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Science-fiction
Fly : Bookmaker
 Publié le 18/09/08  -  6 commentaires  -  9025 caractères  -  23 lectures    Autres textes du même auteur

Les temps changent, mais les hommes ?
Un thriller oscillant entre l'univers policier noir et la science-fiction.


Bookmaker


Vieux quartiers du secteur C12, à la limite de la zone Oméga, à l’ouest de la vieille ville…


Les maisons aux murs délavés de l’étroite ruelle pleuraient, sur le pavé huileux, les dernières larmes de l’averse d’automne qui avait soudain engorgé les gouttières à la panse bombée par le poids des ans. Dans la nuit déjà avancée, la lune blafarde était le témoin d’une rixe sans conviction entre deux chats mouillés, sous l’éclairage public vacillant. Seule restait allumée une mansarde, dans une vieille demeure de quatre étages aux fenêtres sans rideaux.


Un homme entre deux âges, le cheveu gras et le veston fripé, se grattait nerveusement la tête avec un crayon aux mines taillées des deux côtés. Il examinait fébrilement un carnet à spirales posé devant lui sur la table en tréteaux, sous la lumière jaunâtre d’une ampoule transparente accrochée à même le fil au plafond lépreux. Les baisses de tension étaient chose courante, dues aux besoins toujours grandissants du secteur Oméga qui surchargeait continuellement les génératrices anachroniques.


Le montant des crédits qu’il égrenait à mi-voix en litanie contrastait avec l’ameublement sommaire de la chambrette de bonne au papier peint jauni. Un matelas à même le sol, une armoire bancale qui ne fermera plus jamais, trois chaises dépareillées et un vieux coffre en bois aux gonds rouillés, voilà en gros en quoi consistait le triste mobilier de la pièce.


Bam... Bam... Bam…


Le bruit des coups de boutoir assénés à la petite porte résonnait dans la cage d’escalier. Le verrou perdit sous les chocs répétés deux des quatre vis le maintenant, qui allèrent rouler sous l’armoire bancale.


Au coup suivant, le verrou, lassé, libéra la porte qui s’ouvrit à toute volée vers l’intérieur. Un géant parut, remplissant l’espace décrit par le chambranle : il dut même baisser légèrement la tête pour entrer. Il détailla la pièce, l’œil méfiant, ce qui ne lui prit que le temps de tourner la tête vu le confinement de l’endroit. Rasséréné qu’aucun piège ne lui ait été tendu, il riva son regard bleu glacier dans celui, vert et hagard, du petit homme qui faisait mine de se redresser…


- Assis, et les mains sur la table !!!


La voix de cette force de la nature grondait tel un roulement de tonnerre un soir d’été trop moite.

Le petit homme obtempéra, non sans avoir rabattu une mèche rebelle sur son front en sueur. Il tressaillit une nouvelle fois au vu de la stature de l’ogre qui ôtait calmement sa veste de cuir clouté, dévoilant une débauche de muscles hypertrophiés ; un holster apparaissait sur son énorme flanc, contenant un Beretta G3 à induction de deuxième génération.


- Tu sais ce qui m’amène ? questionna plus doucement la voix de basse du mastodonte.


Devant les yeux exorbités du gringalet, il se mit en devoir de lui expliquer la raison de sa présence.


- C’est Max qui m’envoie ; tu sais, le patron du casino le « lotus vert ». Inutile de nier, je t’y ai déjà vu. D’ailleurs, je vois tout le monde puisque j’en suis le videur. Et tu sais ce qu’il m’a dit, Max ?

- Euh, non… risqua l’autre d’une voix mal assurée.

- Une devinette : sais-tu comment on appelle un bookmaker qui ne tient pas ses engagements ?

- C’est que… tenta le petit homme, visiblement dépassé par cette conversation surréaliste.

- On appelle ça un fait d’hiver malheureux, le coupa le géant en partant d’un rire tonitruant.


On devait sans doute lui avoir expliqué cette boutade sinistre plusieurs fois avant qu’il la comprenne, mais, maintenant, elle l’amusait visiblement.


- Il m’a envoyé récupérer son dû. De gré ou… renchérit-il.


Il marqua un temps en faisant craquer les articulations de ses doigts en frottant de son poing énorme la paume en cuiller de son autre main.


- … de force


La situation empirait pour le petit homme dont le front s‘emplissait de gouttes de sueur.


- Je n’ai pas d’argent ici, pleurnicha-t-il.


Désespéré, il se leva et alla à l’encontre de l’autre qui s’avançait menaçant. Subrepticement, il laissa choir le petit carnet à spirales sous la table dans la manœuvre.


Il s’approcha du colosse qui le surplombait d’une bonne tête, presque à le toucher ; il tendit le cou pour continuer à pouvoir soutenir son regard.


- Oh, vous pouvez me battre, me tuer même ! L’argent n’est pas ici mais à la banque ! Je n’ai pas eu le temps d’aller le chercher parce que j’ai dû me rendre à l’enterrement de ma mère ce matin et que ça m’a pris la journée


Le géant attrapa son petit interlocuteur par le col et le menaça en armant son poing droit aussi gros que le visage de sa victime.


- T’as rien trouvé d’autre ? rugit-il en lui postillonnant au visage.

- Mais je vous assure que c’est vrai ! se justifia le bookmaker d’une voix étranglée, juché sur la pointe de ses pieds afin de pouvoir respirer un peu.


Comme convaincu, le videur du casino desserra son étreinte et son regard se fit plus compatissant.


- Je vous le jure... toussota l’homme en élargissant le col de sa chemise d’un doigt fébrile.

- Je… Je devais passer chercher l’argent à la banque, c’était prévu mais un juge m’a dit que les incinérations étaient avancées de deux jours pour ne pas faire d’ombre à la fête organisée par le Comité d’Administration Sectorielle. Faut pas mettre un bémol à la liesse populaire organisée, c’est bien connu. Le temps de prévenir tous les proches, je n’ai pas pu faire autre chose, mais je vous promets que sera fait demain à la première heure

- Mouais, condoléances, vieux, se radoucit le monstre. C’est sûr que notre bien-être passe avant toute chose, pour l’Administration Sectorielle. Alors un enterrement, enfin, une incinération puisqu’on n’a plus le droit d’enterrer depuis quelques cycles... Moi aussi j’ai fait incinérer mon père il y a quelques jours ; il s’était fait tirer comme un lapin par un tueur caché sur un toit en face de chez lui. Bah, ce quartier devient de pire en pire, et les flics n’osent même plus y entrer. On est livrés à nous-mêmes, maintenant.


Le bookmaker opina en rajustant ses vêtements, puis son regard se glaça en direction de l’emplacement de la porte. Une jeune femme fluette était apparue et restait prostrée à l’entrée du couloir ; elle était vêtue de ces hardes faites de morceaux de tissus disparates à la mode. Elle semblait gracile comme une herbe, statufiée par la peur…


Surpris, le videur du casino dégaina son G3 en un éclair et le dirigea vers la jeune fille tétanisée. L’homme en cravate s’interposa et le rassura en posant la main sur son avant-bras…


- Elle ne vous fera aucun mal, elle est aveugle de naissance. C’est mon épouse…


Il alla aider sa femme à entrer dans la pièce en lui tenant le bras. Le regard noisette de la dame semblait plus rieur que n’importe quel regard, mais ses yeux fixaient l’infini. Deux courts brassements de ses petites mains pour trouver le mur suffirent à prouver les dires de l’homme


- Bah, oui. Moi aussi j’ai une fille aveugle, soupira le videur désolé. Normal, ça fait partie des choses qu’on voit de plus souvent avec tous ces mariages interraciaux. Ma femme à moi est du quartier Sygma ; on a pris le risque… Ç’aurait pu être pire, note, quand on voit ce qui rôde dans ces quartiers à la tombée de la nuit. Ces gosses abandonnés et livrés à eux-mêmes sont pires que des bandes de chiens sauvages, mais il faut bien qu’ils se regroupent pour échapper aux attaques des mutants et autres monstruosités. On est loin des quartiers d’affaires, par ici !


Ayant rangé le Beretta dans son holster, le colosse reprit sa veste sur l’épaule et s’avança tristement vers la porte… Se retournant une dernière fois, il dit d’une douce voix de basse :


- Bon, je te crois. Tu as jusqu’à demain matin pour aller porter l’argent à Max ; je vais m’arranger avec lui. Mais pas de blague, hein ? C’est moi qui vais prendre autrement.

- C’est promis, jura l’homme… et… merci

- Merci Monsieur, gazouilla la charmante dame.


Les pas du videur s’éloignèrent dans le couloir puis firent grincer les marches de quatre étages avant que la lourde porte en fer se referme dans un bruit de métal.


La fille dévisagea l’homme d’un regard rieur...


- Tu ne manques pas d’air, mon chéri, souffla-t-elle à son oreille.

- Oui, hein ? répondit-il d’un sourire prédateur. Mais on n’a gagné qu’un jour. Va faire nos valises, on va changer d’air… On devient un peu trop connus par ici, et on a besoin de vacances dans le meilleur hôtel secteur le plus huppé. Il n’y a plus de crédits à gagner par ici de toute façon !


Ils partirent dans le couloir côte à côte, abandonnant la pièce sordide derrière eux sans même prendre le temps de remettre la porte en place. Dans les yeux du bookmaker brillait la lueur maligne et décidée d’un homme sûr de lui.


- Mais comment pouvais-tu savoir qu’il avait une fille aveugle ? questionna-t-elle de sa douce voix chantante.


- Facile, je connais tout de la vie de ce gars. J’ai consulté tous ses dossiers : c’est MOI qui avais le contrat pour tuer son père !



 
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   victhis0   
18/9/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
çà partait bien...L'ambiance glauque, le gars tout seul, j'y étais. Très bien écrit, descriptions léchées. Rien à redire, c'était impec.
Quand le colosse arrive, je suis toujours d'accord.
Puis, le colosse se met à s'apitoyer en deux secondes et à philosopher sur le vie, sa condition...Et là, moi, je pouffe : je n'y crois plus du tout à ce tueur potentiel transformé en philosophe de comptoir. Sa fifille...Non. Navré. Trop facile. Improbable.
J'aurais nettement préféré un truc plus élaboré, plus vicelard.
A part çà le dénouement fonctionne même si le coup de la fausse aveugle jolie est un peu déjà vu

   Maëlle   
18/9/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je me suis vraiment retrouvée dans ce texte. Une ambiance à la Fallout, je ne serais pas surprise que l’auteur se soit inspiré de ce décor. La roublardise du personnage est assez rapidement décelable, mais le jeu est de savoir si son coup de poker réussit ou pas. La fin manque de suspens. Elle pourrait être plus intrigante.

   Anonyme   
19/9/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
pfffffffff je ne sais pas quoi dire.
J'ai aimé le ton, le style, mais j'ai pas accroché non plus au colosse qui s'appitoie...
J'ai retrouvé plein de correspondances (La corniche de King par exemple) pourtant, j'aurais aimé qu'il s'appitoie et qu'il finisse par faire quand même ce pourquoi il était venu.
Bref, aurait pu, n'a pas su, enfin, pas complètement avec moi.
Désolée.

   leon   
19/9/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai beaucoup aimé le style et ça, je crois que c'est très positif.
Avec le style, c'est déjà la moitié du travail d'accompli.
Par exemple, j'adore l'attaque...
mais le méchant colosse est un peu trop gentil et la fin ne m'a pas enthousiasmé.

   Filipo   
17/11/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Il y a quelques jolies images, des efforts d'imagination et de prospective (je vois bien un futur dans le genre cinquième élément). Le style est assez plaisant à lire. Mais... mais je trouve trop d'approximations dans les tournures de phrases, par endroit (comme si le tout n'était pas assez travaillé), il y a même des mots manquants.

(ex. : "un fait d’hiver malheureux" ==> un fait DIVERS, non ?)

La chute ne me semble vraiment pas se suffire à elle-même (manque de punch). On a envie de dire "Ah... et alors ?". C'est dommage, l'ambiance y était.

   Perjoal   
23/2/2009
Le décore est bien planté.
Mais j'accorche pas au perso du videur.
Petite erreur aussi : le mélange de race (ne déplaise au raciste) évite les tares et non le contraire.


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