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Sentimental/Romanesque
deep : Un Himalaya de douceur
 Publié le 04/02/15  -  13 commentaires  -  3423 caractères  -  210 lectures    Autres textes du même auteur

Je me hisse, il semble que de la hauteur jaillisse la sagesse.


Un Himalaya de douceur


Je me hisse. Il semble que de la hauteur jaillisse la sagesse.

Lever tardif, un matin de paresse. Au dix-septième étage de cette tour le ciel est bleu hiver et l’air pur est vif. Un soleil frileux baigne dans la chaleur de ma cuisine et réchauffe quelques rayons dans les vapeurs d’un thé tout juste infusé.

Instant béni, où l’offrande d’un bol chaud entre les mains, je contemple le défilé majestueux des tours voisines qui se perd au loin. Chaîne de monts cubiques parfaitement alignés, aux cimes géométriques et aux pentes vertigineuses jamais enneigées.

Lama à la fenêtre d’un monastère de béton, je vis reclus mes instants de repos. Mon regard toise l’horizon, rêvant d’une terre, et d’une maison.

En contrebas, s’étend la vallée urbaine embrumée de particules polluées. Au fond des gorges étroites des colosses rangés, serpente l’asphalte noir de routes agitées, au courant fort bruyant.


Ma retraite solitaire est soudain rompue par la vision arc-en-ciel d’un spectre divin. Une farandole de linge multicolore arrachée au séchoir d’un étage voisin par le tourbillon d’un vent coquin, vire et vole. Tournoie sur mon étroit exil de banlieue, mon minuscule Bouthan, mon petit bout de balcon sur le toit d’un monde moderne.

Les couleurs vives des tissus fraîchement lessivés s’agrippent au parapet métallique et flottent dans le vide, tels des drapeaux de prière au sommet d’un col tibétain. Cette guirlande pieuse où tous les espoirs sont inscrits, balayée par la ferveur d’une nouvelle bise, lâche prise, et poursuit dans les cieux sa course promise.

Laissant là, devant moi, noué, ficelé par la fine bretelle de dentelle, un rectangle immaculé qui se débat. Un soutien-gorge délicat. Un loungta molletonné rembourré de promesses, à présent secoué et ballotté par le souffle haletant de mes sentiments brusquement tourmentés.

Parchemin de satin où les mots sacrés sont brodés à la main. Livrés aux caresses du vent pour se disperser dans l’espace, ces vœux sont adressés aux dieux et à tous ceux qu’ils toucheront par leur grâce.


Les paupières mi-closes. Aveuglé par l’indécence des courbes magnétiques de ces balconnets impudiques, mon esprit tâtonne. Mais, poussé par l’un des sens que je chéris dans la douceur cachemire de l’affolant cache-cœur, mes mains plongent sans vergogne.

Canuts qui cheminent sur la route de la soie, longeant soigneusement le sentier des coutures, mes doigts lutinent l’écrin vide d’une poitrine, jusqu’au nœud subtilement centré de la parure. Libérant l’innocent étendard messager qui déroule sur ma joue son voile envoûtant de mousseline. Du bout de mes lèvres je déchiffre le précieux mantra de braille caché en son sein, puis inspiré par ces vœux canailles, dépose en réponses quelques baisers à la fin.


Une cloche sonne la fin de cette exaltation. À la porte de mon temple, une apparition… Un tangka de Tara blanche. Divine beauté sur mon palier, le buste incliné et le souffle coupé par une ascension trop rapide à pied. Elle prie, un peu gênée, de l’excuser.

Dans sa course folle, prend à peine le temps de savourer l’hospitalité d’une tasse de thé que je lui tends, et s’envole. Emportant le message roulé, elle dévale l’escalier.

Ma main n’a pu retenir la belle, ses épaules nues ne portaient pas de bretelles.


Demoiselle envolée. Mon Dieu juste savoir comment elle se prénomme. Mon cœur blessé. Quand un écho dans l’escalier résonne…

« Lili… Lili… Lili… »


 
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   Neojamin   
15/1/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Un bel instant de poésie qui m'a envouté dès les premières lignes. La description de ce monde avec le vocabulaire tibetain est bien faite... Je me suis senti entrainé dans un entre-deux monde, découvrant par la force des mots qu'une sagesse tibétaine pouvait survivre dans le brouhaha de la ville.
Ensuite, un soutien-gorge est apparu et je me suis demandé si l'auteur n'avait pas oublié de cocher la case "concours" en soumettant son texte...? Dommage car j'aurais sans aucun doute voté pour lui.
Belle écriture, belle poésie, un texte soigné qui fait rêver. L'apparition de la "divine beauté" est un peu expédié mais ça dessert l'intrigue...Je reste sur ma première impression et ces premiers paragraphes envoûtant, et vous félicite!

   in-flight   
4/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah oui, ça sent l'oubli de "case cochée" lors de l'envoi. Et, je ne veux pas nourrir l'auteur de regret mais j'aurais certainement voté pour ce texte.

Un bel instant aux songes érotiques à mi chemin entre la nouvelle et la poésie. C'est réussi.

J'ai tiqué sur un truc: "Une farandole de linge multicolore arrachée au séchoir d’un étage voisin" --> "étage voisin" peut être interprété comme étage du dessous ou du dessus, dans ce cas difficile pour le narrateur de saisir l'écrin. "Balcon voisin" ou "terrasse voisine" serait peut-être plus adapté.

J'ai trouvé le vainqueur du concours! A titre posthume :-(

   Anonyme   
4/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour, belle envolée d'étoffe dans cet Himalaya urbain. Bon, j'ai eu un peu de mal à suivre, comment la fille sait que c'est là, exactement chez ce monsieur, qu'elle doit se rendre. Car cette Lili, on ne l'aperçoit pas sur le balcon lors du coup de vent qui emporte son linge... C'est beau, c'est léger... Mais pas très sage tout cela, malgré les références au Tibet, un morceau de tissu fait bien vite craquer l'apprenti bouddhiste et on revient toujours à la même sempiternelle préoccupation du mâle, qu'un bout de sein se pointe et l'ange se déchoit, de son dix-septième ciel (si j'ai bien lu) le nigaud dégringole.
Je vous rassure, j'ai beaucoup aimé quand même. Tout en douceur et en poésie, ce texte. Bravo.
Ah j'oubliais, ça a un petit côté Renan Luce, le coup du linge des voisines. Vraiment pas sage, ce coco-là !

   laralentie   
4/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voici que resurgit le soutien gorge de Lili ! +1 vote posthume !
J'aime beaucoup le contraste entre le pointu des cimes et les arrondis du soutien gorge, les élans religieux vers les hauteurs et la brusque retombée vers des désirs bien plus terrestres.
De l'humour, de la poésie. Bravo.

   pieralun   
4/2/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un texte qui s'est égaré....., nouvelle ou poésie?
Bon! Nouvelle.......pourquoi pas!
Moi j'y vois beaucoup d'originalité et autant de poésie.

Le narrateur est un citadin, grande ville, buildings, et le tout se transforme en un environnement oriental qui fait appel aux couleurs, au calme, lui en lama. Méditation, tissus, Inde, Tibet, Bouthan. Une athmosphere très bien rendue.

L'arrivée du soutien gorge est très bien trouvée, et l'on continue de voyager sur la route de la soie, à rêver loin du béton.
Bon......, Lili est là...., un peu comme un cheveu sur la soupe, mais qu'importe.

Pour la poésie, difficile de tout citer........

rayon de soleil dans la vapeur d'un thé juste infusé..
pentes vertigineuses jamais enneigées..
asphalte noir des routes agitées....
mon minuscule Bouthan.....
guirlande pieuse où tous les espoirs sont inscrits...
loungta molletonné rembourré de promesses......
canuts qui cheminent sur la route de la soie, longeant soigneusement le Sentier des coutures, mes doigts lutinent.......ça c'est beau et génial!

J'ai du en laisser pas mal en route, et plus je relis ce texte court plus je rencontre de jolies trouvailles pleines d'invention et de poésie.

Vraiment, avec une très très grande sincérité, Mr ou Mme Deep vous m'avez scotché à mon écran.
Je souhaite de tout cœur que beaucoup d'oniriens découvrent le texte et l'auteur plein de promesses qui l'a écrit.

   Pimpette   
5/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Merci à Pieralun...je passais sans vous voir...

Texte délicat, subtil, singulier...
Sujet rare inondé de poésiee
Il doit beaucoup à la trouvaille du soutif exploitée en images toutes jolies...la vue sur de simples tours de béton devient presque bouddhique gràce à l'inspiration distinguée de l'auteur et au style élégant!

je vais guetter les textes suivants!

   Francis   
5/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Les tours géométriques , de verre, de béton forment un univers vertical que la plume transforme en paysage montagneux. La tasse de thé qui fume adoucit la froideur de cette architecture urbaine. L'appartement devient la cellule d'un monastère tibétain. Et puis, le vent coquin va combler le vide en déposant un soutien-gorge sur le balcon. C'est un message venu du ciel. Il annonce une rencontre !
L'écho se propage au fond de la vallée : "Lili, Lili..."

   Damy   
5/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Oui, très belle poésie !
La relation charnelle avec le soutien-gorge est des plus envoûtante.
La méditation s'en envole et subrepticement, Lili vole l'envoutement.
Un intermède délicieux entre deux tours...
Merci, deep.

   Alice   
7/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est tout doux, tout doux. C'est musical.
Une très bonne maîtrise de la langue et des jeux de langage, néanmoins quelques phrases devraient selon moi être raccourcies, les métaphores ont tendance à perdre de la force à mesure qu'on leur rajoute des adjectifs et des adverbes: "Un loungta molletonné rembourré de promesses, à présent secoué et ballotté par le souffle haletant de mes sentiments brusquement tourmentés". Quelques mots en trop pour le rythme par ici (molletonné/rembourré, secoué/ballotté, haletant/brusquement/tourmentés, on choisit s'il vous plaît ;)), on manque d'air pendant la phrase.
Il y a beaucoup de talent et de douceur dans ce texte, beaucoup de chaleur humaine du personnage qui a la beauté de ne jamais s'autodéfinir, émouvant, beaucoup de traces de son regard humble et à moitié muet sur le monde: un regard de buveur de thé.

Merci pour ce premier partage, j'ai bien hâte à la prochaine fois,

Alice

   tanagra   
15/2/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quand la profondeur rejoint la poésie, de cette cime de verre, par vous invoquée, cette farandole de tissus de prière, quelle belle trouvaille.

   Perle-Hingaud   
2/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quel doux texte ! Les deux premières phrases donnent le ton général, la poésie à venir. Le panorama urbain me séduit, j'aime la beauté des villes. Votre écriture est très imagée, elle évoque, convie. J’imagine parfaitement ce narrateur dans sa cuisine au petit matin. La comparaison entre l’himalaya et les tours est originale et emporte dans une fusion de ces deux univers. Aveuglé par l’indécence des courbes magnétiques de ces balconnets impudiques, mon esprit tâtonne. Mais, poussé par l’un des sens que je chéris dans la douceur cachemire de l’affolant cache-cœur, mes mains plongent sans vergogne. : très beau passage, tant dans les sonorités que dans le rythme. Mais… je ne comprends pas trop « poussé par l’un des sens que je chéris » : est-ce à dire que le narrateur chérit le sens du toucher ?
Vraiment, bravo et merci pour ce très beau texte, à la fois poétique et... coquin (finalement, les belles voisines inspirent toujours les hommes... et le sacré n'est pas toujours où on l'imagine !).

   AnneMariesquieu   
1/4/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
le style de Deep a le génie d'enchevêtrer deux univers: l'urbain géométrique et plutôt déshumanisé et celui d'une Asie mystique et mystérieuse avec une aisance dont je note ici l'effet qui m'a plu encore plus que les autres: "la douceur cachemire de l'affolant cache-cœur..."
De ce texte, jaillit la beauté ! que dire de plus ?

   carbona   
5/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte assurément poétique et très bien écrit.

C'est un tableau que vous dépeignez, c'est doux et délicat.

Tous nos sens sont affûtés, vous savez créer une atmosphère.

Je ne pensais pas qu'il soit possible d'écrire autant de lignes sur un soutien-gorge !

Bravo et merci !


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