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laplume : L'oeil du juge
 Publié le 11/04/07  -  6 commentaires  -  4413 caractères  -  40 lectures    Autres textes du même auteur

Jugé est celui qui croit juger...


L'oeil du juge


Nat’ se promenait dans la rue. Noël approchait et son cauchemar devenait réalité à chaque fin d’année. Trouver des cadeaux à offrir c’était bien, mais il fallait d’abord les acheter et surtout il fallait trouver l’idée du cadeau. Et comme un carton vide que l’on tente désespérément de remplir avec du rien, elle se creusait les méninges et songeait au bonheur que ça pouvait être de tomber par hasard sur une vitrine qui proposerait tout un assortiment de cadeaux parfaits pour ses amis.

Elle léchait les vitrines en dilettante quand elle croisa un type dont le regard perçant lui transperçait les pupilles. C’était un regard d’interrogation, un œil qui jugeait. Ne serait-ce l’espace de quelques secondes seulement, juste le temps d’un regard, juste le temps d’un clignement de paupières et Nat’ fut mortifiée, incertaine. Ce type lui était inconnu – lui semblait-il – mais ce regard en disait long sur son comportement. Comment savait-il pour hier soir ? Qui était-il ? Avait-il tout raconté ?


Nat’, dans son effroi, se sentait nue. Son intimité avait été percée au grand jour par cet inconnu. Il lui avait lancé un regard qui semblait dire « Je sais ce que tu as fait, c’est mal. Je le dirai à tout le monde et en particulier à qui tu sais. » Elle avait peur. Elle luttait inconsciemment : « Non, il ne peut pas savoir, ce n’est qu’un inconnu. Il ne fait pas partie de mon entourage ni de celui de mon petit ami, sinon je le saurais. Christophe n’en aurait parlé à personne.


Les remords arrivèrent en nombre incommensurable et l’envahirent par tous les pores de la peau. Elle essayait de se rappeler du visage de cet inconnu pour l’identifier mais aucune concordance ne s’affichait. Elle prenait conscience, ce matin-même, qu’hier soir était une monumentale erreur. Elle s’était abandonnée dans les bras de celui qu’elle ne pouvait avoir. Elle avait eu un moment de faiblesse qui était impardonnable. Elle, ne l’aurait pas pardonné si ça lui était arrivée. « Mon dieu, pourquoi j’ai fait ça ?! » La culpabilité la gagnait à la vitesse d’un cheval au galop. Et au milieu de la rue, tétanisée, blanche et incapable de respirer, ses cadeaux de Noël étaient la dernière chose qui la préoccupait.



* * * * *



José cherchait un cadeau à faire à son amie. Il déambulait dans la rue à la recherche du « petit plus » qui le sauverait de l’humiliation d’offrir un cadeau de dernière minute. Il espérait tomber sur le petit objet qui conviendrait parfaitement, comme par enchantement. Il marchait avec une nonchalance certaine, sans conviction particulière en se creusant un peu la tête pour forcer le destin. Il arriva devant un magnifique bijou, une sorte de fleur de lys en argent, portée par une belle monture fine d’un or très pur. Et tout en regardant la fleur, une vieille histoire lui revint à l’esprit. Une histoire qui avait failli mettre son couple à sac. Il lui avait pardonné mais certains jours, il sentait une rage remonter à la surface et la rancœur lui contractait la gorge. À cet instant précis, il lui en voulait encore. Mais demain, il ne lui en voudrait plus. C’était comme ça. Sa peine l’empêchait d’entrer dans cette bijouterie. Alors, il continua son chemin en recrachant ses mauvais souvenirs.


Il lui avait rendu sa confiance, mais José avait eu beaucoup de mal pour en arriver là. Il l’avait jugée, il l’avait punie.


« Moi non plus je ne suis pas blanc comme neige – se disait-il – elle a commis une erreur, c’est humain ».


Il se souvenait d’un petit robot qu’il avait piqué à son meilleur ami quand il était petit. Il avait été pardonné. Il se souvenait aussi d’avoir embrassé une autre que sa petite amie de lycée quand il était étudiant. Il avait fait son mea-culpa. Et tout en balayant devant la porte de son âme, il se disait qu’il avait bien fait de lui pardonner. Il fit demi-tour pour rentrer dans la bijouterie. Après tout, il n’allait pas lui jeter la pierre toute sa vie alors qu’il avait lui aussi commis de vilaines choses. Il se sentait fier d’être tolérant : « Je crois que dans cette rue, tout le monde a quelque chose à se reprocher. Par exemple, toi ! Qu’as-tu fait ? »


Il croisa au même moment une jeune fille dont le regard étonné lui rappela celui de son amie. Il décida, en cette période de Noël, de tirer définitivement un trait sur le passé. Il avait enfin trouvé son cadeau et personne ne pouvait lui offrir mieux.


 
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   Fattorius   
13/4/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est bien torché comme histoire, bien construit, avec une chute assez inattendue dans le genre et, en prime, une exquise inspection de l'âme humaine. Enfin, Noël à Pâques, c'est génial!

Petit détail d'usage: on se rappelle quelque chose, non "de" quelque chose ("se rappelle du visage del'inconnu").

   Maëlle   
19/4/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Juste assez de détail pour construire tout le reste, et cette mélancolie toute propre au contes de Noël pour ceux qui ne se demandent plus si le pére Noël passe par le radiateur.

   Bidis   
23/8/2007
Jolie idée -- jolie écriture. Cela mériterait d'être un rien retravaillé et un peu plus étoffé.

   Adraboz   
8/8/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Ce récit de deux destins qui se croisent, s'entremêlent l'espace d'un instant avant de se séparer définitivement me paraît plutôt bien raconté, avec une chute digne de ce nom.

   florilange   
13/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime beaucoup cette courte nouvelle, dans la tradition des contes de Noel & cette petite introspection sur le sens du pardon. Le style passe très agréablement.
Même si je la lis très tard par rapport à sa publication, je précise que, effectivement :
- on se rappelle que
- on se souvient de
C'est + fort que moi, je suis incorrigible. Toutes mes excuses.
Florilange.

   jaimme   
26/12/2009
 a aimé ce texte 
Pas
"elle croisa un type dont le regard perçant lui transperçait les pupilles": se relire à haute voix pour éviter ce genre de phrase!
Un grand nombre de phrases mal tournées.
Une historiette sur la culpabilisation (Poe en avait fait une magnifique)
Heureusement que la nouvelle était courte!


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