrouve l'écho de mon tourbillon intérieur.

Merci à l'auteur d'avoir su, de manière aussi magistrale, poser des mots sur le ''tourment'' des pensées qui sans cesse tournoient au paradis des mots perdus.

à vous lire encore...


Cat

   Ligs   
30/4/2021
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,

Je n'arrive pas à accrocher avec ce texte, qui me semble être un soliloque pseudo-philosophique dans lequel le narrateur se regarde le nombril en se lamentant sur... rien, comme l'annonce très justement le titre.
L'ensemble est bien écrit pourtant, mais pas dans un style qui me touche.

Merci tout de même pour le partage.

   Pouet   
1/5/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Slt,

Je n'avais pas vraiment rien à dire sur ce rien d'autre que rien, pourtant je ne vais rien dire, non pas que dire ne sert à rien ou que le rien ne saurait se dire, je me dis juste que de ne rien dire ne dit pas plus mais sûrement pas moins que de dire "rien". Alors je le dis finalement.

   Cyrill   
3/6/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour Wood...

J'arrive un peu tard mais je croyais avoir commenté votre récit, que j'ai lu et relu.
Je commence par un petit reproche : plus d'aération m'aurait permis une lecture facilité à mes yeux fatigables.
J'ai beaucoup aimé cette ambiance qui me rappelle "Le désert des tartares".
Cette solitude des hauteurs soliloquant sur sa condition et le sens des choses m'a séduit.
Je relève quelques passages superbes :
"Les rides de ses draps précèdent les plis de sa peau"
" l’eau vient à manquer aux bords de cils qui se tendent."
"L’humain est beau, son teint rougit. L’humour va haut, son ton rugit."
Je pourrais presque tout citer.
La désespérance côtoie la mélancolie, l'homme semble s'en sauver par sa capacité à énoncer des aphorismes assez délicieux. Petite philosophie sans prétention peut-être, plutôt des associations d'idées qui me mettent personnellement en joie !

Merci pour le beau partage.


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