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Human Genome
Corentin : Human Genome  -  Réflexions
 Publié le 06/01/09  -  4 commentaires  -  8926 caractères  -  27 lectures    Autres publications du même auteur

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Abby comatait dans son bain brûlant. La chaleur était si intense que la salle de bain était entièrement embrumée. C’était toujours pareil. Après avoir marché longuement dans le blizzard et piétiné dans la neige détrempée, Abby n’avait qu’une envie en rentrant chez elle : prendre un bon bain brûlant.

Pas une douche. Un bain.

Abby avait réfléchi de longues heures à ces deux derniers jours. Dimitri lui avait dit qu’un incident avait fait deux morts chez Futura la nuit dernière. Il n’avait cependant pas précisé de quel genre d’incident il s'agissait. Il n’en savait d’ailleurs probablement rien lui-même. Dimitri avait souvent de bons tuyaux, mais au contenu quelque peu limité. Et il ne voulait pas donner ses sources. Elle avait immédiatement sympathisé avec ce jeune journaliste d’un obscur journal russe bouffé par la propagande.

Et lui avait flashé sur elle.

Et puis comme sa rédaction n'en avait joyeusement rien à faire de ces « gazpraneries », Dimitri la renseignait bien volontiers.

Abby devait découvrir ce qu’il s’était réellement passé. Son travail avançait enfin. Après des semaines de lutte pour obtenir un entretien avec Craig, voilà qu’il voulait carrément la revoir. Et puis, elle avait eu un bon aperçu des recherches de Futura Genetics avec la présentation que lui en avait faite ce Mikhaïl Komarov.


Au final, le bilan de ces deux derniers jours était donc plutôt bon.

Contrairement aux mois précédents, où Abby avait piétiné avec l’association Craig-Rokov. Et qu’avait-elle découvert au final ? Pas grand-chose. Ivan Rokov était le PDG de Gazpran, le géant gazier russe qui faisait la fortune de la Russie et de ses nouveaux riches mafieux. Gazpran fournissait toute la Russie, mais aussi toute l’Europe de l’Est et une bonne partie d’Europe occidentale en gaz et en pétrole. Ce qui n'était pas sans provoquer régulièrement des crises politico-économiques avec des pays comme la Pologne, la Biélorussie ou même l'Allemagne. La Russie possédait de formidables ressources énergétiques et Gazpran ayant été nationalisée, l’argent coulait à flots dans les caisses de l’État. La société était censément neutre, mais Rokov n’était rien d’autre que le pantin du président Meskine.

Le président russe était une autre énigme. Petit au regard sévère, ancien du KGB, pilote de chasse et expert en arts martiaux, Vladimirovitch Meskine était un homme fort, au charisme impressionnant. Il avait fait modifier la Constitution pour que le Président – lui – puisse briguer plus de deux mandats. Et il faisait assassiner ses opposants, implacablement. Il ne quitterait donc son poste que quand il le déciderait.

Un Craig à la russe, pensa-t-elle, amusée.

Et s’il était en train de faire de la Russie une dictature vaguement maquillée derrière un semblant de démocratie, il n’en avait pas moins assaini un certain nombre de troubles. Il avait notamment entrepris de décapiter la mafia russe.

Et il progressait.


Mais la Russie n'en restait pas moins un véritable pays de tordus. C'était en effet le seul pays au monde dont l’armée, qui n’était pourtant pas en guerre, parvenait tout de même à perdre dix mille hommes par an du fait des maltraitances, de l’alcoolisme et des désertions.

L'Armée rouge.

Voilà bien quelque chose qui avait stupéfié Abby. Cette armée était réputée invincible, c'était elle qui avait écrasé l'Allemagne nazie et qui avait par la suite fait trembler le monde entier du temps de la Guerre froide, asservissant les pays d'Europe de l'Est.

Et pourtant.

Toute cette armée n'avait été en fait qu'une vaste fumisterie. La grande Armée rouge de la Guerre froide était en toc. C'était du bluff.

Il suffisait d'arpenter les rues de Moscou pour inspecter dans quelque vieux magasin un costume de militaire gradé de l'ex-URSS et se rendre compte que les casquettes et autres insignes étaient en plastique et que les coutures sautaient les unes après les autres.


Abby avait eu une discussion passionnante avec d'anciens militaires russes et certains gradés américains. Leur discours était effarant.

Les gigantesques sous-marins soviétiques Akula-Typhoon, les plus grands sous-marins nucléaires jamais conçus, chacun capable d'anéantir vingt fois la planète, étaient certes titanesques, ultra rapides et impossibles à poursuivre, mais ils faisaient tellement de bruit que les forces de l'OTAN les repéraient à des milliers de kilomètres, leurs réacteurs nucléaires fuyaient de partout, leurs missiles explosaient en vol et étaient de toute façon à peu près incapables de se caler sur leurs cibles.

Les dizaines de milliers de tanks blindés T-80 étaient les plus lourds et les plus rapides au monde, tout en ayant une cadence de tir inégalée. Mais ils tombaient en panne tous les quatre-vingts kilomètres et tiraient à une vitesse folle des obus d'une imprécision jamais vue, au hasard d'un système de visée automatique tellement erratique et rapide qu'il surprenait son propre pilote et le tuait avec le recul du canon. Si le pauvre homme avait les réflexes assez vifs, le système d'éjection de la douille de l'obus avait raison de ses ardeurs en lui expédiant la douille brûlante dans la figure, lui pulvérisant le crâne, au lieu de la décharger à l'extérieur.

Les terrifiants bombardiers nucléaires supersoniques à long rayon d'action, les Tupolev-160 Blackjack à géométrie variable, étaient certes les avions de combat les plus lourds jamais conçus, mais ils n'avaient en fait pas l'autonomie escomptée et ne pouvaient espérer atteindre les USA sans se crasher dans l'océan pendant le vol de retour.

Les avions de chasse MiG-25 conçus pour voler fièrement à Mach 2.5 n'étaient en fait pas poussés au-delà de Mach 1.7 sans quoi les tuyères des réacteurs menaçaient d'entrer en fusion.

L'incroyable agilité des avions de combat Sukhoï-27 arborant un design terrifiant leur permettait des manœuvres certes époustouflantes, mais sans la moindre utilité en combat réel.

Les dirigeants étaient d'une incompétence et d'une rigidité maladives, tandis que les hommes de terrain étaient constamment saouls ou en quête d'alcool.


Un expert peu écouté avait dit à l'époque de la Guerre froide que « la meilleure date pour anéantir l'URSS serait le lendemain du Nouvel An, car tout le monde est saoul et que personne ne prend la garde ». C'était déjà consternant, mais sa remarque suivante était encore plus édifiante :

« En fait, le Nouvel An n'est pas tellement différent du reste du temps ».

Abby n'en revenait tout simplement pas. Elle ne comprenait pas comment l'Armée rouge aurait pu être aussi incompétente. Ce à quoi un expert de l'armement lui avait alors répondu qu'au temps de la Guerre froide, les Américains n'étaient pas beaucoup plus prolixes. Il lui avait expliqué, en substance, qu'au service de l'Armement du Pentagone, « on travaillait à concevoir des armes qui ne fonctionnaient pas contre des menaces qui n'existaient pas ».

Elle en était restée bouche bée.


Ainsi donc, l'URSS et sa grande Armée rouge avaient fait trembler l'Humanité en la menaçant au cours de la plus fantastique partie de bluff de tous les temps.

Cette époque était cependant révolue, et la Russie faisait aujourd'hui face à d'autres problèmes. Le SIDA progressait en effet à une vitesse tout bonnement stupéfiante, due à des comportements sexuels totalement dépravés et déraisonnés, menaçant de faire de la Russie le pays le plus touché du monde d’ici quelques années. La Russie avait perdu dix millions d’habitants depuis l’effondrement de l’URSS. Un peu à cause de l’émigration. Beaucoup par la pure et simple hausse de la mortalité.

Et puis, le pays possédait les plus importantes richesses énergétiques mondiales tout en étant le plus grand gaspilleur de la planète. La Russie ne consommait pas plus que les USA.

Certes non.

Mais elle gaspillait encore plus. Bien plus. Le gaz et le pétrole étaient brûlés sans compter, convoyant des eaux brûlantes dans de gigantesques tuyaux non isolés sillonnant les villes pour alimenter les systèmes de chauffage. Les chiens errants, oiseaux et autres SDF étaient, eux, bien contents d'avoir accès à un tel réservoir de chaleur pendant le rude hiver russe.


Abby se rendit soudain compte qu’elle se perdait totalement au gré de ses pensées et tenta de se recentrer. Elle essaya d’y voir plus clair. Elle devait suivre les pistes qu’elle avait jusqu’ici négligées. Il y avait notamment un groupe religieux qui avait fait un important don à Futura Genetics. Histoire de montrer que la religion n’était pas un obstacle à la connaissance.

En y repensant, Abby se dit qu’en savoir un peu plus sur ces Sini Bojé, les Fils de Dieu, ne serait peut-être pas une mauvaise idée.


Elle prit une profonde inspiration avant de s’immerger totalement sous la surface mousseuse de son bain, comme elle en avait l’habitude pour travailler sa respiration.

Et puis, elle irait se coucher.


 
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   David   
7/1/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Cet épisode m'a beaucoup plus aussi, il est assez dense également, une relecture de la guerre froide entre autre que j'ai bien aimé.

   Menvussa   
10/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
J'espère qu'Abby ne va pas prendre son bain trop souvent... que de digressions. Et puis j'ai lat rès nette impression qu'il y a un bug dans la chronologie des évènements, il y a quelque chose qui m'échappe.

   macalys   
19/3/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Meskine, un Craig à la russe ? Ce n'est pas un peu exagéré ?
Sinon, j'avoue que le passage des énergies russes à l'Armée Rouge puis au SIDA ne m'a pas emballée et m'a laissée un peu perplexe: c'est très décousu et ça ne mène à rien.
Dommage, je trouve que le roman avait pris un vrai rythme avec les chapitres précédents.

   Anonyme   
1/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Abby (l'héroïne), dans sa douche, médite sur la technologie de l'ex-Armée Rouge et autre (tanks blindés T-80, MiG-25, Sukhoï-27, gigantesques sous-marins soviétiques Akula-Typhoon ), dans un petit cortège de réflexions historiques qui servent à alimenter le roman, de manière plutôt judicieuse à mon sens.

Continuons...


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