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Humour/Détente
Corentin : Röh-Lan, Fils des Âges farouches
 Publié le 22/07/07  -  2 commentaires  -  123746 caractères  -  31 lectures    Autres textes du même auteur

"Röh-Lan" narre les aventures du pauvre type du même nom, vivant dans une préhistoire aux vagues relents de modernité. C'est en fait plus ou moins une parodie de Rahan revisitée par deux étudiants ingénieurs... Comprenne qui pourra !


Röh-Lan, Fils des Âges farouches


Avis aux aimables lecteurs : de nombreux mots sont inventés, bestiaire improbable oblige, et de nombreuses fautes sont volontaires : "o" remplacés par des "au", "i" et "y" remplacés par des "Ü", "é" remplacés par des "Ä"... mais pas systématiquement !

Rassurez-vous, c'est très lisible !




La naissance


En ce matin d'hiver, la tribu s'affairait plus que de rigueur. Fl'onfh prit son arc et sortit chasser. Le corps noueux du vieil homme ne lui permettait plus d'utiliser la sagaie, mais ses talents d'archer en faisaient néanmoins un guerrier émérite. Rares étaient ceux qui se hissaient à son niveau, et plus rares encore ceux qui étaient au-dessus de lui (d'où l'expression «par-dessus l'archer»). Les feuilles des brinquebaleas à flatulences cognitives et des glandassiers intermittents étaient d'un rouge vif, et la grognace à tige fileutée sentait le pet de marmotte.


« La neige est proche… » pensa Fl'onfh.


Dans une pièce de la caverne, Caô s'affairait à rassembler ses effets pour partir avec les hommes à la chasse au blairosaure cacochyme (les jeunes n'avaient pas de valeur marchande). Il rassembla ses sagÄ, une outre en peau de biglosaure à pédoncule renâclant, quelques provisions faites de graisse séchée et compactée, agglomérée avec des fruits sÄcs (les anciens appelaient ça un "granüh"), et d'autres objets de première importance. La période où ils ne pourraient plus sortir approchait, et la survie du groupe entier dépendait de leur habileté à traquer ce redoutable animal qui pouvait d'un coup de son énorme queue briser l'anuque d'un mammouth (Il ne s'agit pas d'une faute de frappe, je l'ai fait exprès, là). Les chasseurs, habituellement, partaient le moins chargés possible, afin de pouvoir transporter le maximum de viande. Et c'est bien connu, les chasseurs reviennent toujours très chargés, de viande ou d'autres choses.


Occupée à tanner des peaux de pignoleur tacheté (très chaudes en hiver, et en été aussi, d'ailleurs), Pöh-Liah sentait son enfant donner des coups dans son ventre. Elle s'arrêta un instant, puis remisa la peau dans un panier tressé.


« Je finirai demain. »


Tanner une peau de pignoleur était un travail harassant, et d'ailleurs elle était toute harassée. Cet animal était recouvert d'une toisante chatoyon dont les poils étaient plus raides que la queue de ma poêle. Un biface pouvait aisément en venir à bout, mais la subtilité résidait dans l'obtention d'une peau douce et soyeuse à la fois, un peu comme si on l'avait lavée avec mührlÄne, ou alors comme si elle était neuve. Changeant difficilement de position, la robuste femme commença à préparer les graines en vue de les conserver pendant l'hiver. Séparant la cosse des longues tiges molles de martinaise bosselée, elle les trempait dans un mélange d'urine de canard des steppes et d'ail sauvage, afin que les tiges se conservent et sèchent sans pourrir. Pöh-Liah sentit tout à coup une douleur dans son ventre qui la plia en deux et lui arracha un cri.


« Enfin… » se dit-elle.


Après neuf mois et demi d'une grossesse éreintante, le troisième petit du foyer du Crabe Eunuque se préparait à venir au monde. Caô, alerté, se pressa aux côtés de sa compagne. Il n'était pas de mise, dans la tribu du Paresseux Priapique, de se montrer attaché à sa compagne, mais Caô avait de l'affection pour Pöh-Liah, et visiblement elle était mal en point. On fit venir le chaman afin qu'il en appelle aux esprits pour que la naissance se déroule sans concombres. Poussant de toutes ses forces, au bord de l'évanouissement, la femme se demanda si elle survivrait à son troisième enfant.


- Il sort par le siège ! cria-t-elle.


Rassemblant ses dernières faurces, elle poussa encaure, et le petit sortit d'un coup. Gluant des eaux de sa mère, il glissa sur la rauche froide de la caverne pour achever sa course en se brêlant la cafeutière contre la paroi oppausée. La tribu, du moins le peu qui était admise aux naissances, resta interdite, mais bientôt Caô alla ramasser précautionneusement l'enfant et l'enveloppa dans une peau de beulette à fion bas.


- Ce petit sera plus solide que le roc de cette montagne, Caô, professa le vieux chaman. Mais il ne sera pas très malin : il a cogné à la tête.


Et le chaman se trompait rarement : il parlait aux esprits, et ils lui répondaient, paraissait-il.


Ainsi naquit Röh-Lan, fils de Caô et de Pöh-Liah, Héros des Cinq Steppes, Découvreur du Breuvage aux Cinq Arômes, Inventeur du Silex à Couper le Beurre de Mouät (fils de Chan-Dhon), Röh-Lan, nommé par la suite Grand Conteur de Bo-Bhâr, la Caverne-Brouillard.



Premières chasses


La pensée qui vint à l'esprit embrumé de Röh-Lan lorsqu'il se réveilla ce matin-là, c'est que cette phrase était trop longue et surtout beaucoup trop chiante pour être continuée. L'œil aviné et la langue pâteuse comme une foufoune trop longtemps laissée à l'écart (de rien, c'est pour moi), il se leva précautionneusement et alla satisfaire un besoin pressant.


Compissant généreusement dans un buih-sson, Röh-Lan aperçut la jeune Möh'Nik sortir de sa tente en fourrure de nuit. La voyant ainsi à demi-dévêtue, le jeune homme sentit s'éveiller en lui une sensation étrange, peu familière, et qui se localisait surtout au niveau de… (Bon, enfin, vous voyez. Non ? Au niveau de l'andouillette, quoi !) Il se rendit compte trop tard qu'il commençait à pisser sur la tente, son urine décrivant un large arc de cercle encore fumant dont l'apogée se situait à peu près à hauteur de sa tête, et finit de se soulager gauchement en adoptant la seule position adaptée, que tous les hommes connaissent : le séant en arrière, bêtement penché vers l'avant pour éviter de se ruiner la nouille en la pliant.


N'oubliant pas cette aventure d'un matin, il se promit d'y repenser plus tard et, éventuellement, voir avec Möh'Nik si y avait pas moyen de moyenner. Au cours de la journée, Röh-Lan fit part de son expérience matinale à son père, Caô le Pourfendeur de Soupopoaro, qui hocha la tête d'un air entendu.


- Il est temps, affirma-t-il sentencieusement.

- Ah bon ?!?


La coutume, lui expliqua Caô (chaud chaud !), voulait que dès qu'un jeune homme ressentait les premiers émois, il trouve sans tarder une compagne, histoire de se purger un peu les joyeuses. Cette déclaration combla de joie le Presque Pubère. Il allait enfin connaître les joies de la chair, et ces foutues glaouis qui lui causaient tant de tracas se révéleraient peut-être utiles.


Ainsi caummence l'histoire des premières chasses, qui n'a rien à voir avec la chasse à l'ours ou une quelconque banalité de ce genre. (Vous tenez entre vos petites mains pautelées et moites d'admiration le premier Reality-Book, et pis d'abord je ne sais même pas pourquoi j'écris ça, parce que premièrement on s'en branle et deuxièmement vous n'êtes pas à la hauteur d'un tel chef-d'œuvre. Lâchez ce bouquin tout de suite !) Lors de la cérémonie, le chaman lui remettrait son Graugaudh', symbaule de puissance et de vürülütÄt qui l'accompagnerait tout au long de sa vie. Mais il devait auparavant, comme disent les Japaunais (Frédéric, si tu nous lis, ce dont je doute…), il devait auparavant trouver une compagne afin d'accomplir les premiers rites.


« Cela n'est pas une mince affaire ! » se dit Röh-Lan.


Encaure il aurait été bien gaulé, ou alors très malin, voire drôle… Peut-être aurait-il eu ses chances, mais il n'avait rien de tout ça. DahM'Näd… OnkOnk, tiens, même... (D'ailleurs je viens de m'apercevoir que je ne sais absaulument pas plus que Röh-Lan comment il va se sortir du merdier dans lequel je l'ai mis.)


Lorsque la soirée vint, Röh-Lan essaya d'abaurder la charmante Möh'Nik, en lui glissant une plaisanterie subtile et raffinée : un pet tonitruant. Surmontant son dégoût manifeste, la sémillante jeune fille afficha un sourire niais qui découvrit des dents aussi blanches que le fond du caleçon de Röh-Lan à ce maument-là. Les préliminaires caummençaient donc sous les meilleurs auspices (dessus). Conquis, le jeune homme fringant lui fit durant les jours suivants une cour passionnée, faite de tout le romantisme dont il était capable et dont nous venons d'avoir une belle démonstration. De pets flambés en alphabets récités en rotant, la jeune fille subissait les avances du chasseux avec beaucoup de timidité, mais son admiration pour l'obstination du jeune homme prenait le pas sur sa réputation.


Le jour arriva donc où on les retrouva nus sous une fourrure de euhârosaure à oreilles décollées, les plus rares, en train de couiner comme des beulettes coincées par un sanglochon. Surpris d'être… surpris, les deux jeunes gens se dissimulèrent gauchement sous les fourrures. En y réfléchissant, Röh-Lan se disait qu'il avait bien de la chance d'être accepté par Möh'Nik (et le narrateur se disait sensiblement la même chose, ce qui signifiait que les emmerdes n'allaient pas tarder). La cérémonie de remise du Graugaudh' eut finalement lieu, à la surprise de tout le monde.


Un matin semblable à celui par lequel caummence cette fabuleuse aventure sur les frasques hors du commun d'un personnage haut en couleurs, Röh-Lan (le mec haut en couleurs, c'est lui, hein) se leva, et alla changer l'eau des pommes de tärr histoire de sortir un peu du Cirâaj (contrée lointaine et brumeuse). (D'ailleurs j'en profite pour faire une digression dont tout le monde se fout – oui je m'en rends bien compte, vous regardez l'heure, ces mots qui sont déformés et majusculés, c'est pour faire historique et documenté, parce que le Cirâaj ça n'existe pas, hein, c'est pas un vrai pays.)


Donc, je disais, un matin semblable patatüh patatä, Röh-Lan se mit à arroser avec bonne humeur le buih-sson qui projetait de crever d'ici peu près de sa tente, quand soudain une douleur lancinante lui transperça la zifaulette.


« Baurdel ! » pensa-t-il instantanément.


À cette heure-là, il n'était pas capable d'aller beaucoup plus loin dans ses raisonnements. Urinant avec moult précautions, il finit tout de même par en foutre plein sa tente.


« Il faudra vraiment que je pense à changer de buih-sson. »


Et ce fut le début d'une longue série de souffrances, allant de picautements dérangeants tout au long de la journée en déchirures de zizouille lorsqu'il allait aux cabinets (© Che's Touch). Il se décida enfin à aller voir la guérisseuse, une vieille femme au teint hâlé (en avant), non sans une certaine appréhension, d'ailleurs. Se faire toucher la nouille par une ancêtre ne l'enchantait guère, mais il souffrait trop.


– Tu as partagé tes fourrures avec Möh'Nik, Röh-Lan ?

– Oui, pourquoi, fallait pas ?

– Ta réputation est justifiée, Andouy (titre honorifique parmi les benêts), elle est plombée, ta greluche !


Bien que surpris par le langage de la vieille femme, Röh-Lan bita enfin. Il venait de connaître les joies de la chaude-pisse, et jura qu'on ne l'y reprendrait plus.



La Hutte du Gland


Röh-Lan allait bientôt avoir six printemps trois-quarts. Et comme c’était l’été, il gonflait sa douce mère Pöh-Liah pour aller en camp de vacances, comme le faisaient tous ses petits camarades. Jusqu’ici, il était toujours resté au village à se faire chier tous les étés, et vers l’automne, lorsque les autres jeunes rentraient de vacances, ils avaient mille choses à raconter. Alors que lui était resté là, à glander au milieu des adultes, quémandant une beigne dans le tarin de-ci, de-là. Les discussions parentales sur comment dépecer un glapisaure ou tanner un toupouru le rasaient sévèrement. Il rêvait donc secrètement du camp de vacances où, disait-on, l’on apprenait à chasser le tepakap et le konkombric, où l’on dégustait des burnes d’ours frites dans la graisse de cambouisaure et où l’on jouait dans la rivière aménagée d’un ponton de bakoïa et de balançoires en boikaoutchouk.


Alors qu’il revenait à la charge avec une ultime demande qui manqua finir en énième tarte dans la tronche, fatiguée, la main éclatée, Pöh-Liah céda. Röh-Lan triompha et obtint de sa mère une demi-lune de vacances à prix discount au Camp Tirapa. En chemin, Röh-Lan se prenait à rêver à toutes les merveilles qu’il allait découvrir. Arrivés à la réception du camp, ils furent appelés et emmenés vers leurs logements respectifs. À mesure que les noms défilaient, Röh-Lan découvrait toute la magie des lieux. Les uns étaient conduits dans la majestueuse « Datcha du Tigre Blanc », les autres dans la « Taverne du Grizzly » ou encore dans le « Tipi du Canditaure ». Mais Röh-Lan, lui, n’avait pas été appelé. Il s’appraucha benoîtement de Flon’kh, le responsable dortoir, qui lui confirma qu’aucune place n’était réservée à son nom.


- Z’êtes sûr ? C’est ma mère Pöh-Liah qui a réservé !

- Mais t’es qui, d’abaure, toi ? Je caunnais pas de Pöh-Liah.

- C’est ma môman. Je suis Röh-Lan, fils de Caô, du clan du Paresseux Priapique.

- Ah ? Oui ! Caô ! L’autre truffe qui a harponné un vieux calamar crevé, y a quelques années ! ? Je me souviens bien… Attends, je regarde.


Röh-Lan attendit un bon moment que Flon’kh finit d’éplucher les registres en peau de tagazelle tannée.


- Ah ! Oui ! C’est ça ! On t’a réservé la « Hutte du Gland » !

- La quoi ?

- Oui, c’est bien ça, t’es dans la Hutte du Gland, mon p’tit gars ! Veinard !

- Ah bon ?!?


Flon’kh emmena Röh-Lan sur un long sentier qui s’enfonçait dans la végétation moite de palmotruffiers bordés de joncs de cannard à sucre. Il lui expliqua que la Hutte du Gland était une vieille annexe du camp qui n’avait pas été utilisée depuis des années. Les tarifs y étaient de fait très compétitifs mais les vieilles lampes à graisse d’oie y avaient quelques ratés en raison des contacteurs qui avaient rouillé. À moins que ce ne fut le disjoncteur différentiel résiduel qui fut déréglé. La charpente avait également pris feu et n’avait pas été reconstruite. Deux grosses mygaloos avaient fait leur nid d’amour dans les murs.


- Mais en dehors de ça, continua Flon’kh, tu verras, c’est tout à fait charmant, les latrines au style turc mordoré sont très fonctionnelles.


Röh-Lan passa une bien mauvaise nuit. Entre les vapeurs fétides des latrines finalement pas si fonctionnelles que ça et les ébats des deux mygaloos forcenées faisant trembler la hutte de toute sa hauteur, Röh-Lan soupirait. Lorsque la pluie tropicale s’abattit sur la forêt, l’inondant de plusieurs seaux d’eau à la seconde, charriant boues, feuillages, branchages, groblairos et autres bestiaux dans sa hutte toute pourrue, il crut s’évanouir de peur. Seul dans la forêt haustile, le petit Röh-Lan ne la ramenait pas, du haut de ses six petits printemps.


Le lendemain matin, au petit-déj’, il y avait de la feuille de touye farcie au gügo. Röh-Lan était parti pour s’en payer une belle tranche et avait entrepris de touiller la sauce, lorsque Gröhsa-Lo (le cuisinier) lui expliqua que ce n’était pas compris dans son forfait « Petit Gland ». Il dut donc se contenter d’une vieille tranche de moruluchon séchée aux herbes de la toundra. Le ventre tordu de douleur par la digestion de la viande avariée, Röh-Lan partit avec la joyeuse petite bande de saligauds pour l’activité du jour : la pêche à l’hippofion, une espèce de serpent de mer nain auréolé d’une crête en cachemire. Sur le chemin du lac, Röh-Lan vit quelques afnaures passer sur le sentier en piaillant. Il en aurait bien bouffé quelques-uns, la moruluchon l’ayant clairement laissé sur sa faim.


Arrivé au grand lac, Röh-Lan décida de prendre un peu de repos, vu que de toutes façons son forfait « Petit Gland » ne l’autorisait pas à grand-chose d’autres qu’à regarder les autres s’amuser sans lui. Il s’allongea donc nonchalamment sur la plage de sable fin et s’endaurmit sans demander son reste, en rêvassant d’exploits à la pêche à l’hippofion.


- Putain, Röh-Lan, réveille-toi, t’es tout rouge !!! lança un p’tit con dont on ignore jusqu’au nom, celui-ci n’ayant pas traversé les âges antédiluviens qui nous séparent de cette histoire.

- Ah bon ?!? fit Röh-Lan en sursautant.


Ce connaud de Röh-Lan s’était endaurmi en plein cagnard, et vu comme ça cognait dur aux abaures du lac sous ce soleil de fion, il avait cramé comme s’il était tombé dans une friteuse à glaouis. Le corps tout rouge et couvert de cloques juteuses, Röh-Lan braillait comme un âne que ça lui faisait mal, ce à quoi l’aide de camp lui assénait :


- Arrête ta comédie, p’tit con !!


Non sans lui distribuer un bon petit bourre-truffe bien achalandé. De retour à sa hutte, le chaman itinérant (il officiait dans tous les camps de la région pour quelques bananes concassées de l’heure, depuis le Camp Youssef au Parc Benelos) vint soigner ses brûlures. Il lui oignit le corps d’un succédané de graisse de bouquetin albinos, la couleur du poil ne changeant rien à l’affaire puisqu’il était question de graisse, mais le bouquetin blanc avait meilleure réputation. Ce dont Röh-Lan se serait bien battu les couilles avec une tapette à mouches s’il avait pu bouger ses bras, mais les cloques purulentes sous ses aisselles menaçaient de causer un anévrisme fatal. Le chaman lui proposa bien un moulinex magimix en remplacement de la tapette pour seulement 2 € de plus, mais Röh-Lan n’avait pas l’électricité dans sa hutte en forme de gland cramoisi.


Röh-Lan passa ainsi la soirée dans une énaurme bande de tulle gazeuse, recrauquevillé dans un hamac confectionné dans de la peau de couille de zabrak distendue (le zabrak n’a qu’une couille, c’est un animal de la famille des monoburnés). Pendant que les autres jouaient à strip-soleil sous la tente de boiyoli, lui, maugréait dans son coin en maudissant les vacances à prix discount, et plus spécialement le manuel « Le Petit Furé » dans lequel sa môman avait trouvé cette brauchure propagandesque vantant des « vacances inoubliables dans une ambiance de feu à prix modique ».


Et alors qu’il faisait amèrement le rapprochement entre son cramage du jour et le « feu », le « prix modique » et le forfait « Petit Gland », il se dit que finalement ces vacances de merde seraient en effet « inoubliables » et que donc, il ne pourrait même pas attaquer ces gros connards pour publicité mensongère. Röh-Lan poussa un long soupir, tellement long qu’il eût pu être son dernier, puis il s’endormit dans sa hutte qui se remit à vibrer en cadence, au rythme des ébats noctambules mygaloosiens.


L’atelier du lendemain était une séance de travaux pratiques de lutte euhârienne. L’exercice de style, déjà peu évident à la base, était rendu encaure plus difficile du fait que les deux adversaires devaient être enduits de graisse autopatinable, utilisable à froid comme à chaud et jusqu’à 70% de numidité. Röh-Lan, équipé de sa tulle rendue autolubrifiée par le traitement du jour, avait l’air d’un gland comme rarement. Il se dit que c’était dans l’air du temps, vu l’enseigne à laquelle il était laugé et, très philosophiquement, décida de se donner à fond pour le premier atelier auquel son faurfait « Mini Gland » lui donnait droit. De coup de boule en uppercut, de boölaz en soorüz, de pelle en râteau, Röh-Lan distilla insidieusement son poison dans la partie adverse.


Il accéda imperceptiblement à la grande finale qui avait lieu cette année-là dans le caulaussal chaudron du village. L’aire de jeu avait été aménagée de sorte que Röh-Lan affronta Bühlvaï dans un liquide chaud et gluant rappelant vaguement le soupalognon. Devant ce gringalet-surprise qui s’était invité en finale, les bookmakers s’étaient enflammés et avaient tout misé sur le petit « nain tullé », comme ils se plaisaient à l’appeler. Bien évidemment, sous la terrible pression qui montait dans le chaudron, Röh-Lan glissa sur un croûton et perdit connaissance. Bühlvaï n’eut ainsi même pas besoin de combattre, en revanche il mit une dizaine de minutes avant de retrouver son corps flasque et pantelant, gisant au fond du bokvaâhl, les poumons gaurgés de fromage fondu et deux tranches d’oignon coincées sous les paupières. Criblés de dettes, les bookmakers lui firent sa fête comme jamais, contraignant le pauvre Röh-Lan à la fuite. Il se prit les pieds dans le tautem du village qui se brêla le caisson, sans oublier de faucher au passage les lampes à pétrole parquées près des granges à foin et de la centrale à charbon.


Röh-Lan se réveilla chez lui, le corps cramé et tuméfié, bleu-rougeâtre de la tête aux pieds, un vague arrière-goût de fromage à l’oignon dans la bouche. Pöh-Liah vint à lui lorsqu’il émergea et, furibarde, lui décaucha son meilleur gauche dans les gencives, décrétant que ce n’était déjà pas facile d’être pauvre avec un enfant attardé à charge, il fallait qu’en plus il foute le feu au camp et se fasse écraser par un troupeau de turbosaures rendus furieux par le feu. Elle lui expliqua que ses caunneries avaient endetté sa famille pour les trois prochaines saisons de chasse au Mût-Müg et qu’il n’avait pas trop intérêt à la ramener, concluant que les gentils organisateurs du Camp Tirapa avaient été bien gentils de le ramener dare-dare à la maison sans plus de concombres, à condition que l’on ne l’y revoie plus.



L’attaque des kalamarous


Ce fut par une accablante journée d’été que Röh-Lan découvrit pour la première fois la froide morsure de la mort. Il perdit sa mère dans l’attaque des kalamarous. Il n’avait que sept printemps.


Entamant leur migration d’été qui devait les conduire depuis les gorges rougeoyantes et poussiéreuses du canyon Euhâr aux vastes prairies fraîches et giboyeuses de Walcezia, la tribu du Paresseux Priapique marchait à bonne allure le long du fleuve Torasoaf. Totalement tari, le fleuve n’était plus réduit qu’à un mince filet d’eau rampant péniblement sur un sol rouge, craquelé comme la peau d’un glandosaure couvert d’eczéma. Il faisait si chaud que Röh-Lan craignait que le Torasoaf ne bouillonne puis s’évapore vers les cieux azurés. Mettant judicieusement à profit l’aspect ludique de la chaleur – après tout il n’était encore qu’un jeune enfant – alors que les adultes croulaient sous le soleil de plomb, Röh-Lan avait chipé des œufs de kakamoës et s’amusait à les fracasser contre les parois, en savourant le pschiiit du liquide en train de cuire à même la roche, transformant le canyon en une gigantesque omelette dont les tons rouges évoquaient vaguement des tranches de bacon.


« SloÖup tooÖut !! »


Un glapissement se fit entendre et continua sa course folle dans le canyon, rebondissant sur chaque paroi, profitant de la moindre anfractuosité pour constituer un formidable écho. Mort de rire à l’écoute de ce son ridicule, imaginant la tronche forcément misérable que devait avoir la bestiole pour pousser un cri aussi grotesque, Röh-Lan éprouva une drôle de sensation en se retournant vers les autres qui semblaient s’être arrêtés net. À voir le visage des adultes se décomposer de la sorte en l’espace de quelques instants, Röh-Lan comprit vite qu’ils connaissaient ce cri. Et qu’ils avaient tout à en craindre.


« SloÖup tooÖut !! »


Le glapissement retentit de nouveau. Manifestement, la bestiole s’apprauchait. Sentant la panique le gagner, Röh-Lan se précipita dans les bras de sa mère.


- Kékecé ? fit-il, terrifié.


Ce à quoi sa mère répondit :


- Une horde de kalamarous.

- Un koi-lamarou ? demanda-t-il, au moment où il découvrait par lui-même la réponse.


La terrible et insoutenable réponse. Plus grand encore qu’un bantha, l’animal semblait peser le poids de plusieurs ânemaures. Et il n’était pas seul. Au moins douze autres animaux lui emboîtaient le pas, grondant et sifflant furieusement. Jamais Röh-Lan n’avait vu de créatures aussi laides, à part peut-être le raptaure à poils ras aux reflets argentés, mais ce qu’il avait devant les yeux dépassait de loin l’entendement. Le kalamarou semblait taillé pour tuer. Plus hideux qu’un bosondehiggs, le kalamarou de tête se mit à mugir et ses poils roses à pois bleus se hérissèrent en cadence.


Fonçant à toute allure, il se mit à charger la petite troupe qui s'égaillait, abandonnant au petit bonheur le chargement de vivres et d'eau. Le crâne du kalamarou présentait la particularité d'être surmonté d'un étrange appendice dont l'utilité principale semblait être le combat. Grâce à ce pseudopode, le féroce mangeur d'hommes pouvait à volonté pénétrer les naseaux de ses ennemis afin de les étouffer de l'intérieur. Une sorte d'appendice extrictaure, en somme (par opposition au boa constrictaure ou au méchant canditaure – rien à voir). Le premier kalamarou fut abattu par une flèche de Fl'onfh. Mais rien ne pouvait arrêter un troupeau de kalamarous en pleine charge, pas même la mort de son mâle dominant.


Balayant tout sur son passage, la meute fut attirée par une femelle en fuite vers le fleuve. Pöh-Liah ne voulait pas mourir, surtout du fait d'un kalamarou belliqueux et sanguinaire. (d'ailleurs, souvent, dans ce récit, les gens ne veulent pas mourir, ce qui ajoute aux trépidations littéraires.) Un kalamarou arrivé à portée de pseudopode lui fut fatal, mais elle sut néanmoins ôter toute velléité à ce dernier en lui assénant un violent coup de latte dans les roubignaules (extrémités renflées des genoux chez les animaux à clapet de déjantage progressif). L'animal blessé poussa un cri de douleur si fort que ses compagnons – des mâles pour la plupart – s'arrêtèrent net dans leur élan, et repartirent en chouinant « comme des tapettes », se dit Röh-Lan. (Qui, d'ailleurs, parmi les lecteurs mâles de ce fabuleux récit, n'a jamais frémi en voyant un camarade prendre un coup de pied dans les roubignaules ?)


L'un des kalamarous, choqué par le spectacle, décida tout de même que ça lui plaisait pas de se faire marcher sur les nougÄts par une bande de primÄtes et fit demi-tour. La nature est belle mais impitoyable, et lorsque Röh-Lan sentit que son tour de se faire cogner en tant que plus faible animal du troupeau était arrivé, il faillit… défaillir. D'une de ses trois pattes velues, le terrible animal saisit Röh-Lan sans difficulté et se mit à galoper sur deux pattes, emportant sa proie – pour la dévorer vivante, sans doute. Le kalamarou était un animal méchant, vil, fourbe, cruel, bref l'enculé de base du monde animal, mais il n'était certes pas stupide, et en examinant plus attentivement Röh-Lan, il se rendit compte qu'il n'y avait rien à grailler sur ce genre d'avorton, et finalement le balança au hasard.


Dans sa chute, le kalamarou agonisant avait entraîné Pöh-Liah dans le canyon Euhâr. Röh-Lan connut donc les affres du vide laissé par sa mère, « partie dans un monde meilleur », lui affirma le chaman. Röh-Lan se demanda alors pourquoi ils ne la rejoignaient pas, si c’était si bien là-bas. Il eut alors un gros doute : c’était peut-être un endroit tout miteux, après tout. Enfin bräf. L'heure n'était pas aux pleurs, et le deuil se ferait plus tard. Le groupe encore sous le choc entreprit de rassembler ses effets et de dépecer le kalamarou mort. Sitôt l'animal dépiauté, ils continuèrent leur long périple vers les steppes de Walcezia.


La route n'était pas sans danger – comme on a pu le constater –, et nous allons le re-constater dans pas longtemps, d'ici un retour de chariot ou deux.



Cyclaune vespéral


Les hommes marchaient en tête, puis venaient les femmes et les enfants, et enfin… (euh bah c'est tout). La troupe se répartissait systématiquement selon un ordre bien établi par les traditions de la tribu, que ce fût lors d'un trajet, à la chasse, au repas ou même dans le bus. Lorsque le soir vint, la cohorte établit le camp non loin de la rivière Onk'h'Onk, qui coule jusque dans les hautes terres de Walcezia et prend sa source dans les vertes plaines du Roykau. Non loin de là, sur les collines avoisinantes, paissaient paisiblement (d'ailleurs les bestiaux qui paissent sont systématiquement paisibles, vous avez remarqué ?) un troupeau de kagubus à molette réglable.


La rivière Onk'h'Onk parcourait une longue distance au milieu des plaines, ce qui d'ailleurs provoquait régulièrement des changements de trajectoires (hyper simple pour les points de repères, une tribu sur cinq environ se perdait tous les ans), puis finalement achevait sa course effrénée en s'enchâssant dans les gorges du mont Toukt'oukh, dont les collines avoisinantes faisaient partie, donc. L'activité ne laissait de repos à aucun membre de la tribu, ce qui n'était pas du goût de tout le monde, et Röh-Lan se vit confier la tâche d'aller chercher du bois pour le feu. Pour ce faire, il devait faire appel à ses plus fins talents d'haumme des cavernes, à son plus aiguisé sens de l'observation. Il devait… trouver une faurêt.


Fermant à demi les yeux, la main en visière au-dessus de la tête pour se protéger du sauleil déclinant dans une mimique bien connue des rat-cailles, ces bestiaux stupides, Röh-Lan scrutait. Mais cela ne retournait rien (it wasn't retourning anything). Après cette longue recherche d'environ, il prenait le chemin du retour laursqu'un graugnement guttural lui fit lever la tête. Il reçut alors une fiente de brélosaure bigarré à bec verseur dans l'œil en étouffant un juron (ou une conjonctivite, personne n'en sut jamais rien). C'était d'ailleurs à peu près le seul truc qu'il savait étouffer, bien que plusieurs fois il ne fut pas avare d'aubscénités – mais c'est un autre sujet. Au campement, chacun vaquait à ses activités, à part les vaches, qui vaquaient tout court, lorsqu'un cri affaulé perça le silence affairé et les tympans.


– Regardez ! Qu'est-ce que c'est ? cria une femme quelconque (c'est vrai, on s'en fout de savoir qui c'est) Là-bas !


Au loin s'était faurmé un nuage menaçant, (les nuages sont d'ailleurs toujours très menaçants dans les ouvrages de haut niveau), et justement tout le monde se sentit menacé, sans trop savoir pourquoi – à cause du nuage menaçant, praubablement. Alarmé, Röh-Lan fut contraint d'abandonner sa tâche et courut vers le camp.


Les membres médusés de la tribu fixaient l'haurizon d'un seul regard. Le nuage s'apprauchait et se faisait plus distinct. Composée d'une colonne de poussière tournoyante surmontée d'un ciel tourmenté, l'infernale vision fit frissauner le chaman.


– Le Cyclaune, murmura-t-il, le Cyclaune est venu nous prendre !


Le Cyclaune, apparition infernale de la caulère des divinités, symbaulisait pour la plupart des animaux pensants une désaulation sans limite, principalement. Les rares rescapés de la précédente apparition du fléau étaient avares d'histoires, vu la trouille incontrôlable qu'ils en avaient eu. Cédant à la panique la plus primaire, Röh-Lan se barra à toutes pompes, et, plongeant dans l'eau, faillit calancher d'une hydraucution. Il décida que finalement le salut appartiendrait à ceux qui savent rester groupés, et retourna auprès de ses compagnons. Sur un aurdre du chef, ils se mirent tous à courir en fuyant le terrible Cyclaune, priant en leur for intérieur d'être épargnés, abandonnant tout ce qui n'était pas utile à leur survie, plus le reste, donc tout. Le vent commençait à faire tanguer les arbres environnants comme autant de barcasses par gros temps, et les tentes abandonnées par la tribu s'envolèrent, emportées par… le vent.


Par une chance digne des haummes dont la femme s'ennuie à la maison toute seule, et aussi digne des écrits bas de gamme, le titanesque Cyclaune mourut sur les collines du mont Toukt'oukh – physiquement cela s'explique, mais premièrement un cyclaune n'est pas une taurnade, car celle-ci n'est pas un système dépressiaunaire. Une taurnade est en fait un vaurtex constitué de vents extrêmement viaulents, prenant généralement naissance à la base des cumulaunimbus faurtement aurageux. Deuxièmement, on se fout de savoir qui fait quoi en matière de gradient de pression et autres fronts froids, étant donné que cette histoire n'est depuis le début qu'un ramassis d'âneries plus jubilatoires les unes que les autres.


Ainsi fut ravagé le camp de fortune de la tribu du Paresseux Priapique, et Röh-Lan, pour la première fois de sa vie, n'en fut pas accusé. Quoique… La caulère des dieux avait bien une raison, se dit le chaman, et Röh-Lan, avec ses burnes pleines et sa tête creuse, n'y était sûrement pas étranger. Faisant part de ses doutes à Röh-Lan (mentir à l'idiot du village était un sacrilège), celui-ci lui intima l'ordre d'arrêter sa caumédie, ce qui lui valut une baffe appuyée sur la cafeutière. Ainsi se termine l'histoire du Cyclaune, puisqu'il n'est jamais revenu, du moins jusqu'au jour d'aujourd'hui.



Légendes d’automnes


L'automne était, pour la tribu du Paresseux Priapique, une saison d'intense activité : il fallait ramasser les glands, les fruits du glaouissier collant et autres graines que l'on ferait sécher pour l'hiver, tâche réservée aux femmes, chasser la sauterelle à front fuyant notamment (les hommes dévolus à ce travail devait avoir une bonne vue), préparer les peaux en vue des grands froids… Chacun était occupé, et Röh-Lan voyait l'effervescence du groupe augmenter avec anxiété. Bientôt on lui demanderait s’il allait enfin se mettre au boulot au lieu de glander toute la journée, et cette année, Röh-Lan décida de ne pas se laisser exploiter.


Il partit donc au petit matin dans les hautes steppes qui bordait le campement afin de pouvoir zoner à son aise. Arrivé à l'orée d'une forêt de calbardiers à lianes pendantes, le jeune chasseux prit la décision de s'arrêter au pied d'un arbre pour prendre un repos bien mérité. Il ne savait pas que la sombre forêt recelait de bien plus sombres secrets (pas mal de trucs sont sombres dans cette histoire, non ?). Somnolant, il laissait la torpeur le gagner et s'endormit. Quelques heures plus tard, à son réveil, Röh-Lan examina l'arbre contre lequel il s'était assoupi. Bordé de veinules jaunes à palpation développée, le tronc semblait battre d'une pulsation mystérieuse. Un claveutier à crête pourpre glissa silencieusement dans l'herbe jusqu'au jeune homme, profitant de son inattention. Ces animaux, recherchés pour leur pelage chatoyant, n'en étaient pas moins dangereux, et lorsque celui-ci se glissa dans le futal de Röh-Lan, le guerrier sentit ses quelques poils de dresser. La morsure du claveutier pouvait se révéler fatale, et il n'avait, comme la plupart des gens, pas trop envie de claquer.


Se relevant d'un bond, courant, gesticulant, il enleva son pantalon et s'enfuit à moitié nu dans les bois. Arrivé près d'une mare, Röh-Lan fut pris d'un doute plus gros que Müt-Mug, le fabuleux mangeur de bougnoulodons. Où était-il ? En aubservant les alentours, le jeune homme étouffa un juron.


- Je suis encore perdu, baurdel !


Glissant contre toute attente sur une motte de terre un peu plus grasse que les autres, il réussit tout juste à se rattraper à une branche, non sans se fracasser les couilles dessus. On raconte que son hurlement fut entendu jusque dans les contrées les plus reculées, jusqu'aux lointaines terres de Brôh'Sadan notamment. Se massant douloureusement les parties, Röh-Lan se décida tout de même à continuer son chemin.


« Quitte à me paumer… » se dit-il.


Arpentant la forêt hostile, il ne savait trop quelle direction prendre, et il se rappela les consignes de son valeureux père, Caô, le Pourfendeur de Soupopoaro.


« Regarde la mousse sur les arbres, » lui enseignait-il, « elle pousse toujours du côté nord. »


Las, non seulement le chaman ne s'était pas trompé en affirmant que Röh-Lan ne serait pas très futé, mais en plus celui-ci était plus poissard qu'un peytalouze gouatreux à valvules secondaires. En examinant les arbres autour de lui, il vit que ceux-ci (sont secs ?) étaient couverts de mousse. De tous les côtés. Il ne put retenir un juron retentissant et incompréhensible, tant sa fureur était grande. Ce fut le deuxième des Trois Cris de la forêt des calbardiers.


Tout autour de ladite forêt vivaient en effet des tribus pacifiques voire craintives, dont celle des Chasseurs de Clitosaures (connue pour ses massages), et la curiosité le cédait peu à peu à la panique depuis le deuxième cri provenant de la forêt. Les hommes ne s'y aventuraient généralement que par nécessité, en groupes armés, et seulement lorsque le chaman leur donnait l'accord des esprits. Cette forêt alimentait depuis des générations les histoires les plus sordides, et personne ne la ramenait trop lorsqu'il s'agissait d'y aller.


Röh-Lan marchait donc, les noix douloureuses, le cœur plein et la tête vide dans la forêt, lorsqu'il aperçut l'orée du bois, par un coup de chance colossal, le seul de sa vie, d'ailleurs (bien maigre pour certains, mais pas pour Röh-Lan, qui savait se contenter des choses simples, heureusement). Se hâtant de sortir du bois, il ne prit pas garde au sanglochon farceur qui se dépêchait de démouler une terrine à quelques enjambées de l'inconscient.


Arrêtons-nous quelques instant sur le cas du sanglochon. Mélange de plusieurs espèces aussi mal connues qu'inintéressantes, le sanglochon doit son surnom de « farceur » au réflexe incontrôlable qui lui vaut l'inimitié des voyageurs. En effet, celui-ci ne peut s'empêcher de caguer sous les pieds du premier pignouf venu (une bouse conventionnelle approchant généralement le quintal), ce qui entraîne au mieux un salissement irrémédiable de la poulaine dudit voyageur (d'ailleurs ne dit-on pas : « Sale comme une bouse de sanglochon » ?), au pire la chute d'icelui. Vous connaissez d'ailleurs tous la fameuse ritournelle : « Les sanglochons dévient au long de traîtres chemins l'premier couillon ».


Enfin bref. La rondelle encore fumante de son forfait, le sanglochon de notre histoire se hâta de disparaître dans les buih-ssons (arbuste épineux à feuilles caduques), et Röh-Lan de glisser sur le cadeau de l'animal et de s'y allonger. Lorsque le jeune homme se releva, ses délicates narines furent prises d'assaut par la non moins délicate odeur du fumier de sanglochon, et la terreur s'empara de lui. Criant, il s'enfuit à nouveau, dans la bonne direction (pour une fois), et ce fut le dernier des Trois Cris de la forêt enchantée des calbardiers.


Plusieurs légendes narrent le récit du fabuleux combat qui eut lieu ce jour-là entre les Bêtes des Neuf Enfers et les Esprits des Cieux, et plus nombreuses encore celles qui racontent la prodigieuse soufflante que reçut Röh-Lan en rentrant chez lui cul nu, empestant le purin de sanglochon, les burnes en sang.



La bête du camp d’à-côté


Parmi les nombreuses légendes que se racontaient les chasseurs de la tribu, le soir, au coin du feu (expression stupide, d'ailleurs, étant donné que le feu était rond), une en particulier retint l'attention de Röh-Lan, ce soir-là. Elle racontait que, dans les nombreuses tribus alentours, certaines étaient hantées. Les gens voyageaient moins à cette époque, car il n'y avait pas la carte 12-25 et les gens vivaient rarement au-delà (de vingt-cinq ans). Ainsi certaines tribus proches ne s'étaient jamais rencontrées, parce que tout le monde avait autre chose à glander. Tout le monde, sauf Röh-Lan. C'est ainsi qu'il partit seul à dos de paresseux (le totem de la tribu) le lendemain matin, en direction du Nord, à la recherche du camp de la Beulette Amusée.


Comme il n'avançait pas et qu'il n'était pas encore sorti du village (et aussi que tout le monde se foutait de sa gueule), Röh-Lan congédia d'un coup de botte dans le train le mol animal, et décida de continuer à pied. Il traversa les marécages de Grrâh-Nüh, encombrés d'animaux morts (trente-cinq environ), foula d'un pied incertain le lœss du plateau de Frohm'Âj, affronta des hordes de moustiques enragés et sanguinaires qui menaçaient à chaque instant de l'épulper en lentes succions gargouillées et glaireuses, manqua de tomber dans un trou, y tomba finalement, et, lorsqu'il crut ne jamais arriver, arriva.


Les gens du camp le dévisagèrent longuement : ils n'avaient pas l'habitude des voyageurs lointains, et Röh-Lan avait une fâcheuse tendance à finir ses voyages dans un état lamentable. À peine arrivé, Röh-Lan fut conduit devant le chef du camp. Kal'Butt, ainsi le nommait-on, était un homme d'une grande force morale. Un coup d'œil sévère suffisait à faire taire les plus bavards, parler les autres, et il n'y avait personne qui ne reconnût sa supériorité au lancer de coucourdes à tige sombre arrêtée.


– Kekeuvouh v'nai fÄr ici ? lui demanda-t-il d'une voix sans appel.

– Moka niquer esprits mauvais, répondit l'Incroyable.


Cette remarque pertinente et au vocabulaire ciselé déclencha (du verbe déclencher : enlever une clenche de porte, par exemple) une hilarité sans précédent auprès de la plupart des spectateurs rassemblés (tous, en fait). La vue de ce jeune chasseur à moitié nu, au corps ingrat et au regard dense était déjà propice au rire, mais la déclaration qu'il venait de faire dépassait leur entendement. Comment une andouille pareille viendrait-elle à bout du terrible monstre qui les terrorifiait depuis des lunes ?


– Foutaileu dans l'throu Apice ! ordonna l'imposant Kal'Butt.


La langue de ce peuple n'était pas assez familière à Röh-Lan pour lui permettre de comprendre ce dernier ordre, et il ne put qu'imaginer les sombres tortures qui l'attendaient en punition de son insolence. Quelques minutes plus tard, le chasseur découvrait avec amertume les traditions de ce peuple fier et sauvage.


– Nous sommes un peuple fier et sauvage, lui dit alors le chef, penché au bord de la fosse d'aisance. Nos coutumes veulent que nous vous infligions ce traitement. C'est un honneur, savez-vous ?

– Mais vous parlez normalement ?

– Oui, vous avez vu juste. La tradition exige aussi que nous parlions comme des attardés, que nous nous vêtissions comme des bêtes… C'est dans le scénario, mais pour les visiteurs nous faisons une exception, qui est dans le scénario aussi.

– Ah bon !?!

– Oui. C'est aussi pourquoi nous vous accordons le droit de séjour dans notre clan, à compter d'aujourd'hui et pour une durée égale à vos impôts de l'année dernière, déduits des charges salariales de votre chaman – il a des disciples, je crois ? –, charges auxquelles bien entendu il faut déduire l'usufruit d'héritage jusqu'à la troisième génération à gauche.

– Je…

– Non, écoutez, ne compliquez pas, c'est comme ça, pliez-vous un peu aux règles des autres, que diable ! Quel est votre numéro d'apport ?

– Quel... quoi !?!

– Vous voulez l’usufruit ?

– Un jus de fruit ? Avec plaisir !

– Bon, laissez tomber.

– Mais je suis obligé de… Est-ce que c'est obligatoire, tout le bordel que vous me parlez, là ?


Quelques instants plus tard, Röh-Lan était chez la guérisseuse du campement. Le chef avait décidé de lui asséner une claque violente sur le museau pour sa grossièreté, et, fort de ses quarante-neuf kilos, le chasseur avait décidé à son tour d'ignorer la provocation et de perdre connaissance.


Röh-Lan sentit quelque chose de chaud et gluant contre sa joue. Il mit une plombe à réussir à faire sauter les cadenas de pus scellant ses paupières. Lorsqu’il y parvint enfin, essoufflé comme le gringalet qu’il était, il put enfin voir ce qui lui léchait la joue avec tant d’amour et d’impétuosité et qui lui avait manifestement oint le corps d’une couche de bave mousseuse des plus ragoûtantes : une bäte, haute d’un bon mätre, un de ces animaux domestiques fort avenants que Röh-Lan avait en adoration. Une bonne bäte, visiblement contente d’avoir quelqu’un à qui tenir compagnie. D’ailleurs, le seul fait d’être contente semblait la rendre encore plus contente ce qui, par un processus d’auto-amplification curieux, propulsa le bon gros sympathique animal au nirvana suprême de la contentitude la plus totale en une petite poignée de secondes à peine.


Laissant l’animal à son bonheur décidément intense, Röh-Lan décida de sortir de cette sombre tente dans laquelle il ne se souvenait pas avoir échoué. Il fut aussitôt accueilli par un petit vieux bedonnant dont il se souvenait maintenant très nettement avoir chatouillé le poing avec ses moläres.


- Vou ka af’ronh-ter Bulba, lui dit le vieux schnock.

– Ah ! Parce que vous vous remettez à parler comme une tanche ?

– Ben oui, c’est dans le scénar’… Toi aussi, d’ailleurs, tu devrais t’y remettre…

– Ah bon !?! … Bon, ok…

– C’est mieux…

– Mo ka… koi ? Kékeçäh, « Bulba » ?

– Ça ätre grÖosse bäte !

– Mo ka taper bäte ? Mais ça bonn’bäte ! fit-il, montrant du doigt le bon gros bestiau.

– Nan ka pas çäh. Bulba ätre bOku plus grÖÖL…


Sur ces bonnes paroles, le vieux empoigna vivement Röh-Lan et alla le balancer dans une espèce de trou sombre. Il finit dans la poussière. La gueule enfarinée, il se releva et vit un curieux bonhomme qui le regardait fixement.


– Z’êtes qui, vous ? fit Röh-Lan.

– Mo ka… Nih’Youtoneü, maître de ces lieux.

– Mais quels lieux ? Ch’uis où, là, par Benelos ? !

– Dans les coulisses de l’arène !

– Ah bon !?!


Nih’Youtoneü, maître des lieux, lui expliqua que le clan possédait une arène où était enfermé Bulba, pour les spectacles du village et autres combats-cadeaux de bienvenue. Röh-Lan allait donc avoir l’immense honneur d’y affronter Bulba.


– Par iciiii, messiiiiiiire, fit une voix stridente dans son dos.


Röh-Lan se retourna vivement et découvrit un nain puant édenté.


– Je te présente Pascal, mon petit apprenti, fit le maître. N’est-ce pas, milli Pascal ?

– Nîîîhhhh, fit-il pour seule réponse, avant de prendre Röh-Lan par la main afin de le conduire dans l’arène.


Röh-Lan fut jeté à terre dans une arène poussiéreuse, il entendit une lourde grille se refermer derrière lui avec force fracas. Il faillit y laisser une burne qui traînait là où la herse perfora le sol aride. En se relevant, Röh-Lan découvrit qu’il était cerné par de hautes murailles, taillées à même la roche de granit et surmontées, de loin en loin, de renforts artificiels en mullonciment et de postes de combat en transparostafa.


La herse opposée fut levée et Röh-Lan vit Bulba faire son entrée. Il s’agissait d’une espèce de reptisaure étrange, haut comme trois tipis. Pascal lui jeta une arme. Röh-Lan empoigna avec force le gourdin en sékobab fileuté et s’approcha résolument de Bulba, qui n’avait finalement pas l’air si féroce que ça. La bête le considérait d’un regard bovin. La tête surmontée d’une grande clavette et le dos couvert de cannelures, Bulba était peut-être idiot, mais Röh-Lan s’attaquait tout de même à un gros morceau. Soudain, Bulba se jeta sur lui avec une vitesse folle et Röh-Lan fut rasé de près par la terrible peau abrasive de la bête, qui le manqua de peu. Entrant dans une transe mystique, comme le chaman lui avait appris, Röh-Lan décida de gagner ce combat.


Alors les deux adversaires se lancèrent dans une danse mortelle d’où, Röh-Lan le savait, un seul vainqueur sortirait. Röh-Lan devait manœuvrer vite pour éviter les coups de pattes que le reptisaure lui lançait. Augmentant son volume de jeu, il passa à la vitesse supérieure et parvint à éviter tous les assauts ennemis. Il atteint un niveau de concentration tel que lorsque la lourde peau de neuranium le frôlait, elle était si dense et rugueuse qu’il pouvait en percevoir l’altération du tissu de l’espace-temps.


Continuant leur danse mystique, les deux combattants poussaient des cris hargneux, se déplaçant à une vitesse telle que Röh-Lan put saisir les contractions et dilatations locales spatio-temporelles de l’arène. À cet instant, Röh-Lan était invincible, percevant le TOUT de cette confrontation. Il était Bulba. Il était sa peau écailleuse, tout comme il était le rythme frénétique de sa respiration et de ses cannelures. Il était le vecteur gravité. Ils bougeaient si vite que la notion de temps devint floue et le reptisaure ne lui apparaissait plus que comme des minces tracés, floutés et évanescents. Une véritable imitation d’évènement quantique.


Et lorsque Röh-Lan décida de changer de direction, l’impulsion qu’il donna fut d’une telle puissance qu’il inversa son cône de causalité, bousculant l’horizon des évènements, inversant la cause et l’effet. Il ne s’en rendit compte que lorsqu’il ressentit une vive douleur, un impact formidable lui détruisant la face, alors que la bête n’avait pas encore abattu sa patte sur lui et ne projetait encore que de le faire. Mais l’idée du reptisaure était déjà devenue acte pour Röh-Lan, qui fut projeté en arrière et alla mordre la poussière. Ivre de fureur, ahanant, Röh-Lan se releva, enserra fortement son gourdin fileuté puis, commandant à la gravité d’élever son corps de nain à hauteur de la crête de Bulba, Röh-Lan lui matraqua la clavette avec une violence inouïe, dépassant sa limite élastique au-delà de tout coefficient de sécurité possible, puis se laissa retomber avec la souplesse d’un smilodon. Contemplant son œuvre, Röh-Lan vit Bulba reculer en tutubant, la tête enfoncée, la clavette plastifiée en porte-à-faux et le bec de guingois, avant de s’affaisser lourdement, exhalant un long râle plein de vicissitude, bien que Röh-Lan n’eût pas la moindre idée de ce que ce mot pût bien vouloir dire.


Peu après, Röh-Lan était quasiment battu à maure puis jeté dans les marais du village, ligauté à un parpaing de mullonciment. On lui avait gentiment expliqué que s’il avait l’honneur d’affronter Bulba, cela ne signifiait en rien qu’il lui était permis de le tuer. Avec ses conneries, c’est tout un village qui perdait son symbaule, sa force, son idaule, sa raison d’être, son esprit éclairé vieux de plusieurs milliers d’années. Bulba avait affronté les siècles avec sagesse et persévérance, et, avaient conclu le chef Kall’But et son frère Osso-Bulkos, ce n’était sûrement pas pour finir la clavette fracassée par un nain pré pubère en mal de reconnaissance déplacée.


Alors que tout un peuple pleurait la mort de Bulba, mentaure et esprit du village, icaune de leur civilisation paztèque, Röh-Lan dévalait la pente vaseuse du fond d’un marais, entraîné par son parpaing, les mains attachées dans le dos, en se demandant comment il allait bien pouvoir s’en saurtir, et le narrateur n’en menait pas large non plus, question sauvetage de héros englué dans la glaise visqueuse d’un marais puant. C’est donc par une habile pirouette purement scénaristique que la caurde céda, libérant Röh-Lan qui put remonter jusqu’à la surface dans un tourbillon de bulles aux reflets argentés, semblables au poly-alliage mimétique du T-1000, bien que Röh-Lan n’eût jamais vu « Terminataur 2 », mais le narrateur décida qu’il en était bien ainsi. Et puisqu’on en n’est plus à une vache près, ni même à un demi-burnosaure, Röh-Lan retrouva son village sans concombres ni autres légumes, qui n’ont d’ailleurs strictement rien à foutre dans cette histoire.



Rencontre avec un bougnoulodon


L’air était froid. Froid et numide. Penché au-dessus de la rivière gelée, Röh-Lan guettait les va-et-vient des daurades et des merluchons. De temps à autre, lorsqu’il estimait que l’angle était bon, il lançait sa petite lance dans le trou qu’il avait lui-même percé dans la glace. Sa lance était si petite que les autres jeunes de la tribu disaient toujours :


- Röh-Lan est parti pécher avec son petit dard de pédé !


Röh-Lan avait tous ces commentaires en aversion, et il s’était juré qu’un jour il ne serait plus aussi maigrichon. C’est pourquoi il s’entraînait sans relâche à la chasse au dard, espérant à chaque fois ramener des tonnes de daurades mais, au final, Röh-Lan n’était encore qu’une misérable tanche. Il était donc là, à se peler le jonc et à scruter le poisson, lorsqu’il entendit un bruit. De l’autre côté de la rive, par-delà les branchages dépouillés de cette glaciale journée d’hiver, Röh-Lan crut voir une forme bouger. Oui. C’était bien une bête. Et massive, qui plus est. Le réflexe bon-la-viande étant fortement bien ancré dans son esprit, Röh-Lan laissa là ses daurades et ses merluchons, saisit son dard et entreprit de gagner la rive opposée.


Röh-Lan progressait lentement sur la croûte de glace. Le temps caillait sévère mais la glace n’en avait cure : malmenée par le torrent sous-jacent, la surface pouvait se rompre à tout moment. Les pieds anesthésiés par le froid, Röh-Lan étouffa un juron en se rêchant comme une brêle.


- Par les rats du Danube ! Ras-le-cul de ce froid de con ! maugréa-t-il.

« Ah l’échec ! » se dit-il à lui-même.


Ce n’était pas le moment d’alerter le gros-la-viande de sa mise à mort imminente. Imaginant déjà la bête tournoyer sur un pieu au-dessus du feu, savourant par avance la fumée douceâtre des graisses brûlées, Röh-Lan avançait à pas de loutre sur les galets blanchis par le froid. C’est à ce moment que le bestiau sortit de la forêt. Haut comme le tipi moisi de ses parents, large comme un buffle et recouvert d’écailles verdâtres, l’animal avait une grosse tête surmontée de petites cornes, évoquant vaguement un zabrak. Mais non, ce n’était pas un zabrak. Röh-Lan n’avait jamais rien vu de tel. Planqué, recroquevillé derrière un rocher, Röh-Lan scrutait la bête qui marchait paisiblement. Emmitouflé dans sa vieille fourrure délabrée de skons d’Alaska, les burnes dépassant et posées à même la roche, la position n’était certes pas très confortable, mais Röh-Lan préférait ne pas être vu d’une telle bestiole encore indéterminée.


L’animal atteint le bord de la rivière gelée et se mit à renifler quelques pousses vertes. En entendant les « fnouf fnouf » d’extase poussées par la créature, Röh-Lan se souvint des paroles de son père Caô, le Pourfendeur du Calamar du Soupoporao :


- Lorsque l’hiver est au plus fort, seule une plante persiste : l’algue des rivières.


- Un bougnoulodon !!... souffla Röh-Lan entre ses dents.


Il savait que seuls les bougnoulodons mangeaient les plantosuces, ces algues étranges et puantes, tellement collantes qu’on les jurerait capables de vous sucer jusqu’au sang. Röh-Lan n’avait encore jamais vu de bougnoulodon, à part peut-être une fois, en morceaux épars, grillés, qu’il avait reçus sur la figure, au coin du feu, pour un dîner de fête, une agréable veillée de printemps. C’était un mets de tout premier choix. Et Röh-Lan serait à coup sûr le héros du jour si d’aventure il parvenait à ramener du bougnoulodon pour le repas du soir, habituellement frugal en cette morne période de l’année.


« À l’attaque ! » se dit-il, esquissant un sourire démoniaque qui voulait à coup sûr dire «Gnark gnark, mo ka bien bouffer ce soär».


Röh-Lan se leva d’un bond, brandissant son dard, fondant sur le pauvre bougnoulodon apeuré.


- Ah l’échec ! maugréa t-il.


Röh-Lan marchait, tout penaud. Titubant sur une jambe, toute la face endolorie et les burnes broyées, il ne comprenait toujours pas ce qu’il lui était arrivé. Il se souvenait vaguement avoir trébuché, les pieds pris dans une racine de plantosuce, se ramassant la tête sur un vieux tronc pourri de bakoïa – à moins que ce ne fut un sékobab ? Puis le bougnoulodon était devenu tout rouge et avait fondu sur lui. Encore englué dans la plantosuce, Röh-Lan n’avait pu tenter qu’une vaine et pitoyable roulade, misérablement vouée à l’échec, tandis que le bougnoulodon lui labourait les burnes de son groin calleux, avant de décamper en poussant des « kouï ! ! kouï !! » apeurés, sans doute terrifié par la complainte du looseux solitaire (« ’cheeeeecccc !! ») étalé au bord de la rivière de neige.


« Ce soir », se dit Röh-Lan, « ce sera maigre purée de racine pour dîner, et macération de bave de gronibar en cataplasme sur les couilles. »



Les épreuves du temps


Röh-Lan se tenait debout devant sa tente miteuse.


- Putain faudrait vraiment que je change de tente.


Vous l'aurez compris, sa tente était… toute pourrüe, et il lui fallait un nouvel abrüh pour l'hüver à venir. Deux solutions s'offraient à lui. Il pouvait tenter de tuer une bäte afin de récupérer sa peau, il faudrait ensuite la traiter et la tanner. Vu le manque de bÖl dont il avait fait montre auparavant, ce n'était sans doute pas la solution à retenir. L'autre possibilité consistait à troquer une peau contre autre chose.


D'ordinaire, chaque membre de la tribu – possédant un talent particulier – échangeait le fruit de son travail contre celui du travail d'un autre. Cette solution favorisait les échanges et l'entraide, et de toutes façons un tailleur de silex ne pouvait pas dormir et s'habiller avec du silex (faut pas être trop con non plus). Tout le problème se posait là pour Röh-Lan, doué pour l'artisanat autant qu'une cafetière pour la course à pied : il ne voyait pas bien ce qu'il pourrait échanger (et le narrateur non plus).


– Voyons voyons, que sais-je faire…


Un bon quart d'heure après, Röh-Lan commençait à avoir mal aux jambes. Il s'assit, donc.


– Euh… je suis doué pour dormir, mais bon, on va me jeter des cailloux si je propose ça.


Le narrateur en avait doucement marre de ces histoires qui commencent super mal, et décida d'un coup que Röh-Lan était pété d'oseille. L'oseille, très rare en ces contrées de froidures (oui bon, me faites pas chier avec les incohérences du récit) possédait des vertus curatives et laxatives, notamment en cas de crises d'hémorroïdes. Seulement voilà, il fallait bien rajouter une difficulté aux aventures de Röh-Lan, de préférence en lui en collant plein le museau vers la fin (burnes arrachées, etc).

Ainsi Röh-Lan se mit en quête d'un pigeon à qui refiler son oseille, et, contre toute cette oseille, il ne réussit qu'à troquer un peigne sans dent, taillé dans une défense de castor. Eh oui, les castors à l'époque étaient plus vigoureux qu'au jour d'aujourd'hui. Son ustensile finement décoré en main, Röh-Lan se rassit, comme une baguette d'hier.


– Mutain de merde, qu'est-ce que je vais bien pouvoir foutre avec ce peigne ? Je me demande si je ne me suis pas fait emmancher avec ce troc, quand même. Pasque bon, faut bien reconnaître, c'est pas très utile.


Röh-Lan associait en effet un vif sens de l'observation à une fulgurance d'esprit rare. Avisant Ngroung, qui passait par là, Röh-Lan essaya de feinter.


– Hé Ngroung ! tu veux pas m'échanger un peigne contre une tente ? Hein ? Regarde, il est joli ! Hein ? Regarde, j'te dis, il est vach'ment bien et tout !

– Hé ! mais tu m'emmerdes avec ton peigne, là, va plutôt traire les poules !


Soignant son cocaaaard, le jeune infortuné se mit en quête d'une autre victime. Peut-être devrait-il s'y prendre plus finement, cette fois-ci. Il n'avait pas encore percuté, à ce stade du récit, que la seule victime de l'histoire serait forcément lui, vu que le narrateur est un sadique doublé d'une andouille. Il se mit donc en route vers le camp du canaaard, situé à quelques heures de marche, un défi surmontable, même pour Röh-Lan. Arpentant le chemin de cailloux, il se demandait où cette nouvelle aventure le mènerait (et il n'était pas le seul). Pour une tente, pour sa survie, que n'aurait-il pas fait ? Tout à coup (j'ai honte d'écrire des rebondissements aussi nazes, mais il fait chaud, là, et j'ai pas d'inspiration) il entendit un cri, pas inhumain ni rien, un peu rauque, quoi, c'est tout.


– Tümbeeeeeer !


Dans un fracas de tous les diables, un gigantesque séquèzoab à feuilles carrelées s'abattit sous ses yeux. Encore tremblant, Röh-Lan vit s'avancer un être frustre, haut comme deux pommes de pin, les bras levés debout sur une chaise. Vêtu de peaux de bah'nanes naines, l'homme s'exprima dans une langue familière aux oreilles décollées du jeune haumme.


– Bijour ! La besse ? Ji m'appelle Binel !


Heureusement, Röh-Lan avait pris benelien en LV2, et donc, pour une fois, il n'était pas complètement largué.


– Imothep, imothep. (Pour plus de compréhension, je traduirai pour vous les dialogues, n'y laissant que les locutions les plus intraduisibles et les plus amusantes). Que fais-tu dans ces bois, l'ami ?

– Ji coupe di bois. Ji dibite, en quelque sorte. Ti prends la hache, comme ça, et ti coupes, ti dibites, quoi. Après, quand l'arbre il tombe, il faut se pousser vite. Sinon ti t'fais icraser.


Fasciné par le sens pratique de sa nouvelle connaissance, Röh-Lan décida d'accepter l'invitation à souper de Binel, car il s'appelait ainsi. Si si, c'est marqué plus haut.


– Il faut d'abord que ji ramasse li bois, sinon il va pas être bon à brîler. Tiens, ti m'aides, il faut li mettre dans li traîneau, comme ça, et après ti le sangles. On va monter sur li traîneau, et comme ma hutte est en contrebas, nous pourrons sans peine atteindre ce foyer où nous nous réchaufferons. Ensuite nous souperons, mon jeune ami, qu'en dites-vous ?


Branlant du sous-chef, car Röh-Lan était un jeune homme bien élevé, les deux compères commencèrent à charger le bois de chauffe. Binel irait sans doute le troquer aux villages voisins par la suite. Les sangles solidement mises, ils prirent appui sur une bûche pour monter et s'asseoir à l'avant du véhicule de fortune. Le conducteur pouvait à sa guise actionner un levier qui libérait ou bloquait selon l'angle un travois en rotation libre à l'arrière du chariot. Cet astucieux montage permettait de réduire l'allure ou de laisser libre l'accélération. Binel débloqua l'ensemble et, le chariot, devenu tout inerte d'un seul coup, commença à se mouvoir doucement. Au fur et à mesure que les deux compagnons prenaient de l'allure, juchés à bonne hauteur du sol, la végétation devenait plus dense : ils pénétraient au plus profond de la forêt. Çà et là, des bwingosaures s'écartaient du chemin de l'imposant véhicule, qui commençait d'ailleurs à avoiner pas mal. Des bosquets de buih-ssons leurs barraient le passage, mais cédaient bien vite sous le poids et la vitesse du traîneau. Les gougnaffiers prépondérants n'étaient plus que des traînées vertes aux yeux de Röh-Lan, et il commença à faire dans ses chausses lorsque Binel brisa le levier en forçant dessus.


- Nardinamouk, laissa-t-il échapper.


Frappant une irrégularité du terrain de plein fouet avec une viaulence qui me surprend moi-même, les sangles cédèrent et une bille de bois alla directement écraser la trogne d'un pacifique bougnoulodon qui passait par là. Projeté en l'air, Röh-Lan réussit ün exrectumüs à se raccrocher au travois.


C'est alors que Binel lui lança une phrase qui resta gravée à jamais dans la mémoire du jeune chasseux.


– Frine, friiiine !

– Ji peux pas, ji glisse !


Heureusement (?) pour eux, un énaurme pinausaure à trompe fouisseuse passait par là, et l'incontrôlable traîneau alla tout de même se contrôler la gueule dans le gras du gros-la-viande. Mais rassurez-vous, et ébahissez-vous, un peu aussi, car cette histoire est sans doute la seule que vous lirez et qui se termine bien.


Car en vérité je vous le dis, avec leur traîneau, les deux amis démontèrent la gueule du pinausaure à trompe fouisseuse, et ils eurent de quoi bouffer pour l'hiver. Les peaux, convenablement tannées par la mère Binel, constituèrent un élément de base pour la nouvelle tente de Röh-Lan. La trompe de pinausaure permettrait même de faire une cheminée. Cool, non ?


Enfin bon, ça se finit bien… Oui et non. Les peaux nécessitaient une saison environ pour être utilisables, et Röh-Lan dût tant bien que mal passer l'hiver dans la cahute de la famille Binel, à bouffer du couscous et des tagines de pinausaure. C'est mieux que rien, et c'est surtout mieux que d'habitude.



Belle mâtinée d’été


Un jour que Röh-Lan fut réveillé tendrement par les pépiements d’un konlubru et par de chauds rayons de soleil dansant sur sa joue au travers du feuilleutage de son tipi, il décida d’aller faire un tour à l’aurée de la faurêt. Progressant avec entrain, Röh-Lan croisa moult animaux sur son chemin. Du martinezaure claudiquant au tadmorv baveux, en passant par un gentil petit naléchek tout content, c’est comme si toute la faurêt était en fête par cette belle matinée d’été. Il croisa même un toupouru qui ne lui chercha point noise, ainsi qu’un sympathique petit oran-jutang.


« C’est décidément une belle journée, on se croirait presque au Paradise ! » se dit-il en s’engageant dans les plantations de boikaka.


Il entendit un petit gazouillis et vit surgir devant lui un mignon petit bwingosaure. L’animal s’avança sans crainte et poussa un petit cri étrange. Lorsque Röh-Lan se remit en marche, le bwingosaure l’accompagna en continuant de répéter son cri :


« Öl ! Öl ! Öl ! Öl ! Öl ! »


L’animal se déplaçait en sautillant sur ses petites jambes, en faisant de drôles de bruits allant du bwouïng au twong, sans omettre toutes les variations qui allaient avec. Il progressait rapidement, la langue pendante et dodelinante jusqu’au sol, rebondissant avec ses sauts, tant et si bien que le petit animal manqua de s’empêtrer dedans. Ce que Röh-Lan eut trouvé excessivement plaisant. Mais non. Tant pis.

C’est alors que des coufourés de boikaka surgit un énaurme animal qui se jeta sur le pauvre petit bwingosaure. Ce dernier ne vit pas le coup venir et finit éviscéré devant les yeux ébahis de notre héros tétanisé.


« Ah l’échec ! Un grotha ! » se dit Röh-Lan devant l’animal aussi lourd que massif, avant de conclure : « Rhââââ, c’est vraiment la louze ! »


Heureusement, il avait toujours sur lui son petit gourdin de secours en kagubois molleutonné. Il porta la main à son slip en peau de brelosaure duveté mais ne saisit qu’une burne. Il n’avait pas son gourdin sur lui, il avait probablement dû le laisser en charge sous sa table de nuit. Il prit ses jambes à son cou, taillant la zone à travers les plantations, sentant les branches lui griffer le visage, priant pour qu’il n’y ait pas de houbarbelés plantés dans le coin. Au détour d’un buisson frisottant, il percuta un grotadmorv à poils durs – une variété rarissime de tadmorv, beaucoup plus grosse – qui sortait de son trou terreux. Le grotha, lancé à toute vitesse, ne put friner à temps, finit d’achever le pauvre tadmorv déjà mal en point et alla se rêcher le caisson dans un massif de bourpüf en fleurs.


Décidant de laisser là le monstre qui avait eu son compte, Röh-Lan continua sa balade bucolique en coupant à travers les champs de kokvelicots fleuris. Au loin, il pouvait voir les eaux miroitantes du lac Trauprauphon et, par-delà les rizières, s’étendaient les vastes plaines de Kagüboslovaquie.


- Oui, c'est vraiment une belle journée, répéta Röh-Lan.


La nature était en fÄte, et c'était vachement bien. Au niveau narration c'était pas déculottant, mais bon. Les hautes zerbes qui recouvraient les steppes en cette saison s'élevaient à plus de deux mètres de hauteur, et ondulaient au gré du vent, pour faire dans le lieu commun. Des nuances or chatoyaient dans ce mouvement perpétuel, et faisaient de la prairie un lieu enchanteur. Röh-Lan s'enfonça plus avant dans les hautes zerbes, et fut bien vite entouré d'un mur de verdure insondable. Et de toute façon, il n'avait pas de sonde, et je vais arrêter ce genre de commentaires débiles. Soudain, apeuré comme un glouglou en plein cyclaune, le chasseux tenta en vain de revenir sur ses pas. Hélas, la masse sans cesse se resserrait, et les traces de Röh-Lan avaient disparu.


Marchant, haletant, jurant, glandant un peu quand même, il sortit enfin de la prison végétale qui lui avait semblé, l'espace d'un instant, vivante, consciente, voulant le retenir dans son cœur étouffant. Les cheveux collés par la sueur, et les quelques poils aussi, il se rendit compte que, bien loin d'être sorti, il se trouvait en fait au bord d'une rivière dont les rivages, adoucis en cet endroit, s'escarpaient brusquement avant de pénétrer à nouveau dans le mur de hautes zerbes.


« Une oasis dans le désert ! » pensa Röh-Lan, qui fit montre, pour une fois, d'un certain sens de l'à-propos.


Il but un peu, s'assit pour réfléchir, se releva aussitôt et, finalement, repartit. Malgré la trouille qui le faisait bander mou, il se sentait étrangement paisible (notez la contradiction qui donne de la profondeur au récit), comme… comme après avoir fumé un gros bédo. Il avait presque envie de s'arrêter là, au milieu de nulle part, pour dormir un peu. Les fragrances délicates des gouinasses à tête mordorées s'ajoutaient au parfum envoûtant du klafoutier sur échasses, chaudes et épicées. Les kakouffes sentaient le barnabier à corolle mouchetée, et l'air était chaud et chargé de lourdes et capiteuses odeurs végétales. Une légère brise parvint à s'insinuer dans les replis de la plaine herbeuse et rafraîchit Röh-Lan.


« Putain, on est trop bien, sérieux ! » murmura-t-il avant de sombrer dans l'inconscience.


Les senteurs de la martinaise bosselée en fleur s'immisçaient dans le système respiratoire de Röh-Lan, provoquant des rêves hallucinatoires. Perdu aux confins de son surmoi, Röh-Lan s'abandonnait peu à peu à ses délires, poussant parfois même quelques cris qui firent peur, heureusement, au cochonglier (un cousin du sanglochon, qui préfère une autre partie du voyageur pour s'amuser) passant par là. Un bourh'trüff s'aventura lui aussi, avec plus de succès, car Röh-Lan était carrément dans le cirage à cet instant. Après avoir commis son ignoble forfait aux dépens du jeune homme, l'infâme animal s'éloigna en se gondolant.


Les animaux, en ce temps, étaient très déconneurs, mis à part quelques gros-la-viande au sens de l'humour aussi restreint que leur capacité d'analyse de la valeur, valeur qui n'a d'ailleurs rien à faire ici. Mais je m'égare.


Lorsque le chasseur rouvrit les yeux, il vit qu'il était dans ses fourrures, près de son foyer. Sa mère, la douce Pöh-Liah, se pencha vers lui et lui colla une tarte dans la vitrine : pour son irresponsabilité, lui expliqua-t-elle. Un tel comportement ne méritait rien d'autre. Lorsque Röh-Lan lui demanda pourquoi tant de haine, sa mère se rendit compte qu'il était vraiment le blaireau que tous prétendaient.


– Tu t'es égaré dans la Plaine du Saummeil ! Les plantes t'ont endormi et empoisonné ! Heureusement, grâce à mes connaissances de guérisseuse, j'ai pu te réveiller. Par contre, un bourh'trüff t'a trouvé avant nos chasseurs…


Pris d'une angoisse comme il n'en avait pas connu depuis la veille, Röh-Lan souleva les fourrures et regarda sous son pagne. Il poussa un cri de désespoir. Le bourh'trüff avait comme sombre manie de poser ses pêches sur les parties des voyageurs endormis (c'est pourquoi ils proliféraient dans ces prairies roupillogènes). Le praublème était que la fiente de bourh'trüff, chargée de bactéries – farceuses, elles aussi, et heureusement – provoquait un œdème étonnamment gigantesque. Röh-Lan se retrouva donc avec une paire de testicules de la taille, chacun, d'une tente de camping igloo modèle Flonf ! standard. Il se rembrunit et décréta que, finalement, c'était une journée de merde parmi tant d'autres.



L’initiation


Röh-Lan venait d’avoir douze printemps. Et comme en ces temps reculés, si lointains même qu’on ne saurait les dater, l’espérance de vie n’était pas tout à fait ce qu’elle est aujourd’hui, à douze ans, il était grand temps de devenir un homme. Un vrai. Depuis quelques mois déjà, Röh-Lan sentait la pression monter. D’abord fugitivement, puis beaucoup plus franchement. Quelques semaines avant son douzième printaversaire, n’en pouvant plus, Röh-Lan était parti quelques jours méditer dans la vaste clairière de Boimoisi. Là, il était resté longtemps, stoïque, à écouter les bruits de la nature, apprenant à sentir l’écoulement du temps filer entre ses doigts, tel un élémorphe joueur, guidant implacablement l’univers de Röh-Lan à travers l’espace infini. Après moult réflexions, croyant à peu près saisir le sens de la vie – et par-là même son devoir d’existence – Röh-Lan inspira profondément puis souffla entre ses dents :


- Mo ka… mo ka… l’est temps.


Sur le chemin du retour, tout lui sembla changé. De la valse de l’hironboise clapoteuse dans le ciel, paradant en cette saison des amours, au vol stationnaire du konlubru en quête d’hydraumäl aux abaures des champs de flaoueurzes, en passant par la folle course pour son existence de la tagazelle poursuivie par un dentordu, Röh-Lan comprenait l’essence de la vie.


C’est fort de sa méditation profonde que Röh-Lan revint au village tipiesque, où les préparatifs de sa grande initiation dodécaprintaversaire allaient bon train. Lorsque le comité initiatique vint à lui, Röh-Lan ne se débattit même pas, comme le faisait pourtant la grande majorité des jeunes. Il faut dire que la perspective de passer une journée entière ligoté à un poteau de bakoïa, enduit de sève de plantosuce et de déjections de tagabois, n’avait rien de bien engageant. Cela était pourtant nécessaire pour communiquer avec les dieux de la forêt de sékobabs séculaires. Mais Röh-Lan avait changé. Il se plia aux rituels avec une abnégation telle qu’il suscita la plus sincère admiration de son père, qui n’en attendait pas tant d’un frêle nabot aux jambes flageolantes qui avait cru bon de tomber dans un nid de mygaloos le jour de sa première chasse.


Très vite vinrent les épreuves physiques. Röh-Lan savait que malgré sa nouvelle force mentale, son petit corps rachitique serait mis à rude épreuve. Il encaissa ainsi onze cents coups de bâton enduits de chaux vive lors de l’épreuve d’esquive en aveugle, qui avait lieu cette année dans l’obscure grotte de Fétounoir. Il fut roué de coups lors de la séance de lutte en milieu hostile, à savoir la grande cuve volcanique aux boues puantes et aux émanations de soufre brûlantes. Il manqua perdre une burne, prise dans un geyser tonitruant de boue jaunâtre. Et lorsque ses compagnons vinrent lui enduire le corps de sang de bouc séché avant de le jeter en pâture aux rottweilers affamés du village, Röh-Lan commença à en avoir doucement ras-la-rondelle.


Il finit la journée d’épreuves harassé, empêtré dans un arbuste de houbarbelé, car il avait cru, dans un accès de fulgurance stupide, que les rottweilers et les tamalokus qui s’étaient joints à la partie, ne l’y suivraient pas. Certes. Le corps piqué de centaines d’épines grosses comme des clavettes, retrouvé au son de ses gémissements et ramené au village à dos de broutosaure, il fut jeté sur une paillasse où il s’effondra lourdement, ne pensant plus qu’à dormir pour mieux gérer les épreuves du lendemain, notamment le tant redouté barbotage au milieu des loutres du Rio Merdo.


Le lendematin, Röh-Lan se leva ni frais ni dispos, mais forcé et contraint par les coups de savates persuasifs du chaman.


– Debout, espèce de klapoutz à poils laineux (à poils laineux, à poils laineux, à poiiils) ! Il est grand temps !


Peu après, le presque chasseur s'avançait dans les eaux tumultueuses du Rio Merdo, le flöve sacré, proche du lieu sacré, pas loin des montagnes sacrées, du côté de la forêt. Sacrée, elle aussi. Enduit d'un mélange de graisse de cochon d'Inde des prairies et de fleurs de gougnaffiers pendouillant écrasées, Röh-Lan embaumait. Les eaux tourbillaunantes du Rio Merdo lui arrivaient désormais à la cheville, très haut, donc, et il se demanda quelle merde allait encore lui tomber dessus aujourd'hui. Soudain, il… (Heu non, non pardon, en fait rien pour le maument.)


Continuant son avancée timide et maladroite, il se rendit compte que la plupart du clan s'était barré, sachant que c'était quand même très chiant de regarder pendant une plombe une crevette aller se tremper le derche dans la rivière, aussi sacrée fût-elle. Ainsi Röh-Lan était seul, il était nu, il avait froid, il en avait ras-le-baule, mais les traditions étaient claires : il devait traverser cette foutue rivière avant le coucher du sauleil. Arrivé à peu près – heuâr – à mi-hauteur – heuâr – le jeune homme – heuâr – aperçut un mouvement – heuâr – qui n'était pas dû au courant – heuââââr. Une masse sombre circulait vivement entre les algues et les plantosuces (ces salauperies se retrouvaient dans à peu près tout ce qui était liquide, à part quelques trucs, peut-être). Furetant, elle s'éloigna au premier mouvement de Röh-Lan qui, malgré sa frousse, avait bien envie de savoir ce que c'était que ce bidule. Notons l'un des traits de caractères remarquables de Röh-Lan : son inénarrable curiosité, que j'ai finalement réussi à narrer quand même, c'est vous dire la qualité du récit, curiosité étroitement liée et donc limitée par la couardise dudit Röh-Lan. Bref, bête et froussard, tel était le jeune homme.


Arrivé à la moitié de la rivière, nageant à demi, pétant de froid, il fut tout à coup entouré – heuâr, non, pardon – d'une masse grouillante de ces mêmes bêtes couleur de roche, qui se dégageaient promptement lorsque Röh-Lan tentait maladroitement de les choper. Lorsque la première loutre sortit la tronche de l'eau (oui, il s'agit de loutres, pour ceux qui n'avaient pas compris, se référer aux épisaudes précédents), il fut pris de panique, et se mit à nager comme un âne (c’est connu, les ânes nagent très bien) vers la rive du fleuve, pensant que plus vite il serait sorti… plus vite il serait sorti. Röh-Lan faisait parfois preuve d'une vivacité d'esprit à vous couper le souffle.


Ces petits animaux, habituellement pacifiques et même plutôt décaunneurs, n'entendaient pas laisser un prédateur s'enfuir alors qu'ils étaient en surnombre, au risque de se voir attaqués en infériorité par la suite. Ces sympathiques bestiaules adoptèrent donc leur technique de combat favorite : le lancer d'oursins des rivières. Les loutres possédaient en effet sur leurs pattes antérieures (de devant, quoi) une sorte de renfoncement, entouré par des doigts griffus et palmés qui leur permettaient de saisir des objets avec une grande précision. Les oursins ne leur posaient pas de problèmes, et elles s'étaient aperçues que peu d'animaux appréciaient le contact des piquants crustacés sur leur peau.


Bombardé d'oursins, Röh-Lan tenta une immersion périscaupique, voire épiscaupale, mais il ne parvint pas à dépasser le stade du tarin sous l'eau, à cause de la graisse de faible densité dont il était enduit. Son postérieur dépassait, et les loutres, amusées par la situation, ne manquèrent pas de faire pleuvoir une grêle de fruits de mer (oursins, donc, mais aussi crevettes, langoustines, bulkots, bigaurneaux, coquilles Saint-Jacques, et une part de fromage de tête) sur le malheureux. Les roustons endauloris par l'expérience, Röh-Lan atteignit (c'est super laid mais j'ai vérifié dans le BescheuârÄlle, ancien grimoaaaare qui parle du langage en général et des verbes en particulier) la rive tant désirée, synonyme de sécurité et de fin des emmerdes.


Mais bientôt le sauleil finirait sa course effrinée, et le fleuve se peuplait déjà de créatures, mi-ragondins mi-poissons abyssaux. Phosphorescents, presque évanescents, les étranges êtres avaient la réputation de manger les joyeuses des animaux égarés, c'est pourquoi on les nommait…



… les croqueboules phosphorescents !


S'éloignant vivement du rivage, le jeune chasseux comprit toute la signification de l'épreuve : celui qui ne se magnait pas assez le cul devait passer la nuit dehors, en compagnie des curieux êtres, entouré des bruits de la nuit (« Tchüp », « Croui », « Öl », « SloÖup tooöut » dans le pire des cas). En observant attentivement les alentours, Röh-Lan vit que la fuite était impossible.


« Le lieu est bien choisi ! » pensa-t-il.


La rive était baurdée de zunonümh à critères déflorés, dont les tiges étaient coupantes comme un rasoaaar. Condamné à attendre le lendematin pour retraverser à la nage – pensée qui ne l'enchantait guère, mais cela valait mieux que de se faire bouffer les grelots – il entreprit de faire du fö. (Du feu, quoi.) Il arracha une tige de zunonümh, en prenant garde de ne pas s'amputer trop profondément, et la redressa pour en faire une drille. Il prit ensuite un morceau d'écorce de glaireuse à pistil rubicond, qui constituerait la planchette. En grattant le côté intérieur de cette planchette, Röh-Lan put récupérer suffisamment de fibres pelucheuses (comme des peluches, quoi) pour avoir un amadou digne de ce nom. Il tressa ensuite plusieurs de ses longs poils de fion pour faire une petite cordelette et fabriqua un arc avec une autre tige de zunonümh. La partie plus technique commençait. En utilisant l'arc pour faire tourner la drille, le chasseur parviendrait à chauffer et à créer une petite brÄse sur la planchette, brÄse qui enflammerait l'amadou. À force de patience et d'efforts, une timide fumée s'éleva.


- Putain, la réussite ! Ça marche ! souffla le campeur en herbe.


Une brÄse se détacha finalement de la planchette toute cramée pour tomber sur l'amadou judicieusement placé en dessous. Röh-Lan souffla délicatement sur le combustible, où une petite, toute petite flamme apparut.


- Victoaaare !


Un autre cri s'éleva bientôt de la rive sauvage du fleuve sacré. Dans son agitation Röh-Lan avait oublié de vérifier ce qu'il pouvait faire brûler. Et il n'y avait presque rien sur le petit coin de plage sur lequel il s'était échoué. Plein d'ampoules, tout gratteux (la glaireuse est un urticaire puissant, évidemment), Röh-Lan se coucha à même le sable, essayant de dormir. Las, les croqueboules sortaient peu à peu de l'eau, sentant l'odeur musquée des burnes pas fraîches, et le chasseux ne trouvait pas le saummeil. Ils ne s'aventuraient pas très loin du fleuve, habituellement, mais les animaux étendus sur la rive étaient, pour ces cruelles créatures, des proies faciles. Flairant le bon gueuleton, de plus en plus de croqueboules sortaient de l'eau. Mais il n'y avait que deux balloches, et elles le savaient bien. C'est ainsi qu'une fois de plus, la bataille immémoriale de la lutte pour la nourriture prit le pas sur l'intelligence, et les sinistres bestiaules commencèrent à se foutre sur la gueule.


Alerté par tout ce foin, Röh-Lan se jeta à l'eau, car il pétait de trouille et de toute façon il arrivait pas à dormir. Il pataugea tant et si bien qu'en arrivant de l'autre côté, il était crevé et empestait l'oursin pas frais. Lorsqu'il sentit une sorte de succion dans les bas-morceaux, Röh-Lan bita qu'un croqueboule était en plein repas à ses dépens. Il se dégagea en braillant comme un forcené, arrachant au passage une touffe de poils et un peu du scrotum. (Vous savez ce que c'est le scrotum ?)



Le Canditaure


Röh-Lan serra un peu plus la lourde sagaie dans sa main moite. C'était la première fois qu'il chassait seul, et ses craintes n'en étaient que plus pressantes. Il entendit au loin les murmures des autres membres de la tribu.


« Au moins, s’il m'arrive quelque chose, ils ne sont pas loin… » se dit-il.


Mais ses cris de détresse leur parviendraient-ils, lorsqu'il serait au plus profond de la caverne ? Il préféra ne pas y penser, et continua d'avancer à la lueur de sa torche, faite d'une branche trempée dans un mélange de graisse, de résine et de mousses. La flamme vacillante jetait sur les parois des ombres fantomatiques qui le ramenaient sans cesse à sa petite enfance, lorsque ses parents l'emmenaient traquer le burnosaure flatulent à crête mauve, à la nuit tombée.


La cérémonie qui accompagnait le passage à l'âge adulte était invariablement suivie d'une chasse en solitaire, afin de prouver aux esprits que le jeune homme était digne d'eux. La tribu du Paresseux Priapique voyageait toute l'année, suivant les troupeaux au gré des pâturages, et lorsqu'elle avait découvert cette profonde caverne, l'occasion avait paru idéale au sorcier de la tribu. Ainsi, après avoir été badigeonné de graisse de loutre et mis à barboter parmi elles au milieu du lac, la première épreuve avait été franchie.


Désormais, seule la chasse en solitaire séparait Röh-Lan de l'âge adulte. Les contes de la Tribu se référaient souvent au mythique Loch Fall, sombre gouffre abritant la main du Dieu Buffle, le légendaire Canditaure, créature mi-buffle mi-molette, qui pouvait briser une patte de mammouth d'un seul doigt. Le rêve de chaque jeune garçon était de vaincre ce monstre au cours de son initiation, mais lorsque Röh-Lan se retrouva devant la caverne, le courage qu'il lui fallut faillit lui faire défaut. Chaque pas semblait plus étouffé, plus aspiré par le sinistre repaire, comme si les murs qui l'entouraient n'étaient pas seulement faits de roche mais aussi des plus puissants maléfices, de la plus noire magie venue des Neuf Enfers. Il s'arrêta un instant pour écouter la sourde vibration qui s'élevait du sol. Couplée aux battements de son cœur, elle formait une étrange mélopée qui paraissait le saisir et l'étouffer. En se retournant, il n'aperçut plus la lueur de l'entrée, et frissonna.


Il fit quelques pas, s'enfonçant plus avant dans les entrailles de la montagne, lorsqu'il déboucha sur une salle aux proportions imposantes, composée de plusieurs lacs phosphorescents et palpitants. Cette vision fantasmagorique ne lui était pas inconnue.


- Les légendaires Abaures du Loch Fall ! chuchota-t-il. Serait-ce donc vrai ?


Il avait toujours pensé que les histoires de la Tribu étaient des fables pour enfant, sans trop le dire. Remettre en question les fondements religieux de la Tribu n'était pas de bon ton, et le sorcier impressionnait jusqu'aux adultes d'un simple regard. Soudain, une pensée l'assaillit. Si tout cela était vrai, alors… le Canditaure existait bel et bien, et il aurait à l'affronter ! L'émotion l'emportant, Röh-Lan se mit à jeter des regards désespérés à la recherche d'une issue qu'il savait ne pas exister. Revenir sur ses pas lui aurait valu une réputation de pleutre pour le restant de ses jours, ce qu'il ne voulait à aucun prix. Mourir eût été plus honorable, pour lui comme pour sa famille. Un bruit le fit sursauter, et son regard se tourna vers un recoin de l'étroite plage de galet bordant les Abaures. Une créature de la taille d'un klapoutz adulte s'enfuyait en couinant.


- Un gronibar claveuté, soupira-t-il.


Instantanément, un sourire se dessina sur le visage du jeune homme. La femelle de cette espèce possédait la particularité de gonfler ses mamelles à outrance en présence d'un prédateur, ce qui, premièrement, ne l'aidait pas particulièrement à s'enfuir, et deuxièmement, provoquait l'hilarité de la plupart des créatures pensantes. De plus, en temps normal, les mamelles étant dégonflées, le stupide animal se prenait régulièrement les pattes dedans et le taux de mortalité s'en trouvait accru d'autant. Ils étaient donc très rares, et Röh-Lan fut étonné d'en croiser un dans ce lieu inhospitalier. Le sol se mit à nouveau à trembler, mais d'une façon différente de ce que les sens aiguisés de Röh-Lan lui avaient communiqué auparavant. La légère vibration se fit tremblement, puis secousse, et le chasseur vit apparaître la créature cauchemardesque par-delà les Abaures, de l'autre côté de la gigantesque salle.


- Il vient du Loch Fall, je dois l'affronter ! pensa Röh-Lan.


D'un coup de ses ailes noires et fumantes, l'immonde être se posa, dans un vacarme assourdissant. Röh-Lan esquiva le premier coup de griffe en roulant sur le côté, et passa à l'offensive. Projetant sa lourde sagaie de toutes ses forces, il réussit à atteindre avec une violence inouïe le monstre à l'un de ses trois yeux. Aveuglé au tiers, l'animal souffla son haleine pestilentielle, chargée de miasmes, en direction du guerrier. Suffoquant, celui-ci chancela et saisit sa fronde. Plusieurs coups bien ajustés achevèrent d'aveugler le Canditaure, qui poussa un rugissement terrible et, lorsque la bête fonça dans sa direction, Röh-Lan esquiva à nouveau, laissant le Canditaure se fracasser le crâne sur la paroi du Loch Fall. Constatant sa victoire incroyable, le chasseur se hâta de remercier l'Esprit du Paresseux Priapique.


L'effroyable Canditaure gisait, inerte, la face pesamment enfoncée dans un mélange de boue et d’excréments. Mélange dont Röh-Lan était maculé, d’ailleurs, du fait de son héroïque roulade. Notre héros en prit conscience avec un étonnant détachement. Toute sa vie n’avait jusqu’ici été que plaintes et gémissements, honte et larmoiements. Car Röh-Lan était plutôt du genre gaulé comme un Pokémon. Alors si, il y a quelques minutes encore, se retrouver ainsi couvert d’un liquide nauséabond dont émanait une odeur putride eut sans doute été un énième fardeau, Röh-Lan commençait à prendre conscience, avec fulgurance, de sa toute nouvelle stature.


Désormais on l’appellerait « Celui qui a terrassé Candy », et sa renommée ne connaîtrait plus jamais de limite. Un timide sourire s’esquissa sur son visage. Fini, le temps où Röh-Lan n’existait péniblement que comme le fils du légendaire Caô, Pourfendeur en son temps de l’Illustre Calamar Gluant du Rio Soupopoaro. Son expression se mua en un franc rictus à mesure que Röh-Lan saisissait l’ampleur de son exploit mais, alors que son sourire entreprenait de lui faire trois fois le tour de la figure, un hurlement terrifiant remonta des entrailles de la terre. Pétrifié par ce hululement semblant surgir d’outre-tombe, Röh-Lan se retourna prestement pour jeter un coup d’œil terrifié au Canditaure. Il était bel et bien mort. Mais quelle infâme créature avait donc bien pu pousser une aussi sinistre remontrance ? Sous ses pieds, le sol de terre meuble se mit à trembler et, alors que tout le corps de Röh-Lan devenait un gigantesque spasme incontrôlable, les stalactites parcourant la voûte cambrée de la grotte se mirent à osciller puis se brisèrent dans un fracas assourdissant, retombant en une nuée de granit insensée.


C’est alors qu’il le vit.


En une fraction du temps, déjà infime, du battement d’aile d’un konkombri, Röh-Lan saisit l’incommensurable étendue de son erreur. Toute sa vie, il n’avait pourtant rêvé que de ça. Abattre le Canditaure. Mais devant le fait accompli, il sut qu’il n’avait encore rien fait. La gigantesque femelle Canditaure huma l’air et avança pesamment, en hochant de la tête comme une dinde.


« Une dinde pesant l’équivalent d’au moins douze cents éléféroces ! » se dit tristement Röh-Lan.


Voilà. C’était donc ça. Il n’avait tué qu’un jeune Canditaure. Un rejeton minuscule, véritable avorton de la nature, apparemment malade et difforme, tant l’animal que Röh-Lan avait devant les yeux était mille fois plus classe, irradiant une présence qui n’avait d’égale que le désarroi le plus total qui accablait Röh-Lan… Il avait tué son petit et elle ne tarderait pas à le découvrir, misérable et tremblant, juste à côté du cadavre encore fumant dans la froideur de la grotte.


Röh-Lan parcourut les environs, à la recherche d’un endroit où se cacher. Il n’y en avait pas. Et la bête approchait. Son hululement devint un long râle. Puis un simple feulement. N’écoutant que son courage, qui ne lui disait rien, Röh-Lan prit ses jambes à son cou, courant vers les ténèbres en brandissant son frêle bâton de feu, dans une ultime tentative pour échapper à la mort. Il glissa sur le sol suintant de la grotte et s’étala de tout son long, terminant sa trop brève échappée les dents éclatées contre la paroi. Hagard et haletant, il vit l’immonde bestiole renifler le corps du petit trizosaure. Röh-Lan se tut.


La bête releva la tête puis la pencha de côté, pour fixer l’un de ses trois gros yeux sur son corps tremblant. Le regard était froid et reptilien, presque dénué de conscience. Alors Röh-Lan retint son souffle. Le Canditaure fit claquer ses mâchoires puis poussa un rugissement terrifiant, faisant trembler la grotte de toute sa structure et faisant se hérisser les poils pré-pubiens de notre héros dévasté. L’espace d’un instant, plus bref que le clignotement des lucioles un doux soir d’été, Röh-Lan crut saisir une expression tout à la fois fugace et sauvage dans le regard de la bête, du genre « Ta’hâr ta gueule à la récré ». Cédant à la panique la plus totale, Röh-Lan se mit sur son séant et tendit les bras vers l’avant, hurlant comme un dément, l’esprit vagabondant entre de vagues notions de mort, de peur et de couardise, renonçant à analyser les rares images qui parvenaient encore à son esprit embrumé, succession d’images syncopées trop lourdes de sens pour être réelles. Pourtant, Röh-Lan le savait : à peine commencée, sa vie se terminait déjà. Ici et maintenant, dans la gueule d’une créature démoniaque, les chairs broyées et les os brisés entre des mâchoires titanesques, dans l’anonymat le plus pur et le plus désespérant d’une grotte froide et miteuse. Et c’est alors que Röh-Lan, inspiré par une force occulte qui le poussait occulte, sentit une bête gonflée sous ses doigts moites.


« Moka l'est gronibar claveuté, » pensa-t-il instantanément.


Jetant le gronibar au bord du cancer de l'anus dans les pattes du Canditaure furieux, le chasseur, rusé comme un pétoncle et vif comme le pissenlit, courut vers la sortie proche. Le monstre se précipita à sa poursuite mais, par une chance inuit, dérapa sur le gronibar (qui acheva là son existence, mais tout le monde s'en branlait déjà quand il était vivant, alors bon), ses sabots n'étant pas équipés neige. La chute lui fut mortelle : il se brisa l'hypoterminus à la base du rationalis hyperplan. Mais Röh-Lan était déjà sorti du Loch Fall, et, braillant comme un forcené, il se prit les pieds dans des racines de gougnaffiers prépondérants. Ainsi s'acheva la terrible existence du Canditaure, et ne commença pas la vie de chasseur émérite du stupide Röh-Lan.



Mon voisin le Grauzaure


Malgré le fiasco de la chasse au Canditaure, Röh-Lan avait néanmoins acquis suffisamment d'expérience et de confiance en lui pour partir seul effectuer de longues chasses. C'est ainsi que ce jour-là, Röh-Lan zonait quelque part vers la forêt de polygraugaunes, ces arbres à l'étrange feuillage façon fractale, à la recherche de quelque trophée. Pas trop grand, hein, le trophée, Röh-Lan savait se montrer réaliste. Enfin brÄf. Visant un joli kvaulubru bien daudu juché sur une branche, Röh-Lan banda la corde de son arc. La cible était relativement éloignée et, de fait, il en chia comme un Turc pour obtenir une tension raisonnable. Mais au maument même où il allait relâcher le tout, la corde péta et lui revint dans la gueule, lui lacérant l'œil gauche à une vitesse proche de la première vitesse de libération causmique.


Retenant un juron fleuri, de peur d'effrayer le kvaulubru, Röh-Lan évacua sa frustration dans une posture proche du chieur constipé solitaire. Il inspecta son arc de son œil valide, chialant à chaudes larmes de l'autre, et envoya bouler ce qui n'était plus qu'un vieux bâton miteux muni d'une vieille ficelle toute pourrue en laine de pinosaure. Blasé, le visage tout gonflé au point de se rapprocher lentement mais sûrement de celui d'Elephant Man, Röh-Lan traînait des pieds en maugréant, hésitant sur la conduite à tenir. Rentrer en chialant, ou bien tenter de gauler un bestiau à mains nues et avec un seul œil ? Il avait été sommé de ramener de quoi grailler mais, se dit-il, ça n'en prenait pas vraiment le chemin. Il allait se décider à rentrer, lorsqu'il entendit ce qui ressemblait à s'y méprendre à un hurlement de fin du monde, suivi d'une cavalcade effrénée de l'autre côté de la petite colline. Poussé par sa curiosité, Röh-Lan courut jusqu'à un petit promontoire, d'où il put assister à une scène d'une horreur indicible. Un grauzaure était apparemment bien parti pour se taper une belle tranche de couillosaure juvénile. Le terrifiant prédateur, haut comme deux kakatiers et armé de canines grosses comme des graugaudh de taille 3, était parvenu à acculer la pauvre bäte entre deux grauchers. La victime se savait perdue et de grosses larmes perlaient sur ses petites défenses en polychlorure de vinyle. Le grauzaure fit claquer ses mâchoires et abattit son énorme patte pleine de griffes sur le pauvre couillosaure édenté. Éventrant la bête, le grauzaure fouissa la gueule dans un magma d'entrailles sanguinolentes.


Fasciné par l'horreur du spectacle, Röh-Lan restait interdit. Dans l'insuppaurtable chaleur moite de ce début d'après-midi apeupréquatorial, l'odeur de cadavre rendait l'atmosphère irrespirable. Sans compter que la pauvre bête, complètement stressée car à l'article de la mort, avait en plus sécrété une espèce de jus de boules puantes et avait bien pris soin d'en foutre absolument partout. Röh-Lan avait ainsi écopé d'une giclée verdâtre en plein sur la trogne. Hoquetant et nauséeux, Röh-Lan suait comme un gorêt en rut sous le soleil de plomb. Juché sur un petit promontoire en granüht, il se trouva soudain un peu trop en vue de l'énorme grauzaure et décida qu'il valait mieux continuer à couvert, des fois que le vent tourne et n'amène son odeur de chasseux juste sous la truffe du prédateur. Il se faufila donc dans la forêt touffue, non sans se tartiner quelques toiles de mygaloos en travers de la figure.


Il surprit puis mit en fuite un couple de claveutier à crête pourpre puis arriva dans une petite clairière ombragée par un bel arbre fruitier. Le sol était jonché de mangoyaves fermentées et l'air embaumait la vieille vinasse. L'odeur lui rappela très nettement celle des vieux kalbuts du saurcier du village. Cela faisait en effet bientôt cinq saisons de « Lost » que Röh-Lan était de caurvée lessive pour avoir perdu au jeu de la touye aux tagabois. Précautionneux, il s'appraucha du tapis de mangoyages écrasées, scrutant d'un air maurne s'il n'en restait pas encore une ou deux baunnes à becqueter. Peut-être y avait-il moyen de moyenner ? Hélas, la majeure partie était tellement fermentée que seul un chaman hyperpecké, doté d'une résistance au taurbwayauh level 12, s'y serait éventuellement essayé. Et puis les rares mangoyaves encore vaguement pautables étaient scrupuleusement mises en pièces par une armée de fourmües à pédoncule renâclant, presque aussi grosses que des graugaudh en sékobab massif.


- Ah l'échec ! laissa échapper Röh-Lan. C'est vraiment une journée toute pourrue !


Röh-Lan décida donc de passer son chemin. Au loin, enfin, pas si loin que ça, en fait, il pouvait encore entendre les mâchoires du grauzaure claquer sur ce qu'il restait du couillosaure éventré. Pris d'un accès de flippe séculaire, Röh-Lan décida de tailler la zone, pour mettre le plus de distance entre lui et cette saloperie. En chemin, il croisa un mojitosaure à l'haleine pétillante, qui broutait dans une petite clairière de menthe fraîche. Mais comme il en avait vraiment plein la rondelle, il rentra chez lui en maugréant.



L’Histoire n’a pas gardé trace de l’épisode précédent, hélas. Seule la fin, ici présente, nous est parvenue. Ah l’échec !


Röh-Lan rentra un peu plus sa tête dans ses épaules.


« C'était même pô d'ma faute ! » songea-t-il amèrement.


Et pour une fois, il disait vrai. Mais comme d'habitude, personne ne l'avait cru, et le chef de la tribu avait porté l'affaire devant le Conseil des Trois Séniles, qui avaient finalement tranché. Ce serait…



... l'Exil !


Il avait alors pris ses affaires en hâte, courant, foutant des trucs par terre… Il n'en avait cure. Maintenant, plus rien n'avait d'importance, plus rien ne comptait plus que la douce Hüg'daaâh, qu'il aimait d'un amour passionné que seuls les jeunes couillons peuvent éprouver. Et sa chävre aussi l'aimait, mais plus pour très longtemps.


L'hiver apprauchant (d'ailleurs, quand y a un gars qu'est banni ou un truc du genre, c'est toujours en hiver, ou alors par temps de pluie, minimum), la tribu avait décidé de bouffer la brave bäte, qui n'y survivrait probablement pas. (Mais on s'en fout.)


Son sac en peau de bwingosaure sur l'épaule, il regarda une dernière fois le campement indigÄne.


- Allez tous vous faire empapahouter par un casoaâr, cracha le jeune impoli.


Où irait-il ? La nouvelle de son exil se répandrait bientôt comme une bouse de cochonglier, et partout on le rejetterait. Il allait devoir vivre comme un sauvage, chassant pour se nourrir, vêtu de peaux de bêtes. Bon, comme d'habitude, en fait. Il décida finalement que seule la compagnie de sa chävre lui manquerait, et il se mit sans plus tarder en route. Les heures de marche le séparaient un peu plus de sa tribu et, avec cette distance, s'allongeait sa rancœur. Décidément, il n'était pas fait pour vivre parmi ces gens.


« Peut-être ai-je été adaupté ? » pensa-t-il.


Mais il se rappela alors les bruits qui couraient sur sa naissance et, de toutes façons (anyway, donc), il ressemblait physiquement beaucoup à ses parents. Le gros problème était que c'était Caurentin qui avait trouvé ce titre de chapitre, et Sébastien n'avait absaulument aucune idée intéressante. Putain…


C'est alors que Sébastien eut une idée, et d'ailleurs c'est alors aussi que Röh-Lan tomba dans un trou. C'est un peu pourüh, mais pour la suite, ça devrait aller.


– Ah l’ÉCHEC ! ! Et voilà, les emmerdes commencent, soupira Röh-Lan. C'est vraiment la louze…


Engoncé au fond du trou boueux, le jeune exilé réfléchissait à un moyen de se sortir de la mouise dans laquelle il se trouvait. Il ne survivrait pas longtemps, au fond de ce trou. Cela étant, il aurait mieux fait de ne pas réfléchir de trop, parce qu'habituellement ça ne donnait pas de bons résultats. Mais bon. Il commençait à désespérer, lorsqu'une tête apparut au baurd du trou. Un vieillard le dévisageait sans mot dire, et sans maudire non plus, par ailleurs.


- Héééééé ! Vous pouvez m'aider ? J'vous donn'rais un bout de mes prauvisions !


Le vieillard, toujours silencieusement, l'aida à sortir en lui lançant une caurde (que Röh-Lan prit dans la poire, mais à ce stade du récit, ce n'est plus vraiment la peine de le préciser). L'homme était habillé de peaux de brélosaure entre autres, et d'un câhpuchon de claveutier à roubignaules capitonnées. Malgré son âge, il semblait avoir conservé sa force physique et son regard trahissait sa vivacité d'esprit. Röh-Lan fut très admiratif, et le vieillard ne décela aucune trace de vivacité dans son regard. Mais ça, on le savait déjà. Ils allumèrent un feu pour faire cuire les restes de canard des steppes à clapotage pédalant (ou à pédalage clapotant, d'ailleurs).


Ayant ramassé des feuilles d'araumates, Röh-Lan se hâta de rejoindre le feu où il retrouva le vieillard. Il s'obstinait à ne rien dire, à moins qu'il ne fût muet, et le chasseur se posait de multiples questions à son sujet. Qui était-il ? D'où venait-il ? Pourquoi était-il utile (prononcez ça plusieurs fois à voix haute, c'est marrant) ?

Röh-Lan prépara le canard des steppes en l'enroland dans des feuilles de merdassier en fleur, et ajouta des pousses de gougnaffiers ainsi que de la tige de gouinasse pilée. Ces saveurs exotiques plurent au vieillard, et le chasseur fut heureux de sa rencontre. Après tout, il avait peut-être de la chance, quelquefois. Le vieillard sortit alors de ses affaires un petit pot de sauce verdâtre, dans lequel il trempa une chips de racine séchée qu’il tendit à Röh-Lan en disant :


- Chips au boikamol… Tu connais ?

- Ah bon ?!?


Ce que le vieux avait « oublié » de lui dire, avant que Röh-Lan ne morde goulûment dans la chips, c’était que le boikamol était – très légèrement – hallucinaugène. Très vite, Röh-Lan sentit ses mains devenir moates. Le corps tremblotant comme s’il barbotait au milieu des loutres, il s’effondra au sol, pris de spasmes. Les yeux révulsés, la langue pendante, des litres de bave suintante, les dents en train d’attaquer la roche de calgonite antikalkäre, Röh-Lan était en train de vivre le plus monstrueux bad-trip de l’histoire des temps anciens (c’était donc du lourd).


- Connais-toi toi-même, alors seulement tu apprendras à vivre sans concombres… souffla l’antique vieillard, qui contemplait la scène avec un regard vague.


Röh-Lan sentit que ça sortait. Ça sortait. Il ne savait pas quoi au juste, mais il était manifeste que quelque chose sortait. Il n’avait plus mal du tout, puis il vit qu’il avait trois bras, dont un d’un curieux blanc laiteux. Transparent. Son putain de troisième bras – première surprise ! – était transparent. Pris d’un accès de flip séculaire, Röh-Lan tenta de se lever d’un bond étrangement souple, facile, puissant. Ce qui le mit dans une position aussi étrange qu’agréable. Il était là, en train de flotter au-dessus de son corps gisant, désarticulé. Il n’était plus qu’un ectoplasme d’un blanc-bleu irisé. Le vieillard était là, accroupi comme une fiotte, à regarder dans le vide.


-Eh ! branlère, keske c’est encore que ces conneries ! Après ça, on va encore me dire d’arrêter ma caumédie !


Röh-Lan se sentait tout léger. (Forcément, on voudrait pas la ramener, mais un ectoplasme, ça n’a pas de masse. C’est tout au plus une fonction d’onde de Schrödinger vaguement praubabiliste. Enfin bräf.) Il était tellement léger qu’il se sentait monter, monter ! Très vite, il traversa les nuages, battant l’air des bras comme un couillon, au milieu d’un vol de konlubrus bleu et or. Il les laissa sur place, enfin, là où ils étaient, car lui continuait de monter haut, très haut. Tout en haut, même. Il croisa la route de la Lune, la salua d’un air niais, avant d’aller rendre visite au Seigneur des anneaux de Saturne qui, se rendit-il compte avec stupeur, n’étaient pas du tout des anneaux. Comme quoi, toute sa vie, on ne lui avait décidément raconté que des conneries. Il fit route vers le Sauleil, qui n’était pas du tout fait d’or, comme son père le lui avait raconté. Il manqua se faire cramer la biroute par une éruption saulaire de plusieurs milliers de kilaumètres. Encore peu habitué à son nouveau statut d’ectoplasme inertiel, il se laissa traverser avec un brin de stupeur par quelques noyaux d’hélium lourd qui avançaient en dodelinant du cul. Mais qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir branler ? Normalement, enfin, en théorie, on lui avait dit qu’une fois qu’il aurait claqué, il devait aller aux Pays des Hombres. Alors qu’est-ce qu’il foutait là, sur le Soleil, à se rendre compte que les astres n’étaient pas faits d’or et de diamants cloués sur la voûte céleste taillée dans du velours noir ?


« Ah ! Mais oui ! » pensa Röh-Lan plus qu’il ne le dit (parler avec un ectoplasme, c’est comme avec un cataplasme : pas facile). « Grooosse feinte : je ne suis pas mort. Enfin, pas vraiment. Ou pas encore… À moins que… Oh et puis merde hein, c’est imbitable, ces histoires de con ! »


Seulement voilà, jusqu’ici, il s’était laissé porter par les évènements. Comment retourner sur Terre ? Et d’ailleurs, baurdel, elle était où cette fichue planète ? Donnant de grands coups de reins, avançant comme s’il était une limace cadenassée au fond d’un marais gluant, Röh-Lan partait de nulle part pour se traîner poussivement jusque pas très loin ailleurs. Il mit bien une plombe à comprendre qu’il suffisait de penser à avancer pour que son désir se mue en réalité.


« C’est mieux ! » se dit-il. « Paske se traîner comme une bouse alors qu’il n’y a même plus de gravité, c’est quand même trop la louze ! »


En quelques instants, il était en orbite autour de la Lune, qu’il frôla langoustement, caressant du bout des doigts sa douce surface d’un gris crayeux, tellement douce qu’il eut une pensée émue pour Hüg'daaâh, puis il réinvestit l’atmausphère à toute allure, sentant monter en lui le doux frisson de l’instant, l’ivresse de la troisième vitesse de libération cosmique lui caressant l’échine. Ce qui n’avait d’ailleurs rien à voir. Il passa au-dessus du Vietnam avant de finir sa course à toute vitesse, ne trouvant pas les freins, traversant quelques hironboises mouchetées à plumes roses, réinvestissant son corps physique si vite qu’il fut projeté contre la paroi opposée de la caverne, s’encastrant dans la calgonite kalkäre, tous degrés de libertés bloqués.


Le vieillard, arc-bouté à la paroi, luttait comme une bête pour tenter de sortir le pauvre Röh-Lan de sa gangue de pierre. Cet abruti hurlait comme un damné mais le vieillard n’en avait cure, il fallait bien le sortir de là. Après moult efforts plus ou moins désespérés, le vieux scribouillard parvint tout de mÄme à extraire l’autre abruti de son torseur des efforts intérieurs.


Suivant péniblement le vieillard qui avait promis de faire de lui un héros, Röh-Lan avait accepté ce voyage initiatique en exil, qui devait le mener jusqu’aux couffins de ce monde. Ainsi, ils errèrent longtemps dans les plaines arides de Möhr-Fâahl, poursuivis par des boasosaures fétides. Ils traversèrent le canyon de Käs-Dâahl, hanté par les antiques fantaumes kalamarous, puis ils entreprirent de gravir le mont Pâhr-Näs truffé de minosaures anti-personnels à doubles-déclencheurs concomitants. Alors, ils purent redescendre dans les gorges de Trüd-Bâahl où, par chance (on the one hand), aucune trace de vie n’avait pointé le bout de son nez depuis des milliers d’années. Hélas (on the otter hand), ils durent se battre avec la terrible cause de cet état de fait : le long des parois des gorges, remontaient des vapeurs ignaubles de gaz müt-hard. Harassés, ils quittèrent enfin la mythique contrée du Vice-Roi Âahl, petit frère par alliance du Prince Euhâr – d’où le canyon du même nom.


Arrivé aux couffins du monde, Röh-Lan vit que l’haurizon n’était toujours pas atteint, et qu’en fait, ils en étaient même encore très loin. Il en avait vraiment plein les burnes, des tribulations de ce vieux con, qui marmaunnait de temps en temps des phrases du genre « La vie est un concombre », « L’inconscient est-il un destin ? » et autres « La nature est-elle une hypothèse ? » Le vieux lui disait que s’il arrivait à répondre à ces questions, alors il aurait compris « le sens de la vie ». À dire vrai, Röh-Lan en avait grave plein l’derche, mais qu’y pouvait-il ?


Ne mangeant de loin en loin que quelques maigres racines de gougnaffier pétaradant, couvert de fistules, Röh-Lan finit par entrer dans un état second. Il ne se laissait plus enconcombrer par les notions de peur ni de mort. Ni même de haine. Non. Il marchait, c’était tout. Et c’était déjà bien assez. Il fit le vide le plus total dans son esprit et, alors que le terrain devenait de plus en plus retors, et bien qu’il fut totalement sous-alimenté, Röh-Lan développait une force physique propre à pulvériser les montagnes et faisait preuve d’un mental à trouer un hippoglonphe.


Le petit vieux n’en revenait pas : son abruti d’apprenti le laissait sur place. Tentant vainement de suivre la cadence, se refusant d’abandonner, le vieux con jeta toutes ses forces dans la poursuite. Mais, handicapé par ses petits pecs anorexiques et son mental de concombre hypoloozeux, il ne put suivre Röh-Lan et, dans un ultime instant de lucidité, se rendit compte que toute sa vie il n’avait dit que de la merde et que ses grandes théories sur la vie n’étaient que des histoires fumeuses pour blaireaux de prairie, un soir d’hiver. Terrassé par l’insoutenable vérité, le pauvre homme s’effondra dans un trou à tütübes, la face éclaboussée par le misérable de son existence d’Hermite asocial n’ayant rien compris à la vie.


Pendant ce temps, Röh-Lan l’Exilé parvenait enfin au bout du monde, ou presque, lorsqu’il se rendit compte qu’il pataugeait dans une vaste étendue d’eau au goût saumÄtre.



L’océan


Ainsi, Röh-Lan avait découvert le grand océan, cette formidable étendue mythique aux eaux poissonneuses et nacrées. Les légendes racontaient que c’était un endroit merveilleux, aux grandes plages sublimes de sable fin, baurdées de kakatiers. Le tout embaumant délicatement l’air salin. Mais ce que Röh-Lan avait devant les yeux ne ressemblait à rien de tout ça. Le sable n’en était pas, c’était une vaste étendue de gravats. La surface de l’eau était désespérément plate, pas une vague à l’horizon. Et le fond de l’eau n’était rien d’autre qu’un vieux lit de vase, tiède et puante, jonchée de moules faisandées. En plus, il était en train de se faire agresser par des moustiques gros comme des bombardiers lourds de la Guerre froide – c’est dire s’ils étaient lourds. Ayé, il venait de s’amputer le pied sur un bigorneau moisi. Bref, ça puait grave du cul, l’océan. Les pieds envasés, Röh-Lan se dit que tout ça suçait vraiment.


Soudain, il vit un aileron haut comme un kalamarou surgir des eaux et fondre sur lui. Décidément, il était vraiment dans la merde. Le mégalofion ouvrit sa grande gueule pleine de dents. L’instant suivant, Röh-Lan était à l’entrée de la bouche géante, puant la baleine avariée, tellement grande qu’elle aurait pu bouffer un tipi escamotable tout entier. Mais Röh-Lan était un nain si frêle que, d’un coup de chatajutang phénoménal, il parvint à slalomer entre les dents. Il tenta bien de se rattraper à la glotte du requin, mais il n’était pas très sûr qu’il en ait une, et puis les débris de lavabos fracassés et autres bouts de barbaques fétides qui traînaient par-là, ajoutés aux vapeurs de sucs gastriques nifluoro-acides, n’arrangeaient rien à l’affaire. Bref, c'était vraiment l'échec, et Röh-Lan arriva bien vite dans l’estomac du mégalofion. Indemne. Enfin, presque.


L’acide commençait à lui ronger les chairs et il n’avait plus beaucoup d’air. Pestant contre le scénariste, jurant entre ses dents (« Rhââ putain ! c’est quoi ce scénar’ de film catastrophe tout bidon ?!? »), Röh-Lan eut un nouveau gros coup de chatajutang : sous ses mains gluantes de bavacide, il trouva une vieille dent que la bête avait probablement fracassée sur un coin de lavabo. Bénissant cette arme providentielle, Röh-Lan se mit à frapper comme un sourd et, très vite, il éventra la bäte de l’intérieur et fut expulsé vers les sombres abysses, dans un torrent de sang bouillonnant. Le mégalofion troué coula comme une brêle et Röh-Lan regagna péniblement le rüväge.


Il y fut accueilli par toute la tribu des Jabalos, proches cousins des Jivaros. Il ne bitait pas grand-chose à ce qu’ils braillaient, mais il était question d’une « figure kristik r’crachée par la baläne ». Röh-Lan ne pana pas grand-chose à cette histoire de con et se dit qu’ils en faisaient une drôle, de comédie. Acclamé en héros, Röh-Lan fut convié à festoyer toute la nuit. On lui offrit même la belle et tendre Bonaniké, fille sublime au teint cuivré, avec qui il passa la nuit la plus chaude de sa vie. Il se dit qu’il aurait dû penser à emmener son Graugaudh' avec lui, mais c’était trottoir. Il se contenta d’une belle branche de bakoïa, qui fit tout aussi bien l’affaire. Mais fermons là cette parenthèse d’un goût douteux.


Au petit matin, Röh-Lan alla au bord de l’océan qui baurdait le village, et là, tout était aussi beau que dans la légende. On lui expliqua que la veille, il avait juste déboulé sur Dépotoâhr, la plage pourrie d’à-côté. Röh-Lan resta ainsi longtemps, prostré, à considérer la magie de l’instant. Bonaniké vint passer ses bras autour de lui avec douceur. C’est alors que ce gros abruti eut une pensée de con pour sa grognasse Hüg'daaâh et, sur un coup de tête bien placée, il laissa tout planté là et se rua vers le Dépotoâhr, espérant retrouver sa piste pour revenir sur ses pas et rentrer chez lui. Ce qu’il fit. En parfait abruti.


Bonaniké ne s’en remit jamais, et son nez non plus.



Retour à Röh-Land


Quelques kilomètres après son départ précipité, Röh-Lan s'arrêta de courir. Planté au milieu des plantains, paumé parmi les paummiers, voire même prostré dans les prostates, il se rendit compte que, comme à son habitude, il était encore parti le nez au vent, sans rien prendre. La nuit allait tomber, et en cette contrée de littaural, les animaux sauvages étaient plutôt agressifs, du fait de la présence d'humains. Tout ça pour dire qu'il était plutôt dans la merde, sachant qu'à cette heure, il ne pouvait retourner au campement des Jabalos sans risquer de se perdre. Röh-Lan devrait donc camper sur place.


Un bruit assourdissant se fit tout de même entendre, et Röh-lan le connaissait bien : la nuit venait de tomber. (Ok, c'est un peu nul.) N'y voyant pas plus que dans le terrier d'un pigeaunneau des profondeurs, le jeune homme commençait à avancer à tâh-tong, ce qui était une vieille méthode de navigation dans le noaaar. La forêt de kakajous qui baurdait le front de mer constituait l'une des plus grandes réserves animales de l'époque, et, curieusement, s'étendait sur une très grande distance mais n'était large que de quelques kilomètres. Il fallait presque obligatoirement la traverser pour rejoindre l'océan. Toutes sortes de bestiaux amusants y avaient élu domüssühl, des siècles auparavant : les sympathiques bwingosaures raffaulaient des feuilles de kakajous, tandis que les délicats clitosaures se nourrissaient de fèves de klouklous. D'intrügantes fleurs d'hübüscüs répandaient çà et là leur envoûtant parfum, et les rayons du sauleil auraient magnifiquement joué avec les feuilles des hauts faîtes si on n'avait pas été la nuit.


Röh-Lan, pendant que je faisais ma description du coin, avait avancé de plusieurs mètres grâce à sa technique, et ses doigts sentirent tout à coup une sorte de paroi. Il ne pouvait avancer plus loin : si cette paroi était en fait un prédateur endaurmi, le réveiller serait à coup sûr une source de praublèmes pour l'ami Röh-Lan. Il s'assit par terre pour réfléchir au sujet. Le sang ne parvenait pas jusqu'au cerveau dans la station debout, chez cet être des temps anciens, et il lui fallait une position basse pour rassembler ses pensées. Sous son séant, il sentit que le sol était plat, à peu près confortable, et une vague de saummeil prit le dessus sur les facultés de réflexion du chasseux. Röh-Lan sombra dans les bras de Mör'fé, le dieu pélican du saummeil.


Röh-Lan ouvrit les yeux et essaya de deviner où il était. Des troupeaux de pétoncles bâtifaulaient dans les steppes enviraunnantes, et les deux sauleils illuminaient la contrée parsemée de boqueteaux. Un énaurme animal qu'il ne connaissait pas fonça vers lui, et l'évita au dernier maument, léger comme un poil de foufoune de Bonaniké. Le chasseux relâcha sa respiration, soulagé. Mais bientôt une sorte de brouillard enveloppa ses sens, et il se retrouva dans un endroit qu'il connaissait bien : la hutte des Binel. Il s'apprêta à saluer son ami, mais celui-ci se transforma en Pöh-Liah, qui lui mit une claque dans la gueule. Massant douloureusement sa joue, le jeune homme s'éleva spontanément dans les airs et flotta un instant au-dessus de la cahute, pour finalement survoler à une vitesse impressionnante les prairies bordées de cactus (Andaloosie, je me souviens) où d'immenses troupeaux de frautévouzidons à collerette dentelée s'ébattaient gaiement. Les plus jeunes jouaient dans les pattes de meneurs de troupeau, et Röh-Lan s'étonna de si bien les comprendre : il ressentait chacun de leurs graugnements comme autant de paraules et de cris joyeux.


Il porta la main à son ventre, et sentit une espèce de cordon chaud. Y portant ses yeux, il s'aperçut qu'il se tenait la nouille (désolé pour ceux qui voulaient que Röh-Lan effectue une énième sortie de corps). Subitement, le jeune homme se mit à tomber. Il se trouvait alors à une bonne distance du sol, et il avait parfaitement compris qu'une chute de cette hauteur lui serait fatale. Battant bêtement des bras, il tenta de se rattraper à ce qui l'entourait, et comme il n'y avait rien, il continua à accélérer.


Röh-Lan se réveilla en cerceau, trempé de sueur. L'aube approchait, et il faudrait bientôt partir pour ne pas réveiller ce qui semblait être un grauque pailleté. Cet étrange animal, très rare, était chassé pour sa peau douce au toucher, et admirablement colorée : des paillettes dorées tranchaient sur un vert fougère d'une blancheur immaculée, et la région occipitale s'ornait de poils soyeux et chatoyants, couleur de bwingosaure. Outre l'aspect esthétique, ces couleurs permettaient au paresseux mais ombrageux animal de se camoufler. Elles avertissaient aussi, à faible distance, du danger qu'il y avait à asticauter la bête : un coup appuyé de l'énaurme trompe musclée du grauque pouvait terrasser n'importe quel prédateur, ou presque, et peu nombreux étaient ceux qui s'y risquaient. L'homme, poussé par son sens des affaires, faisait partie de ceux-là.


La technique de chasse du grauque était simple mais risquée : il fallait effrayer la bête et la faire fuir, et dans sa course, elle se prendrait immanquablement les pattes dans sa trompe, pour se rêcher le carafon dans un fracas infernal. D'aucuns prétendaient que le grauque était un lointain cousin du gronibar claveuté, mais beaucoup plus imposant, ce qui expliquait sa survie. On ne connaissait rien d'autre sur le grauque. Sa période de reproduction était méconnue, pour une raison que nous pouvons expliquer aujourd'hui. À l'instar de son lointain cousin, le grauque possédait un appendice flasque sur le devant du corps, injustement nommé trompe. Il s'agissait en réalité d'une unique mamÄlle, dotée cependant d'un appendice préhensile, qui se gonflait, comme chez son cousin, mais uniquement pendant la saison des amours. Le grauque devenait alors une sorte de montgolfière, et s'envolait au gré du vent. Les péripéties amoureuses étaient donc, de fait, très acraubatiques, et rares étaient ceux qui y avaient assisté. Fermons là cette intéressante parenthèse sur les frasques sexuelles et aériennes du grauque, et poursuivons.


Röh-Lan se tenait donc en face du caulaussal anümal endaurmüh. Essayant de faire le moins de bruit possible, il s'éclipsa. Malheureusement, son pied hasardeux et poissard heurta une racine de lambrèque amalgamée, ce qui eut pour effet de faire trébucher le jeune imprudent. Il essaya tant bien que mal de se rattraper, mais rien n'y fit, et, tombant de tout son poids sur son genou droit, il écrasa le bout de la trompe du grauque. Le résultat ne se fit pas attendre, comme vous pouvez vous en douter si vous êtes un minimum attentif. Le grauque, réveillé en plein songe, se releva de toute sa hauteur en une fraction de seconde, poussant simultanément pour l'occasion un beuglement sinistre et un pet orageux. D'ailleurs ne dit-on pas « sombre comme un pet de grauque » ?


Entraîné par le faurmidable animal, Röh-Lan fut projeté dans les buih-ssons, où un claironnier à flagelles molles amortit sa chute. Le grauque lâcha un autre pet, beaucoup plus marécageux que le précédent, qui eut pour effet de recouvrir notre héros d'une bonne couche de fiente odorante. Perdu dans cette escalade de violences diverses et variées, il n'entendit pas le grauque beugler la charge, et ce dernier lui asséna un coup de trompe d'une violence phénauménale. Heureusement pour Röh-Lan, la trompe du grauque, aveugle dans sa fureur, heurta de prime abaure le tronc d'un claveutier piqueté, et épargna donc le chasseux d'une mort certaine. Mais le coup de trompe avait ébranlé l'arbuste, et une pluie de clavettes piquetées chut sur Röh-Lan, lui démontant au passage la gueule et les épaules.


Lorsque l'énaurme bäte s'apprêta à donner un second coup, intimement convaincu que c'était nécessaire voire suffisant, le jeune homme prit ses jambes à son cou, et détala, laissant le monstre derrière lui. Mais, hélas, la trompe du grauque est puissante et longue, et fol est celui qui croit l'éviter. L'extrémité préhensile de l'appendice naso-nasal frappa tout de même le fuyard, qui fut projeté à une hauteur vertigineuse. Le sort faisant bien les choses, et la débauche étant proche, notre fabuleux aventurier termina sa course dans une mare de bizutage pour les jeunes recrues de sa tribu, la très fameuse mare aux connards. Haletant, blessé, hagard (le hagard fait décidément bien les choses), Röh-Lan rentra chez lui, et décida de se tenir plus tranquille.



Fün.




 
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   Pat   
22/7/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Evidemment on se marre !!! Beaucoup de trouvailles, un humour décapant quoique parfois un peu lourd. Tout n'est pas du même niveau. Je ne sais pas si les commentaires du narrateur sont tous utiles. Certains rajoutent une touche supplémentaire (ex: "(Forcément, on voudrait pas la ramener, mais un ectoplasme, ça n’a pas de masse. C’est tout au plus une fonction d’onde de Schrödinger vaguement praubabiliste. Enfin bräf.)", mais d'autres n'apportent pas grand chose (ex : "(Il ne s'agit pas d'une faute de frappe, je l'ai fait exprès, là)"). (à le relecture, je pense que tu pourrais en enlever pas mal, même si ça peut être intéressant parce que ça indique quelque chose du processus d'écriture. Mais je ne sais pas si à sa place ici. On a surtout l'impression que vous vous êtes fait plaisir, toi et ton copain !)

L'histoire (récit initiatique) est vraiment sympa, mais je pense qu'elle aurait gagné à être publiée par épisode, pour éviter de décourager les lecteurs. Le style enlevé, dont les fautes volontaires amplifient l'aspect humoristique, donne quelque chose de très vivant et agréable à lire.

   Anonyme   
3/3/2008
Je suppose que l'auteur a du se marrer en écrivant ce texte. Ce fut aussi mon cas en le lisant. Grosse marrade ! Malgré tout, texte un peu long à lire en une seule fois. Tout comme Pat, je suis d'avis que certains commentaires sont superflus et alourdissent le récit qui aurait besoin d'être raccourci d'un petit tiers (c'est mon avis, et je le partage).

Cela dit, à pas menus, on se rapproche de la langue de San Antonio. A moins que ce soit celle de Pierre Dac ? Quien sabe ?


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