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Le silence des bigorneaux
leon : Le silence des bigorneaux  -  Chapitre 12
 Publié le 09/07/12  -  5 commentaires  -  5864 caractères  -  96 lectures    Autres publications du même auteur

– Alors, Abigaël, qu'est-ce qui me vaut le plaisir de ta visite, cette fois-ci ?!

– Ça !


Et il plaça sur la table la bouteille et son message à l'intérieur. Le vieux secoua la tête d'un air navré :


– La belle Natacha, ta bonne copine, ne t'a-t-elle donc rien dit ?!

– Rien !


Le vieux alla chercher une bouteille de gnôle dans son placard de cuisine, et un seul verre. D'autorité, il dit à son visiteur :


– C'est pour moi seul, cette fois-ci ; toi, tu en as visiblement assez bu comme ça aujourd'hui, non ?!

– Tout à fait. Mais l'essentiel, c'est qu'on s'arrange.

– Je ne sais pas s'il est possible que je m'arrange avec toi, mais bon, que veux-tu savoir, au juste ?!

– J'ai retrouvé les mêmes bouteilles dans la cave de mes parents.

– Et quoi d'autre ?!

– Je sais que c'est le vieux Caillot qui a écrit cette lettre à son copain Pitru.

– Ah, eh bien là, tu te trompes, Abi.

– Comment ça ?!

– Caillot n'avait pas que Pitru pour ami. J'en étais un moi-même aussi, même si notre amitié était plus discrète, eu égard à ma manière un peu particulière d'arrondir mes fins de mois.

– Vous voulez dire que cette lettre vous était destinée ?!

– Tout à fait ! Et c'est Natacha qui me l'a remise, à la mort du vieux Caillot, le père de son fils Jonas, qu'elle avait trouvée dans ses papiers.

– Et qu'est-ce qu'elle faisait sur la plage, enterrée dans le sable ?!

– C'est moi qui l'y ai placée, bien sûr.

– Mais alors, ça veut dire que vous savez qui a été assassiné, et qui a assassiné.

– Tout à fait.

– Alors ?!

– Alors quoi ?! Pourquoi tiens-tu tant que ça à en savoir plus ?!

– Mais pour connaître la vérité, et démasquer un assassin, bien sûr !

– Et si je te disais que le meurtrier est six pieds sous terre, lui aussi, et depuis un bon moment, déjà.

– Oui, peut-être. Mais je ne sais pas si je pourrai me contenter d'une telle réponse.

– Je pense que c'est préférable. Allez petit, rentre donc chez toi, et tâche de dormir. Tu ne devrais pas avoir trop de mal, avec tout ce que tu as éclusé aujourd'hui, selon toute apparence.


Abigaël se leva, titubant légèrement sur ses jambes, et vaguement écœuré. Quelque chose clochait dans cette histoire en apparence si simple. Pourquoi le vieux Longrain, qui avouait pourtant avoir été le destinataire de la lettre du vieux Caillot, faisait-il des difficultés pour lui avouer qui était le meurtrier de Pitru ? Quelle raison commune avait-il avec Natacha de lui cacher la vérité ? Il sortit dans la rue, mais au lieu de diriger ses pas vers le village et sa maison, il s'engagea dans la direction du phare, puisque, comme le vieux le lui avait dit, Natacha aussi était au courant du fin mot de l'histoire.


Il avança sur le chemin qui traversait la lande. Ça sentait le chou de mer, et un bon croissant de lune lui permettait d'y voir clair, dans la nuit pleine d'étoiles. Demain, peut-être bien, ce serait la première gelée de l'année, une gelée blanche, certainement. Il arriva enfin devant le logement de la belle, où la lumière de la salle à manger était allumée. Il ne frappa pas à l'entrée, mais se présenta devant la porte-fenêtre, pour s'annoncer à elle. Natacha n'était pas dans son séjour. Il réalisa alors que là-haut, dans la tour, au sommet, la lumière aussi était allumée. Il y dirigea ses pas, ouvrit la porte, et s'engagea dans les escaliers, qu'il gravit d'un pas lourd, sans se soucier de faire du bruit, cette fois.


Arrivé près du sommet, la voix de Natacha se fit entendre :


– C'est toi, Abi ?!

– Oui, c'est moi.

– Viens donc, mon chéri.


Ce « mon chéri » lui fit une drôle d'impression ; il lui fit à la fois chaud au cœur, en même temps qu'il lui donna envie de pleurer, et c'est finalement ce qu'il fit en montant les dernières marches. Il arriva en larmes, et se précipita dans les bras de Natacha. Il venait de comprendre ce qui lui avait échappé jusque-là, et s'en ouvrit à elle :


– Le meurtrier de Christian Pitru, c'était mon père, oui ou non ?! C'est ça que vous vouliez me cacher, toi et Longrain ?

– Oui, c'était ton père, malheureusement.

– Pour une bête histoire de terrain ou d'adultère ?!

– D'adultère et de terrain, je crois bien.


Elle lui raconta alors comment son père avait eu pour projet de vendre un de ses terrains aux Quignard, pour leur projet immobilier, qui ne valait rien, tant que Pitru refusait de vendre les siens. Elle lui dit enfin que, lors des longues absences de son père, Benoît, sa mère avait succombé au charme et aux avances du beau Christian, ce qu'il avait fini par apprendre un jour par la bande.


Il s'écroula en sanglotant sur l'un des poufs de cuir, pendant que la belle s'agenouillait à ses côtés, pour tenter de le réconforter. Ah, il avait voulu savoir la vérité, et il avait fini par la savoir, mais qu'est-ce que ça faisait mal ! Il n'aurait jamais cru ça possible, lui qui vouait une admiration sans limite à ses deux parents. Mais, au-delà de ça, il réalisait à quel point le père Longrain et Natacha avaient fait preuve d'amour et de bienveillance à son égard, qui n'avaient jamais ébruité l'affaire.


Après toutes ces années, il se rendait bien compte qu'il n'était qu'un bigorneau comme les autres, fils de bigorneaux. Comme eux, il possédait maintenant ses propres secrets, ces choses qu'on cache parce que c'est mieux ainsi, tout ce mystère qu'il avait jusqu'à présent détesté. Il comprit aussi qu'il en avait fini avec son obsession de la vérité et de la justice à tout prix. Dehors, au pied du phare, la mer étale clapotait doucement sur les rochers, apaisant son âme et sa douleur, là même où l'on avait repêché le corps de Jonas Mauvet, le fils de Natacha. Il réalisa encore que sa propre honte et son chagrin n'étaient rien à côté des siens, elle qui n'en parlait jamais. Au total, le silence des bigorneaux avait du bon aussi, et peut-être même quelque chose de grand, parfois…



 
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   Marite   
9/7/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Est-ce le dernier chapitre ?
Cet inspecteur est vraiment très fragile pour fondre en larmes et se réfugier dans les bras de Natacha. Mais, c'est peut-être l'abus d'alcool qui l'a rendu ainsi et puis aussi, il ne doit plus être très fier de lui et se sentir ridicule avec son obstination à chercher la vérité au sujet de ce meurtre.
J' ai relu le dialogue avec le père Longrain et ne sait pas comment il a pu arriver à la conclusion qu'il était finalement très concerné par ce meurtre.

   brabant   
30/7/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Léon,


Comme quoi le dicton qui veut que l'on voit la paille dans l'oeil de la voisine et du voisin... se vérifie. Finalement j'avais eu le nez fin en ce qui concerne le père Longrain (petit sourire d'autosatisfaction), il aurait fallu mieux induire ce personnage, de même induire des rapports avec Natacha (attirer et mettre la puce à l'oreille du lecteur ; oh ! très, très subtilement hein ! pas avec des gros sabots).

Je trouve que la fin de ce polar est pas mal, sa résolution cohérente. Je comprends mieux l'attitude de Natacha notamment.

Je crois qu'on peut en faire un bouquin très sympa... à condition de revoir certains aspects du caractère et du comportement d'Abigaël, et notamment son alcoolisme qui en font un être dégradant que sa quête de vérité n'arrive pas à racheter. Est-il possible de présenter ces excès de boisson d'une autre façon ? de lui inventer une/des lubies parallèle/s. J'ai conscience que c'est un des moteurs essentiels du roman. Quasiment un personnage : l'Alcool !

Bon AMHA le lecteur ne suivra jamais un être veule, il posera le bouquin avec un sentiment de frustration.
A moins de vouloir écrire un bouquin hors normes ? Mais alors pourquoi ce bonheur final ?
Peut-être une concession à l'empathie...
Enfin !

Je le répète, ça n'est que mon avis, vous en faites ce que vous voulez. Lol.


Et finalement... ça n'est peut-être pas du cochon... mais y a quand même une grande partie de bon dans le bigorneau ! J'ai apprécié la conclusion en forme de conversion : Vive Lui ! Bigorneau qui s'en dédit !

   MissNeko   
7/10/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J ai beaucoup aimé votre roman que j ai dévoré en une soirée. Je le suis tout de même perdue dans les relations entre les personnages.
J ai passé un très bon moment. Merci beaucoup.
Par contre je n aime pas trop la ponctuation ?! Ça fait un peu SMS

   bikass   
4/1/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai tant aimé ce polar car il répond à mon éxigence personnelle sur les oeuvres policières:tout événement et tout personnage doit contribuer à la résolution du crime.Félicitations!J'éspère vous lire prochaînnement.

   cherbiacuespe   
18/9/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Avec le chapitre précédent on avait la direction à suivre. C'est peut-être là que le bât blesse dans cette enquête. Oui, l'idée générale me semble bonne. Oui, dans l'ensemble, l'histoire est assez bien menée. Mais il me semble cependant que la fin est un peu expédiée.

Voici ma critique principale. Pour qu'un polar prenne aux tripes, il faut une fin en feu d'artifice. De la surprise, des questionnements, de la tripe et du cerveau. Au lieu de quoi le dernier chapitre ne vient que confirmer ce que le précédent sous-entend. Voici ce que je suggère très modestement : il aurait peut-être été judicieux de commencer par écrire la fin! Je m'explique. Écrire un roman est un exercice de longue haleine qui met l'endurance à rude épreuve. Plus on avance, plus on veut conclure et plus il est risqué de manquer la conclusion. Commencer par écrire la conclusion, à un moment où l'on est encore plein de ressource, enthousiaste (je parle d'écriture, bien sûr) c'est prendre quelques garanties pour ne pas la fourvoyer. Et cela n'oblige pas à la conserver telle quelle si finalement elle ne correspond plus à l'ensemble de l'écrit.

Je salut Leon pour sa persévérance. Comme je le dis plus haut, s'atteler à un tel travail n'est pas chose aisée, loin s'en faut! Toute mon admiration.


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