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Carte blanche : Profession éditeur
Posté par Maëlle le 13/Apr/2008 (371 lectures)

En me baladant dans les allées du salon du livre, je me suis dit « c'est trop bête, tant que j'y suis, autant rapporter quelque chose... »

Profession éditeur


À l’occasion du salon du livre, j’ai interviewé quelques éditeurs présents. N’ayant pas de compétence spécifique en sténographie, le texte suivant n’est pas un compte-rendu exact de ces entretiens. J’ai demandé à quatre éditeurs, deux m’ont répondu, la troisième m’a proposé de repasser un peu plus tard et elle était occupée quand je suis revenue, et la quatrième devait m’envoyer des documents par mail. J’ai bien reçu un mail, mais il y a peut-être une enquête à faire sur la capacité des adresses Oniris à traiter les pièces jointes. Merci à eux en tout cas.


Édition EMC
Michel Champendal

C’est un homme souriant, grand, à la démarche élastique, créateur de la d’une maison d’édition à laquelle il a donné ses initiales. Je lui explique que le but de mon interview est de permettre de mieux connaître le rôle de l’éditeur.
Les éditions EMC ont été créées en 2005. Elles ont actuellement 9 livres à leurs catalogues, et 8 auteurs.
Le premier rôle de l’éditeur, m’explique-t-il, c’est de choisir les manuscrits : la ligne éditoriale. Celle des éditions EMC pourrait se définir dans la ligne du club de l’honnête homme, un concept du XVIIIème siècle : des livres de genres différents mais pouvant faire partie d’une bibliothèque idéale. Le critère prépondérant, c’est la qualité littéraire du texte. Si un manuscrit est jugé intéressant, alors les auteurs sont accompagnés pour l’améliorer.

L’éditeur va ensuite fabriquer le livre.
Il va choisir une collection. Les éditions EMC n’en ont qu’une. Elle permet d’identifier le livre. Il me montre les éléments : graphismes, typographie, dos de couverture. Les mêmes éléments se retrouvent sur les livres jeunesse, mais avec des ajouts plus ludiques.
Il va créer la maquette, la quatrième de couverture, choisir la qualité du papier. Ici, un papier bouffant, plus agréable à toucher que l’offset. L’auteur est consulté pour le choix de la couverture (NDLR : c’est une pratique extrêmement rare).
Il cherchera ensuite un imprimeur. Le but du jeu est de créer ce livre le moins cher possible. C’est pourquoi le système d’impression choisi est une impression à la demande : ça supprime le délicat problème des stocks, et sur un petit tirage le surcoût n’est pas évident.
Ensuite, il le diffuse.

Les éditions EMC diffusent leurs livres via leur site internet. Celui-ci propose un catalogue, de la vente en ligne, pour eux-mêmes mais aussi pour d’autres petits éditeurs, sur lesquels il touche 20% de commission.
Ils font également de la vente par correspondance, avec environ mille inscrits. Quand c’est possible, les inscrits du site reçoivent un exemplaire dédicacé.
Ce sont également à ces inscrits que sont proposées les souscriptions. Il faut vendre environ 100 exemplaires d’un livre pour couvrir les frais (maquettiste, correction). Grâce à son réseau d’adhérents, la maison d’édition fait en sorte que ces exemplaires soient vendus avant le lancement de la fabrication. Ça peut être plus ou moins long, mais jusqu'à présent, il y a toujours eu assez de souscripteurs. Ceux-ci reçoivent le livre en avant-première, dédicacé, et à un tarif préférentiel.
Par ailleurs, une dizaine de libraires ont soit un dépôt (le libraire n’a pas payé les livres), soit quelques exemplaires achetés. Le libraire touche 40% du prix du livre, a la gratuité des frais de port, et peut obtenir des exemplaires gratuits en cas de commande en grand nombre.
Enfin, les salons sont aussi un moyen de vendre des livres, j’aurai l’occasion de le constater pendant l’interview.
Les ventes peuvent atteindre mille exemplaires. La maison d’édition travaille actuellement à augmenter son nombre de diffuseurs (libraires, relay, centres de presse, cultura, mais aussi comités d’entreprises et bibliothèques).

Je change alors de sujet : comment mon interlocuteur est-il devenu éditeur ?
À l’origine, Michel Champendal était formateur, et animateur d’ateliers d’écriture. Grâce au soutien de son épouse, il a pu se lancer. Il est actuellement bénévole à temps plein pour la maison d’édition, avec 11 autres bénévoles qui consacrent, eux, environ 10 heures par semaine à cette activité. Il espère pouvoir bientôt rémunérer un poste pour la maison d’édition.

Je termine l’interview en lui demandant s’il a un conseil pour un auteur souhaitant être publié. La réponse est précise :
Mille cinq cents signes par pages, recto simple, soit environ 26 lignes de 80 caractères, en double interligne (pour les corrections), paginé, relié en dos carré collé (éviter les spirales : ça fait pencher les piles). Pas de tapuscrit électronique : les imprimer coûterait trop cher. Peu importe le genre, ce qui comptera sera la qualité : il faut que l’ouvrage soit lisible, vivant, et apporte quelque chose au lecteur.

L’entretien se termine, Michel Champendale me propose un livre. J’accepte, en précisant que je le donnerai après lecture à ma bibliothèque. L’occasion de vérifier le soin apporté à la fabrication… et oui, pas de doute : la mise en page est tout à fait agréable, et surtout, le dos a résisté à ma lecture (je suis une vandale, pourtant). Il me conseille aussi d’aller voir sur le site : les comptes-rendus du comité de lecture y sont publiés… et cette lecture est fort intéressante, ma foi. Bien entendu, rien ne transpire sur des manuscrits qui sont aux mains du comité.
Alors que je pars, il me demande : « Au fait, connaissez-vous les éditions La Part Commune ? Non ? Venez, je vous présente. »
Je n’ai donc pas à chercher ma deuxième interview.


Édition La Part Commune
Yves Landrein

Après Michel Champendal, Yves Landrein paraît tout à fait réservé, presque effacé. Mais sur la table devant lui, un nombre considérable de livres, ouvrages contemporains, rééditions, traductions d’ancien français et poésies laisse entendre que ce n’est qu’une impression.

Yves Landrein est le fondateur, le directeur et le seul salarié des éditions La Part Commune. La maison d’édition a été créée en 1998. C’est la deuxième fois que cet homme crée une maison d’édition : la première s’appelait Ubac, et cette aventure avait duré 15 ans.
Au départ, il éditait un à deux livres par an. Aujourd’hui il publie environ 30 titres chaque année. Il s’occupe lui-même de la mise en page et de la correction, les couvertures sont créées par la maquettiste bénévole. Celle-ci est d’ailleurs présente sur le salon.
Pour présenter sa ligne éditoriale, il me renvoie à une phrase de Georges Perros, un poète qu’il édite : « Aimer la littérature, c’est être persuadé qu’il y a toujours une phrase écrite qui nous re-donnera le goût de vivre, si souvent en défaut à écouter les hommes ». Il privilégie le texte sur le reste. Il peut aussi bien publier un roman qu’un essai, ou un recueil de poèmes. Il réédite certains textes oubliés du Moyen Âge ou du XIXème, y compris d’auteurs connus (un recueil d’articles de Maupassant sur Flaubert, les lettres de Flaubert à Louise Collet)… Je resterais volontiers à l’écouter parler de ses livres tant il y met de plaisir, mais il ne faut pas que je l’accapare…

Il fait faire des tirages de 600 (pour la poésie) à deux mille exemplaires. Avec l’imprimerie traditionnelle, impossible de faire moins, mais il tient au tirage offset qui permet de faire un bel objet livre, notamment avec une couverture à rabat.
Il en profite pour me parler de son attachement à cet objet qu’est le livre, de sa propre bibliothèque, et à ce moment, je regrette de n’avoir pas de dictaphone. Mais nous revenons à des réalités plus terre à terre, et il m’explique que dans certains cas, il vend jusqu'à quatre mille exemplaires, en faisant une ou plusieurs rééditions.

Le choix des livres est délibérément subjectif : « J’aime ou je n’aime pas », dit-il. Il reçoit environ un millier de manuscrits par an. « Certains auteurs hésitent à envoyer un manuscrit pourtant très bon, alors que d’autres n’ont aucun scrupule à envoyer… Hum, vous n’allez pas noter, quand même ? » Mais il continue en disant qu’il a rarement besoin de terminer un livre pour savoir s’il le publiera ou non. La lettre d’accompagnement est déjà un indice déterminant. Et il y a aussi les livres bien construits, bien écrits mais… auxquels il manque la petite chose qui fait qu’on a envie de les publier.

Je termine en lui demandant un conseil. Il répond sans hésiter : d’abord découvrir ce que la maison d’édition publie, en feuilletant, lisant, en allant lire des extraits sur Internet, pour pouvoir connaître ce qu’elle publie. (NDLR : contrairement au précédent, il préfère les tapuscrits envoyés par mail.)

Avant l’interview, j’ai repéré un livre qui m’intéresse. À vrai dire, ils sont très jolis, ces petits livres, et ils donnent envie de les ouvrir. Celui que je choisis est une traduction d’un livre du Moyen Âge sur la vie conjugale. Je dis que je m’intéresse aux ? manuels de savoir-vivre. « Ah oui ? Et vous connaissez ce livre, publié aux éditions… Non ? Je vous montre leur stand. »



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