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Fragment delta numéro 11 : explications et remerciements. |
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Maître Onirien
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09/07/2007 19:16 De par le fait
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Bonjour à tous et toutes.
Je remercie le comité éditorial d'avoir accepté la publication de ce onzième fragment. Je remercie infiniment les lecteurs et en particulier les commentateurs : Myndie, Corto, Pussicat, Polza, Cyrill. Explications de la démarche labo : Les fragments delta sont une suite de textes dans le prolongement des fragments du crépuscule, voulant ponctuer la démarche, mais dans une vision plus radicale, plus pessimiste sur le fond, plus « désintéressée » sur la forme, car c'est avant tout de la poésie qui fait son introspection. Ils explorent dans une sorte de spirale sémantique la condition humaine et la fonction profonde de la poésie à l'aune de ce nouveau millénaire… Ainsi la forme se veut radicalement nouvelle, s'éloignant des canons de beauté de la poétique traditionnelle sur la forme pour dénoncer sur le fond ce qui n'apparait plus que comme une notion esthétique dépouillée de sa substance… Comme toute introspection du sacré et de la mystique humaine, Dieu est aussi interrogé. Pour cela, pour toutes ses « missions » (car les fragments delta ne sont pas une exploration gratuite, mais ont un objectif, faire réfléchir sur la condition humaine et sur la poétique), l'écriture automatique est parfois utilisée, les phrases ne cherchant pas forcément le beau, mais à démontrer cette errance de la pensée à une époque où tout a été dit et démontré… Ainsi le rythme est souvent arythmique, la syntaxe peut être malmenée, l'impact se trouve au-delà des images, peut-être bien dans la répétition constante d'un langage brut, synesthésique qui affirme pour interroger le sens de la vie au-delà de la poétique traditionnelle… Les fragments delta, ce sont des poésies qui s'émancipent de la poésie… Comme pour tout projet à suite, le sens des fragments delta ne se livre qu'une fois ceux-là reconstitués : ils suivent une progression et une logique d'expression qui se comprend avec les derniers fragments… Plus précisément, ce dernier opus consacré à Dieu et à la vision que nous en avons, tient presque sur la forme choisie d'un manifeste, comme le souligne Myndie. Il est voulu poétique et philosophique et il s'inscrit dans la lignée du nihilisme révolté et du pessimisme inhérent à ce travail fragmentaire sur le fond, et du surréalisme sur la forme, et aussi de l'aspect provocateur et irrévérencieux qui fait écho au mouvement dadaïste. C'est en résumé un poème qui se veut être une charge lucide, assez violente contre les illusions métaphysiques que l'être humain s'invente pour masquer et s'affranchir benoîtement de sa propre noirceur, de ses défauts et de ses contradictions (souligné ici par Cyrill). Salut Myndie, Je te remercie encore pour ta lecture et ton commentaire. Merci, encore une fois aussi, d'avoir saisi « à la lettre » l'essence de ce dernier opus en date, sur fond et forme. Une poétique de la désacralisation, c'est tout à fait ça. Oui, toujours aussi sombre et radical, mais je te remercie de le trouver lucide. Il me semble que c'est le cas. Mais vu certains commentaires, je me demandais si j'étais lucide moi-même sur cette lucidité ! … Pourtant, je ne pense pas inventer ou falsifier les faits au profit d'un pessimisme exagéré. Bien sûr, comme déjà expliqué, je pourrais opposer au comportement humain et à leur aspect négatif par bien d'exemples de choses plus positives, mais ce n'est pas le but ici. Oui pour le côté provocateur, d'où les références et le clin d'œil à Dada. Et oui, tu as bien perçu cette référence en filiation dans ce côté « provocateur sacrilège » et dans le choc verbal, mais aussi la violence intrinsèque de certaines images sur la forme. Le ton du propos et la démonstration assez ravageuse et radicale participent aussi à ce rapport au dadaïsme, sans toutefois être dans une imitation ou une adhésion entière à ce courant. Les manifestes de Tzara sont très intéressants, parfois jubilatoires. Ici, il est plus question de référence à l'essence spirituelle et poétique du mouvement. Tu as noté certains paragraphes au propos très clair et sans équivoque. C'est exact. J'ai voulu ici appuyer la démonstration par un propos assez limpide sur le développement philosophique qui induit ma conclusion, même si j'ai conscience que cette philosophie n'est pas très poussée dans son expression et que, malgré cela, elle prend le risque d'affaiblir la qualité du poème en termes de poétique pure. J'ai essayé de concilier les deux aspects par un certain mélange et dosage. Ce mélange est aussi une des raisons d'être de ce travail sur les fragments delta. Je te remercie pour « les formulations saisissantes et leur contraste efficace ». C'est ce que j'ai essayé de produire en effet. Enfin, merci beaucoup pour la fin de ton commentaire, que je trouve un très bon résumé du final du fragment. Tu as apprécié, comme Polza et Cyrill, la tonalité poétique de ce final, qui donne aussi un peu d'espoir… Merci d'avoir exprimé ce côté positif. Au plaisir de te lire. Bonjour Corto, Comme la vierge, je vous remercie pour votre apparition subite, votre lecture et votre commentaire. Apparemment, le sujet de Dieu suscite ici chez certains, certaines, des réactions assez "irrationnelles"… ;) Vous trouvez que ce texte exprime des évidences. Soit. Personnellement, je ne pense pas. La « thèse » développée est de l'ordre de la conviction, dites-vous, en lui enlevant ainsi son caractère « réaliste », le discréditant en quelque sorte, et en balayant le côté cartésien du propos qui est ici démontré par des faits factuels. Des faits donc, sur nos comportements et croyances, des faits bien observables et assez objectifs, contrairement à ce que vous laissez entendre ou que vous ne voyez tout simplement pas. Vous voulez donc réduire la portée analytique de ma charge anticléricale basée sur des faits à une simple conviction, à une croyance finalement. C'est typique des défenseurs de la foi de renvoyer dos à dos des choses aussi différentes sur le plan de la raison que la conviction religieuse avec la pensée matérialiste qui s'y oppose. Oui, c'est la façon de procéder des religieux pour minimiser voire nier la pertinence de la critique de Dieu, pour la réduire à une conviction sans fondement, à hauteur égale de leurs croyances. En somme, tout se vaut. Chacun son opinion… Ensuite, merci de faire apparaître (encore une apparition !). Raymond Devos. Mais j'avoue que je ne comprends pas vraiment votre démonstration, en dehors de l'aspect sarcastique. Je ne vois pas en quoi l'existence du diable validerait automatiquement l'existence de Dieu. Je ne saisis pas ce raisonnement. À moins que celui-ci exprime, comme souvent dans les religions d'ailleurs, que la structuration du monde correspond à une dualité, un antagonisme entre deux forces opposées dans une association binaire. Dieu/diable. Bien/mal. Chaud/froid. Jour/nuit. Ying et Yang, etc. Je ne partage pas cette vision manichéenne des éléments constitutifs de la vie qui est beaucoup plus complexe, ramifiée, entremêlée. Ainsi le diable peut exister, du moins métaphoriquement, sans que cela induise l'existence de Dieu pour autant. D'ailleurs, votre remarque est bien terre-à-terre, comme si vous aviez compris mon propos au sujet du diable au premier degré. Car il est évident que le texte redéfinit complètement ces deux termes. Ici, "Dieu" et "le Diable" ne sont pas des entités métaphysiques réelles. Ce sont des concepts psychologiques humains. Ce que je développe comme idée, ce n'est pas l'existence du diable au sens premier, je veux exprimer ainsi que l'homme a créé une idole qui condense sa propre cruauté. Le "diable" ici, c'est simplement l'Homme déguisé en divinité absolue. En dehors de la boutade facile, la référence à Devos (très spirituel par ailleurs) tombe à côté selon moi, car bien évidemment, je ne crois personnellement ni au dieu ni au diable dans leur sens religieux. Sinon, vous dites que ce poème n'est « ni une démonstration, ni une évidence, ni une construction intellectuelle ». Je trouve que votre impression négative est exagérée, surtout sur la construction intellectuelle. Je pense qu'il y a un contresens de taille sur mes intentions. Déjà, le texte se place sous le signe de Dada et Dada refuse la logique, le débat structuré et la construction intellectuelle. Ensuite, ce texte est un poème, il ne faut pas l'oublier. Ce n'est pas une thèse philosophique, ni un travail universitaire. Ainsi, il ne veut pas démontrer, il veut provoquer, secouer et faire ressentir. Ce n'est pas une thèse de doctorat. Sa force ne réside pas dans sa logique, mais dans l'impact de ses images. Il ne parle pas principalement aux méninges, bien qu'il se structure néanmoins sur des idées, mais il veut avant tout parler aux viscères. D'ailleurs, je ne pense pas que mes arguments soient aussi peu construits que ça. Pour la « théologie », effectivement, ils ne sont pas construits. De discours théologique, il n'y en a aucun. Ce texte est antithéologique. Ce n'est pas pour autant que je ne connais pas le sujet théologique, ni la Bible, ni les saintes Écritures (Torah et Coran y compris). Et l'interrogation sur Dieu m'habite depuis assez longtemps pour me permettre aujourd'hui d'avoir une « conviction » assez claire sur le sujet. Seulement, l'approche ici est avant tout poétique. Elle mélange poésie et philosophie, c'est le but de ces fragments (si vous en avez lu d'autres…) qui traitent des comportements humains. C'est peut-être alors sujet à maladresses et à des problèmes de dosage, mais je ne pense pas que ce soit pour autant ni vide intellectuellement, ni insuffisamment abouti sur le plan de la poétique. Enfin, je ne sais pas si c'est imprudent de traiter le thème de Dieu et si ainsi je m'attire les foudres divines. Périlleux peut être, vu le sujet et le nombre de personnes qui croient encore en Dieu dans leur besoin de réponse surnaturelle à leurs nombreuses questions que la science ne permet visiblement pas encore d’apporter. Mais la croyance n'a rien de rationnel, elle parle à autre chose, une autre chose essentielle à l'existence humaine… Ainsi l'influence des religions, des églises et des cultes de toutes sortes ont encore de beaux jours devant eux… Pour terminer complètement, je ne vois pas la catégorie laboniris, comme un lieu fait pour s'exercer. Proposer de l'expérimental, oui, mais ce n'est pas tout à fait la même chose. En ce sens, ce texte n'est ni un exercice, ni une tentative manquant de sérieux, ni encore moins un brouillon. Il est pensé, réfléchi et finalement ressemble assez bien à ce que je voulais produire. Merci pour votre souhait de courage pour la suite. J'en ai suffisamment. Au plaisir de vous lire. Bonjour Pussicat, D'abord merci d'avoir pris le temps de la lecture et d'avoir rédigé un commentaire argumenté, incisif et du coup assez intéressant. Je suis désolé de vous décevoir avec ce onzième fragment. J'en déduis néanmoins que vous avez pu être quelquefois plus enthousiaste à la lecture de précédents. Je n'ai pas trouvé la trace de votre passage pour la signaler pour autant… Mais je n'ai peut-être pas été assez attentif… Pas assez dada donc, pas assez poétique malgré un bon départ, pas assez élégant, pas assez original, trop convenu, à la limite de la discussion du café de comptoir, je vous entends… Sur les intentions générales pour commencer à vous répondre, j'ai voulu concilier ici la percussion et le ton dadaïste, la poésie et l'approche réflexive, plus prosaïque. À vous écouter, je n'ai réussi sur aucun de ces plans. Soit. Je suis bien conscient que ce texte est perfectible, notamment sur les dosages de tous ces éléments, mais votre critique me paraît contenir de grandes exigences sur mon travail. D'abord sur la tromperie sur dada. Vous dites que vous ne trouvez pas signe de lui et que je tente de donner une définition. Vous avez raison sur ce point : dada est assez anarchique et déteste la logique et la construction de la raison. Effectivement, ce poème se met à « théoriser au milieu », c'est son principal défaut, je le conçois bien volontiers. Mais ne pas percevoir de trace de dada ici, c'est occulter toutes les images choisies, leur violence et leur radicalité sur la forme et sur le ton. Comme Dada, ce texte est aussi un cri poussé pour déconstruire, pour exprimer un dégoût de la sacralisation et de la mystification. Associer, comme c'est le cas dans ce texte, le divin à des éructations, à un chancre mou et à de la pourriture est une démarche profondément dada : c'est profaner l'idole par le blasphème et le trivial. Ensuite, que vous ayez l'impression de lire ici des banalités, je trouve ça un peu fort. C'est entendu, je ne suis pas Marc-Aurèle, encore moins Nietzsche, et je n'ai pas eu la prétention de fournir non plus une thèse philosophique avec sa rigueur et sa méthodologie, mais j'ai la faiblesse de croire que dans mon approche et ma « démonstration », il y a un aspect philosophique, réflexif assez profond, même si son expression est fragile, peu fouillée et encore, je pense que c'est là aussi le choix de la forme. Certes le sujet est vaste et ardu, mais je n'ai eu à aucun moment la sensation, comme vous le supposez à deux reprises, d'avoir été « mangé ou digéré » par le thème et son traitement. Encore moins d'avoir été dépassé par la tâche. J'ai mené ma thématique et son axe de traitement comme je l'entendais et comme je voulais le faire, en explorant de façon assez complète selon moi le phénomène, en y insérant mes arguments et mes images et en finissant ce fragment, j'ai été plutôt satisfait sur l'ensemble et malgré quelques défauts évidents, je le suis toujours aujourd'hui en le relisant. Je parle quand même sur le fond, du besoin de l'homme de mystifier, de recourir au sacré, de vouloir transcender paradoxalement ses rêves de grandeur en oubliant ses faiblesses, ses vices et ses mauvais travers. Je l'explique par sa nature profonde, par son ambivalence, par sa violence inhérente, par ce besoin irrépressible de spirituel dans une nature qui ne lui accorde que rejet premier et hostilité. Alors, après coup, je me suis rendu compte que j’ai oublié ici de donner une autre raison de taille, très importante, à laquelle j’adhère complètement, que m’a rappelée cette phrase d’Umberto Eco : « L'humanité ne supporte pas la pensée que l'homme est né par hasard, par erreur, seulement parce que quatre atomes insensés se sont tamponnés sur l'autoroute mouillée. Et alors, il faut trouver un complot cosmique, Dieu, les anges ou les diables. » Je développerai ce point plus précisément dans ma réponse à Polza. Cela renvoie aussi immanquablement à la notion du "dieu créateur" dont vous faites allusion et à laquelle je vous répondrai plus loin. Pour en revenir à mes intentions, devant toutes ces constatations métaphysiques et devant les faits factuels qui démontrent notre rapport agressif au monde, j'accrédite l'hypothèse qui n'est certes pas originale que c'est l'homme qui a créé Dieu et non l'inverse et que ce dieu ressemble plus au diable qu'à Dieu. D'ailleurs cette conclusion et l'articulation de cette « hypothèse » qui est bien sûr métaphysique, métaphorique et non à prendre au premier degré, il me semble qu'il y a tout de même quelque chose de singulier qui est exprimé. Je trouve donc excessif de qualifier ce texte de discours convenu, de discussion entre amis. Alors oui, j'enfonce peut-être des portes à moitié ouvertes (à moitié seulement) et j'ai bien conscience qu'il n'y a rien de révolutionnaire dans le propos et qu'effectivement ce propos fait consensus et encore, seulement chez certains. Je suis donc d'accord pour dire qu'il n'y a rien de très inédit et si vous avez ainsi raison sur le plan des idées, je trouve là encore votre critique d'une exigence exagérée. Car heureusement, la poésie n'a pas toujours pour but d'inventer des concepts philosophiques inédits. Son rôle est de donner chair et émotions à des idées à travers une sensibilité et des images propres. Si Nietzsche a théorisé la mort de Dieu, ici sur la même lignée de postulat que je prolonge, je tente d'en faire une expérience viscérale et charnelle, qui ne se présente pas dans le registre froid et chirurgical de l'approche philosophique. Ensuite, je vous remercie pour la « leçon » d'optimisme et pour votre petit laïus très sartrien. Pour le coup, je souris, car je trouve que votre remarque est d'une très grande banalité consensuelle, en plus d'être complètement mensongère d'après moi, mais là effectivement c'est ma propre perception des choses. L'homme qui est maître de sa destinée personnelle, c’est vendeur et séduisant, mais personnellement, je n'y crois absolument plus. Certes c'est la vision convenue, dominante, présentée et glorifiée par l'opinion générale, encouragée sur ce point par les « agissants » de notre société occidentale. C'est la vision angélique de W. Disney et de ses fables. C'est la vision véhiculée par les publicitaires, par Nike et son fameux « Just do it »… C'est une propagande en réalité, une mystification (encore une…) pour faire croire à la masse qu'elle possède un libre arbitre et que les individus la constituant peuvent dormir sereins, fiers, épanouis et tranquilles… Vous dites qu'il ne tient qu'à nous de choisir notre vie. Les lâchetés et les commodités sont les concessions qui nous empêchent de vivre notre vie propre. Je suis complètement d'accord avec vous. Mais je trouve que ces remarques sont là encore des banalités, peu fouillées et caricaturales. En réalité, tout n'est pas si simple, en tout cas pour briser les chaînes mentales de cette « servitude volontaire ». Tout est fait dans notre système social pour nous mettre des obstacles et des ornières, pour nous amener à ce que nos existences prennent des chemins tout tracés et que nous choisissions logiquement la facilité des routes toutes faites à des sentiers plus personnels, plus authentiques, mais plus difficiles à arpenter. Alors oui, radicalement, on peut « tout abandonner » pour pouvoir vivre sa vie. Mais vous rendez-vous compte de ce que cela signifie, de ce que vous demandez ainsi aux "hommes normaux" ? Là encore vous avez une grande exigence vis-à-vis de ces derniers, tout autant que de mon texte… ;) S'il faut tout abandonner pour pouvoir vivre sa vie, votre raisonnement optimiste finalement ne tient pas. Cela prouve même le contraire : la difficulté extrême à suivre son propre chemin pour atteindre un bonheur personnel. Pour tout abandonner enfin, il faut une grande force mentale, une grande force morale, une détermination à toute épreuve qui demande des efforts considérables, au niveau matériel et spirituel. Rien de tout cela n'est accessible aux communs des mortels. Quant à tout abandonner au final, je ne pense pas que la récompense en vaille la peine. Tout abandonner est une épreuve brutale, qui à mon avis laisse de terribles stigmates. C'est tout aussi pernicieux que salutaire. Alors, certes cette façon positiviste d'appréhender notre façon de mener notre vie pleinement existe, mais dans les faits, elle fait malheureusement exception. D'ailleurs je pense que vous n'avez pas saisi pleinement que mon analyse n'exprime ni ma vision ni mon souhait, ni encore mon existence propre, mais qu'elle était l'expression d'un constat plus général sur le fonctionnement social et son conditionnement qui empêche justement, si l'on regarde crûment celui-ci, de mettre en application votre vision théorique sur la question. Finalement, ce que je retiens, c'est un choc entre deux visions : le nihilisme radical de ma conception des rapports sociaux, qui est une posture assumée, par dépit, que j’estime assez lucide et effectivement désabusée face à ce que je crois percevoir tous les jours, qui se retrouve face à votre vision volontariste et positiviste, peut-être un peu héroïque d'un surhomme qui pour moi n'existe pas dans les faits. Mais je respecte, voire je vous encourage à garder cet optimisme… Sachez tout de même que personnellement, je fais partie de l'exception. Je vis ma vie comme je le souhaite, épanoui, en faisant mes propres choix, en prenant mes propres décisions… Mais c'est peut-être là aussi une illusion, car c'est bien la force de la matrice que de laisser croire que nos choix sont des choix personnels. Tout est peut-être faussé là encore à la source, par les mirages de nos moi agissants et par un conditionnement profond qui nous trompe même jusque dans l'intimité profonde de nos aspirations… J'espère, pour terminer sur ce point, que l'avenir vous donnera raison et que l'exception du libre arbitre deviendra la règle. En toute honnêteté, je ne pense pas que nous en prenions le chemin… Ensuite, vous dites que dans mon opposition dieu et nature, je n'ai pas envisagé et que j'exclus l'hypothèse d'un dieu créateur. Vous avez entièrement raison, je l'exclus complètement. Mais je suis prêt à reconnaître mon erreur, si un jour on me prouve que j'ai tort. Je l'exclus complètement d'abord parce que ce n'est pas une hypothèse. Parler « d'hypothèse » est un terme et le choix d'un registre qui ne fait pas sens ici. L'hypothèse est du registre des sciences. C'est une proposition de réponse à un phénomène basée sur une analyse objective de faits observés et vérifiables, reproductibles. Parler ainsi d'une hypothèse d'un dieu créateur, qui n'est basée sur rien, sur aucun élément, sur aucun fait vérifiable, aucun postulat crédible et qui n'est juste qu'une suggestion, une vision (espérée ?) de l'imaginaire, est assez fallacieux, voire même humoristique. Mais l'argument du dieu créateur ne me surprend pas. Il est toujours là comme réponse imparable car sans aucune accroche rationnelle des croyants pour clore le débat. La science montre la complexité du monde et de l'univers ? C'est la création de Dieu. La science démonte les mythes de la genèse, de la création du monde en sept jours, de la datation de la planète (quelques cinquante milliers années dans les « livres » sacrés), la platitude de la Terre, et je passe d'autres absurdités puériles, ce n'est pas grave… Les croyants s'arc-boutent et ne reculent pas. Avec un culot époustouflant qui ne s'explique que par le déni, ils surenchérissent : c'est Dieu qui veut tout ça ! Dieu, dieu, dieu… C'est la réponse ultime et creuse à tous arguments rationnels. Que répondre rationnellement à cela ? En réalité rien. On ne peut pas pourfendre le vide. À ce stade, si on a eu peu de raisons, on comprend vite la supercherie intellectuelle et on se méfie alors comme de la peste, non pas de Dieu, qui n'existe pas, pas au sens de ce qu'entendent les croyants en tout cas, non, on se méfie des hommes qui parlent pour lui, comme on fait parler une marionnette, on se méfie des charlatans, des escrocs, des mystificateurs, des vendeurs d'aspirateurs pour âmes errantes… Alors oui, effectivement j'exclus radicalement l'idée d'un dieu créateur, qui n'est pas une hypothèse, mais une croyance, qui, comme toute croyance, se passe de fondement rationnel, de preuve tangible, sans le moindre début de possibilité « évidente ». Le dieu créateur du complexe, qui bizarrement ne se retrouve pas exprimé dans les textes des origines, c'est l'idée exubérante, pratique, le pare-feu des gens de foi devant le scepticisme des gens qui essayent de comprendre le monde et la création de l'univers avec des faits concrets, vérifiables, et qui, ce faisant, font pourtant reculer la théorie de l'existence d'un dieu, en tous cas encore une fois, l’existence de Dieu dans l’esprit des croyants… Mais la foi, comme la mauvaise foi ou l'infini, n'a pas de limite (encore que pour l'infini, Einstein avait un doute… et les croyances échappent à la lumière de la raison et des sciences. Elles se veulent toujours au-dessus. Moins c’est visible, plus il faut y croire. C’est le raisonnement des croyants. Alors oui, incontestablement, le monde est bien le royaume des taupes. Pour finir sur une note d'humour et pour répondre à l'absurde par l'absurde, je pense personnellement que le créateur de toute chose et de l'univers est un gorgonculateur, ou à la rigueur une toupie géante. C'est pratique, j'affirme et je n'ai aucunement besoin de le prouver. C'est mon intime conviction. Mon intuition profonde. D'ailleurs pour le gorgongulateur, je sais qu'il existe. Je l'ai vu dans un épisode de Papa Schultz… Pour terminer, après avoir vu le fond, quelques mots sur la forme. Vous parlez « de platitudes maussades », de « discours convenu et sans élégance ». J'avoue que je trouve ces sentiments de lecture assez durs. Enfin ce sont vos goûts et vos impressions et je les respecte. J'ai déjà exprimé ce que je pouvais dire sur vos critiques concernant le fond. Qui fait consensus parfois, peut-être. Pour autant « convenu », je ne crois pas. Mais soit. Ensuite sur le maussade et le manque d'élégance, je dirais juste qu'il y a dans ce texte qui se veut poème sur la condition humaine et non un essai sur la non-existence de Dieu, des sonorités et un rythme travaillés, des images assez « expressives » et percutantes, il me semble. Ainsi votre retour sur ce point est assez curieux et reste un peu énigmatique pour moi. En lisant votre commentaire, je m'interroge donc. Je ne sais pas si c'est mon écriture qui manque réellement de profondeur et reste en surface sur le fond et la forme ou si c'est simplement votre perception bien subjective de votre lecture. En revanche, je précise quand même que votre évaluation ne me dérange absolument pas. Ce qui me chagrine, ce ne sont pas les critiques ou les impressions de lecture négative parfois, tout ça reste constructif, parfois stimulant et toujours enrichissant. En revanche, ne pas saisir pleinement le fond des critiques est plus embarrassant. Et comme j'ai une intelligence limitée (c'est certainement la faute à Dieu !) et paradoxalement un désir de comprendre, je suis un peu frustré. Aussi, si vous en avez le temps, l'occasion et l'envie, vous pouvez peut-être m'expliquer davantage vos impressions si négatives. Mais à ce propos vous avez fait l'effort de citer des passages pour appuyer vos arguments, et je vous en remercie. Au plaisir de vous lire ! Bonjour Polza, Merci infiniment pour ce long et très intéressant commentaire. Ne vous excusez pas de ne pas m'avoir commenté en EL. Vu votre investissement dans la rédaction de vos commentaires, vous ne pouvez pas être au four et au moulin, comme disait Himmler d'après P. Desproges… Après cette note d'humour assez noire, revenons-en au fragment, qui ne l'est pas moins. D'abord, je vous remercie pour l'image du colibri et du conte qui s'y rapporte. J'aime assez votre comparaison. Je participe, sans me soucier ni de l'aspect dérisoire de la tâche, ni des réactions ou des non-réactions qu'elle suscite, à livrer ma conception du monde et de l'humanité afin d'en exposer les travers négatifs, dans l'espoir en filigrane qu'un jour on puisse rectifier le tir. Vous citez Pierre Rhabi. Je connais bien sûr et j'ai assisté à deux de ces conférences étant adolescent. J'adhérais sans réserve à la vision du monde, à son souhait de retrouver quelque chose de plus authentique et de plus fraternel. J'ai ensuite déchanté quand je me suis penché d'un peu plus près sur le personnage, certaines de ses positions « rétrogrades », son rapport réel à l'argent et la gestion de ses fermes expérimentales. Vous voyez peut-être de quoi je veux parler… Maintenant, parlons davantage de vos impressions sur le fragment. Oui, vous présupposez bien en ayant l'intuition que le rapport au dadaïsme donne une clef de lecture à l'ensemble de ce travail et apporte de facto une meilleure compréhension de celui-ci. C'est effectivement une réalité. Si je ne suis pas un héritier direct du mouvement, il m'a légué le goût de la provocation, l'idée du choix de la radicalité et de l'incongruité poétique, l'anticonformisme. Je suis donc quelque part très inspiré par son concept artistique et me reconnais pleinement dans une filiation évidente. Bravo pour votre sagacité. Je suis ravi que ce « cagibi de ciel » vous ait fait sourire. En effet, l'image est surprenante et à contre-courant des premières impressions sur le sujet, mais finalement vu l'infini de l'univers tel qu'on le connait aujourd'hui, non pas grâce aux théologiens et aux saintes écritures, mais aux scientifiques et à leurs observations, on peut relativiser l'immensité de notre ciel à nous imaginé, qui est pour le coup à peine plus grand qu'un champ de navets ou de pommes de terre… Mais ça nous renseigne quelque part sur la notion d'infini relatif. J'imagine que pour une blatte, la lucarne d'un WC doit déjà représenter un espace infini de ciel baigné de lumière divine… Ensuite, vous avez très bien compris l'image « du royaume des taupes » et l'adage auquel il se rapporte. J'ai choisi cette image car elle est assez parlante d'après moi de notre fonctionnement. Il suffit que quelques charlatans, parfois malins, parfois borgnes, fassent miroiter une vérité bien perfectible et un paradis bien imparfait à une foule de gens sans grande réflexion de prime abord, pour que ceux-ci soient subjugués par la démonstration. Les clous de la passion, même si l'image vous fait penser à Franky Vincent (vous êtes pas un peu libidineux ????… ;)) est bien une allusion à Jésus sur sa croix (clous de la croix et passion du Christ). Les fruits défendus sont bien ceux d'Ève et d'Adam. Ces deux notions sont là pour faire un résumé rapide de deux éléments « fondateurs » de la chrétienté, qui selon moi comporte déjà toute l'ambiguïté du phénomène religieux. Merci de me rappeler « Micromégas » de Voltaire. Je suis sûr de l'avoir lu, mais si vous ne l'aviez pas cité, je ne m'en serais pas rappelé. Je me rappelle de mes lectures de Voltaire seulement de Candide. Voltaire, il est vrai, n'est pas mon auteur de prédilection, surtout quand on connait sa vision bourgeoise, oligarchique, d'une société bien organisée, mais il a posé, à une époque où il fallait avoir un certain courage pour le faire, quelques bases progressistes indéniables et participé ainsi à l'édifice pour lutter contre l'obscurantisme (qui revient en force aujourd'hui au passage : terre plate, complot de Big Pharma, mythe de la création…). L'échafaudage fabuleux était une image pour résumer la construction intellectuelle des religions et de Dieu. Merci pour les suggestions sur le film d'Adrian Lyne que je ne connais pas. Pour ma théorie selon laquelle l'homme est son propre Dieu, peut-être même le seul qui existe réellement, et qu'il a ainsi imaginé un Dieu créé de toutes pièces, curieusement avec beaucoup de similitudes avec lui-même (par égocentrisme ou manque d'imagination…), je suis bien conscient que cette théorie n'a rien d'original et qu'elle est même une hypothèse très crédible pour beaucoup de personnes qui se sont un tant soit peu posé la question du divin. Apparemment ce manque d'originalité me vaut même des critiques sur l'aspect plat et convenu pour certains commentateurs. Pourtant, il me semble reprendre cette théorie qui, à mon sens, fait consensus pour beaucoup, en articulant le propos et les images dans quelque chose d'un peu nouveau. Sans être dans de l'inédit, je pense que je fais un condensé assez solide, tout en poussant un peu le raisonnement. Le seul Dieu, c'est le Diable et il a figure humaine, ne me semble en ce sens ni plat, ni convenu, ni complètement extravagant. À ce propos, vous avez très bien saisi dans toute sa profondeur (!) le raisonnement. Ensuite oui, ce raisonnement nous mène encore une fois à nous exaspérer devant les schémas répétitifs et sans évolutions notables des comportements humains. Peut-être là encore devons-nous regarder avec la notion d'infini relatif et revoir notre rapport au temps, sur une échelle plus géologique… Dans des milliards d'années, si nous n'avons pas disparu de la surface, notamment par notre propre bêtise, nous serons peut-être des êtres de lumière, bons et doux et paisibles, et nous aurons ainsi acquis le statut d'immenses dieux au lieu de petits diables… Merci d'avoir trouvé saisissante l'image cosmétique (cosmos, Dieu, cosmétique ?). Je vois très bien votre quidam à la parfumerie pour ce produit qu'on voit à la télé. Vous m'avez fait marrer. Peut-être lui répondra-t-on alors que le parfum Dieu (de chez Dior) est en rupture de stock ? ....;) Ah, Nietzsche ! Je ne pouvais pas parler de Dieu sans y faire référence. Son Dieu est mort, est d'une violence et d'un impact terribles, je trouve. Et « Ainsi parlait Zarathoustra » est saisissant, à bien des niveaux. Il n'y a que Pascal (pas le grand frère, le philosophe) pour moi qui arrive à un tel degré d'intensité métaphysique… Je suis bien d'accord avec vous sur ses concepts et son idée (idéal ?) de nouveaux dieux, ce qui lui a valu, en plus de la radicalité du discours, une tentative de récupération plus tard, chez les nazis. Vous avez parfaitement compris la notion « d'êtres normaux ». Bravo, car là, rien n'était clairement exprimé, ça restait assez vaporeux ! Merci de me rappeler que si incontestablement (et pourtant !) la terre est ronde, Platon existe. Honte à moi, mais je crois que je n'ai jamais rien lu de lui… Enfin, je vous remercie pour le résumé (pourtant digressif !) du passage final. Je suis très content que, comme Myndie et Cyrill, vous ayez perçu et apprécié la touche d'espoir. Je rebondis sur cette appellation. Décidément, vous touchez dans le mille avec vos références au rap. Comment savez-vous que précédemment « Passi » et là « Assassin » sont mes groupes de rap favoris ? ... Je trouve d'ailleurs la chanson « touche d'espoir » particulièrement réussie et émouvante, ce qui est une performance dans le rap. Et je suis d'accord avec vous, l'album dans l'ensemble est excellentissime. Dans mes singles préférés en plus de « touche d'espoir », il y a « underground connexion », « Esclave 2000 » et « classik ». Je m'aperçois d'ailleurs que vous êtes aussi exhaustif (et beaucoup plus cultivé !) que moi dans vos goûts musicaux et que nous en avons beaucoup en commun. Merci infiniment d'avoir trouvé le passage « du ciel et des grains de sable » sublime. Ça me touche ! Enfin, oui, ce fragment joue et appuie sur les non-sens et l'absurde, d'où aussi les références à Dada, merci de l'avoir identifié. D'ailleurs, comme je le disais dans ma réponse à Pussicat, j'ai oublié ici de présenter une raison supplémentaire pourtant importante de la création de Dieu par l'homme. Son besoin de sens, d'explication, parfois puéril, mais explications quand même, très bien expliqué dans la phrase d'Umberto Eco. Car l'homme se pose beaucoup de questions et déteste les questions sans réponse, comme si cet écho du silence lui renvoyait la propre absurdité et le propre silence de sa présence et ravivait son angoisse de la mort, de l’oubli, de la disparition par extension… D'où aussi son besoin de transcender, de créer de l'éternel, de construire du solide, de bâtir des monuments titanesques, des choses qui résistent au temps et qui passent à la postérité, des choses qui ne soient pas comme nos corps et nos os périssables, notre poussière qui redeviendra poussière… Voilà ce que je pouvais vous répondre suite à votre commentaire, qui a eu le plaisir extrême de prolonger ma réflexion. Au plaisir de vous lire ! PS : j'ai vu votre rectificatif pour Magritte. Ne vous inquiétez pas pour ce détail d'étiquette. La pipe qui n'en est pas une est assez dadaïste, il me semble. Elle est dans le pur esprit du plus grand dada « Marcel Duchamp », le dynamiteur d'art qui nous interroge un peu brutalement sur notre rapport à celui-ci et plus largement sur notre perception du réel. Salut Cyrill ! C'est encore avec un grand plaisir que je te lis ici. Merci pour ta lecture attentive et ton commentaire. Ton analyse de ce fragment est assez subtile, percutante et toujours stimulante. Je te remercie grandement de constater que la teneur du texte ne tient pas uniquement à sa thèse qu'à sa matière plastique. C'est un constat important pour la poétique et pour ma conception de celle-ci et donc de ce travail fragmentaire. Ce télescopage du biologique, du grotesque et du cosmique, c'est précisément l'essence des intentions là encore. Aussi, je te suis reconnaissant de souligner le travail sur « les images, les collisions lexicales, les rythmes et les paradoxes », ainsi que « l’imaginaire métaphorique fort ». « Le « cagibi » désacralise le ciel, l’infini devient un espace exigu, presque domestique. Même chose pour : « Le monde est le royaume des taupes ». Une phrase brève, presque un aphorisme. Elle inverse la perspective attendue. Les lions symbolisent la puissance, mais ce sont les taupes, aveugles et souterraines, qui règnent réellement. On peut y voir l’humanité, avec son aveuglement mais aussi son travail souterrain, son enfermement dans la matière. » Ici je te cite, car c'est exactement ça. D'abord, comme je disais à Polza, le cagibi du ciel résume bien dans un ton provocant dadaïste ce qu'est véritablement notre ciel : comme tu dis, un espace finalement exigu (en comparaison avec l'infini véritable) imaginé tant bien que mal et c'est très important, un espace « domestique » comme tu dis. Je tiens d'ailleurs à te signaler que cette appellation correspond très bien à l'idée. Merci d'avoir aimé mon phrasé nominal fragmentaire et mes phrases sans verbes, notamment les assonances de mélasse de ciel et de fiel et les foudres et foutres qui suivent. En plus de l'antithèse sémantique, le procédé tient effectivement de « la collision lexicale et sonore », de percussions visuelles et rythmiques, qui là encore trouve son origine dans l'écriture automatique surréaliste et les prédications dadaïstes, comme tu le fais si bien remarquer, « où le langage est malaxé pour faire apparaître des associations inattendues », où le langage donc est pensé comme une espèce de pâte physique ou de levure, malaxée jusqu'à la rupture du sens commun pour en faire ressortir un sens plus singulier, tout aussi, voire encore plus expressif. « Le texte possède une esthétique très reconnaissable, il fait descendre le sublime dans la boue puis fait remonter la boue vers le cosmique. On passe ainsi de : « vaste champ étoilé de nos consciences » à : « un produit de parfumerie utilisé par l'esprit pour masquer la puanteur d'un corps manquant d'hygiène ». Oui, c'est tout à fait ça. Je suis heureux que tu aies remarqué cette particularité dans l'expression et le travail poétique. EtienneNorvins une fois parlé d'« esthétisme des contraires ». C'est l'idée du clair-obscur poussé à l'extrême. Ainsi j'accouple souvent ensemble le sublime et le sordide, le sacré et le viscéral. Et ici précisément dans cette volonté de désacralisation du divin, j'utilise un vocabulaire de la maladie et de la décomposition en opposition avec la sémantique de la candeur religieuse. Mais c'est un procédé que l'on retrouve dans d'autres fragments et faisant partie de mon style d'expression. Une « poétique de la souillure », dis-tu, oui, c'est assez parlant effectivement… Dada et plus loin Baudelaire et consort ont ouvert cette voie… ;) « Mes seules petites réserves… Et encore, c’est juste parce que ça me fait sortir de ma zone de confort : tu expliques parfois ce que les images avaient déjà très bien dit. C’est particulièrement sensible dans cette partie argumentative : « Si nous prenons en compte les quantités objectives de faits observables, nous sommes obligés d'admettre qu’il n'y a qu'un seul Dieu sur terre et dans les cieux et que celui-ci se nomme l'Homme. » Puis viennent plusieurs paragraphes qui développent cette idée. Intellectuellement, c'est OK. Poétiquement, le texte devient momentanément un essai philosophique en prose, alors qu’il était auparavant un poème. » Je t'entends parfaitement sur ce point et je suis d'accord avec toi. C'est pour moi, LE maillon faible du texte. Réussir à allier poésie et philosophie, dans l'intention aussi de livrer un propos assez clair, réflexif, tout en gardant l'idée de l'impact poétique. Je ne suis pas pleinement satisfait du résultat concernant cette « mixture » et ses dosages. En fait, il n'y a pas véritablement de mélange entre les deux genres, mais plutôt une alternance entre poésie et philosophie. Ça peut donner un aspect déséquilibré, peu harmonieux sur le plan strictement poétique, voire artificiel… J'ai toutefois essayé de ne pas trop peser sur la dimension poétique dans le développement du discours philosophique, en gardant l'idée du rythme et des sonorités dans la construction des phrases et en optant pour un choix sémantique un peu singulier. Pour résumer, oui, on est pleinement dans les intentions de ce travail de laboniris, dans l'approche d'une expression où se retrouvent poésie et philosophie. « Il y a peut-être une question de densité (c'est l'hôpital qui se fout de la charité ^^). Beaucoup de très bonnes images se succèdent par moments, mais quand presque chaque phrase tend à être une grande phrase, mises ensemble, elles risquent de se concurrencer. » Oui, j'en suis conscient et j'ai beau essayer d'y remédier, visiblement, je n'y arrive pas. Mais j'y travaille pourtant !... « Pour finir sur du très positif, j’adore la conclusion : « Si Dieu est l'autre nom de l'ambivalence, alors je crois en Dieu » retourne soudain toute la démonstration. Après avoir affirmé sur des lignes entières que Dieu, ben non, tu introduis une définition qui le rend possible. C’est malin, et j’adhère à fond » Merci beaucoup. Ce passage est peut-être d'ailleurs le pivot philosophique du texte. L'ambivalence, c'est pour moi après réflexion la seule possibilité de reconnaître l'existence d'un dieu, pas un dieu unique mais une entité où coexistent deux sentiments contraires (l'amour et la haine, le sublime et le cruel) réunis dans un "Dieu" qui serait la somme des paradoxes humains. Ces paradoxes sont présents tout au long du texte (images des souriceaux, de la fourmi, du lion et de la taupe, etc. En conclusion, accepter de nommer Dieu comme ambivalence, c'est renoncer au dogme des religions pour appréhender la complexité du réel. C'est admettre que la vie est faite de "fastes et de déchéances", sans chercher de sauveur externe, de père créateur tout-puissant, pour nous pardonner ou nous guider. « Et la dernière phrase : « L'infini existe, l'errance de l'homme également, Dieu non » fait une excellente clausule. Elle est sèche, presque sentencieuse. J'aurais même tendance à dire que c'est cette dernière phrase qui révèle rétrospectivement la véritable nature du texte. Ce n'est pas simplement un texte athée. Et c’est tellement plus intéressant que « Dieu n’existe pas » ! Bravo pour ce labo, où tu as pris plaisir à te mettre et nous mettre le nez dans nos contradictions ! » Merci beaucoup. J'aime énormément ta traduction de synthèse sur ce texte : « C'est un texte sur l'incapacité humaine à habiter l'infini sans fabriquer une réponse. » Merci encore pour ta lecture et ton analyse. Au plaisir de te lire !
Contribution du : 01/09 11:58:15
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... "En dehors du chien, le livre est le meilleur ami de l'homme. En dedans, il fait trop noir pour y lire" Groucho Marx. |
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Re : Fragment delta numéro 11 : explications et remerciements. |
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Bonjour Lariviere, moi ça me fait encore rire aujourd’hui (l’humour, pas le drame lié aux nazis bien évidemment), j’adore Desproges ou quand l’intelligence était au service de l’humour, si noir fût-il… Je n’ai pas trop le temps pour l’instant, mais sachez que je vous répondrai avec la même générosité que la vôtre. Avoir peu de commentaires et répondre à chaque commentateur (commentatrice) de cette façon, je ne peux que vous signifier ma sincère admiration À très bientôt donc pour de meilleurs remerciements sur vos remerciements ! P.-S Esclave 2000 of course, le live à l’Olympia en 2001, une tuerie cette version, mais surtout révoltante !
Contribution du : 01/09 15:22:25
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Re : Fragment delta numéro 11 : explications et remerciements. |
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Bonjour Larivière, et grand merci pour votre commentaire détaillé des petites notes et pauvres impressions de lecture dont je me demande, aujourd’hui, si elles sont bien de moije !? Moije la bouffeuse de curés ?! Moije contrainte aux heures de caté, le jeudi matin, à la messe le dimanche et ses escales confesse ?! Nan, ce n’est pas moi !
Me croiriez-vous si je vous révélais qu’après re-re-re-relecture de « Fragments delta numéro 11 », j’ai eu l’impression (étrange, déstabilisante) de lire un autre texte que celui commenté le 17 août dernier. Ce n’est pas un subterfuge, une pirouette pour me défausser, me renier, je ne suis pas comme ça, mais plutôt une manière d’ouvrir une voie nouvelle avec les outils de votre réponse ; enfin, c’est ce que je me dis, ce dont j’ai envie de me persuader alors que j’écris ces lignes. Comme j’ai envie de me persuader que ce n’est pas moije qui ai signé ce commentaire, non. Aurais-je déposé mon cerveau sur le bureau avant de vous lire, débranché tous mes circuits, encapuchonné mes sensations, bloquer toutes les entrées portuaires de ma sensibilité poétique pour foncer, bille en tête, dans la rédaction d’une bouillie fade épicée de quelques formules évasives, dont certaines hors texte ? je me le demande, je vous le demande ! En exemple, je retiens ce passage : « Pour nous autres, êtres normaux, à l'identité animale reniée mais présente et persistante depuis la nuit des temps, Dieu demeurera une lueur fantasmée, certainement factice, au cœur du foyer éteint, une question sans réponse autre que l'écho glacé des ténèbres qui nous enveloppent avec intensité. » et son « identité animale reniée » qui résume, avec concision aiguë, pointue, votre texte dans son entièreté, que l’on peut retrouver dans les vers de Negusa nagast de Serge Gainsbourg : « L'homme a créé des Dieux l'inverse tu rigoles / Croire c'est aussi fumeux que la ganja / Tire sur ton joint pauvre rasta / Et inhale tes paraboles ». De votre texte : La première partie est une tentative d’appréhender Dieu dessinant une définition que je partage : « Car si nous étions honnêtes, nous reconnaîtrions que l'homme a créé Dieu à son image et non l'inverse et qu'en réalité ce Dieu véritable fabriqué de toutes pièces, c'est le diable. », un Dieu comme cache sexe de notre petitesse, de nos petites et grandes lâchetés, un Dieu créé comme raccourci nous évitant d’affronter le gouffre, l’abîme du pourquoi de toute chose devant cet énigme belle et merveilleuse qu’est l’univers et sa création. Dans la seconde partie, vous placez l’homme face à cet énigme, et j’avoue que vous la déployez sur une belle écriture : « La poésie de l'univers, un jour, sera palpable et perméable à la communication. Le merveilleux de la vie est là, tapi sous des couches d'humus. » « Face à face, l'homme et ses vertiges. Revers et médailles. Entailles béantes de nos chairs pansées de spirituel. Nous cherchons une âme sœur, dans l'image du saint-père. » « Si Dieu existe dans nos désirs de béatitude, c'est que la terre elle-même, dans sa nature fruste, ne nous promet aucune illumination. » Concernant dada, je reste partagée sur votre intention de « concilier ici la percussion et le ton dadaïste, la poésie et l'approche réflexive, plus prosaïque. ». Si l’esprit dada existe, il est dans le fond (à étoffer) J’avoue que ma suggestion « l’hypothèse Dieu créateur de toute chose » est mal formulée. Plus loin vous écrivez : « Vous dites qu'il ne tient qu'à nous de choisir notre vie. Les lâchetés et les commodités sont les concessions qui nous empêchent de vivre notre vie propre. Je suis complètement d'accord avec vous. » J’ai peut-être poussé le bouchon un peu loin, ce que je voulais dire c’est que nous pouvons sortir d’une route toute tracée, tout lâcher et emprunter un chemin de traverse qu’on sait difficile, pas balisé (je l’ai fait en quittant mon emploi du jour au lendemain, j’étais fonctionnaire, en déménageant avec une valise pour bagage), mais il est certain que nous sommes attachés, liés, par des habitudes, des contraintes sociales, financières, affectives, qui nous empêchent d’être ce que nous désirions devenir. Mais peut-être pouvons-nous tenter, par petites touches, d’atteindre un mode de vie qui nous permet de se garder de trop de compromissions, de mensonges faits à soi-même. N’existe t-il pas chez nous le désir violent de dépasser notre nature humaine dans une forme de transcendance, des habits de lumière qui nous permettrait d’atteindre des sommets tel qu’une révélation le ferait. J’ouvre une voie, je ne l’emprunte pas. Je ne crois pas, je sais simplement que je suis mortelle et sujette à toutes les maladies, virus et microbes que l’air, l’eau et la terre portent. Serait-il possible que ces quelques lignes qui me servent de pauvre réponse à votre développement riche de ricochets, me permettent de réviser ce regard (visiblement de traviole, pas possible autrement) imprimé sous « Fragments delta numéro 11 » daté du 17 août dernier ? Parce que sous le pli de l’humour facile à débobiner se cache une incompréhension qui frise la honte. Ainsi cette remarque que je signe et n’arrive plus à remettre dans son contexte d’écriture : « Mais très vite, la lumière s’éteint laissant place aux platitudes maussades, à un discours convenu sans élégance, sans éclats tentant de donner une définition à (Dieu) », une incompréhension qui me pose question. Je me suis arrêtée sur votre réponse, longuement, en me demandant : Mais qu’est-ce qu’il raconte Larivière ? Pour comprendre, enfin, que j’avais écrit n’importe quoi. Et encore une fois, c’est sincère, ce n’est pas un artifice. Voilà qui m’apprendra à commenter un texte trop rapidement. En passant, je sais être parfois d’une grande banalité et consensuelle, je reconnais. Quant à mes impressions de lecture de vos textes précédents, impressions non dévoilées, c’est par manque de légitimité (je le pense), comme assise au bord d’un vertige, sur une ligne de crête où la seule bouffée de pensée qui me viendrait c’est : ouche ! (une façon de dire : trop puissant pour moije, Larivière.) ps: une confidence, il y a la fréquence "France culture" en fond depuis le début de l'après-mdi, et je termine ma réponse sur une série documentaire "Religieuses, des histoires de sœurs ; comme écho, on ne fait pas mieux. P. ![]()
Contribution du : 01/09 17:38:50
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« Écrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit » |
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