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Fantastique/Merveilleux
Cyberalx : Sat ta pi saat (Le Diable a perdu un oeil)
 Publié le 01/07/07  -  10 commentaires  -  6951 caractères  -  49 lectures    Autres textes du même auteur

Le Diable a perdu un œil, ça oui !


Sat ta pi saat (Le Diable a perdu un oeil)


13H07


L’affichage de sa montre digitale lui confirme que cette éternité n’a duré que quelques heures : comment a-t-il pu en arriver là ?


La chaleur est infernale, les pales du ventilateur brassent de l’air chaud, chaque rotation atteint Hunter comme une caresse brûlante.


« Le Diable cherche son œil partout ! » s’exclame un de ces cinglés de sans-abri en bas de l’immeuble.


Hunter Jameson est préoccupé : il respire bruyamment dans le sac en papier afin de se calmer.

Il jette un œil distrait à son patron, ligoté et bâillonné à la chaise du salon, puis pose la question :


- Est-il certain qu’il doit mourir ?

- TU M’AS DÉJÀ POSÉ CETTE QUESTION.

- Dois-je lui tirer une balle dans la tête ?

- CE SERAIT UN BON CHOIX.

- Vais-je m’en sortir ?

- PROBABLEMENT PAS.

- Je ne peux pas faire autrement ? demande Hunter d’une voix implorante.

- TU PEUX FUIR MAIS CE N’EST PAS ÇA ÊTRE UN HOMME.


Hunter regarde au sol, le colt qu’il a acheté ce matin est toujours là, muette menace.


« Le Diable a perdu son œil, il y a une récompense à la clef ! », hurle le sans-abri.


- La secrétaire, Milly… Je l’aimais bien, elle n’aurait pas dû s’interposer.

- C’EST LA ROUE DU DESTIN

- Je ne voulais pas la tuer

- CE QUI EST FAIT EST FAIT.

- C’est de sa faute à lui ! crie Hunter en pointant le colt accusateur sur son patron qui roule des yeux affolés en essayant de parler.

- C’EST UNE ÉVIDENCE.


« Le Diable est borgne aujourd’hui et ça le fout en rogne ! », dit le SDF sur le même ton qu’un présentateur de jeu télévisé.


- Je n’y arrive pas.

- LA FORCE SE PUISE DANS LA VOLONTÉ

- Oui, il faut que je sois fort !

- BONNE RÉSOLUTION.

- Je vais le faire.


Hunter regarde son patron : l’homme qui a fait de lui un esclave, celui qui a brisé son ménage et a couché avec sa femme.


« Avez-vous trouvé un œil ? C’est pour le Diable vous savez ? » susurre le clochard.


Hunter se lève, il regarde les yeux de cet homme, ce salopard en costume de salopard.


Il ôte le bâillon. Aussitôt, Monsieur Gretchen de Gretchen Corporation parle de façon précipitée en essayant vainement de ne pas paraître affolé :


- Hunter, vous n’êtes pas ce genre de type, ne gâchez pas votre vie, soyez raisonnable, je ne porterai pas plainte, nous pouvons trouver un arrangement…

- Un arrangement ? Je pourrais me taper ma femme un week-end sur deux ?! Foutu connard !

- Votre femme ? Mais… C’est un malentendu, je croyais que c’était à cause de votre surcharge de travail, je ne connais pas votre femme, je ne sais pas ce que vous croyez mais…


« Rendez-lui son œil ou il va y avoir du grabuge ! » chantonne le paumé, dehors.


- Je ne crois rien, Môssieur Gretchen, je sais !

- Mais je vous assure mon petit Jameson, vous vous tromp…


Le tir à bout portant projette des éclats d’os et de peau sanguinolente sur ce qui fût le salon d’Hunter Jameson, dans une autre vie.


- Je ne suis pas PETIT !


« Le Diable ! Le Diable tire à bout portant ! » scande l’illuminé.


Hunter regarde l’arme comme si elle venait de jaillir dans sa main.

Une larme coule sur sa joue, il est à bout de nerfs.


Du bruit à l’entrée : des coups de pieds dans la porte, des cris :


- Police ! Jetez votre arme et il ne vous sera fait aucun mal, Jameson !

- Dois-je jeter mon arme ?

- CERTAINEMENT PAS.


Hunter fait volte-face, le colt 45 au poing.

L’inspecteur Lolito épaule, vise et tire en une fraction de seconde.

Hunter est mort.


- Hey, Lolito, sacré réflexe, tu crois qu’il allait tirer ?

- Merde oui ! Regarde Gretchen. Tu crois que j’aurais buté ce mec sinon ?

- Ben, c’est que d’après son profil, il n’était pas dangereux, ce mec avait 54 ans, pas de casier, il a juste pété les plombs.

- Et tu aurais voulu qu’on teste à quel point ses plombs avaient… « pété », le bridé ?

- Non, je veux dire, tu as fait ce qu’il fallait, tout va bien.

- On est d’accord, dit Lolito en rangeant l’arme de service encore fumante dans son holster.


L’inspecteur Yang Naratiwat se penche vers le corps de Hunter Jameson et il ramasse quelque chose.


- Waw ! C’est un Sat ta pi saat !

- hein ?

- Un Sat ta pi saat, mon grand-père en avait acheté un à Bornéo, c’est une boule de verre remplie d’eau du Chao Praya, à l’intérieur, il y a des plaques de bois : tu poses une question, tu secoues le Sat ta pi saat et tu lis ce qu’il y a marqué sur la plaque en guise de réponse, chez nous, c’est un genre de porte-bonheur.

- Ah ouais ? Ben va raconter ça à Gretchen et Jameson, d’où ils sont : ils doivent se dire que ton Satepissa porte la poisse.

- Un Sat ta pi saat…

- Ouais, je suis pas calé en bridé, fais voir ça.


Lolito cherche une question puis demande à Yang :


- Faut poser la question à voix haute ?

- Non, tu peux le faire dans ta tête.


Lolito esquisse le large sourire destiné à se moquer des histoires de bonnes femmes mais, il pose intérieurement une question :


- Est-ce que Linda me fait cocu ?


Puis, toujours l’air amusé, il secoue la boule et lit la plaque qui s’enclenche devant les autres :


- OUI, AVEC TON DÉBILE DE FRÈRE.


Naratiwat essaye de lire par-dessus l’épaule de Lolito mais celui-ci jette le Sat ta pi saat dans un coin.


- Alors, qu’est-ce que t’as demandé ?

- Rien, oublie ça, dis donc, tu peux t’occuper de la paperasse ? J’ai des trucs à faire.

- Ok, mais c’est à charge de revanche.

- Bien sûr, je te revaudrai ça, à demain Jacky Chan !


Naratiwat ne relève pas, cet abruti de Lolito est autoritaire, raciste, et il ne fera jamais la différence entre un coréen, un japonais ou un chinois, alors un homme de la tribu des Nkang…


Il va chercher le talisman dans le coin où Lolito l’a jeté, vérifie que Lolito est dans les escaliers puis pose une question :


- Combien de temps je vais devoir bosser avec ce connard ?


Les plaques de bois se mélangent, quelques bulles vertes restent accrochées aux parois de la plaque :


- ASSIEDS-TOI AU BORD DE LA RIVIÈRE ET TU VERRAS LE CADAVRE DE TON ENNEMI PASSER.


Lolito monte dans sa voiture et démarre en trombe, il lui avait bien semblé que son frère en avait après Linda.


En démarrant, il manque d’écraser un clochard, celui-ci tombe au sol, puis se relève avec une mine outragée puis hurle :


« L’œil du Diable, mec, l’œil du Diable est sur toi ! »


- Putain de cinglé, dit Lolito.


Yang interrompt son travail pour se pencher à la fenêtre, il voit Lolito démarrer sur les chapeaux de roues en manquant de peu d’écraser un sans-abri, lorsqu’il entend ce que l’homme hurle à son coéquipier, un frisson glacé parcourt son corps.


Dans le dialecte de sa tribu, Sat ta pi saat veut dire : L’œil jeté du diable.


- Oh, Lolito, tu es tout près du bord de la rivière, dit-il avec le sourire.



 
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   Togna   
1/7/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Yeee... ça décoiffe ! Quel rythme ! original, plaisant et instructif. Il va falloir s'accrocher pour faire mieux. C'est certain, Cyberalx, tu ne t'es pas mis le doigt dans l'oeil en choisissant ce sujet. Enfin, c'est pas certain, attendons les autres...

   Anonyme   
1/7/2007
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
J'ai du ma à suivre cette histoire. Combien sont-ils dans la pièce au début? Avec qui Hunter parle-t-il? Est-ce un soliloque? J'aimerai savoir.S'il sont trois que devient le troisième à l'arrivée de la police. Il y a peut-être un indice qui m'échappe? En fait dans cette nouvelle il y a deux thèmes. La deuxième partie est plaisante à lire mais traite d'un sujet très différent. A la limite on pourrait se contenter que de cette deuxième partie.

   Pat   
1/7/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le mystère se révèle petit à petit... Quand on lit une 2ème fois, tout paraît évident... J'ai bien aimé cette histoire assez courte mais pleine de sous-entendus... Peut-être une suite ? ou une série ? Le style est efficace (on visualise bien les scènes), les personnages bien campés surtout les 2 flics de la fin. Ce diable qu'on devine vraiment diabolique... L'atmosphère est empreinte d'humour... Un reproche : un peu plus de développement aurait été mieux car on reste sur sa faim.

   Ninjavert   
2/7/2007
 a aimé ce texte 
Bien
Je n'ai pas été gêné par les dialogues du début. Le texte en majuscule, autoritaire et vindicatif, m'a immédiatement suggéré qu'il se déroulait dans la tête de Hunter. J'ai d'abord pensé à une sorte de schyzophrénie, puis dès que le SDF évoque le diable, j'ai aussitôt pensé à lui.

Efficace, selon moi.

L'histoire est un peu minimaliste, mais bien menée. J'avoue que je ne m'attendais pas à ça. Les personnages sont bien campés, et les dialogues font mouche.

Un vrai plaisir.

Peut être la forme devrait elle etre un peu retravaillée, pour gagner en pureté et en efficacité ? En tout cas, j'ai accroché ce premier texte du "Diable borgne" ^^

   Ten   
2/7/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai beaucoup aimé le style de la nouvelle. C'est très accrocheur, ça m'a vraiment plu.
J'ai compris l'histoire en totalité et à mon avis il ne faut pas développer plus car ça gâcherai le plaisir.
La fin m'a davantage gênée : je la trouve inappropriée et trop différente du reste de la nouvelle. Elle m'a fait l'effet d'une douche froide alors que j'ai franchement aimé le reste du récit, original et bien écrit.

   sebrac   
5/7/2007
Cette nouvelle m'a beaucoup plu. Pour moi, il ne faut rien changer. L'intrigue est super et l'histoire très original. Cela a été un vai plaisir de la lire. J'en attends d'autres avec impatience...

   Anonyme   
6/7/2007
J'ai bien aimé. Rien à dire sur le style. J'aurais trouver sympa que
la "voix interieure" réapparaisse à la fin de la nouvelle dans l'esprit du policier.
Enfin c'est juste pour pinailler un peu.
Merci et vivement la prochaine.

   Bidis   
26/8/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C’est la première fois de ma vie que j’aime un texte auquel je n’ai absolument rien compris ! Un seul moment, j’ai décroché : « l’homme qui a fait de lui un esclave, celui qui a brisé son ménage et a couché avec sa femme » tout à coup ça devient, sans raison, platement compréhensible… Mais bonjour l’ambiance ! On est en plein dans l’action, ça part dans tous les sens… J’ai été emportée. Je me retrouve en fin de lecture complètement ahurie.
Qu’est-ce que c’était ? Un coup de feu ? Un éclatement de pneu ?...
Je vais relire pour comprendre.

   Anonyme   
9/10/2007
quelle inspiration! j'adore la façon d'écrire, les coupures du "diable". c'est vrai que ça aurait été bien d'avoir cette voix jusqu'à la fin

   silene   
1/8/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Beau boulot, rapide, resserré, efficace ; une écriture qui ne se la joue pas, et se met au service du scénario. Un texte qui inquiète un petit peu, en laissant suffisamment de place à l'imagination du lecteur, qui me semble pouvoir se dire qu'il ne sait pas tout, et que de grands mystères mènent les hommes.
Beaucoup aimé le contrepoint amené par le clochard imprécateur, qui me semble une belle trouvaille, pas dans la ressource narrative elle-même, puisque ce procédé existe, mais dans ce que l'auteur en suggère.


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