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Sentimental/Romanesque
cyclo : La vie en rose
 Publié le 22/01/08  -  4 commentaires  -  17937 caractères  -  16 lectures    Autres textes du même auteur

Le narrateur n'arrive à rien avec les femmes. Va-t-il sombrer ?


La vie en rose


Quand il me prend dans ses bras…


Qu’est-ce que j’ai ? Encore et toujours cette foutue chanson. Qui me trotte par la tête. Pas moyen de s’en défaire. Comme si. Y a tellement longtemps. C’est vrai que j’ai pas fait grand-chose pour la garder, la Sophie. Mais aussi. Toujours : « te mets pas dans mes pattes, fous-moi la paix… » Encore un sale samedi qui s’annonce, si je commence à penser à tout ça !


Il me parle tout bas…


Tu parles. Elle savait que gueuler. Moi aussi du reste. Parfois c’était à qui gueulerait le plus fort. C’était toujours elle qui gagnait. Forcément. Moi, je suis un calme. Je laissais dire. J’ai toujours aimé le silence. Mais, avec ma veine bien connue… Je suis toujours tombé sur des bombes. Je veux dire explosives ! La guigne, quoi ! Caroline, c’était pareil. Les voisins finissaient par appeler la police. Faut dire qu’elle buvait comme un trou. Pas comme Sophie. Non, Sophie, elle, c’était plutôt rangement et compagnie. « Débarrasse-moi le plancher, tu vois bien que je range ! » Fallait pas qu’un bout de papier traîne. À la salle de bains, elle supportait pas que mon rasoir soit simplement posé. À la vue. Après, c’est moi qui étais obligé de gueuler : « Mais où tu l’as foutu, nom de Dieu ? »


Je vois la vie en rose…


Oui… En rose… Actuellement, c’est plutôt en gris. Heureusement que j’ai encore mon boulot. Au moins, je vois du monde. On parle de compression de personnel. Si ça se trouve, je serai dans la prochaine charrette. M’en fous… Sophie est partie. Un beau jour, en rentrant, j’ai trouvé l’appart vide… Enfin, presque… Un mot sur la table de la cuisine. Encore heureux qu’elle m’ait laissé une table ! « Je reviendrai pas. J’ai repris mes affaires. Me cherche pas. Je pars au loin. » Et voilà. C’était plié. Oh, avec elle, l’appart était nickel. Pas comme maintenant. Quel foutoir… Le lit est jamais fait. Je sais pas depuis combien de temps j’ai pas changé les draps. Tous les jours se ressemblent. C’est comme la vaisselle. J’attends qu’y ait plus d’assiettes et de verres dans le buffet pour commencer à la laver. J’ai remarqué du moisi ce matin. Oui, en prenant mon café. Dégueulasse, d’ailleurs. Faut dire que le Nescafé, c’est pas terrible. Enfin, c’est aussi bien que cette espèce de jus de chaussette qu’on a aux machines à café du bureau.


Il me dit des mots d’amour…


Des mots d’amour… Oh là là… On m’en a jamais dit. À moi… Mon père me battait, ma mère l’a quitté. Alors, des mots d’amour ! Je sais pas trop ce que c’est. Cette maudite chanson. Depuis qu’elle est passée à la radio l’autre matin. Ça me court dans la tête ! Quelle connerie aussi d’écouter la radio le matin ! Ils annoncent que des choses terribles : guerres, attentats, licenciements, pédophilie, SDF, sans-papiers. Et j’en passe, et j’en passe. Je te leur en foutrais, moi... Peuvent pas raconter des trucs plus gais, plus humains ? Caroline qui disait : « Si t’étais plus humain, je boirais peut-être pas ! » Jamais su ce qu’elle voulait dire par là. J’ai essayé de l’aimer. À ma façon. Pas de ma faute si on m’a pas appris. Et puis moi, je buvais pas !


Des mots de tous les jours…


Tu parles. « Fous le camp. » « Tu me débectes. » « Des pourris pareils, je savais pas que ça existait. » « Je sais pas ce qui m’a pris de me mettre avec toi. » Voilà ce qu’elle disait, la Caro. À moins que ce soit Sophie. De toute façon, j’ai jamais eu de veine avec les femmes… La première, Ginette, par exemple. Je peux dire que je l’ai aimée, celle-là. Ah oui, alors ! Ce qu’elle m’a fait tourner en bourrique… D’ailleurs, ses mots doux à elle, c’était « mon bourricot, mon chameau »… Qu’est-ce que disait l’autre, à la télé l’autre soir ? Ah oui, elle appelait ça des mots-caresses. Tu parles ! Paraît qu’elle a même écrit un dictionnaire avec. Pivot s’en léchait les babines. Moi, ça m’a débecté… J’avais envie de dégueuler, surtout que le frichti du midi était pas passé. Faut dire que la cantine, c’est pas terrible. Du hachis Parmentier. Soi disant. Je sais pas ce qu’y z’avaient foutu dedans, mais... De la merde, oui. J’en ai mangé tout l’après-midi. Et justement la chef qui me cherchait… « Vous allez me refaire ce rapport, c’est bâclé, on n’y comprend rien ! » Celle-là aussi. La garce ! Elle a qu’à se les écrire, ses rapports ! Aux réunions, faut toujours qu’elle la ramène. Pareil que Sophie. Je pouvais pas ouvrir la bouche. Elle avait toujours le mot pour me contredire, avant même que j’aie dit quelque chose ! Faut le faire quand même ! Alors les mots-caresses… Je sais pas ce que c’est. Les coups… Je connais les coups, oui. Ceux de papa… Même Caroline me battait quand elle avait atteint sa dose. J’ai fini par la foutre à la porte.


Et ça m’fait quelque chose…


Ouais… J’aurais bien voulu. Mais moi ça me fait rien. D’ailleurs maintenant je suis seul… Heureusement que j’habite près du campus. Comme ça, je peux me promener. Ils ont laissé pas mal d’arbres, des pins, des peupliers, des bouleaux. Plein de parcs. Dommage qu’y ait pas de bancs ! Z’ont pas pensé aux rêveurs ! Ou aux vieux ! Ou aux SDF ! Ou peut-être au contraire… Ils y ont pensé, les vaches ! Y a des allées un peu sinueuses. De temps en temps, on voit des étudiants, garçons ou filles. Je dis bonjour. J’aime la jeunesse. Quelquefois ils répondent. Mais évidemment, pour eux, chuis un vieux. Le dimanche, comme j’ai mes insomnies, je vais m’y promener à l’aurore, y a des lapins partout. Ouais, c’est surtout le week-end que j’ai des insomnies. Normal… Je suis seul. J’aimerais bien que quelqu’un me prenne dans ses bras. Peut-être que je dormirais mieux ? Au chaud… Mais qui voudrait de moi ? Depuis que Sophie est partie, j’ai même plus essayé… Et puis j’imagine, emmener une femme dans mon bordel ? Elle repartirait aussi sec ! Faudrait que je nettoie et que je range d’abord… Pas si facile… Sophie m’a dégoûté complètement du ménage. Remarque, avec Caroline, c’était pas mieux… Parce que là… Là, c’était elle ! Hou la la, les crises que j’ai piquées ! Simplement pour qu’elle foute pas son dentifrice ou ses petites culottes, sales en plus, sur la table du salon. Je l’aimais bien, pourtant... Si elle avait pas bu... Quand je trouvais une bouteille, je la vidais dans l’évier. Mais elle savait les cacher, la drôlesse ! Autant elle était douée pour foutre le bazar avec ses fringues ou ses petites affaires, autant elle rangeait soigneusement les bouteilles d’alcool. Les cachais même…Quand je rentrais le soir, et qu’elle était pas là… Je fouillais partout… Je finissais par trouver. Mais si elle était là, je me contentais de mettre un peu d’ordre. Tiens, il faudrait que je m’y remette. C’est vraiment trop dégueulasse chez moi.


Je vois la vie en rose…


Et cette putain de chanson, toujours les mêmes bouts qui me reviennent… Le refrain, c’est lancinant… Heureusement que Sophie n’est plus là. Elle détestait m’entendre chanter… « Avec ta voix de lavabo », qu’elle disait… Je préfère pas dire ce que je pense de la sienne… De voix. Elle gueulait, et pourtant elle buvait pas, elle… Chantait pas non plus. Mais si elle trouvait la moindre cigarette qui traînait au salon, le journal pas mis dans le porte-journaux, la lumière des waters allumée, un slip à côté du bac à linge, qu’est-ce que j’entendais pas ! Pourtant j’aurais aimé voir la vie en rose. Comme un bébé. Tiens, je voulais lui faire un bébé. Pourquoi les hommes peuvent pas en faire tout seuls ? C’est pas juste ! Les femmes peuvent, elles. Suffit de se faire inséminer... Ils montraient ça l’autre jour à la télé. Mais Sophie tenait à son indépendance… Sa liberté. « Un môme, ah non, alors. » Pourtant c’est mignon, un gosse. Il me semble que ça peut aimer… Il me semble. J’aurais bien aimé mon père, s’il m’avait pas cogné ! À propos, on l’appelait pas la môme, Piaf ? On dit qu’elle a perdu un bébé quand elle était toute jeunette... Qu’elle s’en est jamais remise… Je veux bien le croire. Moi non plus, je m’en remets pas… De pas en avoir eu, de gosses. D’avoir été battu quand j’étais gamin.


Quand il me prend dans ses bras…


De jamais avoir été pris dans des bras câlins. C’est pourtant pas compliqué. Un père, ça doit pouvoir aimer… Au fond… Peut-être que ma mère m’a aimé, elle… J’en sais rien, je l’ai si peu connue. Je m’en souviens même pas… Tiens, je pourrais peut-être me livrer à une enquête pour la retrouver. Ce que j’en ai voulu à mon père ! De l’avoir laissé partir. Remarque, j’ai fait pareil avec Sophie. Oui, mais on n’avait pas d’enfants, nous. Quoique… Est-ce qu’elle serait pas partie justement parce qu’enceinte ? Et voulant garder le mioche pour elle toute seule ? Ce serait bien son genre. Ah ! la salope ! Toutes des salopes ! Y en a pas une pour racheter l’autre… Au bureau, y a bien Ghislaine qui m’aguiche, depuis qu’elle sait que Sophie est partie. Mais elle peut toujours se brosser… D’ailleurs, son mec à elle l’a plaquée aussi. Alors ! Et puis maintenant que j’ai passé la quarantaine, j’aimerais un peu me poser. Quelque chose de stable. Avec une douce, pas une effrontée comme Ginette, une alcoolo comme Caroline ou une affolée du rangement et de la poussière comme Sophie, ou une aguicheuse comme Ghislaine. Plus envie de baiser vite fait dans l’ascenseur, dans l’auto ou dans la forêt au risque d’être découvert, d’embrasser une bouche qui empeste le whisky ou le Ricard, ni de me faire couper les moyens au moment fatidique : « C’est quoi, ce point noir, là, à côté des sourcils ». Non. Ce qu’il me faudrait, c’est quelqu’un de frais, de doux, de caressant, de gentil en somme. Pas compliqué, que diable ! Ça doit bien exister !


Il me parle tout bas…


Au bureau, y a deux types qui s’aiment. Ils ont bien le droit. J’ai rien contre. Ils vivent ensemble, je crois. Enfin, c’est ce qui se dit… Moi, les racontars… Il m’est arrivé dans les couloirs de les voir se parler tout bas. Ils ont toujours l’air heureux. Et puis pas le genre à se taper sur la gueule. Ni à picoler… Quelquefois je me dis… Les hommes doivent être moins chiants que les femmes… Jamais contentes. En tout cas, celles que j’ai connues. Ginette, une vraie nympho, fallait toujours baiser, et n’importe où… Je mettais le holà… Halte-là ! J’ai ma pudeur, moi. Pas question de choquer les gens… C’est qu’elle aurait jamais fermé les volets ni les fenêtres. Elle aurait voulu que tout le monde entende ses petits cris de plaisir. J’ai jamais su d’ailleurs si elle simulait pas… Elle m’a quitté pour un costaud de la salle de muscu... Un certain Guy… Probable qu’il l’a mieux contentée. En tout cas, lui, ça le gênait pas de se promener à poils dans les vestiaires... Pourtant le règlement. C’est Ginette qui m’avait entraîné là. « T’as besoin de biscoteaux. Et tes cuisses de grenouille ? Faut me rembourrer tout ça… Et puis c’est rempli de beaux mecs. Faut que je m’en mette plein les yeux. Que je me rince l’œil ! Dommage que je puisse pas aller dans vos douches ! » C’est qu’elle y serait allée… Une effrontée, vous dis-je. D’une impudence… Elle se mettait seins nus à la fenêtre de l’appart quand j’étais pas là. Même au balcon... J’l’ai su par un voisin. « Dis donc, elle a de beaux nichons, ta femme, qu’il m’a dit ! » Pas comme la sienne… Des oeufs au plat, et encore !


Il me dit des mots d’amour…


Ouais, c’est ça qui m’a manqué. Les mots d’amour… J’ai toujours aimé les chansons. Les romans aussi. Ou les films… Pourvu qu’y ait une histoire d’amour. Mais une vraie. Genre Roméo et Juliette ou Tristan et Yseut. Pas comme aujourd’hui. Tout ce qu’y savent faire, c’est montrer les nanas et les mecs au lit. Souvent à poils. Comme si y avait que ça. Ils se parlent plus… Même les parents… Foutent leurs gamins devant la téloche et bon débarras. C’est tellement tendre, un enfant. Faut des mots, je sais pas, des gestes… Moi, j’ai rien eu de tout ça… Mon père, une brute. Ses gestes, des coups… Ses mots, des cris... Ah ! je l’ai connue, sa ceinture ! Si ça se trouve, rien que d’y penser, j’ai encore le dos qui rougit... « Je vais te faire marcher au pas », qu’il gueulait… Alors, dès que j’ai pu, je me suis barré. Dix-sept ans… J’ai traîné un peu. Trouvé un boulot de veilleur de nuit. Pu continuer mes études. C’était un hôtel… J’en ai vu, tiens, là aussi. Des couples illégitimes surtout… Mais qui avaient l’air de s’aimer. Y avait aussi des putes… Qui ramenaient des mecs… C’est comme ça que j’ai appris. Y en a une qui m’avait à la bonne : « Si tu veux, je te prends à l’oeil. » Elle était gentille… Ça la changeait des clients plus très jeunes, et parfois dégueu, d’après elle... Mona, qu’elle s’appelait. Enfin, c’était son nom de guerre. Quand elle avait un moment libre… Oh, la nuit, tout en veillant, je dormais quand même un peu ! Je me réveillais quand on sonnait. À cet âge, on dort bien… C’est pas comme aujourd’hui… Plus moyen de dormir. Je me réveille au bout de deux heures.


Quand il me prend dans ses bras…


Je cherche quelqu’un pour être dans ses bras, faut croire. Mais c’est plus possible... Je me fais rembarrer. Ou bien elles me quittent ou bien c’est moi qui les balance. Remarque, trois amours, c’est déjà pas mal… Y en a plein qui peuvent pas en dire autant… Joseph, par exemple, le sous-chef, il est toujours tout seul. Jamais vu avec une nana. Ni avec un mec… Un jour, je l’ai suivi jusque chez lui, pour voir. Il habite un petit pavillon. Trois pièces, je pense. Je crois pas qu’il m’ait vu... Il a l’air d’y vivre seul. Comme moi, en fin de compte… Si j’essayais le Club Méd ? On raconte tellement de choses. Les bronzés... Ouais, mais y z’avaient pas dépassé la quarantaine, eux… Et puis y avait pas tellement de mots doux là-dedans… J’ai pas vu le dernier, le troisième opus, comme y disent. Combien de temps que je suis pas allé au cinéma ? Que j’ai pas lu un livre ? Écouté un disque ? Lu des journaux ? Été à un concert ou au théâtre ? C’est con quand même quand j’y pense… Alors que j’ai le temps. Faut dire que Sophie… Quand on sortait… Ses commentaires. Si intelligents… Ce que j’avais l’air idiot, à côté. Alors je me taisais… Maintenant je m’avachis devant la télé. La bière à la main… J’écluse. En fait, j’écoute pas vraiment. J’ai le regard vague. Quelquefois je me réveille, et je m’aperçois que j’ai dormi une heure… Tout allumé, et la télé en marche. Ce que ça devait être passionnant !


Des mots de tous les jours…


Il me faudrait quelqu’un pour retrouver l’envie… L’envie de vivre, tiens. De trouver ces mots qui embellissent le quotidien. Qui donnent le désir de nettoyer, d’avoir un intérieur gai, propre, avenant… Avenant, ça me dit quelque chose. C’était pas un des noms de Jean Marais dans La belle et la bête ? Tiens, en voilà un beau film… J’aimerais bien le revoir. Autre chose que Les bronzés ! Doit exister en DVD. Faudra que je me le procure. Ouais, mais le regarder tout seul, c’est chiant... Faudrait que j’invite quelqu’un… Pourquoi pas Ghislaine ? Chuis sûr qu’elle en meurt d’envie. Qu’elle se demande où je vis, comment je vis… Au fond, elle est pas si mal… 35 ans j’imagine… Peut-être qu’on pourrait avoir un enfant ensemble ? Après tout, on a encore l’âge ! On le câlinerait... Peut-être qu’elle aussi, elle a été battue. Mal aimée dans sa jeunesse. Si ça se trouve violée, qui sait ? On voit ça à la télé… Un père dingue, ou un oncle...


Je vois la vie en rose…


Qu’elle aurait envie de voir la vie en couleurs ! Ghislaine ! Et pourquoi pas en rose ? Elle aussi, on l’a plaquée, alors entre plaqués... Bon, oui… Mais, alors, faudrait que je range… Que je nettoie... Comment c’était déjà ? Dans ce bouquin que j’avais lu autrefois ? Faire une liste, et au fur et à mesure, rayer ce qui a été fait. Voyons.

D’abord la vaisselle. C’est vrai, cet évier, c’est vraiment dégueulasse. Pas étonnant que j’aie pas envie de manger… Penser à acheter autre chose que des pizzas… Des légumes. Des fruits. J’aimais beaucoup les fruits avant... Avant quoi ?

Puis changer les draps. Faire le lit... Qui sait si mes insomnies viennent pas de là. De dormir toujours dans les mêmes vieux draps. Tout gris. Tout sales… Et tout seul. Non, là, je rigole.

Passer l’aspirateur. Doit y en avoir, de la poussière… Des moutons. C’était comment, déjà, Fernandel dans Topaze, des moutonsss, avec trois « s » au moinsss ! Contre les murs. Sous les meubles… Sous le lit, ça doit même être un troupeau. Qui sait, y doit même y avoir des araignées… Alors là, bonjour les dégâts ! Ça serait râpé ! Ces bébêtes, ça fait peur aux femmes…

Ranger les objets épars. Les canettes de bière... Y a un bac pour ça, au tri, sur la place, pas loin du supermarché... Et puis plus en boire. Si je veux Ghislaine… Elle a l’air sobre…

Ranger les vêtements, non, mais c’est fou... Même dans l’entrée ! Y en a partout… Pire que Caro ! Combien de temps que j’ai pas fait une lessive ? Pas étonnant que ça cocotte !

Faire la lessive. Chais plus s’il me reste des produits pour... Décidément, faut que je fasse les courses.

Prendre une douche. Me laver à fond, me décrasser… Me mettre de la crème sur les mains. Me raser… Non, mais, tu t’es vu ! La sale barbe que t’as ! Et puis de l’after-shave… Du déodorant sous les bras… De l’eau de toilette… Du parfum…

Aérer. Ouvrir les fenêtres tout en grand. Un grand bol d’air... Asperger de parfum. Après tout, c’est le printemps, il fait beau aujourd’hui. Profitons-en… Justement je vais sortir.

Mais d’abord, je fais tout le reste, je range, je nettoie.

Après, faire les courses.

Puis, téléphoner à Ghislaine... Doit être dans l’annuaire... Oui, elle y est ! Vite, noter son numéro.

L’inviter au ciné ou au resto, ce soir ou demain... Plutôt ce soir… Jamais remettre au lendemain ce qu’on peut faire le jour même... Je suis sûr qu’elle dira oui... Mais faut que je sois impec... Et gai... Et souriant.


Et ça m’fait quelque chose…

Ouais, ça m’fait déjà quelque chose... Je revis. Je sens que quelque chose commence.


 
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   Bidis   
22/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce n’est pas mal. C’est vivant, réaliste et drôle-amer.
Ce texte laisse sa trace dans la mémoire.

   Lariviere   
22/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Whaa !

J'ai vraiment aimé cette nouvelle !

La vie en rose, qui ne l'est pas tant que ça...

D'ailleurs, je ne sais pas vraiment les réelles sources d'inspirations de la môme Piaf quand elle chantait ça...

La vie en rose, donc. Ici : Un peu de rose et beaucoup de gris...

Ce récit nous livre l'histoire simple d'un type, sans machine spatiale (j'ai rien contre), sans lutins extravaguants (j'ai rien contre), sans créatures fantastiques, sans tueurs fous ou planètes aux noms bizarres (tout ca, j'ai rien contre), et ce récit reste pourtant captivant et puissant...

Captivant il l'est.
Déjà par son écriture.
Grâce à des phrases courtes et un langage familier retranscrit de façon très réussi. Ce point là, n'est pas si facile a réaliser, bien au contraire...
Ensuite cette écriture est agréable, facile à lire, grâce à cette ponctuation qui utilise en abondance les points d'exclamation, d'intérrogation, de suspension... Cela donne un rythme puissant au récit. Une facilité pour le lecteur à rentrer dans le ressenti du personnage-narrateur et à se laisser gagner par la force de ses émotions...
Devant ce style d'écriture, on ne peut s'empêcher de penser à Celine...

Dans ma bouche, c'est un sacré compliment... Qui pourrait tout résumer quand à la qualité de cette nouvelle.

D'ailleurs ce que j'ai aimé aussi, en plus de ce thème universel qu'est l'amour difficile d'un homme avec son histoire (traumatisante), c'est cette écriture "rétro", décalé par rapport à l'époque, une écriture pleine de pudeur, malgré le réalisme cru, avec des références du personnage aux années de sa jeunesse, aux idôles de son temps (Fernandel, Piaf...) Des idôles intemporelles. Comme cette histoire...

J'aime cette écriture, ce style de phrasé, ces tournures d'esprits développé ici à la façon de Michel Audiart... On pourrait presque entendre, si on prête l'oreille, Jean Gabin, narrer sa terrible vie...

Alors vraiment, au risque de me répéter j'ai aimé "La vie en rose" version cyclo.
C'est une nouvelle qui réussie à être très émouvante grâce à son style d'écriture... Une nouvelle contemporaine raconté dans un langage, une pudeur, une force de sobriété et un esprit que j'aimerais ne pas pas voir disparaitre...

Toutes mes félicitations !

PS : Cyclo, un auteur à suivre dans les cols oniriens?...

   studyvox   
22/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Des phrases comme il en passe par la tête, quand on pense à son passé, à son devenir.
C'est réaliste, un peu noir, très bien écrit, sans jamais devenir vulgaire, tout en restant proche du langage parlé.
Ce n'est pas facile à faire!
Ici, c'est très réussi. Bravo!

   clementine   
22/1/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Evidemment commenter après Larivière...
( te trompes pas ami Larivière, c'est un compliment) . J'ai beaucoup apprécié le ton, l'atmosphère de cette nouvelle.
L'écriture qui se veut volontairement "simple" reflète bien ce que l'auteur a envie de nous dire.
La lecture est prenante, on est forcé dès les premières lignes d'aller jusqu'au bout ( même si ce n'était pas forcement notre intention première.)
En conclusion, la vie est grise, striée de rose.Non?


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