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Fragment delta numéro 7 : explications et remerciements |
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Maître Onirien
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09/07/2007 19:16 De par le fait
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Bonjour à tous et toutes.
Je remercie le comité d'édition d'avoir accepté la publication de ce fragment delta nᵒ 7 et ainsi de l'avoir introduit dans le catalogue d'Oniris. Je remercie aussi tous les lecteurs et particulièrement les commentateurs qui ont pris le temps de laisser leurs impressions sur ce texte. Les explications synthétiques de la démarche "laboniris" : Les fragments delta sont une suite de textes dans le prolongement des fragments du crépuscule, voulant ponctuer la démarche, mais dans une vision plus radicale, plus pessimiste sur le fond, plus « désintéressée » sur la forme, car c'est avant tout de la poésie qui fait son introspection. Ils explorent dans une sorte de spirale sémantique la condition humaine et la fonction profonde de la poésie à l'aune de ce nouveau millénaire… Ainsi la forme se veut radicalement nouvelle, s'éloignant des canons de beauté de la poétique traditionnelle sur la forme pour dénoncer sur le fond ce qui n'apparait plus que comme une notion esthétique dépouillée de sa substance… Comme toute introspection du sacré et de la mystique humaine, Dieu est aussi interrogé. Pour cela, pour toutes ses « missions » (car les fragments delta ne sont pas une exploration gratuite, mais ont un objectif, faire réfléchir sur la condition humaine et sur la poétique), l'écriture automatique est parfois utilisée, les phrases ne cherchant pas forcément le beau, mais à démontrer cette errance de la pensée à une époque où tout a été dit et démontré… Ainsi le rythme est souvent arythmique, la syntaxe peut être malmenée, l'impact se trouve au-delà des images, peut-être bien dans la répétition constante d'un langage brut, synesthésique qui affirme pour interroger le sens de la vie au-delà de la poétique traditionnelle… Les fragments delta, ce sont des poésies qui s'émancipent de la poésie… Comme pour tout projet à suite, le sens des fragments delta ne se livre qu'une fois ceux-là reconstitués : ils suivent une progression et une logique d'expression qui se comprend avec les derniers fragments… Sinon, je ne répéterai pas mes explications sur ma conception de la poésie ni sur les intentions dans ce travail des fragments delta, mais pour les lecteurs courageux que ça intéresse, je laisse le lien de mes remerciements sur le fragment nᵒ 6 qui développe tout cela : http://www.oniris.be/forum/fragment-delta-numero-6-explications-et-remerciements-t32860s0.html Les remerciements individuels : Salut Myndie ! Tu es ma lectrice et commentatrice assidue en Espace Lecture et je te remercie beaucoup pour cela. Je te remercie aussi d'avoir saisi l'intégralité du propos et appréhendé comme il se doit la forme qui l'accompagne. J'aime ta façon bienveillante et pertinente de toujours tirer le positif des textes proposés, quel que soit le style d'expression et la thématique. J'entends ce que tu dis sur l'aspect plus prose poétique que laboniris de ce texte et je pense que cette vision est assez pertinente, car ce fragment, en dehors du ton et du propos, ne contient pas vraiment d'audace de forme ou de style et pas grand-chose d'expérimental. Mais il s'inscrit dans un travail plus large, et je ne sais pas si ça ne ferait pas brouillon de publier ces fragments tantôt dans l'une ou dans l'autre des catégories et j'opte pour l'instant pour une vision d'ensemble justifiée par la démarche. Mais je partage assez ta remarque. Sinon, oui ce texte est exigeant, comme souvent sur ces fragments et plus généralement sur mon style d'expression. Cette sensation d'exigence, que tu n'es pas la seule à souligner, a ses avantages et inconvénients. J'y reviendrai certainement plus loin, mais être exigeant ne me dérange pas dans l'absolu, si c'est le prix à payer pour délivrer au mieux ce que je veux exprimer et pour tirer un certain plaisir à l'écriture. En revanche, je suis content d'avoir ce genre de retour en termes de ressenti, car le but étant malgré tout d'être lu et de procurer aussi un certain plaisir à mes lecteurs, je peux envisager parfois de revoir ma copie afin de rendre moins douloureuse, plus compréhensive et plus agréable la lecture de mes textes. Cette remarque est donc source d'amélioration, et je te remercie aussi pour ça. Au plaisir de te lire ! Bonjour Polza ! Merci infiniment pour votre lecture et commentaire en Espace lecture. Je suis heureux de voir que vos problèmes de vue sont résolus. Merci pour l'énergie créatrice, l'érudition, la poésie et les images que vous mettez en avant. Je ne ressens pas la difficulté que vous avez à commenter ce genre de texte. Votre commentaire est très pertinent et très utile. Oui, je travaille beaucoup par associations d'idées ou associations phonétiques (d'où les paronomases que vous avez appréciées !), en revanche même si je vois ce que vous voulez dire par « passage du coq à l'âne » car la trame est assez lâche et que je n'aime pas contenir mes pensées dans un cadre trop rigide, je trouve que ce fragment suit de façon « claire » quelques lignes directrices que l'on peut appréhender et que Myndie notamment a identifiées. Sinon, sur votre remarque concernant la plume qui cherche à impressionner et qui pourrait avoir autant d'impact avec plus de simplicité, je vous remercie beaucoup de me livrer ce type de ressenti, qui rejoint le côté « exigeant » déjà évoqué, car là encore ça me conforte dans ce que je perçois comme sujet d'amélioration pour donner quelque chose de meilleur et de plus plaisant à mes lecteurs potentiels. Je vois tout à fait ce que vous voulez dire et c'est complètement pertinent. C'est d'ailleurs partagé par beaucoup de commentateurs et j'avoue que même ma compagne trouve mon écriture trop « alambiquée » et me conseille de simplifier. J'y réfléchis, mais je ne cache pas que j'écris dans un style qui me plait, non pas pour « épater », mais pour des raisons plus ou moins déjà évoquées dans ma conception de la poétique et de mes goûts personnels, et que je pense que livrer une perception propre et individuelle, singulière, est le but profond de la pratique artistique. Mais si je peux trouver un compromis, un point de rencontre plus agréable entre mon écriture et sa réception pour les lecteurs, je suis preneur, donc, encore une fois, ce type de « critique » est précieux et très constructif ! Pour finir, j'ai bien pris note pour l'orthographe de la « sibylle ». Féru d'histoire antique, notamment grecque et latine (ce sont quand même nos racines profondes !), celle-ci ne pouvait pas ne pas être convoquée ici. De plus cette pratique entre divination, conseils et oracles, expression brute et énigmatique a une certaine filiation avec mon interprétation toute personnelle de la poétique, mais je ne développerai pas plus, ça serait trop long et je ne voudrais pas que ce fil de remerciement soit un autre sujet de torture pour ceux qui prennent le temps de le lire ! Merci encore ! Bonjour Papipoète ! J'ai été agréablement surpris de voir que vous réussissez enfin à dissocier votre appréciation d'un style que vous n'aimez pas forcément et la valeur « technique » de celui-ci. Bon, je vous taquine… Arriver à voir au-delà de ses goûts personnels la qualité sous-jacente d'un texte est un signe d'une grande ouverture d'esprit dont vous faites preuve ici. J'ai donc été touché et flatté par votre « très abouti ». Je vous remercie donc de votre lecture et de votre commentaire que j'ai beaucoup apprécié. Si vous avez l'impression d'être un imbécile et de ne pas comprendre ce texte que vous trouvez aussi limpide que l'eau d'une cénote maya, je peux vous dire pour autant qu'il n'en est rien pour le côté imbécile et que vous avez très bien su appréhender l'essentiel de ce fragment. J'y reviendrai en développant certainement un peu plus dans ma réponse à EtienneNorvins, mais oui effectivement je trouve un peu puéril, voire même déplacé, les poésies qui parlent d'oiseaux et de pâquerettes au regard des choses affreuses qui se passent tout autour de nous et qui personnellement ne me laissent pas indifférent. Arriver à séparer le beau de nos contemplations en occultant complètement la noirceur qui nous entoure est quelque chose qui me gêne et que, pour ma part, je ne sais pas faire. Enfin merci d'avoir trouvé la rédaction riche et argumentée. Salut Cyrill ! Quel plaisir encore de te retrouver sous ses lignes et en centrale ! Je te remercie de ta lecture et de ton commentaire enthousiaste. Effectivement, je ne crois pas me complaire dans de la déco sur des mots, mais je pense que je répondrai plus longuement à ce sujet dans ma réponse au commentaire de Laurent Paul. Merci pour ton ressenti et ta compréhension du fond et de la forme. Merci aussi pour la densité impressionnante des images. J'entends que cet aspect torrentiel et cette profusion approchent souvent la saturation et qu'aérer certaines images impactantes en les associant parfois à des phases moins « éblouissantes » pour ainsi les mettre en valeur et de surcroît permettre des pauses à la lecture est une très bonne remarque que je vais essayer de mettre en pratique. Cela fait partie des axes d'améliorations sur lesquels je vais travailler. Merci pour ça ! Bonjour Provencao ! Merci beaucoup pour votre lecture, votre commentaire et votre appréciation globale de ce fragment. En effet je pense que la poésie doit être aussi l'occasion de faire entendre en écho « les voix des amoindris », comme vous dites fort justement. D'accord aussi pour dire que la poésie, et l'art en général, parle avec étonnement du nécessaire. Ensuite, oui, je pense que la transcendance est inhérente à l'existence humaine et qu'il serait faux et grossier de la réduire à une manipulation religieuse, mais je développerai là encore dans ma réponse à Laurent Paul. Sinon, vous avez raison : ce travail des fragments delta ne peut pas se traduire exactement par un rejet ou une détestation de la poésie, qui en est un ressenti assez caricatural que je comprends, mais bel et bien en réalité quelque chose de plus subtil qui se voudrait être une critique de certains de ses aspects dans une sorte d'autoémancipation, ce que je précise d'ailleurs dans mes intentions générales. Vous résumez bien cette ambition quand vous dites que c'est une poésie « qui regarde au-dessus et au-delà d'elle-même. » Merci encore de votre passage ! Salut Vincente ! Merci beaucoup de ta lecture et de ton commentaire. Je suis heureux que tu aies trouvé ce fragment très abouti et je suis agréablement surpris et content que tu l'aies « bien aimé », connaissant ton exigence réflexive sur le traitement de fond, exigence que je retrouve dans ton argumentaire concernant les critiques que tu exprimes. Je ne dirai rien à part te remercier pour ce que tu dis de la forme. Sur le fond, voilà ce que je peux dire sur ce que tu relèves et qui rejoint quelque part ce que dit EtienneNorvins plus loin. Précisément, tu relèves une contradiction dans deux développements de ma critique de la poésie. Si j'ai bien compris, tu pointes ce qui te semble une contradiction dans le fait que je parle à la fois d'une pratique « déviante » qui s'inscrit dans notre contemporanéité (aujourd'hui, la poésie n'est plus rien) pour ensuite la ramener à une perception plus intemporelle qui relie passé et présent avec l'aphorisme sur l'histoire de la poésie. La contradiction se tiendrait donc dans le fait que je critique d'abord la poésie d'aujourd'hui puis que je passe à la critique de la poésie du passé. Pour ma part il n'y a pas de véritable contradiction entre les deux, même si j'entends ce que tu veux dire par là et que mon propos pourrait donc sembler confus sur la question de savoir si je critique le présent ou le passé. Disons qu'en fait, je pars d'une affirmation qui s'inscrit dans le temps présent pour en faire une réflexion qui par extension embrasse les époques passées. Car tout simplement, je pense que les deux critiques que je fais ne concernent pas un problème qui se situe dans le temps, mais plutôt une certaine pratique de la poésie qui existe depuis longtemps et qui s'amplifie aujourd'hui. Effectivement cette pratique, pour moi édulcorée, simpliste de la poésie ne se retrouve pas de nos jours par le miracle de la génération spontanée, mais bel et bien parce qu'elle prend ses sources dans le passé. En fait, dans ma démonstration, ce sont donc bien deux courants pour schématiser qui s'affrontent dans leurs conceptions de la poésie : la poésie dite moderne, qui convoque le complexe et qui a une approche plus novatrice sur la forme, et la poésie plus traditionnelle qui se traduit par une approche plus contemplative où la clarté et le respect de la prosodie académique vont primer sur le reste. Pour être clair à mon tour, ce que je pense, c'est effectivement que cette poésie que je qualifie de « jolis cœurs » et que j'oppose « aux vrais sourciers » est une poésie qui se pratique depuis un certain temps, disons depuis le Moyen Âge au minimum (je ne remonterais pas à la poésie antique, car je pense justement que celle-ci contenait beaucoup plus de philosophie à une époque où rien n'était vraiment compartimenté, mais je ne vais pas lancer le débat sur l'histoire de la poétique, ça serait passionnant mais bien trop long), et que cette façon de pratiquer la poésie revient en force actuellement, pour des raisons certainement identifiables, que je ne développerai pas ici, mais qui ramène bien la poésie à un champ social car bien évidemment, elle fait partie entière du champ social selon moi (Rimbaud rappelait d'ailleurs d'un ton certainement railleur dans la lettre adressée à son professeur que le poète « se devait à la société »), comme toute chose qui s'exprime dans le domaine public, avec cette particularité merveilleuse que possède l'art, c'est de parler à l'intime de chacun, ce qui en fait un médium assez précieux et exceptionnellement impactant en termes individuels. Bref, pour résumer, oui je crois que la poésie d'aujourd'hui accentue une pratique poétique bien ancienne qui s'inscrit dans une histoire de la poésie et que je nomme un « travers », c'est-à-dire une vision très réduite, appauvrie et tronquée de l'expression poétique. Je note toutefois que ce travers est certainement tout simplement un courant qui est tout aussi légitime que ma façon radicalement antagoniste de concevoir la poésie, ce qui est prouvé par le fait qu'il existe depuis très longtemps et qu'il trouve continuellement de nouveaux adeptes pour le faire vivre. J'en prends acte et même si je le regrette d'un point de vue de ma vision personnelle, je ne prétends pas détenir la vérité sur ce point pas plus que sur les autres, et bien évidemment chacun voit les choses comme il l'entend et est en droit d'exprimer ce qu'il veut en matière d'art et bien au-delà, en fonction de ses goûts et de sa propre conception. Pour finir sur ce point des apparentes contradictions dans mon propos, je constate que tu as bien compris qu'en réalité il n'y en avait pas vraiment en lisant ensuite que les antithétiques se rassemblent dans ce que tu conclus, si j'ai bien compris, être en fait une vision où la poétique possèderait en elle-même ses contradictions entre « attraction et sanction dans son exigence folle ». J'avoue que je ne suis pas allé jusque-là dans ma réflexion, mais que ta remarque me pousse à prolonger ma réflexion initiale et relance tout un faisceau de questionnement. Y a-t-il vraiment opposition flagrante entre deux courants et deux visions de la poétique ou y a-t-il en fait une ambivalence entre volonté de dépassement et contemplation, entre légèreté et profondeur qui serait contenue dans la notion même de poétique ? Je ne sais pas si c'est ce que tu voulais exprimer dans ta notion de sanction/attraction, mais c'est ce que m'inspire en tous cas ta remarque. Pour la deuxième partie de ton argumentaire sur ta compréhension, oui notre communication contemporaine décuple le phénomène, mais à mon avis le phénomène est décuplé par bien d'autres choses plus humaines et plus simples en termes de sociologie, comme l'accès élargi à l'art (qui est une très bonne chose), mais aussi le culte de l'égo qui, couplé à une certaine forme de déculturation ou de fermeture d'esprit, ne permet pas selon moi d'élaborer une poésie très riche et très profonde et qui, je le soupçonne, ne résistera pas à la postérité. Mais j'ai dit que je ne m'étendrais pas sur les raisons, au risque de laisser planer le doute sur une certaine vision élitiste de la chose ! ...;) Un mot sur la dernière phrase de ce fragment que tu cites. En réalité elle ne se limite pas à l'apport ou à la carence de la poétique contemporaine ou passée, mais concerne la vision plus large de l'humanité. Car il ne faut pas oublier que ce fragment, comme les autres, ne se focalise pas que sur la poétique, il décrit une vision assez pessimiste de la condition humaine et la poétique certes n'échappe pas à ce constat, elle qui devrait au contraire donner effectivement cette possibilité de transcendance, mais le propos est beaucoup plus transmural que ça, bien sûr. Je ne développe pas pourquoi ma vision ici est pessimiste, je l'ai déjà fait dans mes explications du fragment delta nᵒ 6 pour ceux que ça intéresse. Enfin, pour la "généralisation" et le "piège d'embrasser large", j'essaie juste d'être factuel et d'appuyer mes convictions sur de nombreux exemples qui sont puisés dans des domaines multiples pour faire démonstration de la véracité du phénomène, certes encore une fois en mettant en avant dans un focus volontaire les travers humains, mais c'est le but de ce travail poétique. Et encore je trouve que si on lit bien, il y a de multiples passages qui permettent de se raccrocher à l'espoir, cette déesse faite pour les hommes que les Grecs nommaient joliment « Elpis » et qui se tenait cachée, ne l'oublions pas, au fond de la boîte de Pandore, après qu'elle ait délivré tous les maux du monde. En réalité, je suis bien conscient de l'aspect merveilleux de la vie et de certaines personnes faisant partie entière de l'humanité. Ainsi non, vraiment, je n'enterre pas les poètes avec l'eau du bain. Et oui, il y a des poètes d'exception, mais à aucun moment, je ne dis le contraire : « beaucoup de jolis cœurs et peu de vrais sourciers ». Cet aphorisme ne tombe pas dans le rejet facile de tous les poètes. Juste, il quantifie. Et la conclusion est la même que la tienne : les poètes remarquables existent bien sûr, mais font exception, hier comme aujourd'hui et probablement comme demain. C'est une banalité finalement qui se retrouve dans toutes les activités humaines. Les gens remarquables sont des exceptions. Doit-on pour autant abandonner l'idée que la tendance puisse s'inverser un jour radieux ?… Je ne crois pas… Je conclurais ces longues explications par ta très belle phrase de fin de commentaire à laquelle j'adhère complètement : « Et puis la poésie n'est-elle pas justement forte de cette formidable multiplicité émotionnelle et créative des individus ? » ... Bien sûr que si, assurément ! Merci Vincente de ta lecture et de ton commentaire qui suscite la réflexion ! Bonjour Laurent-Paul ! Je vous remercie d'avoir pris le temps de lire ce fragment et d'avoir laissé un commentaire sur votre ressenti. Je vous remercie profondément d'avoir eu le souci d'argumenter avec vigueur et sincérité celui-ci. Vous n'avez pas aimé ce texte « qui condense tout ce qui vous rebute » et vous argumentez en citant les éléments de fond et de forme que cela comprend. Je vous en remercie. Je ne répondrai rien à cela, aimer ou ne pas aimer, c'est tout à fait légitime, la poésie comme le reste est affaire de goût et de couleurs personnelles. Néanmoins vous qualifiez ce texte de « brillant dans sa construction et dans son déroulé » et à la fin de votre commentaire vous ne niez pas qu'il contient de la poésie. C'est ainsi, je pense, que vous accompagnez votre évaluation « n'aime pas » d'un « très abouti » au niveau du travail d'écriture global. Je vous remercie pour cela. Arriver à avoir assez de recul et d'ouverture d'esprit pour dissocier son ressenti « émotionnel » de son appréciation de la partie « technique » n'est pas donné à tout le monde. Je vais maintenant prendre le temps d'essayer de dissiper quelques malentendus : en résumé, vous déduisez dans votre ressenti que la forme et les « grands mots » ne sont là que pour « le désir de remplir l'absence de sens ». Je ne peux pas vous laisser dire cela. Votre constat sur la forme est pertinent, factuel, mais ce travail est avant tout un choix stylistique, que l'on peut aimer ou détester pour son côté grandiloquent et pourvu d'emphase, j'en conviens tout à fait, mais je ne peux pas vous laisser conclure que c'est un moyen de masquer l'absence de sens, car ce n'est pas vrai. Le sens, même s'il est livré par des images et un propos qui ne s'enferme pas dans un cadre rigide, est bien présent et s'inscrit ici dans une trame assez visible. D'ailleurs vous l'avez identifié vous-même puisque c'est là aussi l'objet de nombreuses critiques auxquelles je vais tenter de répondre au mieux. D'abord et très rapidement au sujet « de mes hautes conceptions », qui, je l'imagine, est une remarque assez péjorative qui sous-entend une certaine arrogance et condescendance, je me permets de vous préciser que je n'ai pas de hautes conceptions, à moins que celles-ci ne veuillent se traduire par exigences, là nous nous rejoignons. Je ne me pense pas au-dessus de la mêlée. Pas en dessous non plus, d'ailleurs. J'essaie de parler à hauteur égale, tout en revendiquant fortement mes convictions et ma façon de voir, comme tout poète « citoyen »… Ensuite vous relevez par deux fois la notion de « mépris ». Finalement je vous remercie pour cela car cela me permet d'éclaircir ce point. En effet, le ton employé, la colère, le côté excessif, radical de la dénonciation peuvent faire penser que je suis méprisant. Il n'en est rien et je ne méprise pas grand monde, pour ne pas dire personne. Et je ne méprise certainement pas les gens parce qu'ils ont des goûts, des pratiques ou des appartenances différentes des miennes. Je ne méprise en réalité pas plus qu'une poignée de personnes dans le monde, et encore, et seulement pour leurs actes immondes et intentionnels. Donc, vous notez un mépris pour les clercs de notaire. Là encore, il n'en est rien. Je ne méprise aucune profession. J'ai pris cet exemple pour appuyer ma critique du terre-à-terre. Et je l'avoue, il y a des professions comme la profession d'huissier, de militaire, de policier pour lesquelles je n'ai que peu d'estime, sans toutefois ressentir du mépris pour celles-ci, et même pas une remise en cause de leur utilité sociale. De plus, je fais la part des choses entre fonction et valeur personnelle, et j'ai de très bons amis qui sont policiers ou militaires, que j'apprécie pour leur personnalité propre qui ne se limite pas, bien sûr, à leur profession. Je n'ai pour l'instant pas d'amis clerc de notaire ou huissier, mais si vous m'en présentez qui valent la peine d'être connus, pourquoi pas ? Ensuite vous me dites que la philosophie, dans une contradiction qui, j'imagine, se situe avec mon désir de féerie, prend le pas sur la poésie. Je vois ce que vous voulez dire, car il y a une volonté réflexive importante dans le travail de ces fragments. Pour ma part et même si je ne pense pas faire de la philosophie, qui est une matière à part entière beaucoup plus rigoureuse et précise, je ne sépare pas la poésie de la philosophie. C'est finalement affirmer une banalité, mais tout discours poétique possède un fond de philosophie au sens de réflexion sous-jacente et je mets au défi quiconque de me nommer un poète reconnu dont les œuvres poétiques ne contiendraient ni morale, ni message implicite, ni philosophie. C'est pour ça que j'affectionne particulièrement des poètes comme René Char ou Jean Giono. Car en plus d'appartenir au même terroir, ce qui fait que je les comprends pleinement, de façon filiale, tellurique, chez R. Char, poésie et philosophie ne font qu'un. Chez J. Giono (que je range parmi les poètes), la puissance foisonnante de sa magnifique prose poétique n'est finalement toujours qu'un prétexte pour livrer une parabole sur la condition humaine. Concernant la paix qui n'est jamais bon marché, je suis d'accord avec vous et à aucun moment je ne pense affirmer le contraire. Je n'ai jamais dit que la paix ne se trouvait que dans une notion spirituelle, dénuée de volonté et de combat, qui se trouvait uniquement dans un état d'esprit ou une sorte de béatitude, se tenant au-dessus des vicissitudes terrestres. C'est évident qu'elle est soumise et contrainte par des forces très terre-à-terre. D'ailleurs votre présentation de ce qui la contrarie induit une approche très descriptive de ces causes qui rend votre liste très parcellaire. On peut rajouter à la peine, l'ennui et la violence que la paix est aussi une victoire contre la souffrance psychique ou physique, la dépression, l'angoisse, les tourments, le froid, la faim, la soif, les maladies, les insomnies, les démangeaisons, etc. Bref, toute chose matérielle ou spirituelle qui ne permet pas de trouver l'harmonie entre soi et l'univers. Je suis désolé que mon texte ne vous laisse que l'impression d'être méprisé. Ce n'était pas mon but et je m'en suis expliqué. Du coup, est-ce que je peux vous demander si vous êtes clerc de notaire ? ...;) Enfin, je terminerais sur la notion de transcendance et votre vision assez matérielle des profondes aspirations humaines. D'abord je vous dirais que si vous m'aviez bien lu dans ma phrase de fin, je fais un constat un peu railleur qui se rapproche de cette vision matérielle, puisque je dis que « la seule transcendance, c'est la décomposition des tissus ». Je ne sais pas si on peut abattre plus radicalement l'idée de béatitude religieuse faisant référence à un au-delà hypothétique et faire plus matérialiste que cette affirmation. Ensuite, mais je ne développerai pas (je l'ai déjà fait dans mon fil de remerciement précédent en expliquant ma vision du déclin), je ne suis pas d'accord avec vous pour réduire le besoin de transcendance de l'homme à une « fumisterie de curés en manque de public béat désireux de croire qu'il existe autre chose que ce que nos cerveaux perçoivent de la matière ». D'abord je trouve votre démonstration assez virulente et, dans son intégrisme matérialiste, assez méprisante vis-à-vis des curés (qui, à mon avis, ne sont pas plus méprisables que les clercs de notaire…) et des croyants. Ensuite, si je conçois que les religions puissent faire de la récupération spirituelle qui pourrait parfois se traduire par de la fumisterie, je pense que c'est bien la preuve que l'homme a des aspirations qui dépassent depuis toujours le simple aspect matériel de sa condition. Réduire ce besoin finalement métaphysique à un simple processus neurologique qui s'ignore est à mon avis périlleux, réducteur sur le véritable fonctionnement humain et certainement inexact. Concernant le dernier point sur « l'abrutissement et le règne du marché », enfin, nous pouvons nous rejoindre, ouf !... En revanche, je ne comprends pas bien par quel « infime » vous les combattez. Voilà donc ce que je pouvais vous répondre au sujet des points qui me paraissaient à éclaircir. Pour finir, non, je n'ai pas trouvé votre commentaire « exagéré ou puéril ». Je l'ai trouvé radical, sans concession sur le fond, abrupt, brutal certainement sur la forme, ce qui m'a posé peut-être quelques difficultés de réception, mais une fois cela fait, j'ai été heureux de l'avoir lu et je vous remercie de l'avoir déposé. D'abord parce que vous avez pris le temps de lire mon texte et de me communiquer vos impressions, en prenant soin de les argumenter avec sérieux, rigueur et sincérité, ensuite parce que votre avis, bien que négatif, ne vaut pas moins que des commentaires plus enthousiastes. Donc merci encore et au plaisir de vous lire. Bonjour EtienneNorvins ! Merci infiniment pour votre lecture et pour votre commentaire, dont l'argumentation bourrée de références m'a procuré beaucoup de plaisir. Tout d'abord, je vous remercie pour votre riche et solide analyse de la forme et de sa teneur globale. Oui pour les aérations, je compte travailler cette possibilité qui permet de faire respirer le lecteur à moindre frais dans mes projets d'amélioration. Surtout pour éviter l'étouffement causé par le « foisonnement » et la « profusion », qui sont aussi deux aspects à la fois positifs et négatifs sur lesquels, grâce aux retours reçus, je compte travailler. Merci pour la somptueuse prose poétique et pour la comparaison avec Lautréamont. C'est très flatteur pour moi, bien évidemment. C'est intéressant d'enchainer ici sur les « images quasi-baroques où s'entremêlent références philosophico-mythologiques et visions organiques parfois grotesques ». Votre remarque est fort juste, merci d'avoir noté cela. Cela ajouté « au beau qui naît du heurt avec le sordide » est une remarque pertinente sur la forme qui provient effectivement d'une volonté stylistique s'expliquant bien évidemment par mes goûts personnels en matière d'art. On retrouve cela déjà dans « Les Chants de Maldoror », et peut-être si on remonte plus loin dans une certaine mesure chez Rabelais, puis ensuite dans les courants que j'affectionne (dadaïsme, surréalisme, fantastique, symbolisme…) : J'aime bien votre définition de ce style d'expression quand vous parlez « d'esthétisme du contraste », qui prolonge peut-être, en extrapolant et en poussant encore plus loin la démarche, le mouvement pictural du Caravage et du « clair-obscur » (personnellement, j'aime beaucoup G. de La Tour), qui esquisse le fait que l'esthétique peut naître de la rencontre entre l'ombre et la lumière. Maintenant que nous avons vu ce qui fait consensus, attardons-nous plus précisément sur les deux « apories » que contient ce fragment d'après vous, dans sa charge contre la poésie. D'abord, je comprends tout à fait vos « réserves ». Je suis tout à fait conscient que l'intensité du ton, le choix délibéré d'employer un discours radical, parfois excessif dans la manière d'appuyer la « thèse » que je développe, qui est tout aussi lié à mes goûts personnels en matière d'expression artistique qu'à ma volonté de dénoncer avec force un sentiment qui me pose question sur une de mes passions (la poésie), ne peut que susciter des réactions et des ressentis comme le vôtre, et c'est assez logique. D'ailleurs, j'avoue que cette possible contradiction entre le fait d'élaborer une critique de la poésie tout en ayant la volonté de l'exposer dans un poème est présente à mon esprit tout au long de mon écriture de ces fragments et encore plus sur l'écriture de celui-ci, qui contient comme tous les commentateurs l'ont compris une charge assez virulente contre une certaine pratique de la poésie (mais pas que…) et par extension, sinon une remise en cause intégrale, au moins un questionnement profond de la poésie et de sa fonction au sens général. En revanche, si j'assume effectivement cette démarche, je n'assume pas le fait de rejeter sans nuance la poésie et surtout pas la poésie dans son essence et dans sa définition. En effet, et bien que je ne sois pas à l'abri de contradictions et que j'entende que par moment l'on puisse penser que certaines « affirmations » soient effectivement contradictoires, il serait assez schizophrénique pour moi de rejeter entièrement la poésie en écrivant un poème. Ceci dit, la démarche ne me choquerait pas plus que ça, il y a finalement bien des personnes dans bien des domaines qui se servent d'un outil, notamment dans l'art ou le média, pour le dénoncer et ainsi se servir d'un système ou d'une arme pour la retourner contre elle-même. En soi, donc cette pratique de « lutte » ne me choque pas, je la trouve même parfois pertinente et dans l'art, les dadaïstes, que j'affectionne, ont pratiqué particulièrement cette insurrection de la poésie contre la poésie, mais cela n'est pas mon but véritable en réalité. Pas plus que les adeptes de dada d'ailleurs, si on comprend bien leurs intentions profondes, je ne cherche à rejeter la poésie en tant que telle. Comme eux, si on essaie de comprendre plus subtilement le message, ce que je dénonce ici (et que j'ai déjà expliqué dans ma conception de la poésie et de l'art), ce n'est pas la poésie, mais bel et bien une certaine vision de ce qu'est la poésie, une poésie qui ronronne et qui endort, une poésie qui n'apporte aucun élément de dépassement, bref, une poésie qui, pour moi, est un certain détournement qui n'est pas à la hauteur de ce qu'elle est réellement. Je ne rentrerai pas dans un développement à ce sujet car je l'ai déjà fait, mais je pense que la poésie est un art majeur qui allie beaucoup de choses, de concepts dont font partie bien évidemment l'esthétique, le contemplatif, mais aussi, et plus que tout, l'approche sensible, réflexive et bien évidemment philosophique, comme je le disais dans ma réponse à Laurent Paul. Alors oui, ma conception de la poésie est exigeante et personnelle, et encore pas tant que ça, car je pense que cette vision est finalement assez partagée par un grand nombre d'amateurs du genre. Est-ce que cette exigence et cette perception sont élitistes ? Au premier abord, peut-être, mais en réalité, pas vraiment, parce que je ne pense absolument pas que ce travail d'approche poétique soit réservé à certains « élus » de Dieu ou d'autres entités, certaines « élites » ou certains « prophètes » ou « voyants » de facto pour faire un clin d'œil à Arthur Rimbaud que vous citez dans votre argumentaire et qui est d'ailleurs présent dans de nombreux passages de ce fragment. Je ne pense pas qu'il faille être exceptionnel pour être poète, ni qu'il faille avoir reçu un don particulier. Je ne pense pas qu'il y ait de poète véritable au sens inné. Tout s'apprend, se travaille et se cultive en réalité. Être poète « aimanté », comme le reste. Ainsi, tout le monde peut être poète « véritable » ou « aimanté », mais tout le monde ne l'est pas, c'est aussi simple que ça. Il ne suffit pas de se dire poète et d'aligner des mots dans un certain ordre, entre la confection d'un pot-au-feu et une partie de belote, pour nommer cela vers et ainsi arriver à poétiser des propos ou des impressions et encore moins pour susciter des émotions. Pour prendre un exemple dans un champ de compétences plus éloigné, qui est celui des sciences dures, c'est comme si on taxait d'élitisme un discours qui rappelle que pour être mathématicien, il faut avant tout savoir compter. Car rappeler un prérequis indispensable à une pratique n'est pas un signe d'élitisme, mais fait seulement partie, à mon avis, du bon sens et de la logique même. Pour être poète et faire de la poésie, il ne suffit pas de s'échiner à travailler et triturer des mots et des phrases pour les faire rentrer à tous prix dans une métrique donnée, il faut avant tout s'ouvrir à une certaine sensibilité, une certaine approche du monde, il faut aussi avoir l'envie de fournir un effort afin de creuser les choses et d'approfondir parfois sa perception initiale, de mettre assez de densité pour permettre au propos d'apporter quelque chose de suffisamment prégnant et profitable. Alors oui, c'est effectivement ce que j'affirme avec force en assumant complètement cette façon de concevoir la poétique, qui, j'en suis conscient, peut paraître exigeante, arrogante, voire méprisante ou élitiste. Mais toutefois, je ne prétends absolument pas imposer cette « vision » à ceux qui ne la partagent pas et je n'ai pas pour projet de créer dans un futur gouvernement apocalyptique un ministère de la poésie qui interdirait l'usage de l'odelette, des pâquerettes et des petits oiseaux… Juste, je revendique personnellement cette conception et je me permets d'exprimer mon point de vue sur le sujet, comme chacun est en droit de le faire. Je rajouterais pour terminer sur ce point et pour expliquer en quoi ma vision n'est pas élitiste mais s'inscrit dans une conception bien précise de la poétique en revenant encore à A. Rimbaud, poète que j'affectionne et qui a été le poète qui a fait rentrer la poésie dans ma vie, ou l'inverse… Je pense que Rimbaud était plus élitiste que moi, quand dans sa lettre du voyant il dit « si le cuivre s'éveille clairon, il n'y a rien de sa faute »… Bien sûr il y a derrière cette affirmation les bases de ce qui révolutionnera la poétique et peut-être même la conception de l'art en général : l'idée que « je est un autre » et que c'est la rencontre entre conscient et inconscient, psyché enfouie ou cachée et surmoi qui donnera naissance désormais à la création poétique ou artistique. Ainsi le poète se trouve, se découvre malgré lui, et certainement se dépasse, ce qui rejoint aussi votre réflexion assez forte que j'ai appréciée sur le fait que « l'écriture implique la rencontre de l'autre en soi et de l'autre hors de soi », reliant ainsi formidablement, si je prolonge, ce qu'il y a de profond et d'intime en nous avec ce qu'il y a de profond et d'intime en l'autre. Pour ma part, ça me fait penser à cette citation fort juste de Paul Auster : « Un livre, c'est le seul lieu au monde où deux étrangers peuvent se rencontrer de façon intime. » Mais revenons à Rimbaud. Si son propos sur le cuivre s'éveillant clairon malgré lui traduit d'abord une volonté de faire parler la part cachée de ce « je » qui est un autre, je ne peux pas m'empêcher de penser que chez Rimbaud une part de mystique accompagnait cette affirmation, l'idée que quelque part le poète n'était pas poète volontairement et qu'une force inconnue, une prédisposition mystérieuse en était l'origine. Personnellement, je ne pense pas vraiment ça, bien sûr la prédisposition existe, mais je pense, comme je l'ai dit, que c'est avant tout une question de sensibilité, de perception qui se cultive de façon intentionnelle. Mais là encore, il faut fournir un effort et un travail en ce sens, apprendre à écouter ses sens, développer une certaine acuité de perception et d'ouverture « gratuite » au monde, ce que Rimbaud, encore lui, nommait « le long et raisonné dérèglement de tous les sens » qui permettait au poète de se faire « voyant ». Là-dessus par contre, je suis assez proche de sa vision des choses. Je remplacerais juste le « dérèglement des sens » rimbaldien cher aux surréalistes par « développement » des sens, qui me semble bien plus sain et profitable et moins cause de souffrance excessive… Ensuite, je comprends ce que vous dites sur le fait que la poésie n'a pas d'histoire. Car son intemporalité n'a pas de limite, pas d'époque, et elle imprègne toute activité humaine depuis la nuit des temps. En ce sens je dirais même qu'elle ne se résume pas à des « fulgurances », comme vous le dites, car je pense que si elle s'exprime par intermittences quand le besoin « de dire » se fait trop pressant, pareille à l'éruption trop longtemps contenue du volcan, elle est bel et bien partie présente et constituante de la vie humaine dans la plus petite parcelle du quotidien. Alors peut-être que la poésie est trop puissante pour la laisser diriger nos vies sans risquer de se brûler les ailes, et peut-être que pour ces raisons, nous essayons de contenir son feu sacré dans le domaine de l'intelligible. Mais même quand le volcan paraît éteint, la lave sommeille dans ses entrailles, il en est de même pour la poésie, dans les profondeurs des êtres, à mon avis. Par rapport à votre remarque, effectivement j'aurais dû dire « dans l'histoire des poètes » et non de la poésie, mais je me suis permis un petit raccourci sémantique en pensant qu'il n'était pas prépondérant sur le sens et que le propos était ainsi plus impactant. Vous relevez ma comparaison sur « la poésie trop souvent encore se résume à un chant de sirènes » en m'affirmant qu'un chant de sirène n'a jamais été poétique. Je suis assez d'accord, mais c'est bien le propos : si je dis que la poésie trop souvent se résume… C'est bien pour exprimer que la poésie ne devrait pas être un chant de sirène, mais que parfois celle-ci se réduit à cela. Mais je pourrais aussi vous taquiner en disant que je ne sais pas si on peut affirmer aussi assurément qu'un chant de sirène ne contient pas de poésie et que, dans cette affirmation, je vous trouve assez « dur et injuste » envers les sirènes. J'imagine même que oui, de ce que j'en ai compris dans les effets sur les marins d'Ulysse et sur la réputation de celles-ci, puisqu'elles utilisent leurs chants pour ensorceler les hommes qui les écoutent, certainement grâce à des charmes basés sur le plaisir des sons, la scansion, l'intonation et la douceur de la mélopée. Du coup, vous voyez peut-être déjà où je veux en venir… D'ailleurs, j'avoue que je trouve que ma comparaison correspond au mieux à ce que je voulais exprimer sur ma critique. En effet je trouve que parfois la poésie pour certains se résume à une question de forme, de métrique, de scansion, de rythme et de rimes, en faisant passer à l'arrière-plan le fond et l'émotion. Ce travail ressemble alors pour moi davantage à un artifice mécanique, basé uniquement sur l'impact sensoriel d'un son et d'un rythme, et cette pratique se rapproche plus de celle d'un sorcier ou d'un chaman que de celle d'un poète. Je précise que je n'ai rien contre les chamans ou les sorciers, seulement ce n'est plus la même fonction et plus le même champ de compétence. Je précise aussi que je n'ai rien contre les formes classiques qui utilisent la prosodie. Je n'ai rien contre la métrique et la construction classique dans l'absolu et j'admire sur le site ou ailleurs les poètes ou poétesses qui arrivent à produire des poèmes où la rigueur prosodique n'exclut ou n'étouffe pas le fond et l'émotion mais les renforce au contraire. D'ailleurs cette forme si ancienne qu'elle mérite au moins le respect nous rappelle que du temps de la Grèce antique, l'aède déclamait ses vers et que la poésie était un langage parlé qui se basait sur la scansion et utilisait le mètre. Les magnifiques poèmes épiques d'Homère sont d'ailleurs la preuve qu'on peut allier poétique et philosophie, métrique, prosodie et émotions. Non, ce que je reproche en réalité à cette pratique de la poésie chez certains, c'est de résumer l'approche poétique à une simple forme et format. À un simple plaisir de maquettiste, avec toute la vanité et la vacuité que cela comporte. Ce qui m'irrite au plus haut point, c'est de lire parfois des textes qui se revendiquent « poèmes » tout simplement parce qu'ils s'inscrivent dans une prosodie impeccable, où le propos de fond devient complètement accessoire et où la réalisation est au final désespérément dépourvue d'émotion. Une forme sans fond ni émotion n'est qu'une coquille creuse. Je finis juste par une petite digression sur le sujet. Je lis parfois, même trop souvent, des commentateurs classiques qui parlent de « fumisterie », d'« esbroufe » ou qui suspectent certains auteurs de « se moquer du monde » devant des textes modernes qui leur échappent. Je dirais que pour moi, et pour rejoindre la puérilité avancée par papipoète, j'ai davantage cette impression quand je lis des textes complètement hermétiques à la réalité et à la souffrance du monde qui nous entoure, qui se retranche dans la description d'un cadre bucolique, idyllique, détaché de tout rapport au monde. Oui, cette approche pour moi est puérile, nombriliste, égoïste et même indécente. Mais c'est ma vision des choses et seulement. Il y a des gens qui arrivent à s'émerveiller de la beauté d'un papillon voletant, éclairé par les rayons du soleil, à proximité d'un charnier rempli de squelettes humains. Pas moi. Pourtant mon goût du macabre, de l'humour noir et de "l'esthétique des contrastes" devrait pouvoir me faire apprécier ce genre de chose… Voilà donc ce que je pouvais vous donner comme explications concernant vos critiques et votre sentiment d'aporie, qui restent toutefois tout à fait pertinents et très intéressants. Je conclurais en vous disant que vous avez raison de rappeler qu'un des buts de base de la poésie et de l'art, « la racine première de tout poème », c'est la communication avec celui qui « lira » et « l'amour inlassable pour le toi », bien que l'aspect cathartique ne soit pas non plus négligeable. Sinon vous avez aussi raison de rappeler, comme le rappelle Vincente, qu'il existe des poètes qui méritent le détour (sans développer les raisons car ma réponse est déjà assez longue, je ne suis pas fan de Chénier personnellement, que j'ai lu bien entendu, mais j'aime bien Lamartine…) et qu'il n'y a aucune raison de désespérer ! Désolé donc d'avoir, comme vous en aviez l'appréhension, « devisé » ainsi, mais votre commentaire avec son argumentaire riche et fourni ne pouvait pas me laisser indifférent. Et puis comme vous le dites, je pense que l'art est aussi important par sa capacité créatrice que par les réflexions qu'il suscite et nous avons la chance extraordinaire de pouvoir discuter en direct entre auteur et lecteur sur ce site, et je ne m'en prive pas ! Merci encore à vous et au plaisir de vous lire ! Voilà ! c'est tout ce que je pouvais dire. Désolé pour la longueur, mais je fais l'effort de répondre au mieux à ceux qui ont fait l'effort de rédiger et de laisser leurs impressions... Bonne fin de dimanche à tous et toutes !
Contribution du : Aujourd'hui 16:37:57
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Re : Fragment delta numéro 7 : explications et remerciements |
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Bonjour Lariviere et merci pour ces remerciements exceptionnels qui valent à eux seuls autant que votre poésie !
J’essaierai de prendre plus de temps pour apporter une réponse sur quelques points que vous évoquez (dans l’ensemble, pas seulement sur vos remerciements à mon égard). Pour Giono, je vous rejoins à 1000 % quand vous dites le classer parmi les poètes, il y a mérité sa place. Il suffit de lire « Regain » ou « L’homme qui plantait des arbres » (parmi tant d’autres livres) pour s’en apercevoir. Il y a quelques années, j’ai eu l’énorme chance d’être invité à une soirée dans une maison où Giono avait vécu, la ferme où il a écrit « Le hussard sur le toit » (la Margotte) du côté de Forcalquier… En attendant de revenir (je l’espère) sur vos remerciements, je vous laisse avec Baudelaire : « La poésie est ce qu’il y a de plus réel, c’est ce qui n’est complètement vrai que dans un autre monde. »
Contribution du : Aujourd'hui 18:06:21
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Re : Fragment delta numéro 7 : explications et remerciements |
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Je me joins à Polza pour vous remercier de ce long retour très argumenté et à nouveau passionnant !
Je précise juste très vite que j'entendais par "chant de sirènes" précisément ce que vous appelez "coquilles vides" :)) Et que j'ai aussi un penchant pour Caravage et Georges de la Tour :)) Bonne soirée
Contribution du : Aujourd'hui 18:23:09
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Re : Fragment delta numéro 7 : explications et remerciements |
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Je pense que Lariviere ne m’en voudra point si je conseille à EtienneNorvins la lecture de la bande dessinée « Le Caravage » de Milo Manara qui a également repris « Le nom de la rose » d’Umberto Eco en BD (en 2 tomes également). Il est un peu plus connu pour ses bandes dessinées érotiques, mais j’aime vraiment son coup de crayon…
Contribution du : Aujourd'hui 18:39:52
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Re : Fragment delta numéro 7 : explications et remerciements |
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Merci Polza ! Je vais trahir mon âge, mais j'ai découvert Manara avant le Déclic, dans l'Histoire de France en bandes dessinées Larousse, où il s'est amusé à glisser de ci de là quelques jolies silhouettes :))
Contribution du : Aujourd'hui 18:55:22
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