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Sentimental/Romanesque
Corbac : Le Lotus pourpre (partie 2)
 Publié le 16/07/13  -  2 commentaires  -  31504 caractères  -  42 lectures    Autres textes du même auteur

Marguerite, courtisane âgée du Lotus pourpre, pensait vivre une soirée ordinaire. Un client fortuné, encore un ! Ce qu'elle ignore toutefois, c'est que celui-là est maréchal de France… et qu'elle l'a connu autrefois…
Une rencontre qui va de nouveau bouleverser leurs vies.


Le Lotus pourpre (partie 2)


Marguerite découvre, en cette froide soirée d'hiver, que le dernier client de la journée n'est autre que son ami d'enfance : le maréchal de France Gaspard de Cendrefief, qu'elle a connu autrefois sous le nom de Bâti ; un jeune garçon simple d'esprit, maltraité par ses semblables. Bien décidée à lui parler, Marguerite s'arrange pour passer la nuit avec lui.

La partie 1 :


http://www.oniris.be/nouvelle/corbac-le-lotus-pourpre-partie-1-3355.html


Je ne suis jamais parvenue à apprécier le Lotus pourpre. Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours souhaité partir. La nuit, à l'heure où règne le sommeil, je m'imagine réunir mes effets dans une besace, marcher à pas de velours jusqu'au seuil et, finalement, me retirer. Quelle délivrance ! Abandonner ce toit où notre personne fait l'objet d'un odieux marchandage ! Où nous luttons pour conserver les derniers vestiges de notre fierté ! Mais la question se pose : et après ? Je me réveille alors brutalement, tremblante, désespérée. Car voici la vérité, nue, horrible : si la pensée de tout quitter m'attire… elle me terrifie tout autant. Je déteste Marguerite, cette courtisane, ce rôle étouffant taillé par Augustus Nolier, comme une robe dans laquelle il me serait de plus en plus pénible de respirer. Mais si je ne suis plus elle, qui suis-je ? Que vais-je devenir ? Ces pensées m'effraient. Si les filles savaient, elles se gausseraient au point de s'en blesser les côtes. Elles qui m'appellent la dame au cœur de pierre, persuadées que la crainte n'a nulle emprise sur moi. Malgré mon dédain, les répliques acerbes dont je suis prodigue, je suis en réalité la plus lâche de toutes !


Les cœurs les plus durs sont parfois les plus fragiles, à la moindre fissure, ils se brisent avec une facilité déconcertante…


Avec le temps, je me suis résignée. Mes fantasmes de liberté se sont doucement éteints. J'allais rester Marguerite jusqu'à la fin de mes jours et périr ainsi.


Mais aujourd'hui…


Aujourd'hui, tout est différent.


Pour la première fois en vingt ans, je mets ma place ici, dans la maison, en danger.


Et tandis que je sens cette robe qui m'étouffe se déchirer, lambeau par lambeau, je m'interroge.


Pourquoi ?


Pourquoi menacer Dulcinea ? Pourquoi tant chercher à passer la nuit avec Bâti ? Je ne suis pas amoureuse de lui, je ne crois d'ailleurs plus à cette fable, l'amour, depuis bien longtemps. Et je n'ai pas non plus l'intention de lui offrir mon entrecuisse…


Alors pourquoi ?


Je l'ignore. Et pourtant, cela ne m'empêche pas de continuer, de me diriger vers Bâti, cet enfant naïf, ce maréchal de France grisonnant, pour l'entraîner jusqu'à ma chambre.


Tel un soldat chargeant vaillamment l'ennemi, quant bien même saurait-il ne pas devoir y survivre…


Le temps s'est montré charitable envers Margot. Étrange caprice du destin, il a transformé le mensonge en réalité. La jeune fille est devenue une véritable servante et a gagné le droit de loger au château. Cela s'est produit en douceur, progressivement. On a commencé par lui confier des tâches anodines, une lettre à transmettre, un coin de carrelage à nettoyer – des travaux bien modestes, livrés à ses soins pour avoir été présente au bon endroit et au bon moment. Et puis elle s'est familiarisée avec le personnel domestique. Les lunes se sont succédé et avant même de s'en rendre compte, elle prenait ses consignes chaque matin avec les autres domestiques.


Plus tard, Margot déduirait qu'elle n'avait en réalité trompé personne. On avait su qui elle était, on l'avait testée, puis devant les bons résultats fournis, on l'avait acceptée.


Mais ça, ce sera bien des années après. Aujourd'hui la roturière s'estime juste dotée d'une chance insolente.


Margot se sent à présent acceptée. Elle possède un lit où dormir, une assiette dans laquelle manger et plus important, bien plus important, elle se redécouvre un droit qu'elle pensait avoir égaré : celui d'exister. Oyez, oyez, Margot quitte son manteau de spectre et s'affiche devant tous ! Une métamorphose spectaculaire s'est ensuivie ; la triste vagabonde est devenue une jeune femme séduisante, au sourire resplendissant et aux fossettes délicieuses.


Hélas, ce bonheur s'avère être bien éphémère. Un après-midi ensoleillé de juillet, alors que tout semble paisible, le rêve se brise. Hasard ou fatalité ? Ce jour est similaire à celui où Bâti et Margot sont devenus amis. La servante retourne au château avec deux de ses camarades, elles ont passé l'après-midi à nettoyer les draps à la rivière. Elles franchissent la porte principale, saluant les gardes, échangeant sitôt qu'ils ne sont plus à portée d'oreille des plaisanteries visant à déterminer laquelle de ces sentinelles a la mine la plus avenante.


Une dizaine de personnes se tient dans le jardin central. Ce seul fait est déjà singulier : il est près de dix-huit heures, on aurait dû normalement n'y compter qu'une ou deux âmes. Plus inquiétant, il se dégage du groupe une humeur sinistre et grave. Ils discutent à voix basse, se dévisagent furtivement, comme s'ils craignaient qu'on puisse apercevoir – quoi ? Leur dégoût ? Leur colère ? Leur indifférence ? Au milieu de cette troupe, un homme est allongé. Margot n'est pas assez proche pour déterminer son identité, elle déduit néanmoins à ses effets onéreux qu'il est de haute naissance. Un mince ruisseau écarlate s'écoule le long de son cou et forme une flaque sur le sol.


Margot s'avance machinalement, son esprit peine à appréhender l'horrible scène jouée devant elle. Un médecin apparaît, sa robe pourpre et soyeuse effleure le liquide sombre tandis qu'il s'agenouille pour examiner le blessé, accomplissant une série de gestes à la signification obscure. La servante constate, fascinée, combien la teinte de sa robe est semblable à celle du sang, si proche que les deux frontières semblent se confondre. Le savant se tourne alors vers la petite foule et secoue la tête dans un mouvement attristé.


Comment sait-on où est le nord ? En suivant la direction d'une aiguille sur une boussole. Comment Margot devine-t-elle où est Bâti ? En suivant la direction dans laquelle tous évitent de regarder…


Le damoiseau est là, assis sur un banc, face au soleil.


Margot se précipite, abandonnant ses deux compagnes pour le rejoindre. Elle a déjà compris.


– Bâti ? Bâti tu vas bien ? Que s'est-il passé ?


Le jeune homme la scrute, les traits hagards. Incapable de se contenir plus longtemps, Margot le secoue rudement.


– Réveille-toi gros balourd !


Le voile nuageux qui assombrit l'esprit de l'héritier se dissipe.


– Margot ?

– Bâti, raconte-moi, qu'est-il arrivé ?

– Théodore. Théodore plus bougé. Il refuse de se relever. Je lui ai dit, je lui ai demandé, mais il ne veut pas…


Les mots sortent de sa bouche sans aucune émotion. Si une pierre pouvait s'exprimer, pensera Margot plus tard, elle l'aurait fait de cette façon…


– Théodore ? C'est lui le… – elle se retient pour ne pas dire « mort » – le blessé ?


Le gros aristocrate hoche la tête. Il sait parfaitement ce qu'elle s'est apprêtée à formuler, elle en a l'intuition. Il n'est pas stupide. Il raisonne différemment, mais le croire idiot serait une erreur.


– Bâti, je veux que tu réfléchisses bien avant de répondre. Théodore, est-ce que c'est toi qui lui as fait ça ?

– Théodore attaqué Bâti. Bâti répondre fort. Très très fort. Théodore plus bougé depuis.


La domestique sent un goût âcre et répugnant se loger au fond de sa gorge. Elle a déjà aperçu Théodore à une ou deux reprises. C'est – c'était – un jeune homme de son âge, un petit noble de province au physique avantageux. Elle conserve un souvenir particulièrement vif du jour où, six mois plus tôt, il lui avait adressé une révérence exagérée, aussi espiègle que charmeuse, en la croisant dans un corridor. Il était de notoriété publique, au château, qu'il ne les réservait qu'aux plus jolies filles du domaine. À l'idée d'en faire partie, Margot s'était sentie pousser des ailes – ses camarades de chambre avaient même prétendu la voir sourire bêtement une semaine entière ! Elle ne sourit plus du tout à présent. Au contraire, elle fait des efforts considérables pour ne pas régurgiter son dernier repas. Elle repense à Théodore, à ses vêtements aux couleurs criardes et aux coupes ridicules. Un aristocrate comme les autres, imbu de sa personne, stupide au possible, qui voulait être au centre de toutes les attentions. Ses yeux s'attardent sur la robe du médecin, des gouttes de sang perlent le long de sa robe et trempent les graviers blancs à ses pieds. Une envie brève, mais puissante, comme un éclair qui frappe le ciel et l'illumine, la pousse à tourner le dos et à fuir ce tableau.


– Ça va aller, se force-t-elle à dire. Tu ne l'as pas voulu, je suis sûr que tu ne l'as pas voulu. Dis que tu regrettes, que c'est un accident…

– Regretter ?


Un rire juvénile, frais, lui échappe.


– Bâti se sent pas coupable, s'exclame-t-il, Bâti est heureux ! Père va être fier !


Et il s'esclaffe, tout à son aise. Le malaise ressenti par Margot s'accentue. Elle recule, incapable de reconnaître son ami. Ses ongles et ses doigts sont souillés par le sang de Théodore. Ses cheveux défaits encadrent son cou, telle la crinière d'un fauve. Il a tué un homme, réalise avec difficulté la servante. Il a tué un homme et malgré ça, une joie sauvage, féroce, l'habite. Qui est-il ? Elle a la sensation d'avoir devant elle un étranger. Non, il lui faut se reprendre, le ramener à la raison. Parce qu'il lui fait peur, mais surtout parce qu'elle a la certitude, si elle n'agit pas immédiatement, d'être condamnée à perdre définitivement son ami.


– Bâti, il ne faut pas… Tu ne dois surtout pas recommencer. Ce n'est pas bien !

– Pourquoi ? Ils sont tous méchants avec moi.

– Tu ne peux pas… Tu ne peux pas tuer comme ça ! Regarde autour de toi, s'écrie-t-elle en désignant la foule. Ils ont la frousse, tu ne le vois pas ? Tu as blessé quelqu'un et tu n'en éprouves aucun remords, tu effraies tout le monde ! Je sais que tu n'es pas méchant, Bâti, mais si tu ne comprends pas le mal que tu as commis, si tu recommences, tu finiras sans ami, détesté de tous !

– Je crois que ça suffit.


Une voix sévère tranche net le plaidoyer de la jeune femme. L'homme qui est intervenu ressemble à Bâti, mais en plus mature et hautain. Il est vêtu sobrement : une tunique blanche dotée de fines enjolivures et des chausses noires. Il affiche toutefois une arrogance si grande, une morgue si agressive que Margot ressent l'envie irrésistible de se rouler en boule. Une impulsion guidée non pas par le respect, mais par la crainte, car tout chez cet homme indique un pouvoir capable de l'anéantir aisément. Jamais Margot ne s'est sentie aussi intimidée.


Il faut dire qu'en deux ans, c'est la première fois qu'elle rencontre le duc de Cendrefief.


– Gaspard, rentre à la maison, continue le noble.

– Papa, j'ai fait ce que tu m'as dit papa, me suis battu, j'ai été fort !


L'attention du seigneur dérive vers le cadavre. Des gardes, ceux croisés plus tôt par Margot et ses amies, l'ont saisi pour le transporter sans délicatesse en dehors de la cour. Un intense écœurement transparaît sur le visage du duc. Son attention se porte sur son héritier. L'écœurement se mêle à une haine terrible. Margot comprend alors que, quoi qu'il fasse, Bâti ne recevra jamais l'amour de son père. Jamais. Tout au plus pouvait-il espérer devenir un outil utile pour lui ; c'était là l'unique – et piètre – relation possible entre ces deux êtres humains.


Le maître du domaine fixe son fils un court moment, puis effectuant un effort visible, du moins visible pour Margot, il se forge un masque doux et calme.


– Tu as bien fait, dit-il à Bâti, c'est très bien.


À ces mots, un contentement absolu illumine l'héritier aux mains encore écarlates. De toute évidence, il n'a pas remarqué le dégoût affiché plus tôt par son père. Ou choisi de ne pas le remarquer… Margot comprend avoir perdu la partie. Bâti voue une admiration sans limite à son géniteur. Quoi qu'elle dise, quoi qu'elle fasse, il restera fidèle à ses consignes. Qu'il lui ordonne d'assassiner la totalité du château et la tâche sera probablement effectuée prestement ! Son serpent putride de père est suffisamment influent pour s'en tirer quoi qu'il advienne. C'est ainsi avec les nobles, saisit-elle, ils se permettent tout et échappent ensuite à la justice grâce à leurs écus.


– Je crois qu'il est temps de rentrer, ne crois-tu pas ? demande le duc.


Bati acquiesce, ravi. Il n'a pas fait trois pas qu'il débute déjà un récit enthousiaste, décrivant avec détail sa lutte avec Théodore. Son père le coupe gentiment :


– Avant de partir, n'oublie pas de saluer ton amie.


Bâti se retourne. La roturière voit comme une étincelle de honte briller au fond de ses pupilles.


Parce qu'il l'a oubliée ? Ou parce qu'il se rend compte, au fond de lui, avoir pactisé avec le diable ?


– En revoir Margot, dit-il, s'appliquant excessivement, comme à son habitude, à bien articuler son prénom.

– En revoir Bâti.


Puis ce drôle de bonhomme se retourne et s'en va. Avant de lui emboîter le pas, le duc s'arrête et la contemple froidement. Il ne prononce pas une parole. Ce n'est pas nécessaire. Margot comprend le message : son séjour au château prend fin dès aujourd'hui.


– Marguerite est l'une de nos meilleures filles, s'exclame Augustus Nolier à mon arrivée, vous serez tout aussi satisfait avec elle, je vous le garantis.


Puis, se tournant vers moi :


– Madame, je vous présente Henri de l'Obrun, lieutenant et secrétaire du maréchal Gaspard.


J'échange une salutation courtoise avec le soldat pour l'oublier aussitôt. C'est Bâti qui m'intéresse, pas sa nounou.


– Monseigneur Henri de l'Obrun, reprend le tenancier, est à la recherche d'une courtisane pour monseigneur Gaspard, duc de Cendrefief et maréchal de France. Tous deux reviennent de Flandre, où ils ont eu l'honneur de combattre. Je compte sur toi pour montrer qu'ici, au Lotus pourpre, nous savons accueillir les héros qui luttent pour la patrie.


Je hoche la tête, image même de la femme docile et soumise, alors qu'intérieurement, je me retiens à grande peine pour ne pas éclater de rire. Quelle bêtise ne faut-il pas entendre ! Je connais suffisamment le tenancier pour savoir qu'il se soucie autant de la patrie que moi de ma première rossée. Nolier n'est fidèle qu'à deux choses : l'argent et la violence.


J'esquisse un mouvement pour me retirer. Soudain, le garde de Bâti, le lieutenant, s'approche et empoigne fermement mon poignet. J'ouvre la bouche pour protester, il me coupe alors la parole et murmure avec autorité, si bas que même le contremaître n'entend pas :


– Quoi qu'il arrive, ne le contrariez pas. Soumettez-vous et tout ira bien !

– Monseigneur, vous me faites mal !

– Ceci est un avertissement femme ! Montrez-vous douce et agréable quelles que soit ses actions ! S'il est mécontent, vous en pâtirez !


Le message a le mérite d'être clair. Pour la première fois, je prête attention au soldat. Grand, maigrichon, il a un visage en forme d'ovale, décoré par une fine moustache brune. Je soupçonne les trois poils sur son menton d'avoir pour but de cacher son air juvénile, car oui, je le constate, celui qui me met ainsi en garde a quitté très récemment le sein de sa mère. Tout juste si mon instinct maternel ne s'éveille pas pour lui confisquer son sabre, de crainte qu'il ne se blesse…


Il doit avoir dans les seize ans. Comment peut-on avoir autant de morgue à cet âge ? Non, il y a plus… Derrière ses airs supérieurs il y a… De la peur ? Oui, c'est cela, de la peur. Mais de qui ? De moi ? On produit parfois une fascination étrange, nous les courtisanes, chez ces jeunes gaillards pas encore dégourdis. Non, je remarque un bleu sur sa joue, caché habilement derrière une touche de maquillage. J'en ai moi-même masqué suffisamment pour ne pas me laisser abuser.

« S'il est mécontent, vous en pâtirez », m'a-t-il dit. Se pourrait-il qu'il en ait fait lui-même l'expérience ?


Le secrétaire, dans son uniforme bien propret, continue :


– Le roi prête une attention particulière au bien-être du maréchal. Qu'il revienne satisfait et la récompense sera bonne. Dans le cas contraire, sachez que vous aurez déplu à des gens puissants dont l'opinion compte…


Il me dévisage intensément, attendant. Comprenant qu'il ne me libérera pas sans une maudite réponse de ma part, je rétorque, les dents serrées, mes paroles vibrant d'une fureur contenue :


– Merci bien, je tâcherai d'appliquer votre conseil.


Satisfait, il cesse d'étreindre mon poignet et recule légèrement, son attitude fière nullement écorchée par mon mécontentement. J'adresse une moue indignée au grand patron. Ce pleutre détourne la tête. La somme convenue entre ces deux- là doit être bien coquette. D'ordinaire, il n'apprécie pas qu'on chatouille ainsi sa marchandise en public. Je m'éloigne, plus outragée qu'intimidée. Non mais de quoi ce môme orgueilleux se mêle-t-il ? Vais-je lui indiquer comment jouer de son fleuret ? Non ! Alors pourquoi ne me rend-il pas la pareille !


Et puis honnêtement, le roi, rien que ça ? D'accord, je soupçonnais bien que Bâti n'était pas venu ici de lui-même. Si les ragots sont véridiques, il ne peut pas mettre ses bottes sans réclamer des renforts, alors organiser une sortie dans un lupanar… Mais Sa Majesté en personne ? J'imagine l'élu divin, sur son trône, la couronne sur le haut du crâne, donnant des ordres pour qu'on punisse la catin qui viendrait à déplaire à ses sujets. Eh bien, notre bon roi a de grandes et nobles préoccupations, c'est bon à savoir ! Oh et puis inutile d'y songer ! L'autorité dont j'ai à m'inquiéter, c'est celle de Nolier. C'est lui qui me rendra méconnaissable si mon affaire avec le maréchal Gaspard tourne au vinaigre. Pour le reste, le noble peut avoir été envoyé par le pape, je m'en contrefiche !


Avec dédain, j'ignore le lieutenant et ses conseils hautains et fais signe à Bâti de me suivre. Nous quittons la pièce d'accueil pour aller à l'étage.


Nous évoluons parmi les couloirs étroits du Lotus. Différents bruits s'élèvent des portes jonchées sur notre passage. Il y a des gémissements et des rires, il y a des insultes et des cris. Je n'y prête qu'une distraite attention. À la longue, cette transpiration sonore m'est devenue familière ; cette mélodie, je l'entends chaque soir depuis plus de vingt ans. Au début, elle me répugnait. À présent je l'apprécie, à ma façon, comme une vielle tante malade dont on aime le mordant et la méchanceté. Derrière ces portes, c'est la vie qu'on peut entendre, à la fois belle et malsaine, avide et généreuse.


Nous entrons dans ma chambre. La porte se referme et nous assomme d'un calme bienheureux. Le claquement métallique du verrou sonne comme une promesse, celle de ne pas être dérangés, d'avoir la prochaine heure à nous et rien qu'à nous. La lumière diffuse des bougies caresse nos profils. Il ne reste plus que lui, moi, deux meubles misérables et un silence digne d'un mausolée.


Une bouteille de vin est posée sur la commode, une des plus vieilles de Nolier. J'ignore comment cette fripouille a pu la livrer avant notre arrivée, je m'en réjouis toutefois. Je m'assois sur le lit et invite l'aristocrate à m'imiter. Il reste debout, devant la porte, le visage inexpressif.


– Monseigneur souhaite-t-il un verre de vin ?


Bâti demeure muet, sa stature puissante figée dans un garde-à-vous solennel. Il n'a plus cette expression enfantine aperçue durant les négociations. Ses traits, à la lumière des flammes, sont graves et impassibles.


Il n'existe guère de règle pour guider un client jusqu'à son lit. Ils sont tous si différents… On en trouve des nerveux, ceux-là mettent des heures avant de passer à l'acte, nous assommant d'un bavardage incessant afin de reculer l'échéance. Il y a aussi les pressés, eux ont déjà les chausses sur les souliers avant même qu'on ait pu articuler une syllabe. On s'adapte, que peut-on faire d'autre ? C'est une danse à laquelle participent la courtisane et son amant, une valse dont on invente les pas à mesure qu'on les exécute.


Le problème ici, c'est que je ne sais pas par où commencer… La vérité ? « Désolée, je ne souhaite pas coucher avec vous, juste discuter du bon vieux temps » ?


Ou peut-être : « Rappelez-vous qui je suis ! Je souhaite qu'au moins une personne se souvienne avoir vu en moi autre chose que Marguerite, la putain à la langue acérée ! »


Qui sait ? Il pourrait en rire. N'est-ce pas le genre d'anecdote dont on se régale ? Je croyais avoir face à moi une simple courtisane et, surprise, c'était en réalité ma bonne amie Margot !


Oui… Enfin, à voir sa mine sinistre, mon invité et l'humour habitent des pays bien différents – et probablement en guerre.


Je refais une tentative :


– Le vin est bon vous savez ? Vous avez tort de vous priver.


Toujours ce silence. Je commence à me sentir mal à l'aise. D'ordinaire, j'apprécie les clients qui savent se faire sages ; c'est toujours préférable au bavardage insipide de certains. Mais cette tranquillité-là, elle me donne des frissons dans le dos. Cette façon qu'il a de m'observer… Il me semble avoir devant moi la figure grave d'un bourreau, sur le point d'exécuter son œuvre implacable sur l'échafaud. « S'il est mécontent, vous en pâtirez », avait clamé le garde. Imbécile ! Je suis bien placée pour savoir combien il peut se montrer dangereux ! Des années se sont écoulées, mais j'ai toujours en mémoire le meurtre de Théodore !


Je me sers un verre et l'avale d'un trait. Du gâchis, un cru pareil mériterait d'être savouré. Je m'écris, la voix chargée de fiel :


– Pourquoi sceller ainsi vos lèvres ? Vous ai-je déplu d'une quelconque façon ? Si vous le souhaitez, je peux avertir monseigneur Nolier que vous en désirez une autre !


J'avais espéré le voir réagir. Eh bien non, il reste impassible ! Allons-nous passer la nuit ainsi, sans nous parler ? Je commence à le penser… C'est alors, quand j'ai abandonné tout espoir de le voir s'animer, qu'il accède à ma requête et entrouvre la bouche. C'est plus fort que moi, un faible glapissement m'échappe. Malgré la semi-obscurité, on distingue sans peine le moignon présent à la place de sa langue.


Je déglutis avec effort.


– Qui et pourquoi ? parvins-je à articuler avec difficulté.


Bâti montre son blason.


Trois fleurs de lys d'or sur un fond azur. Les armoiries du roi.


Il reste la question du pourquoi, mais là, je peux deviner. Bâti a beau être un combattant hors pair, cela ne le rend pas pour autant apte à commander une armée. Je me suis souvent interrogée : comment un simple d'esprit a-t-il pu obtenir un rôle si important dans l'armée royale ? Maintenant je sais. Il n'est responsable de rien. C'est un homme de paille, un pantin. Ses prouesses guerrières sont réputées dans le royaume, sa présence donne courage aux troupes et emplit de couardise ses ennemis. Le roi le voulait, mais son handicap le gênait. Il l'avait donc voulu le moins apparent possible. La solution adoptée était aussi simple qu'efficace. Muet, il pouvait jouer son rôle à la perfection. Peu de risque qu'il donne des ordres et gâche une bataille, en effet. Les affaires de stratégies et de disciplines étaient probablement administrées par ses conseillers militaires, les véritables maîtres de son armée…


L'imposture avait fini par être dévoilée, bien sûr. Il était impossible de cacher son infirmité éternellement… Les rumeurs vont maintenant bon train dans les rues – et je n'ose imaginer ce qu'il en est à la Cour, où les langues sont aussi tranchantes que des épées.


Mais quelle importance, il se fait vieux, il aura bientôt rempli son office…


– Je suis désolée, dis-je.


Un rictus amer plisse les coins de sa bouche. Apparemment, la pitié n'est pas un don dont il apprécie la saveur. Je ne vais pas le lui reprocher, je suis constituée d'un bois identique.


Soudain, il s'avance vers moi. Ses poings sont serrés, sa démarche agressive.


– Attendez, qu'est-ce que…


Sans un mot, il me renverse sur le lit, sa main gigantesque m'enserre le cou.


– Bâ…


Je tente de l'appeler. Inutile, ma gorge comprimée empêche la naissance de ma supplique. De toute façon, mon agresseur ne semble guère être dans de bonnes dispositions pour écouter. À ses gestes brutaux, hardis, je devine avoir cessé d'exister à ses yeux en tant qu'être humain. Pour lui, je ne suis plus qu'un outil destiné à satisfaire ses désirs. Dans un suintement atroce, il tire son fleuret hors du fourreau, une lame nue de tout ornement, si modeste qu'elle n'en paraît que plus meurtrière. Son arête glacée commence à fendre ma robe.


Je me débats, j'essaie de le repousser. La réponse ne se fait pas attendre : la garde métallique de son arme s'enfonce violement dans mon estomac. La douleur me force à me recroqueviller, haletante, gémissante.


Un flot de questions me traverse l'esprit. Comment peut-il me faire ça ? À moi ? Qu'est-il devenu, un animal ? Et comment a-t-on pu en arriver là ? Non, celle-là, j'en connais déjà la réponse : je me suis conduite en parfaite idiote ! Malgré le temps passé, malgré les avertissements du secrétaire, j'ai refusé de voir en Bâti autre chose que l'ami d'autrefois.


J'étouffe un sanglot.


Un sanglot rageur.


Jamais je n'ai été aussi bouleversée, déchaînée, furieuse. La colère ressentie plus tôt face à Dulcinea n'était que de timides braises, à présent vient l'incendie !


Car je ne suis pas n'importe qui ! Je suis Marguerite, la dame de pierre, celle dont le cœur est constitué de granit ! Les filles m'ont couronnée de cette réputation, dos au mur, vais-je me morfondre et sombrer dans l'angoisse ? Non ! Hors de question ! Si j'ai retenu une leçon, c'est bien celle-ci : lorsque le destin s'acharne, il n'y a pas de preux chevalier blanc pour intervenir et vous sauver. Il est plus occupé à courir les bordels qu'à se soucier des demoiselles en détresse ! La vérité, c'est qu'il n'y a pour vous tirer d'affaire que votre colère, votre haine. Vous savez ? Ce tigre qui se terre dans un repli de votre conscience ! Et ce qu'il me dit, ce carnivore qui s'éveille, ce qu'il me murmure, c'est que je ne coucherai pas avec Bâti. Pas dans cette chambre, pas sous la menace de cette lame. J'en sortirais l'âme dépecée, anéantie !


Mes mains volent jusqu'à l'épée de mon agresseur. Pas par le manche, la tentative aurait été vaine. La lame, j'attrape la lame avec la paume nue de mes mains. La surprise de Bâti est totale. Eh oui mon grand, tu ne pensais pas être l'unique animal enragé du coin ? Je lui arrache sa rapière et la jette au loin. Le court répit ainsi obtenu a un prix. Un liquide chaud ruisselle le long de mon bras. Qu'importe, j'ai gagné mon pari : Bâti est déstabilisé. J'en profite pour dégager la poigne qui m'enserre la gorge. Puisant dans mes ultimes réserves, je hurle :


– Bâti, c'est moi Margot, arrête immédiatement !


Il se fige aussitôt.


J'engloutis l'air par saccades, mes inspirations si lourdes qu'elles semblent appartenir à un géant.


Batî reste immobile, son corps suspendu au-dessus du mien. Puis son masque féroce tombe. Soudain, il n'est plus cette brute agissant pour assouvir ses désirs. Ses traits s'adoucissent, l'iris vert de ses yeux s'éclaire. Pour la première fois, je reconnais en lui le petit garçon grassouillet qui s'épouvante d'un rien, d'un souffle, d'une goutte, d'une poussière.


Sa bouche articule silencieusement un nom. Margot.


Un sourire plein de candeur apparaît alors sur sa face couverte de cicatrices. Il paraît y éprouver des difficultés ; comme si le monde et ce sourire ne se connaissaient plus. C'est étrange… Malgré ce qu'il vient de faire, malgré la brutalité dont il a fait usage, tout son être respire à présent l'innocence. Pour n'importe qui, le blesser s'apparenterait à un crime horrible…


Et puis quoi encore !


Je lui retourne son air engageant et tâtonne, l'air de rien, pour saisir la bouteille de vin sur la commode. Je l'ai ! Sans hésiter, je l'écrase de toutes mes forces sur le crâne de monseigneur Gaspard de Cendrefief.


Un bruit de verre brisé résonne dans la pièce. Bâti me contemple avec stupeur, puis s'effondre lourdement.


Je reste un long moment allongée sur le lit. Je reprends progressivement mes esprits et réalise deux choses : la première, je suis dans un beau pétrin. La deuxième, c'est que malgré cette situation effroyable, une énergie explosive pulse dans mes veines. Là, maintenant, je me sens capable de défier au sabre l'armée de France au grand complet !


Un élancement aigu à la main droite attire mon attention. La bouteille de vin brisée est encore emprisonnée par mes doigts tachés de sang. Je la relâche et inspecte la large fissure rouge. La blessure est heureusement sans gravité. Je prends un mouchoir en soie. Sa douceur, en cet instant, est comparable aux pétales de la fleur dont je porte le nom. Je le serre contre ma plaie et étouffe l'écoulement du liquide poisseux.


Je scrute alors mon compagnon endormi. Il paraît bel et bien assommé – et pour un bon moment, si je dois me fier à son souffle profond.


Il a l'air si calme à présent… Malgré moi, je sens mon humeur s'adoucir. Je pourrais presque nous imaginer tous deux tel un couple banal, nous reposant après une dure journée de labeur. Drôle de pensée, surtout envers son agresseur… Est-ce que je ressens de la pitié à son égard ? Non. Bon d'accord, peut-être un soupçon… Je suis comme tout le monde, il m'arrive de faire preuve de faiblesse. Le bougre a été envoyé à la guerre dès ses quinze ans. Son père espérait sans doute qu'il y rencontrerait une mort bien propre, sans déshonneur pour sa famille. Manque de chance, sa progéniture avait survécu et obtenu à la place la gloire. Son grand dadais de fils n'était peut-être pas fin ; quand il s'agissait de fracasser du fantassin, il savait toutefois s'y prendre ! Facétie du destin, des décennies plus tard, une vague de petite variole frappa le domaine du duc et l'emporta lui, sa femme et ses deux puînés. En envoyant Bâti sur les champs de batailles, son père lui avait vraisemblablement sauvé la vie… Et voilà pour son histoire. L'affection d'une mère, le soutien d'un père, la tendresse d'une épouse, ces sentiments-là lui sont étrangers. Il ne pleurera jamais sur son sort, il n'a pas conscience du caractère tragique qu'a son existence. Alors autant le plaindre, même brièvement, puisque personne, pas même lui-même, ne le fera à ma place…


Je me redresse. Et moi alors ?


Je m'apitoie sur Bâti et son histoire terrible. La mienne n'est cependant guère mieux.


Hier, j'étais une belle courtisane à la langue indomptable, aujourd'hui, je suis la brebis galeuse de la maison, celle dont on cache les rides et chez qui le verbe acide n'inspire plus que des grincements de dents. Un jour prochain, je le sais, je disparaîtrai du Lotus et personne ne s'en étonnera.


Et peut-être plus tôt que je ne le pense ! Lorsque Nolier découvrira la chambre ravagée, le maréchal Gaspard, l'un des plus puissants personnages de France, évanoui au milieu de mes draps, il ne me chassera pas non, il me tuera !


Je désespère ainsi sur mon futur tragique, lorsqu'elle me vient à l'esprit. Une idée folle, irrésistible, d'une drôlerie désarmante.


J'allais m'enfuir et sauver le maréchal.


J'allais enlever Bâti de force et l'emmener loin d'ici.


 
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   socque   
16/7/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Je persiste à penser que ce récit pèche côté cohérence. Pour la nomination du duc débile au poste de maréchal de France : il est si prodigieux comme combattant que la piétaille l'exigerait ? Depuis quand se préoccupe-t-on des aspirations des fantassins ? Et même, à supposer que, était-il vraiment nécessaire d'élever Bâti au plus haut grade existant ? D'autant que, si j'ai bien suivi, toute sa famille est morte peu de temps après son envoi dans les Flandres : sans aucun soutien, comment un débile aurait-il pu décrocher un tel honneur ?
Non, vraiment pour moi cela ne colle pas, pas plus d'ailleurs que le fait de voir une courtisane, qui passe son temps au bordel à se faire violer et recevoir des roustes, rassembler la force nécessaire pour arracher à mains nues une épée à un combattant aussi exceptionnel qu'est Bâti. L'effet de surprise, oui, bon ; il a quand même bon dos.

Par ailleurs, le fait que Bâti ait tué un autre noble ne va pas bien avec l'indifférence du père qui le méprise déjà. Un serviteur, je ne dis pas, on s'en fiche. Mais un sang-bleu, ça risquait de faire des vagues, non ?

Un détail supplémentaire : l'emploi du mot "fantasme" dans l'esprit de Marguerite ("Mes fantasmes de liberté se sont doucement éteints.") m'a étonnée. Si, en vieux français, c'est une forme de "fantosme", j'ai bien l'impression qu'il est ici employé dans le sens psychanalytique qui, selon les vagues vérifications que j'ai effectuées sur Internet, n'est pas attesté avant le vingtième siècle. Je suis d'accord, c'est un détail, mais pour moi ça "casse" l'ambiance un peu plus.

Mon impression est que vous avez trop voulu condenser ; pourtant, avec trois parties de plus de trente mille caractères, la longueur ne vous fait pas peur, si ? À mes yeux, le contexte est mis en place trop hâtivement, vous ne faites pas suffisamment d'efforts pour apurer ce qui m'apparaît comme des ficelles de bâti destinées à faire tenir ensemble des morceaux de tissu pas très bien assortis. Dommage. Reste que l'histoire est intéressante, touchante, et que j'ai bien envie de savoir comment ça finit.

   brabant   
23/7/2013
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Corbac,


C’est fou ! Ce récit perd totalement ce qu’il pouvait avoir (le peu qu’il avait… lol) de mature dans son premier opus déjà peu vraisemblable/réaliste/logique.

La notion de « patrie » me semble inappropriée ici puisqu’on a affaire à un royaume (On est d’un royaume et dans ce royaume on est de tel ou tel seigneur, en fait on appartient à… et on est vendu avec…), le « premier cru » sur la commode de ce bordel qui peut être de tout venant a des allures de plaisanterie et la langue coupée une galéjade (lol) :
« …, on distingue sans peine le moignon présent à la place de sa langue.

… à la Cour, où les langues sont aussi tranchantes que des épées »
Et par voie de conséquence la langue de Bâti est ici tranchée (lol).
Il y a, ici et là et plus qu’ici et là, un comique de mots (comme de situation d’ailleurs) involontaire dans ce récit.

Vous trouverez beaucoup de « lol » dans mon com car je ne veux absolument pas le dramatiser ; je désamorce (lol)
Ben oui quoi :)

Malgré tout, j’allais dire « envers et contre tout », on s’accroche au texte et (ou malgré) ses invraisemblables péripéties comme pour vous remercier des efforts déployés (ça ne doit pas être évident de sortir un texte aussi long ; et on n’en est qu’aux deux tiers), et on se dit que, en corrigeant, beaucoup ici et beaucoup là (lol), on devrait pouvoir en tirer quelque chose , et que d’une certaine manière ses personnages, même s’ils sont invraisemblables et placés dans des situations invraisemblables, limite incohérentes et incohérents, sont limite sympathiques, limite attachants, malgré tout. C’est là que réside sans doute la « qualité » de l’histoire ou plutôt du pataquès (lol) si qualité il doit y avoir, car pour tout dire, tout cela m’a semblé bien enfantin.

L’absence de documentation ou une documentation traitée par-dessus la jambe et fantaisiste est certainement l’un des gros points faibles.
Je prends un exemple : un fleuret est une arme d’estoc, ne peut donc blesser de taille car il ne coupe pas. On ne peut blesser quelqu’un dans un corps à corps, ni avec sa lame de section carrée trop longue et flexible, ni a fortiori avec sa coquille destinée à protéger la main.
Tout est d’ailleurs à revoir dans ce récit : Histoire et technique. En réalité tout cela ne m’a pas paru très sérieux. Vous m’avez semblé vous être lancé là-dedans sans travail préparatoire. C’est avant tout un travail d’imagination et vogue la galère (lol). A partir de là il y a de la houle hein, beaucoup de houle chez le lecteur, ça devient même une tempête, un maëlstrom… Me suis cogné partout moi avant d’être entraîné dans un remous.

Texte immature donc, probablement d’un auteur assez jeune, les scènes de bordel sont des scènes de patronage frôlant parfois la collection Harlequin (Ah ces soupirs entendus dans les couloirs, certains étaient angéliques) lol. On se dit que l’auteur a beaucoup lu Dumas, s’est délecté de Féval et est aussi un aficionado de Ponson du Terrail (« Un poignard dans la main gauche, il prit un pistolet de la droite, de la troisième il étrangla son adversaire ! » lol), ce qui n’est pas un mal en soi. Il faut bien que jeunesse se passe :) Moi-même dans ma jeunesse j’ai lu les vingt tomes de « Rocambole » dans la collection Marabout Géant. Ah ces feuilletonistes du XIXè Siècle ! Pas moyen de décrocher. Lol

Bon ben, désolé hein !
Vous pouvez vous dire que ça que l’avis d’un lecteur parmi d’autres.

Lol :)))

Euh, je l’aurais armé d’un sabre moi, le Bâti, pas d’une rapière souvent spadassine ni d’un fleuret souvent moucheté. Epée étant trop général. Qu’est-ce qu’il porte en apparat, un Maréchal de France ?


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