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Fantastique/Merveilleux
CeeM : Une clope
 Publié le 14/02/09  -  12 commentaires  -  7392 caractères  -  70 lectures    Autres textes du même auteur

"Je ne sais pas combien de temps j'ai dormi. J'ai froid. Ma main me met une cigarette au coin de la bouche. Je soupire. Je l'allume. Le paquet fait la gueule. Plus que cinq clopes avant le dernier.
Il est temps de commencer à entrapercevoir l'idée grotesque de sortir."


Une clope


L'air est lourd. Je sens venir la fin.

Je pense que je ne sais pas, que je ne sais rien.

Ou plus.


Cela fait des semaines que je ne suis pas sorti et soudain je ressens une peur énorme qui me grignote le fond du ventre comme un rat enragé ; et ça monte. Doucement. Tranquillement. Ça tente parfois de brèves incursions un peu plus haut, du côté de la gorge, mais je réussis à la maintenir au fond la plupart du temps. Je ne sais plus trop quoi faire. Je dors beaucoup. Je regarde le mur en face. Je regarde plus que je ne dors. Et je fume encore plus que je ne fais le reste.

Je coupe mes cigarettes en deux depuis quelques jours.

Malgré cela, je n’en ai plus que deux paquets.

J'ai été beaucoup trop optimiste. J'ai été stupide.


Je m'imagine que derrière mes volets clos le monde n'est que ruine, une mer de gravats.


Je ne devrais pas fumer tout de suite. Attendre un peu. Économiser.

Et puis merde ; à quoi bon ? Hein ? Économiser ! Quelle blague ! Tirez-moi une balle dans le genou immédiatement ; je n'économiserai pas... Je l'allume.

J'aspire. J'avale. Je recrache. Doucement, je joue. Je souris. Je les emmerde.


Le mur n'est pas bavard aujourd'hui. Il ne l'a jamais été. Je détourne les yeux.

Je regarde les volets. Ils sont vert rouille et ont l'air d'en baver.

Je m'approche de la fenêtre et prends la poignée. Je déglutis. Ma respiration devient saccadée.

Je devrais peut-être vérifier. Jeter un coup d'œil. Vite fait.

J'entrouvrirais les volets. Doucement. Je verrais… non.

J'écrase ma cigarette en retenant mon souffle. Une de moins. Je vais cacher le dernier paquet. On ne sait jamais.


Je retourne m'asseoir.

Mon lit se recroqueville et je me laisse tomber, m'enfonce et ouvre les yeux.

J'écoute les bruits environnants qui n'existent pas. Ou plus.

L'air pâlit. J'aimerais ne penser à rien.

Je voudrais me droguer.


*


Je ne sais pas combien de temps j'ai dormi. J'ai froid. Ma main me met une cigarette au coin de la bouche. Je soupire. Je l'allume. Le paquet fait la gueule. Plus que cinq clopes avant le dernier.

Il est temps de commencer à entrapercevoir l'idée grotesque de sortir.

Ou encore plus énorme. De ne plus fumer.

Bon.


La cigarette se consume avec de petits chuintements. L’air est humide. Poisseux. Ou bien c’est moi. Je me redresse, et salue le mur d’un hochement de tête. Ça me brûle au fond de la gorge et je regarde ma main et elle tressaille et apporte en cadence la cigarette à ma bouche et tout à coup je suis convaincu qu’elle ne m’appartient plus. La clope est terminée. Je garde la fumée dans mes poumons. Quelle saloperie ces cigarettes américaines. Ça se consume tout seul en moins de temps qu'il n'en faut pour les fumer !


Je ferme les yeux et j’essaie de comprendre le but de tout ça. Et puis dans le silence qui vrombit autour de moi, je perçois un son nouveau, inconnu, et soudainement je réalise que ça vient d’en bas. D’en dessous. Ça remue. Comme des pas qui lentement, gravissent les escaliers. Je regarde la porte qui se découpe sur le mur en face et je frissonne. Merde ! Qu'est-ce que c'est ?


*


Un autre être humain.

Il est grand, mince, presque maigre. Il ne dit rien. Depuis qu’il a ouvert la porte il reste immobile, debout au milieu de la pièce. Au beau milieu de ma pièce. Ça me fait drôle. Je me demande si je ne rêve pas, alors je me lève, doucement et m’approche comme un animal craintif et quand je touche son bras il y a un mélange de froid et de chaleur qui envahit ma main. Ok. Il existe donc. Je retourne m’asseoir et lui ne bouge pas. Il me suit des yeux. Le temps file autour de nous et ni l’un ni l’autre n’esquissons un geste.


*


Ça fait presque une heure que je l'observe et je ne sais quoi penser. Ou plutôt, je me refuse à penser.

J'ai peur. Il n'a pourtant pas l'air agressif, mais il regarde avec envie les mégots qui traînent partout dans la pièce. Et puis il y a quand même cette lueur qu'il a au fond des yeux. Comme de l’espoir.

C'est inquiétant. C’est… merde.


Un fumeur. Je veux bien tolérer sa présence, ou plutôt, faire comme s’il n’était pas là, mais il suit chacun de mes gestes avec ses yeux. Enfin, il y a un œil qui m’observe et l’autre qui insiste sur les mégots. Je fais comme si de rien n’était.

Mais tout à coup, sans que je la remarque, ma main fouille sous la couverture et en retire une clope qui vient se ficher au creux de mes lèvres. L’autre tressaille. Ses yeux pétillent et envoient des petits éclairs jaunâtres, pleins d’une maladie inconnue. Je sens son regard qui pèse sur ma cigarette. Comme un étau autour de ma tête. Le temps s’arrête.

Avec une infinie lenteur, son bras se tend petit à petit vers moi et ses yeux larmoient et il me supplie d’un grincement de dents et j’aurais presque pitié de lui. Ça y est. Nous y sommes. Il veut une clope.


L’air se remplit d’une attente insoutenable et je détourne les yeux et puis je me redresse tant que je peux, je me donne un air imposant. Du moins j’essaie.


« Je n’en ai plus ». C’est ce que je lui dis d’un geste de la tête. On ne plaisante pas avec ça. Chacun sa merde. Moi, j’ai rien demandé à personne quand il aurait fallu. C’est pas que je sois rancunier, non, mais je veux dire, qu’il fasse comme tout le monde.


Qu’il crève.


*


En sortant, l’air abattu, il m’a lancé un regard vide et ses jambes maigrelettes l’ont emporté.

Je suis tétanisé sur mon lit. Ce con a laissé la porte ouverte. Grande ouverte.


Un faible courant d’air hulule dans l’escalier et pénètre dans la pièce, chargé d’une odeur inconnue.

Ou plutôt, oubliée. Comme une odeur d’herbe fraîchement coupée. Ça remue pas mal de choses au fond de moi. Dans un effort terrible, je m’arrache à l’étreinte de mon lit et m’approche de la porte. Je ravale mes peurs et mes drames et manque de m’étouffer mais je parviens à me dresser sur le palier. Et là, dégueulant de la porte d’entrée de l’immeuble, une lueur dorée envahit le hall du rez-de-chaussée et remonte en rugissant les escaliers jusqu’à m’englober complètement. Je suis aveugle. Je crie. Je me débats et manque de tomber dans les escaliers. Et puis doucement je sens une chaleur caresser ma peau et m’envahir peu à peu. Je me calme. Je suis partagé entre la terreur et un sentiment nouveau. Presque comme de la joie. J’en reste bouche bée.


M’accrochant à la rampe comme un naufragé à un maigre bout de bois, je me laisse emporter et sans m’en rendre vraiment compte je me retrouve baigné de lumière, sur le seuil de la porte. J’ai du mal à appréhender ce qui se trouve au-delà. Mais ce dont je suis sûr, c’est que le soleil est de retour.

Et je n’ai qu’un pas à faire pour le rejoindre.

Je tremble. J’hésite. J’ai peur.

Je redresse la tête et plein de doute je souris à m’en arracher la mâchoire.


Et puis je fouille dans ma poche et je constate avec horreur que je n‘ai pas mes cigarettes. Je tousse, me gratte les yeux. J’ai une main qui fouille mes poches, prise de frénésie, et la peur qui me ronge, et soudainement ma jambe se soulève et sans même que je m’en rende compte, je suis dehors.

Dehors !


Alors le soleil m’éclate au visage et les odeurs se faufilent en moi et des rires me résonnent aux oreilles. Je suis irradié d’une douce chaleur.

Je pleure, je ris.

Je suis sorti.


Et ça promet d’être moche et merveilleux.


 
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   CitizenErased   
14/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai beaucoup aimé l'ambiance, la manière dont sont présentés le refus de sortir, le tête à tête muet, l"obsession pour les clopes... tout quoi !
Et la dernière phrase est très à mon gout.

Merci

   Anonyme   
14/2/2009
Ce qui est certain, c'est que les suppositions sont légion. Il est en prison ? A l'hôpital et "soigne" son cancer de la gorge ? Il est agoraphobe ? Il est le dernier survivant du grand séisme ? A moins qu'il ne soit en prison et condamné à mort ?
Je n'ai malheureusement pas compris la fin.
Trop de questions en suspend et de réponse pour aucune. C'est dommage car l'écriture est plaisante et fluide.
J'essaie de rattacher le contenu au titre... Avant d'entrer dans le texte et après quelques lignes je pensais à une apologie mi amère, mi ironique de la cigarette... non plus.
Je suis navrée, je n'ai pas tout compris.

   Yom   
14/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je pense que le "flou" est volontairement maintenu par l'auteur, et cela fait selon moi tout le charme du récit.
Qui est ce type ? Où vit-il ? Qui est l'autre personnage, celui qui lui rend visite ?
Le texte soulève davantage de questions qu'il n'apporte de réponses, et ce genre de démarche me séduit beaucoup !

Merci !

   Faolan   
14/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
La forme est globalement plaisante, une véritable ambiance se dégage de ce texte.

Ce qui suit m'a sauté aux yeux.

Quelques phrases sont assez longues avec trop de "et".

Exemple : Ça me brûle au fond de la gorge et je regarde ma main et elle tressaille et apporte en cadence la cigarette à ma bouche et tout à coup je suis convaincu qu’elle ne m’appartient plus.

Une précision qui n'a pas lieu d'être :

il suit chacun de mes gestes avec ses yeux

Le fond est assez nébuleux. A l'instar de coquillette, je n'ai pas compris...
Et habituellement, j'apprécie les textes où l'on ne comprend pas tout, ceux où l'auteur laisse matière à réflexion. Mais ici, je trouve que c'est trop.

Merci.

   Nongag   
15/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
L'ambiance est assez réussie. Maintenant, mon problème, je cherche l'histoire!!

Heu! Ça raconte quoi, au juste? Pas la moindre idée... Et où est le fantastique??? C'est même un peu frustrant, puisque c'est assez bien écrit dans l'ensemble et que cette ambiance, ce type avec ses cigarettes, j'ai embarqué, quoi...

Mais j'ai embarqué pour nulle part... Et ça c'est toujours décevant.

   jensairien   
15/2/2009
une vraie atmosphère mais des expressions pas toujours très bien venues - exemple, les volets qui en bavent (?) - j'écoute les bruits qui n'existent pas (?) - l'air palit (?)

par contre j'ai trouvé amusant, dans la description de cet univers clos, et je me demande si c'est voulu : "les volets vert rouille" (les volets verrouillent)

Sinon, c'est vrai que c'est un peu trop confus (même si cet univers informulé est voulu par l'auteur). Ils manquent des éléments sans doute pour que le lecteur ne soit pas tout à fait frustré à la fin par une histoire dont il ne comprend pas grand chose.

Je pense également que le second personnage de la nouvelle n'est pas forcement utile et ne sert pas cette histoire complètement claustrophobique.

   Anonyme   
15/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Je trouve l'idée pas mal... essayer de décrire de l'intérieur, comme une expérience "in vivo" l'addiction à la nicotine... Après, pour la forme, je reste sceptique...
Il y a quelques bonnes formules "le mur n'est pas bavard aujourd'hui" - "L'air palit", mais on en fait vite le tour, car la nouvelle est courte et sans véritable surprise.
Désolée, je n'ai pas été emportée plus que ça par votre histoire... mais il y a quelque chose à exploiter, car vous savez installer une ambiance, et ça c'est important, enfin... pour moi.

   liryc   
16/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bravo, j'ai bien aimé. Les contradictions intérieures sont dans tout le récit, sous de multiple forme sans saturer. Ca rend ton personnage intéressant.
Merci.

   Jedediah   
16/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'ambiance de ce texte est prenante, glauque et pesante... tout ce que j'aime !
Si certains ont pu être frustrés de ne pas saisir le contexte de l'histoire, pour ma part je respecte ce choix de l'auteur, car je pense que c'est aussi ce qui fait l'esprit de cette nouvelle.

Je souligne aussi les quelques lourdeurs de langage, en particulier les "et" trop répétitifs.

Au final, une belle histoire à la fin de laquelle toutes les hypothèses sont permises, qui étonnamment ne s'engage pas pour ou contre la cause de la clope...

Bravo !

   Anonyme   
23/8/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Une bonne maitrise du rythme permet à l'auteur de bien retranscrire l'état d'esprit du narrateur. CeeM, tu sembles avoir parfaitement assimilé l'art et la manière de poser un ambiance dans un texte, ce qui n'est pas rien, cependant l'ambiance ne fait pas tout. Et je ne peux m'empecher d'être déçu par une fin plus que vague. Certes le flou laissé sur le scénario est un parti pris intéressant, mais là cela relève presque du "vide". On aurait tout de même pu avoir droit à une vague description du paysage aperçu au dela du seuil de la porte.
"Alors le soleil m’éclate au visage et les odeurs se faufilent en moi et des rires me résonnent aux oreilles. Je suis irradié d’une douce chaleur. L'herbe s'abaisse sous le poids du vent, son vert éclatant tranchant avec le délabrement des habitations. Les maisons laissées à l'abandon ne sont plus que planches moisies et briques fissurées mais, baigné dans les rayons du soleil, l'insalubrité semble n'être qu'un mauvais rêve.
Je pleure, je ris.
Je suis sorti."
Bon c'est un exemple médiocre mais un exemple, j'aurais aimé non pas un réponse mais au moins un indice. Dommage car c'et un très bon texte.

   jaimme   
23/8/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
J'ai lu, globalement, avec plaisir, car fumeur je connais les affres des cigarettes que l'on compte...
Le style n'est pas désagréable, sans pour autant m'avoir vraiment plu.
Aux deux tiers je me disais: "tiens, en fait il est en enfer, le diable lui rend visite pour le torturer..." (mais fumer est-il un péché? Bref).
Et puis non, il sort, sans cigarette, dans une sorte de rédemption illuminée de celui qui a renoncé à fumer. Peut-être n'ai-je rien compris (et d'autres ont relevé le manque frustrant d'indices), mais si mon interprétation est la bonne, je trouve cette histoire "fumeuse" très moralisatrice. Et dans ce sens, non, je n'aime pas.

   Anonyme   
23/8/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Bien, autant te le dire d'emblée, j'ai lu les commentaires de mes prédécesseurs pour me faire une idée de ce qu'ils en avaient pensé et, surtout, quelle interprétation ils avaient proposée. La palme de l'originalité revient sans nul doute à Jaimme qui semble souffrir de ce terrible sentiment de culpabilité judéo-chrétien, mais ça se soigne, Jaimme, je t'assure ! (lol)
Bon, plaisanterie mise à part, moi j'y ai vu aussi une sorte de Tchernobyl auquel il aurait voulu survivre en s'enfermant, mais je dois m'être planté comme tout le monde. Mais l'ambiance est bien rendue, le style est honnête, mis à part quelques petites maladresses (la répétition des "et" déjà relevée. Je pense que c'est voulu, mais je suis pas sûr que ça serve ton récit). La "personnalisation" de la main m'a aussi plu moyen, une fois ça passe, mais quand tu remets ça et qu'ensuite la jambe aussi agit toute seule.... bof quoi, pas plus que ça, pour moi en tout cas.
Ce que j'aurais tendance à reprocher à ton récit, c'est en fait son inconsistance. J'ai bien compris que tu voulais rester dans le suggestif et très vague encore. C'est un choix que je respecte, mais du coup, ta petite dépendance à la nicotine parait terriblement anecdotique par rapport à l'événement que l'on pressent d'importance à l'extérieur. Je pense, mais c'est très personnel, que ton texte aurait gagné en épaisseur si tu avais un peu plus évoqué et précisé les raisons de cet enfermement. Je te dis ça, et en même temps, j'ai tendance aussi à pratiquer l'art de l'ellipse, donc...
Un travail intéressant, peut-être pas totalement abouti, mais qui donne envie de te suivre dans tes prochains récits.

   Anonyme   
20/2/2012
Commentaire modéré


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