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Science-fiction
Filipo : Regrets et Cie... (4)
 Publié le 05/04/08  -  3 commentaires  -  12761 caractères  -  13 lectures    Autres textes du même auteur

Comment continuer à garder la foi quand il s'avère que le futur manque à sa parole ? Hallucinations ou prémonitions véritables ?
La quête de la fameuse faille se heurte à un barrage inattendu...


Regrets et Cie... (4)


Résumé des épisodes 1 à 3 :

Je m’appelle Franck Dumont et j’ai participé à la conception d’un projet de barrage gigantesque en Inde. Je viens de vivre une expérience hors du commun : la rencontre avec un autre moi-même, vivant en 2034. Mon alter ego m’a emmené faire une petite balade dans l’espace-temps, sur le site du fameux barrage, en septembre 2013. Nous étions sur les lieux au moment précis où l’un des contreforts céda, entraînant la destruction de l’immense barrage et la mort de plus de trente mille personnes.

Mon double me demanda alors mon aide pour empêcher cette catastrophe de se produire. Mais, pour cela, il me fallait absolument un appui ! Lors du repas organisé pour fêter la fin du projet, je trouvai l’occasion de me rapprocher de Karina, une collègue ayant justement participé à la conception des dispositifs de soutènement. Karina et moi sommes devenus très proches durant cette fameuse soirée… qui s’est terminée chez elle. Dès le lendemain, nous nous mettions en quête de la faille dans notre projet, bien décidés à la débusquer rapidement. Après des heures de recherches au siège de la boîte, Karina me déclara qu’elle n’avait pas trouvé la moindre erreur de conception concernant le contrefort en question !


------------------------


Je pense qu’à l’annonce de cette nouvelle, la couleur de mon visage dut changer de façon spectaculaire, car Karina me regardait à présent d’un air inquiet. Je sentis mes jambes se dérober sous moi et je tombai, plus que je ne m’assis, sur le siège face à elle.


- Quoi ? Mais c’est strictement impossible ! Cette erreur existe, j’en ai la preuve formelle ! Elle est juste très bien cachée, c’est tout, lui dis-je, refusant d’accepter son intolérable affirmation.

- J’ai tout examiné en détail, absolument tout. En vertu de quoi, je déclare ce contrefort parfaitement innocent du crime dont tu l’accuses. Es-tu sûr, au moins, que c’est bien là qu’il fallait chercher ? me demanda-t-elle, d’un ton narquois.

- Mais Bon Dieu, oui ! Je l’ai vu de mes propres yeux, il a carrément explosé sous la pression !


Je n’avais pas terminé de prononcer cette terrible phrase que j’en regrettai déjà amèrement chaque mot. Qu’avais-je dit là ! Je n’osai plus regarder Karina, mon cerveau en surrégime essayant de trouver un moyen de rattraper le coup, sans que bien sûr ne s’amorce le moindre début d’explication logique à lui fournir.

- Ah, ok ! Tu as VU exploser un contrefort qui, pour l’instant, n’existe pas... Whaouh, alors là, je suis bluffée !

- Heu…

- Et ça t’arrive souvent, ce genre de vision, ou c’est juste quand tu oublies de prendre tes petites pilules roses ?

- Karina, je comprends ta réaction, j’aurais eu la même à ta place, mais laisse-moi…

- T’expliquer ? Oh, t’inquiète pas, va, c’est très clair. Simplement, Franck, pourquoi refuser d’admettre que tu voulais juste tirer ton coup et te barrer en douce après ? Tu me prends vraiment pour une conne...

- Non, pas du tout ! Je…

- Alors tu t’inventes un prétexte, pour expliquer tes états d’âme. Mais pas n’importe lequel, une véritable énormité ! Et moi, je suis assez stupide pour vouloir y croire et passer trois heures à la chasse au Dahu. Comme quoi, plus c’est gros, plus ça passe.

- …

- Et, comme si ça ne suffisait pas, te voilà soudain extralucide ! Bien joué, Franck ! claironna-t-elle, les yeux emplis de larmes.


C’était mort, pas moyen de la raisonner… Que devais-je lui dire, à présent ? Lui parler de ma rencontre avec mon alter ego et de notre virée au pied du barrage, en 2013 ? Autant signer moi-même ma fiche d’admission en asile psychiatrique !


Elle ne me laissa pas le temps d’improviser une explication plus satisfaisante. Karina éteignit son PC, reprit ses affaires et me planta là, sans un mot. Je la regardai partir, les bras ballants. C’était inutile de lui courir après, je n’arriverai qu’à m’enfoncer un peu plus.


Je ne pouvais pas lui en vouloir, si je n’avais pas failli être désintégré lors de l’éventrement du barrage, moi non plus je n’aurais pas cru un mot d’une telle histoire !


Il n’en restait pas moins vrai que Karina n’avait pas trouvé la moindre faille sur ce maudit contrefort, ce qui, du coup, ramollissait quelque peu mes certitudes. Et si ce que je croyais avoir vécu hier après-midi n’était que le produit de mon imagination débordante, dopée par les effets de l’alcool et du stress de ces dernières semaines ?


ooo000ooo


Je rentrai chez moi, abattu, les épaules voûtées sous le poids du découragement. J’étais horriblement frustré de ne pas avoir pu m’expliquer auprès de Karina. Comment se satisfaire d’en arriver à passer pour un salaud afin de ne pas être pris pour un dingue ? Ma vie si rangée déraillait totalement depuis la veille ; je passais par tous les stades, oscillant entre des hauts et des bas dignes d’un manège de foire.


Installé sur le sofa du salon, je décidai de laisser le sommeil m’emporter, pour fuir ces pensées accablantes pour quelque temps. La fatigue de cette quasi-nuit blanche me cueillit presque aussitôt, et je m’endormis sans m’en rendre compte…


« Franck ! Hé, ho ! ». J’entendais une voix ténue, fantomatique, m’appelant dans le lointain. Je refusais pourtant d’ouvrir les yeux, m’accrochant au bien-être de ce sommeil réparateur et apaisant. La voix se rapprocha, devenant plus concrète, plus insistante.


Deux mains m’empoignèrent fermement par les épaules et me secouèrent avec brutalité. J’ouvris les yeux et je vis Franck 2034, face à moi. Bien qu’il fut rouge de colère et vociférant, j’eus l’impression qu’il était plus vieux et plus frêle que lors de notre dernière rencontre.


- Mais bordel, comment as-tu pu foirer comme ça ? Tu n’as rien réussi à changer du tout ! me cria-t-il, hors de lui.

- Hé ! On se calme, mon « vieux » ! Tu entres dans ma vie, sans prévenir, en m’annonçant qu’on est tous des incapables et des assassins. Et puis, là où on est censé trouver une erreur pour empêcher ce putain de barrage de tomber en morceau, il n’y en a pas la moindre !

- Tu l’as bien vu éclater, ce contrefort, non ? Si la faille t’est passée sous le pif, c’est que tu as mal cherché, il n’y a pas d’autres explications possibles !

- Oh si, des explications, il y en plein d’autres ! À force de subir tout ce stress, j’ai peut-être basculé dans la schizophrénie… Si ça se trouve, je suis peut-être en train de parler dans le vide, croyant m’adresser à quelqu’un, alors qu’en réalité tu n’existes que dans mon esprit malade ! lui dis-je, en le défiant du regard.


Il se mit à rire, poussant des gloussements inimitables. C’était sans conteste mon propre rire, franc et sonore, émit par l’organe d’un autre moi-même. De l’autodérision, en quelque sorte…


- Tu me fais de la peine, Franck, mais je ne t’en veux pas. J’avais prévu ta réaction, et j’ai avec moi quelque chose de concret pour éclairer ton chemin, dans les moments de doutes… la fameuse preuve, indiscutable, celle qui te permettra de croire en moi - et aussi en toi - afin de ne pas abandonner cette mission qui est la tienne.


Mon alter ego sortit de la poche de sa veste une petite enveloppe beige, qu’il me tendit.


- Qu’est ce que c’est ? Un relevé d’empreintes digitales, des traces ADN ? lui demandai-je, en riant nerveusement.

- Malheureusement non, mon jeune ami. L’état de conscience qui nous permet de communiquer tous les deux n’autorise pas d’échanges tangibles de ce genre. Tout ce que je peux te transmettre, c’est de la connaissance pure, de l’information. La preuve que tu attends se trouve là, m’assura Franck 2034.

- Qu’est-ce qu’il y a dans cette enveloppe ?

- Je te propose de l’ouvrir et de mémoriser ce qui y est écrit. Tu pourras ensuite vérifier par toi-même si cela se réalise bel et bien, me dit-il d’un air grave.


Je fis ce qu’il dit, tirant de l’enveloppe une fiche cartonnée que je lus plusieurs fois, totalement incrédule. Avant que je n’aie le temps de le questionner, il me serra fortement le bras de ses doigts noueux, faisant irradier une onde de douleur dans mon biceps gauche.


- À présent, promets-moi que tu vas tout faire pour empêcher cette catastrophe, sans plus tergiverser !

- Si ce qui est écrit là se réalise bien…

- Non Franck, je veux que tu me donnes ta parole dès maintenant ! Je n’aurai peut-être plus l’occasion de reprendre contact avec toi…


Je sentis dans sa voix une intonation désespérée qui me fit froid dans le dos. Malgré la lueur de bon sens qui me clamait de ne pas chercher à en savoir plus, je le pressai de s’expliquer sur sa dernière phrase, ce qu’il finit par faire.


- Je… je ne voulais pas t’en parler, mais il se trouve que, pour moi, la fin du voyage est proche. Il n’y a plus d’espoir, Franck, le mal dont je suis atteint est malheureusement incurable. J’en suis aussi désolé que toi !


À ces paroles, une sueur immonde envahit mon front et mes paumes ! Implicitement, il venait de me donner le genre d’information que l’on redoute tous de connaître : le temps qui nous reste à séjourner sur cette terre… Je me serais bien passé de savoir que la date de mon « départ » se situait aux alentours de 2034. Nom de dieu, ce serait vite là !


Je n’avais pas le temps de m’apitoyer, ni sur lui, ni sur moi-même par conséquent. Une main sur le cœur, je lui promis donc de faire ce qu’il attendait de moi.


ooo000ooo


Après une période indéterminée passée dans les limbes, je finis par me réveiller, perclus de courbatures et affligé d’un mal de tête digne d’un accidenté de la route. Eh bien, décidément, avec ou sans champagne, ça ne me réussissait pas, les communications hyper temporelles !


À ces douleurs physiques s’ajoutait la douleur morale suscitée par les dernières paroles de mon alter ego… On a beau tous savoir que notre existence terrestre est d’une durée forcément limitée, ça m’en fichait quand même un sacré coup sur la cafetière de savoir que, pour moi, la route était brutalement interrompue peu après le kilomètre 55 !


Je me laissai aller à ce sombre vague à l’âme un bon quart d’heure, au moins, avant de me secouer : « Et si tout ça, ce n’était juste qu’un putain de mauvais délire ?! » La réalité de ma rencontre avec mon futur « moi » était encore loin d’être mathématiquement établie ! Si la suite des évènements m’en apportait la preuve formelle, il serait alors temps de commencer à m’inquiéter de ses mauvais augures…


La première chose à faire, avant de l’oublier, c’était de griffonner sur un papier ce qui m’avait été annoncé par mon double. Je n’allais malheureusement pas pouvoir vérifier sa prédiction avant une semaine. Mais en attendant, rien ne m’empêchait de prendre les paris !


Je dévalai quatre à quatre les escaliers de mon immeuble, à la recherche du bar-tabac le plus proche. J’en trouvai un au coin d’une ruelle tortueuse et j’y pénétrai, le profil bas. L’établissement empestait le tabac froid et les trop longues journées de chômage. Quant à la déco – qui datait du septennat de Valery, au moins –, elle aurait mérité un bon coup de frais.


Je ne suis pas un adepte des jeux de hasard. J’ai toujours refusé de cautionner ces véritables mascarades, consistant à ponctionner une foule d’anonymes, pour ne redistribuer – au mieux - qu’une fraction ridicule des sommes amassées à quelques heureux veinards. Mais là, c’était différent… Pour une fois, peut-être, j’avais plus qu’une misérable chance sur treize millions de ne pas investir ces quelques euros pour rien.


Je pris un bulletin dans le présentoir au coin du vieux zinc fatigué, et entrepris d’y reporter fidèlement les six numéros que Franck 2034 avait inscrits sur le bristol glissé dans son enveloppe. Puis je remis l’imprimé au tenancier, comme n’importe quel autre participant à la méga-cagnotte (une de plus) du prochain samedi.


Ce qui me distinguait des autres joueurs, ce n’était pas l’impression – somme toute assez répandue – de détenir la combinaison gagnante… c’était surtout de redouter que ce soit bien le cas !


Au moment de pousser à nouveau la porte chromée du bar, une idée soudaine vint frapper mon lobe frontal avec la force brutale et éclatante de l’évidence. Je rebroussai chemin entre les tables de guingois, où s’affalait toute une morne populace attendant l’heure des résultats footballistiques pour s’exciter un peu.


Quelques coups de stylo plus tard, je tendis au patron du bar un nouveau bulletin de loto, strictement identique à celui que j’avais rempli précédemment. Il l’enregistra sur son terminal « Française des jeux », puis me rendit le reçu sans même me prêter un regard, sa prunelle glauque et inexpressive clamant un manque d’intérêt abyssal pour les lubies de sa clientèle.



À suivre…


 
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   strega   
5/4/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Ah, je suis un peu plus partagée, l'évolution de l'histoire est absente en quelque sorte. Enfin, absente, concrètement je veux dire.

Ben oui, parce que le Franck finalement, si au début de Regrets et Cie, il m'exaspérait un peu, là il me fait presque de la peine... Donc l'évolution des personages est bien là, mais il ne faudrait pas que ce soit au détriment de l'histoire en général... (c'est bien moi qui écrit ça... ?)

Je suis contente d'avoir "revue" le Franck 2034.

Je regrette quand même le trop de dialogue et le pas assez re récit...

Toujours pareil, je lierai la suite... !

   Menvussa   
25/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bien relancée l'intrigue ! Je n'attends pas plus pour lire la suite.

   Anonyme   
27/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Filipo
Toujours aussi prenant et intéressant.
J'ai relevé deux phrases qu'à mon avis, je trouve mal goupillée :

Comment se satisfaire d’en arriver à passer pour un salaud afin de ne pas être pris pour un dingue ?
Il y a quelque chose qui ne va pas ici. Je vois la phrase comme : Ou comment se satisfaire d'en arriver... mais même avec le "ou" rajouté, "d'en arriver" me gêne. Peut-être : comment se satisfaire d'être un salaud afin de ne pas être pris pour un dingue ? A voir...

"pour fuir ces pensées accablantes pour quelque temps." Ici on dirait que ce sont les pensées qui sont pour quelques temps accablantes.

Broutilles bien sûr, vu la longueur, j'avance dans cette série avec toujours autant d'intérêt.


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