Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Forums 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Science-fiction
Andre48 : Nuit tranquille
 Publié le 31/10/22  -  11 commentaires  -  5758 caractères  -  122 lectures    Autres textes du même auteur

Fin de soirée et nuit d’un type blasé et fatigué qui trouve des moyens aujourd’hui inconnus de tromper sa solitude.


Nuit tranquille


Les DuoBars ont explosé cette année. Des établissements alliant cuivres étincelants, bois cirés et cuirs synthétiques presque naturels, ils quadrillent la ville. Chaque salle carrée abrite quatre bars ethniques. Au centre, divers petits espaces confortables s’offrent aux clients désireux de se parler discrètement. L’année dernière, par simple paresse, j’ai choisi dès son ouverture le plus proche de chez moi, le DuoBar9.

Tard, il est tard, à cette heure avancée de la nuit, aux bars, seuls quelques clients occupent des tabourets. Je soupire, « encore une soirée pénible avant une nuit affreuse ». J’aime faire partager mes impressions : soit en me parlant tout seul, soit en les confiant aux autres.

Comment vous décrire mon DuoBar9 ?

Chaque comptoir est à l’image d’un continent, ils changent d’une semaine à l’autre. Ils offrent aux clients des images idéalisées d’endroits qu’ils auraient dû fréquenter lors de voyages nécessaires à leur image sociale. Icebergs, Angkor, gorilles, pays Dogon, jardins de l’Alhambra, croisières à thèmes, Bali… on coche, on coche, on explose le bilan carbone. Ce sont quelques jours de bains de foule, avant de revenir au quotidien banal, voire désespérant. « Pourquoi bouger ? » Quelques immersions en 3D lors de soirs bien arrosés dans un Duobar suffisent pour entrevoir ces endroits de rêves nécessaires.

Comme d’habitude, les barmen se déplacent lentement derrière les comptoirs, ils s’animent parfois en maniant habilement un shaker, ils vous regardent calmement, en fixant le centre de la salle.

Derrière eux un écran s’étale sur chaque mur, affichant ce qu’il voit devant lui : salle, consommateurs, verres et bouteilles... Bien sûr, le miroir qui me fait face s’efforce d’améliorer un peu mes traits fatigués, sans parvenir à me rendre attrayant. Le dos du barman passe de temps en temps, masquant alors le vide de la salle.

Ce que je vois, c’est mon image mollement accoudée sur le bar, une main à plat sur le zinc et un visage pensif. Ce soir j’ai opté pour le décor cosmopolite du Tanger de 1942, quand espions et diplomates y coexistaient paisiblement.

Machinalement, je lui demande : « Un Last Word. » Ce cocktail me colle à la peau depuis que je l’ai imaginé servi dans le tableau Nighthawks. Un bar des années quarante peint par Edward Hopper. De nuit, depuis le trottoir d’en face, la grande vitrine permet d’observer, en pleine lumière, serveurs et rares clients. Ce cocktail est très peu connu et puis il y a le sens des mots. Je verrais bien, sous l’œil ironique du garçon, un ivrogne bavard demander pour la énième fois un Last Word. Et puis l’idée de clore des discussions inutiles en seulement trois gorgées et un seul et dernier mot, ça me plaît.

Comme d’habitude, à cette heure tardive, personne ne s’approche de personne. C’est un peu tard pour la drague, pas pour la solitude. Un Smartphone à la main, c’est plus facile pour tenter de communiquer avec d’éventuels partenaires affalés chez eux sur des canapés. Plus facile que de regarder l’autre directement dans les yeux.

Le miroir en face de moi a remarqué que – comme les autres clients – je suis seul. En l’absence d’instructions précises de ma part, il me fournit une forme humaine qui semble occuper le tabouret situé juste à ma droite, un bois-sans-soif virtuel.

Je sais bien que je pourrais engager la conversation avec l’homme au costume fatigué, nos deux images s’animeraient, un dialogue s’instaurerait. La minuscule protubérance sur le rebord du comptoir capterait l’expression de mon visage, mes courtes phrases chuchotées. Mon voisin me délivrerait à voix feutrée les siennes. Je pourrais, d’un simple mot, remplacer ce mec muet qui me ressemble par une femme charmante, ou un spécialiste de la pensée de Nietzsche. Ce serait une autre rencontre, une conversation différente.

Si je voulais.

Je reste à contempler nos deux images, comme une photo-souvenir de deux vieux compagnons de route. On lui a fourni la même boisson, nous pouvons lever ensemble nos verres, cela nous suffit.

Ah ! au fait, savez-vous en quoi consiste mon cocktail, mon Last Word ? Cela date d’après la Grande Guerre, la seule, celle de 1914. Et puis, c’est simple et dépassé. À parts égales : gin, jus de citron vert, chartreuse et cherry.

Dans un verre conique, un liquide jaune clair agrémenté d’une rondelle de citron en équilibre sur le bord du verre. L’idée que je sois démodé comme ce cocktail n’est pas pour me déplaire, ne doit-on pas se singulariser ?

J’abrège avec ce type presque aussi moche que moi. Je me lève. Avant que mes fesses ne quittent mon tabouret, mon compte est débité. Simple reconnaissance faciale, mon compagnon et son verre disparaissent.

En sortant, automatiquement, mes pas me portent vers mon dernier domicile connu. Après avoir fait l’effort de me déshabiller, je me couche bien à plat sur le dos.

Depuis longtemps, on a cessé de vendre des tisanes du genre Nuit tranquille…

Les Somnix vous offrent des endormissements de rêves, offrent une multitude de possibilités : voyages, rencontres, musique, illusions en tous genres. Sombrer dans des sommeils à thèmes, c’est tendance.

Pour les dépressifs à tendance suicidaire, ils peuvent simuler maintes façons de passer de vie à trépas. « Sauter le pas, oui, mais pour de rire, gentiment. »

Cette nuit, je ne veux même pas rêver, j’ai choisi la pilule P33 de couleur feuille-morte. Elle me procurera un simulacre, presque agréable, de pendaison. À peine avalée, je verrai une corde soyeuse s’approcher de moi, enserrer doucement mon cou. Lentement elle se tendra, ma respiration se bloquera et d’un coup je serai propulsé dans un sommeil profond, noir, infini.

Je ressusciterai demain matin, presque frais et dispos pour affronter encore une nouvelle journée.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Donaldo75   
17/10/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai trouvé ce texte fort et très bien écrit; il y a de la force dans l'idée et l'écriture la soutient sans en faire des tonnes pour plonger le lecteur dans cet univers. Le format est court car il n'est nul besoin de rallonger l'histoire, c'est un instantané qui rend l'uchronie encore plus puissante, qui renforce l'aberration de la situation vue de notre fenêtre d'homo sapiens du début du vint-et-unième siècle alors que cette possibilité ne va pas à l'encontre de ce que nombre de sociétés de jeux essaient de nous vendre à travers des applications de réalité virtuelle.

Bravo !

   Perle-Hingaud   
18/10/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
J'ai été séduite peu à peu par ce texte, qui s'améliore au fur et à mesure, il me semble. En particulier, j'ai trouvé la fin percutante, bien fichue car elle n'en fait pas des tonnes mais dégage bien le sentiment du narrateur. Les références utilisées (périodes historiques, tableaux) sont évocatrices et donc utiles à installer l'atmosphère. Le sujet est n'est pas nouveau, mais je trouve cette interprétation intéressante et j'ai passé un bon moment de lecture. Merci !

   cherbiacuespe   
31/10/2022
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
J'avais lu en EL et je n'avais été ni convaincu, ni enthousiasmé. Pour être franc, rien de positif ne m'a inspiré dans cette histoire de pilier de bar. J'en suis assez vite sorti en me demandant pourquoi j'y étais entré. Quand même bien écrit, je ne me suis pas senti le droit de commenter et apprécier. L'angoisse de flinguer un texte qui pouvait plaire à d'autres a joué efficacement son rôle de bouclier. Je ne suis guère plus exalté maintenant. Ce sera pour une prochaine lecture, sûrement...

   Anonyme   
31/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Une nouvelle d’anticipation intéressante avec ces bars du futur et ses pillules multifonction qui montre une vision d’un avenir pas très réjouissante. L’idée et bonne et bien exécuté par contre je n’ai pas été super séduit par l’écriture mais ca les gouts en la matière c’est très subjectif. Bravo !

   Jemabi   
31/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai trouvé cette nouvelle fort agréable à lire. L'écriture simple et claire permet une description saisissante de l'atmosphère colorée qui règne dans ce bar du futur. Même si c'est le genre d'idées qu'on a l'impression d'avoir déjà lues ou vues dans des romans et des films de science-fiction, l'ensemble est parfaitement maîtrisé. .

   JohanSchneider   
31/10/2022
 a aimé ce texte 
Un peu
Sur une idée de départ vraiment bonne on se retrouve avec un récit qui se met vite à ronronner comme une mécanique bien huilée mais tournant à très bas régime.

Pourquoi avoir expédié en deux paragraphes l'idée des DuoBars au profit des états d'âme d'un narrateur dont on se fout un peu (de lui et de ses états d'âme pour tout dire) ?

C'est dommage.

   Messircule   
2/11/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bon, la science-fiction, c'est un kiff chez moi, donc de base, je suis client. J'aime l'idée du bar qui propose un compagnon de beuverie virtuel, celle de la pilule qui simule un suicide me questionne sur son utilité.

J'ai aimé lire ce court texte, mais je rejoins certains commentaires. J'attendais un événement, une réflexion, une idée, un quelque chose qui ne vient pas, où alors ce n'est pas assez appuyé pour donner du relief au texte.

Mais il faut faire de la S-F c'est un genre fantastique encore trop sous-estimé chez les francophones !

   Anonyme   
15/11/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Andre48,

Je vous offre mon avertissement d'usage concernant mon ton, involontaire et non dirigé contre vous, ceci étant fait...

Le titre est bien trouvé. Il est explicite sans trop en dévoiler mais donne une piste de lecture quand-même.

Le style est asse sympa. Fluide, un peu faussement brouillon, il donne une impression un peu onirique qui colle assez bien au thème. Par contre j'aurais aimé un peu plus de pêche. C'est un peu mou. Entendons-nous, ce n'est pas une critique, plutôt un constat, le thème s'y prête et disons que signifiant/signifié qui se rejoignent c'est toujours une bonne chose. Cependant (^^) j'aurais aimé une énergie un peu plus... marquée? Quelque chose qui me sorte de la torpeur.

Parfois aussi, des tournures qui me tarabustent : "J'aime faire partager mes impressions" par exemple. J'aurais été plus à l'aise avec "j'aime partager mes impressions". Le "faire" me plombe l'intention.

La répétition d'image, également dans le 3è paragraphe, après la phrase isolée. Sur un texte aussi court, où la répétition est déjà présente sur DuoBar (d'ailleurs, y a t'il une raison pour que parfois il soit écrit avec 2 majuscules - DB- et parfois une seule sur le D ?), une attention toute particulière aurait pu être portée à éviter les redondances inutiles. Cela dit, encore une fois, l'excuse de l'onirisme tient la route... gnagnagna... ce qui ne veut pas dire que ce soit réussi ou que l'effet soit agréable en lecture, en ce qui me concerne ce n'est pas le cas.

L'histoire en elle-même est avant-gardiste, d'anticipation, en tout cas on reste dans la science-fiction, même si on est pas loin.
J'ai pensé en vous lisant, à Strange Days (c'est un film des années 90, coécrit par James Cameron avec des acteurs sublimes, qui aborde le sujet des snuff movies par le biais d'un casque virtuel à se coller sur le cuir chevelu sous une perruque, et qui permet via un procédé rétinien de voir des images sous le point de vue de celui qui porte la caméra rétinienne - donc directement via ses yeux=> si vous ne l'avez pas vu je vous le conseille), ce qui a peut-être orienté ma lecture et du coup, orientée par le titre, je n'ai pas été surprise.
Ce qui m'ennuie un peu, mais je le vis bien ^^

J'aime l'idée du choix de rêve. J'aime l'idée de pouvoir se suicider dans le rêve et de passer une nuit "mortelle" jusqu'à ressusciter. Je pense que médicalement ça pourrait empêcher des gens de passer à l'acte, peut-être, c'est un sujet à développer plus longuement, à n'en pas douter.

Le sujet est triste au final, contrairement à ce que le titre laissait à présager.

Un texte perfectible, certes, mais assez agréable malgré tout.

Ravie de cette première lecture, au plaisir de vous relire.

   papipoete   
11/12/2022
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Andre48
Une virée en compagnie d'un amateur de bar, un pilier dont l'établissement doit soigner sa personne, au cas où il lui prendrait idée d'aller planquer ailleurs.
On y parle peu, et l'animation est plus que feutrée...
La soirée finie, tentation de s'endormir, et dormir dormir...
NB pas le moral notre noctambule, qui devant son lit " je m'endors pour de bon, ou bien je laisse poindre encore un jour ? allez, encore un matin ! j'aviserai le soir...
Cela dut trotter dans bien des têtes, les soirs de blues, les mois de désespoir...

   Tadiou   
15/12/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Court récit, percutant, au parfum de réalisme et d'authenticité, alors qu'on est en pleine science-fiction. Récit rendu glaçant par une écriture forte et sobre, aux mots très bien choisis.

De la belle ouvrage !

   Cyrill   
6/1/2023
trouve l'écriture
perfectible
et
aime bien
Bonjour André,
Je commence par les moins bon points : j’ai regretté des scories comme : « Tard, il est tard, à cette heure avancée de la nuit », puis à peine plus loin : « encore une soirée pénible avant une nuit affreuse » : où en est-on question avancement de la nuit ou soirée, difficile de se faire une idée avec ces répétitions. Dommage pour une phase introductive.
C’est compliqué d’expliquer par écrit les images virtuelles venant s’immiscer dans la réalité. Là, j’ai eu tout de même du mal à vous suivre et faire la part de la vision cocktail dans le tout lors de vos explications de départ, mais à l’usage, je veux dire par l’exemple, je vois bien de quoi il retourne. Est-ce moi qui suis dur de la comprenote, je ne sais. Le tableau me semble tout de même un peu confusément dépeint.
J’ai bien aimé cette idée cependant, et le Edward Hopper a fini par m’embarquer. J’ai été sensible à l’évocation de la solitude et de la froideur des échanges virtuels. L’ambiance est posée, désespérante à souhait. Dans un monde où rien n’est plus possible, tout est possible pour de faux.
Finalement, ces cocktails contiennent suffisamment d’alcool pour délirer sur des paysages ou des rencontres, pas vraiment besoin d’être connecté, me dis-je.
Arrivé à la pilule Somnix, j’ai pensé au Meilleur des mondes, du moins ce que je m’en rappelle.
Merci pour la lecture.


Oniris Copyright © 2007-2023