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Science-fiction
Leandrath : Chronique des Colonies Galactiques - Exploration
 Publié le 27/06/09  -  7 commentaires  -  43439 caractères  -  71 lectures    Autres textes du même auteur

La première de quatre aventures indépendantes présentant un univers de Space Opera, ici avec la reprise d'un thème vintage...


Chronique des Colonies Galactiques - Exploration


An 1641 de la Nouvelle Ère Galactique – Colonie Orbitale de San Belial


Dans une salle voûtée aux parois métalliques, devant une holocarte représentant le système planétaire de Zuhul, les officiers de la flotte, en grands uniformes, tenaient conseil. Rassemblés autour d’une lourde table rectangulaire, ils fixaient intensément la représentation qui flottait au-dessus d’eux. L’Amiral Sorann effleura le meuble en bois massif, patiné par le temps et l’incessant va-et-vient des dossiers tactiques ; il était le symbole de l’attachement des Beliaris aux traditions. Et ces traditions les conduisaient aujourd’hui à leur perte.


- Le blocus ne peut pas durer davantage, dit le capitaine de corvette Ridsor, un homme dans la quarantaine, le teint clair et le front haut, portant avec arrogance le sabre d’officier.

- Notre flotte ne suffira jamais à le forcer, cependant. Et vous le savez.


Le vice-lieutenant Moreb s’opposait fréquemment à lui, il le jugeait trop péremptoire et impulsif. Mais ses muscles ramollis, sous sa redingote cintrée à la boutonnière abondamment chargée, inspiraient à ses cadets plus de dédain que de respect.


Ils portaient la veste à pans longs, un large galon d’or bordant les revers du col et des manches, et des bottes noires aux talons prononcés, claquant sur les dalles d’acier du sol. Aux yeux de l’Amiral, ils étaient une élite condamnée à l’inaction. Une aristocratie militaire inutile, et pour laquelle le déguisement était le seul bouclier contre la panique.


Ce blocus rendait leur mission caduque. Pourtant la métropole devait être informée. Le résultat de tous leurs efforts ne pouvait être perdu. Il soupira.


- L’Empire mérildien doit absolument recevoir le matériel. Rien ne doit empêcher cela, même si nous nous condamnons. Prévenez nos agents sur Kuhul qu’il est temps de lancer l’opération Expulse. Nous allons faire sortir une nacelle furtive contenant le produit. Nous couvrirons sa fuite par une attaque massive sur le navire de commandement androsien.


Il y eut un silence pesant.


- Vous nous vouez à une mort certaine, lâcha enfin Moreb.

- Et si les Androsiens interceptent notre signal codé ? demanda un autre capitaine au cheveu rare.

- S’ils disposent de la clé de nos codes, alors l’Empire est perdu quoiqu’il advienne.

- Alors nous y voilà ? Le baroud d’honneur, murmura Ridsor à moitié pour lui-même.

- Oui, Capitaine, lui répondit Sorann avec un regard dur. Nous y voilà. Tâchons de nous montrer dignes des uniformes que nous portons. Capitaine Hezio, entamez les préparatifs. Décollage de la flotte dans 250 minutes standards.



Kuhul – Colonie Minière de Sforath – même jour


C’était une planète aussi riche en termes de ressources naturelles que pauvre sur le plan de la structure socio-économique ; aucune ville, à peine deux ports spatiaux, une myriade de petits postes d’exploitation miniers ou forestiers, et entre eux, la jungle et des ruines de la civilisation que les Mérildiens avaient presque complètement exterminée en prenant possession du système.

Sforath était un de ces villages où de pauvres colons trimaient à longueur de journée dans une atmosphère humide et lourde. Le gouverneur de Kuhul, bien au frais dans sa station orbitale n’en avait que faire, tant que les cargos de l’Empire pouvaient repartir chargés de richesses.


Or justement depuis près d’un cycle standard, ces cargos ne partaient plus. Les ordres du gouverneur étaient stricts : il ne fallait pas alarmer la population. Aussi les marchandises extraites des mines ou des forêts s’entassaient-elles dans de vastes entrepôts autour des deux zones de transit extraplanétaire. Seuls les officiers de navigation étaient au courant du blocus. Eux et Arvelt.


C’était un homme aux portes de la trentaine, au visage régulier ; un individu sans rien de remarquable, en dehors de la mèche blanche qui tranchait dans ses cheveux bruns mi-longs. Il se considérait comme un nomade et un érudit. Non qu’il disposât d’une grande culture générale, mais il avait acquis, au cours de ses voyages, une foule de connaissances empiriques, qui lui permettait de se sentir familier du monde qu’il visitait. Il savait par exemple que les Krelnordiens, les occupants originels de ce système et des exoplanètes habitables les plus proches, avaient laissé derrière eux de nombreux sites regorgeant de trésors archéologiques ou technologiques. Et les gouvernements des Colonies offraient de juteuses primes pour ceux qui les mettaient au jour. Sans parler de ce que la vente de ces objets pouvait rapporter au marché noir.


Il savait également qu’il lui serait difficile de quitter Kuhul avec ses éventuelles trouvailles tant que ce blocus perdurerait. La Nation Stellaire du Conglomérat d’Andros avait dépêché une flotte de guerre plus que conséquente qui surveillait en permanence les stations orbitales de l’Empire. Et interceptait tout vaisseau tentant de quitter la planète. Les mailles du filet avaient l’air diablement serrées. Il pouvait néanmoins s’en accommoder, il n’était pas pressé. De plus, il avait de longue date appris à se tenir à bonne distance des querelles territoriales. L’important était de toujours avoir quelqu’un à qui vendre ses marchandises.


Il traversait l’avenue principale de la petite ville, dépassant des structures géométriques sombres, aux fenêtres minimalistes. Ces bâtiments n’avaient pas été conçus pour le plaisir des yeux. Les rues, bien que la colonie ne soit pas récente, étaient toujours principalement constituées de terre battue. Seules certaines voies avaient bénéficié de travaux de stabilisation, pour faciliter l’accès au spatioport notamment. Mais dans l’ensemble, la ville semblait avoir poussé hors de la boue.


Devant la plupart des constructions, des terrasses de planches s’étendaient, afin de permettre aux passants de circuler sans se souiller. Il y en avait peu à cette heure de la journée. Néanmoins Arvelt aborda l’un d’eux.


- Pardonnez-moi…


L’homme solidement bâti portant un tablier de cuir garni de poches et des gants épais malgré la chaleur se retourna :


- ’c’qu’y’a pour vot’ service ?

- Je cherche la Nébuleuse. C’est une taverne, vous connaissez ? demanda-t-il en essayant d’ignorer l’haleine fétide de son interlocuteur.

- Sur qu’je connais la Nébuleuse ‘sieur. S’pourrait même qu’je sache où c’est.


À ce moment, l’homme parut aviser les armes qui pendaient à la ceinture de l’aventurier.


- Mais vous seriez pas, un de ces agents androsiens des fois ?


Autrefois alliés, l’Empire et le Conglomérat se livraient désormais une guerre sans merci, qui se reflétait dans les Colonies. Les alliances entre les gouverneurs et les chefs militaires fluctuaient au rythme des traités signés ou rompus dans les Systèmes du Noyau – ainsi que se désignaient les nations à l’origine de l’essor galactique vers les colonies de la Bordure Intérieure.

Mais Arvelt n’avait que faire de ces guerres tant qu’elles n’influaient pas directement sur le cours de son existence. Il ajusta les pans de sa veste légère pour couvrir à demi le pistolet à plasma attaché sur sa cuisse droite.


- Non, mon brave, rassurez-vous.


Il satisfit la cupidité du colon et étouffa ses scrupules en lui versant quelques pièces de monnaie locale dans la poche.

L’autre sourit et leva un bras au bout duquel sa main gantée paraissait étrangement disproportionnée.


- C’est par là, m’sieur. Dans la ruelle juste derrière le magasin de Jorge, c’lui qu’a une devanture verte.


Le regard brun d’Arvelt suivit l’index pointé et identifia le magasin en question. Il remercia l’homme d’un hochement de tête et se détourna.


Il attendit qu’un important convoi de véhicules aux roues crantées et aux vitres teintées passe, afin d’éviter les projections de boue, avant de pénétrer dans la ruelle. Une fois devant l’enseigne de néons clignotants qui formaient le nom de l’établissement, il vérifia le jeu de sa rapière en Xeno-alliage dans son fourreau. Puis il entra dans la taverne enfumée, à l’atmosphère lourde des effluves de bière aigre et de sueur.


Certaines conversations s’interrompirent quand il poussa la porte, puis l’incessant brouhaha reprit comme si de rien n’était. Il y avait là des colons de toutes sortes ; forestiers, mineurs, ouvriers, jeunes ou moins jeunes. La plupart étaient aisément identifiés par leur accoutrement. Dans un coin, un homme jouait de l’orgatron, un instrument très répandu qui émettait des sons mélodiques en même temps que des rayons de lumière irisée qui évoluaient selon le rythme et les fréquences. Deux filles court-vêtues dansaient lascivement sur une estrade. Parfois un regard s’attardait sur leurs jambes ou leur décolleté. Le spectacle n’avait rien de très stimulant.


Arvelt navigua un instant entre les tables puis repéra une place et s’y installa. L’établissement était plutôt grand mais le bar et la scène occupaient une bonne partie de l’espace. Les tables de métal, flanquées de vieux sièges ou de banquettes aux coussins crevés, éclairées par des inserts en leurs centres, étaient rares et sales. D’où il était, il n’entendait plus la musique, ce qui n’était pas plus mal.


Comme la plupart des bâtiments des villages des colonies – surtout dans les planètes d’exploitation comme Kuhul – celui qui abritait la taverne était un module de transport déployé et aménagé. Construits en un matériau inaltérable et presque indestructible, ces modules avaient été abondamment employés lors de l’exode vers les nouveaux systèmes.

Sans lui laisser le temps de se manifester, une serveuse en tablier de similicuir bleu électrique, assorti à ses cheveux et ses lèvres, vint prendre sa commande, puis lui amena sa timbale de rhum. Sur presque toutes les planètes chaudes ou tempérées, la canne à sucre s’était révélée extrêmement facile à implanter. Sur certains mondes, un équivalent existait même déjà avant l’arrivée des colons.


Pendant un bon moment, Arvelt contempla les allées et venues des clients. Puis une silhouette se présenta sur le seuil et il identifia celui qu’il attendait. Il fit un signe à son attention, et ôta sa mitaine de cuir, garnie de clous sur le poing, pour serrer la main de son visiteur.


- Monsieur.


Il opina poliment.


- J’ai rencontré certaines personnes qui pourraient vous indiquer un endroit pertinent où mener vos… recherches. Toutefois ces gens aimeraient tirer le plus grand profit de cette potentielle manne de ressources, et ce le plus rapidement possible. Or, d’après eux, il est probable qu’ils ne soient pas les seuls sur le coup.


Arvelt ne s’étonnait plus depuis longtemps de se trouver en concurrence avec d’autres lorsqu’il s’agissait de récupération, par contre quelque chose ne lui convenait pas. Il but une gorgée et dit :


- Je vous avais demandé non des commanditaires, mais des informations. Je suis un explorateur pas un mercenaire. Et j’ai en vue mon profit, pas celui de vos amis.

- Il ne s’agit pas d’amis, monsieur, répondit sèchement l’homme, fronçant ses sourcils broussailleux et frottant son menton épais. Mais ils sont disposés à payer le prix que vous demanderez – dans les limites du raisonnable – pour ce que vous pourriez ramener de cet endroit.


Son appât du gain étouffa rapidement les protestations de son instinct.


Le lendemain il volait au-dessus de la cime des arbres de la jungle de Borr, dans l’est du plus vaste continent de la planète, sous un ciel dégagé et un soleil de plomb. La vitre adaptable du Slider qu’il pilotait s’était opacifiée et les évents d’aération refroidissaient la cabine. L’entrevue avec les commanditaires avait été brève : il avait reçu un acompte de deux mille Crédits pour ses frais, après avoir répondu à quelques questions formelles. Il avait utilisé une partie de cette avance pour louer cet appareil à un ami travaillant au spatioport, celui-là même qui l’avait informé de la présence des vaisseaux androsiens autour de Kuhul. Puis il avait payé son contact à Sforath, et il avait désormais l’obligation de trouver quelque chose s’il voulait rentabiliser son investissement. Heureusement les déplacements atmosphériques étaient rapides et il serait sur son objectif dans les prochaines heures.


D’après l’homme taciturne, vêtu richement, canne à la main et moustache soigneusement taillée qu’il avait rencontré, un groupe d’exploitants avaient découvert par hasard un site krelnordien non répertorié aux environs des coordonnées qui lui avaient été transmises. Employés par ce personnage visiblement aisé – probablement un aristocrate mineur reconverti dans le commerce pour le compte de l’Empire, supposait Arvelt – ils lui avaient fait part de cette information. Mais les colons sont par nature bavards, et la nouvelle devait s’être répandue, il importait donc de ne pas perdre de temps. Au cas où les choses tourneraient court, une balise émettrice lui avait été confiée. S’il se trouvait confronté à trop forte partie, il pourrait au moins transmettre la localisation précise de l’endroit. Cette entrevue avait effacé ses derniers soupçons ; il avait connu des situations similaires un bon nombre de fois, et il savait que la rapidité était la seule clé de la réussite.


Lors de la colonisation de la planète, les scanners n’avaient pu percer la dense végétation formée par les arbres millénaires de la jungle profonde. Et il était extrêmement difficile de localiser les cités qui, de plus, étaient souvent construites au moins partiellement sous le niveau du sol.


Les Mérildiens avaient découvert cette civilisation pacifiste alors qu’elle avait déjà atteint son ère spatiale et occupait plusieurs mondes du secteur. Horrifiés par leur aspect et leurs coutumes nécrophages, ils annihilèrent la population de cinq planètes en quelques années seulement. En vérité les ressources naturelles de ces cinq vastes mondes et les secrets de la technologie krellne constituaient une raison bien suffisante pour les dirigeants de l’Empire. Et l’élimination de monstres était mieux vue par la population. Le fait que leur civilisation n’avait développé aucune arme ne les arrêta pas un instant. Mais cela avait l’avantage de fournir, des décennies plus tard, du travail à des gens comme Arvelt. Aussi remercia-t-il intérieurement ces martyrs bienfaiteurs en posant son Slider entre les troncs colossaux de la forêt de Borr.


Il disposait d’une carte sur papier, d’une boussole à champs et d’une vague indication topographique. Il introduisit un marqueur mémoire dans sa boussole pour retrouver l’endroit où il laissait son véhicule, prit son sac et se mit en route, accompagné par les bruits incessants de la jungle.


Bientôt il dut sortir une machette et tailler son chemin à travers l’enchevêtrement de lianes, de branches basses et de feuilles. Dans de telles conditions, il se prenait à regretter de ne pas avoir d’équipe pour faciliter la marche. Mais l’expérience lui avait appris que le risque de disparition d’une partie du butin se trouvait fortement accru lorsqu’on partageait ses filons. Il préférait dès lors se passer d’aide plutôt que de battre la campagne à la recherche d’un traître. Croisant des troncs humides et noueux, d’une taille impressionnante, apercevant par moment de petits mammifères arboricoles dotés de trois paires de bras et de grands yeux jaunes, il s’enfonçait dans la jungle en suivant la pente douce du terrain. Il devait théoriquement se trouver sur les flancs d’une cuvette d’une vingtaine de kilomètres de diamètre. Au centre de celle-ci, l’attendait peut-être la fortune.


Il se rendait compte à chaque pas à quel point il aurait été futile de tenter de poser son appareil plus près de l’objectif. Ce qui n’était pas sans l’inquiéter, car sa progression s’en trouvait fortement ralentie. Néanmoins, les autres – si autres il y avait – devraient faire face aux mêmes difficultés. Arvelt espérait simplement qu’ils n’auraient pas trop d’avance.


La nuit n’apporta nulle fraîcheur mais le contraignit à s’arrêter, malgré la lueur de sa torche. Un faux pas devenait trop probable dans les ténèbres.

Les bruits nocturnes remplacèrent ceux du jour, et des hululements sinistres retentirent par intermittence jusqu’à ce que l’aube pointe, diffuse sous l’épais feuillage.


Arvelt se contenta d’une ration de survie en consultant sa carte, et se remit en route. Bientôt il découvrit les restes d’un bivouac. Feu, branches écrasées, sol dégagé. Inspectant rapidement les lieux, il estima le nombre de voyageurs à une demi-douzaine. Et leur équipement devait être conséquent. Des explorateurs sans doute ; et armés, à en juger par les restes d’animaux qui leur avaient servi de repas.


- Sclérose galactique ! marmonna-t-il. C’était trop beau.


Toutefois, s’il s’agissait bien de concurrents – mieux valait envisager le pire – et en supposant qu’ils ne disposent pas d’informations plus précises que les siennes, il avait l’avantage de la mobilité. Ce groupe important s’arrêtait pour chasser et trimbalait plus de matériel que nécessaire. S’il pouvait localiser le site avant eux…


Il accéléra la cadence, profitant un moment de la piste taillée par ses prédécesseurs. Puis il bifurqua vers l’est, où la pente devenait plus raide. Il descendit durant quelques centaines de pas, s’accrochant aux lianes et glissant parfois dans l’humus. Puis il entendit un ruissellement d’eau. Écartant d’un geste un myriapode de la taille d’un serpent qui commençait à grimper le long de sa botte, il se dirigea vers la source du bruit. Le terrain s’aplanit légèrement.


Écartant deux branches basses couvertes de feuilles ressemblant à des fougères dorées, il découvrit un petit ruisseau qui coulait entre des pierres grises et noires après avoir cascadé le long d’un énorme rocher couvert de mousse. Il s’avança. Puis aperçut les quatre créatures octopodes, de la taille d’un petit chien, et dotées d’une langue extensible qui le regardaient depuis l’autre rive, à trois mètres de lui seulement. Les choses semblèrent reculer en faisant claquer leurs appendices. Arvelt ne bougea pas, confiant. Puis il remarqua les fumées qui s’élevaient du sol lorsque leur salive entrait en contact avec lui. Et ce qu’il avait d’abord cru être le corps des créatures s’avéra être une énorme mâchoire garnie de crocs, alors que leurs corps segmentés s’élevaient lentement, se dégageant de la terre où ils se dissimulaient.


- Ho merde… ne put retenir l’aventurier.


Il tourna aussitôt les talons et se mit à courir, poursuivi par les cris sauvages de ces créatures serpentiformes qui projetaient des gerbes d’eau en traversant le ruisseau et écrasaient les buissons sur leur passage.


En courant, il détacha la sangle qui retenait son pistolet à plasma dans la poche sur sa jambe et saisit son arme. Tâche qui s’avéra moins aisée que prévu étant donné le relief du terrain. Et il trébucha, s’étalant de tout son long dans des plantes odorantes et touffues. Pendant un bref instant de panique, il tâtonna à la recherche de l’arme qui lui avait échappé. Soulagé de retrouver le contact du métal froid, il se retourna sur le dos pour voir le premier monstre fondre sur lui. Il pressa la détente et un rayon de matière incandescente frappa la créature. La température du plasma projeté perça un trou béant, instantanément cautérisé, dans son corps. Arvelt roula sur le côté pour éviter d’être écrasé, et se redressa dans le même mouvement. Les trois autres ne semblaient pas enclins à abandonner la poursuite.


Il se remit en route, regardant où il mettait les pieds. Et ce fut son salut. Juste devant lui s’ouvrit subitement une large crevasse. Instinctivement, il bondit pour la franchir. Il atteignit de justesse le rebord opposé et resta un instant en équilibre. Puis il se lança en avant et se retrouva à nouveau au sol. Mais la reptation des créatures ne pouvait leur permettre de franchir ce gouffre. Il refusa néanmoins d’attendre pour s’en assurer. Rapidement les hurlements et les bruits de poursuites s’estompèrent. Il s’arrêta pour reprendre son souffle. Il n’avait pas trop dévié de sa trajectoire initiale, c’était le principal.


Après cette rencontre inopportune, Arvelt se montra beaucoup plus circonspect. Néanmoins, il ne pouvait se permettre de perdre trop de temps. La chaleur devenait rapidement accablante dans la cuvette, et ce malgré le couvert des arbres. Il décida de s’accorder quelque repos et s’adossa à un tronc massif. Perdu dans ses réflexions sur la localisation probable de l’édifice recherché, il tapota nerveusement le végétal et au bout d’un moment il réalisa que celui-ci offrait une résistance étonnante. Lentement, les lèvres pincées, il se retourna et écarta la variété locale de lierre qui couvrait… de la pierre. Au premier coup d’œil il identifia les symboles qui la marquaient et sut qu’il était proche du but. C’était un Dohn-hir, une de ces structures monolithiques que les habitants originels de Kuhul avaient installées aux quatre points cardinaux autour de chacune de leurs cités-temples. La destination réelle de ces constructions était inconnue, mais l’abondance des gravures les décorant, et le contenu de certaines salles avaient conduit les premiers experts à leur affecter un rôle religieux. Les archéologues basaient cependant leurs recherches sur des sites pillés depuis fort longtemps.


Il ne comprenait pas grand-chose à l’étrange langage écrit de cette race, mais il savait reconnaître certains symboles. Et il était au pylône Sud. Il ajusta sa boussole à champs et garda le cap qu’elle lui indiquait. Une demi-heure plus tard, ses bottes rencontrèrent une large route pavée, et des structures artificielles apparurent entre les arbres. Il sourit et pressa le pas. Avant la tombée du jour, le temple se dévoila à ses yeux. C’était une construction pyramidale à base carrée, orientée pour que chacun des escaliers d’accès soit exactement dans l’axe d’un des Dohn-hirs. Elle n’était pas très haute, mais Arvelt savait qu’il ne s’agissait que de la face émergée de l’iceberg.


Autour de la pyramide, une grande esplanade dégagée avait été envahie par les arbres. Cette cité devait déjà être très ancienne lorsque la colonisation débuta. L’âge des constructions était cependant difficile à déterminer avec précision, car les Krelnordiens avaient travaillé une roche particulièrement peu altérable. Des carrières abandonnées avaient d’ailleurs été découvertes et les archéologues mérildiens s’accordaient pour dire qu’aucune cité n’avait moins de mille ans. Vu la taille des arbres qui avaient poussé sur la place entourant la pyramide, Arvelt n’avait pas de mal à le croire.


Il avait presque atteint les premières marches du bâtiment principal quand un rayon de lumière concrète vint frapper le sol à ses pieds. Par réflexe, il se jeta en arrière. La pierre noircie fumait. N’importe quel autre matériau aurait été réduit à l’état de purée. Mais il n’avait pas l’opportunité d’apprécier le savoir-faire de l’ancienne race. Les autres étaient arrivés avant lui. Et il avait marché à découvert comme un imbécile. Par excès de confiance, il avait perdu l’avantage de la surprise.


Il se morigénait tout en filant à travers les structures plus basses qui bordaient l’esplanade du temple. Les bruits de la forêt semblaient s’être tus, et il tenta de percevoir les éventuels mouvements de ses concurrents. Agressifs au demeurant ; quel genre de Raider tirait d’abord et causait après, surtout sur un homme seul ?


Mmm… Quelqu’un dans son genre en fait.

Dans ce métier, prudence était mère de sûreté.


Il tourna à droite pour trouver refuge derrière un pan de mur régulier, et tomba face à face avec un individu en tenue de camouflage, fusil électromagnétique au poing. Une rafale de projectiles kinétiques vint s’abattre sur son bouclier. Le champ de force grésilla et les balles tombèrent lentement sur le sol, pendant qu’Arvelt écartait sa veste brodée d’une main pour défourailler sa rapière de l’autre. Il portait en permanence, comme la plupart des gens soucieux de leur sécurité, une ceinture bouclier ; un petit appareil qui émettait un champ de force individuel bloquant infailliblement tout projectile énergétique. À son contact, les balles perdaient leur charge, et les lasers les plus puissants ne pouvaient causer autre chose que des brûlures superficielles. Cette invention avait mis un terme définitif à la prolifération de l’armement lourd, et entraîné le retour en grâce d’un type de combat plus classique. Car si les boucliers opéraient contre les armes à feu, ils n’étaient pas conçus pour dévier les lames. Tout au plus les coups les plus puissants rencontraient-ils une légère résistance.


Arvelt se mit en garde. Son adversaire lâcha son fusil et dégaina un long poignard. Malheureusement pour lui, dans une autre vie Arvelt avait été un citoyen de l’Empire, formé au maniement de la rapière par des maîtres réputés, et initié au style d’escrime mérildien. Sa famille aisée avait veillé à ce qu’il reçoive un enseignement complet. Il n’appartenait pas à l’aristocratie, mais ses parents accordaient autant de valeur à l’éducation qu’au sang. Et ne désespéraient pas d’acquérir un jour quelque lettre de noblesse.


Il avait laissé cette existence derrière lui en embarquant très jeune à bord d’un vaisseau en partance pour les colonies, mais il n’avait jamais regretté les heures passées à s’entraîner ; chacune d’elles avait amplement été rentabilisée depuis lors. La meilleure preuve en était qu’il était toujours en vie.


Profitant de son allonge, il exécuta une botte et transperça le cœur de son adversaire. En deux temps trois mouvements, il s’était débarrassé de lui. Il s’attarda un moment pour examiner le corps. Il ne portait aucun signe distinctif, mais bien un casque intercom visuel. Ce qui voulait dire…


- Qu’ils savent où je suis, termina-t-il tout haut, juste avant qu’une décharge de plasma ne fasse éclater la pierre au-dessus de sa tête, dans un bruit de tonnerre.


Il détala en direction des arbres.

« Fichtrement bien équipés ! » pensa-t-il.


C’en était presque injuste. Tout un commando d’un côté, et lui seul de l’autre. La sagesse aurait voulu qu’il déguerpisse sans demander son reste. Mais si Arvelt avait été le genre d’homme qui renonce, il serait resté tranquillement dans la métropole à gérer l’affaire familiale. Au contraire, cette adversité renforçait sa certitude : cette pyramide renfermait un véritable pactole.


Sans ralentir, il dirigea ses pensées vers l’homme qu’il venait d’occire. Non qu’il ressentît une quelconque culpabilité, il avait déjà tué bien trop souvent pour que cela l’émeuve. Mais il cherchait un indice lui permettant d’établir la provenance de ce groupe. L’uniforme excluait la possibilité qu’ils soient des mercenaires. Et il ne s’agissait pas de soldats impériaux. Mais il ne pouvait être plus précis. Quel gouvernement s’intéressait aux richesses archéologiques de Kuhul au point d’y envoyer un commando ? Les Androsiens en orbite paraissaient l’hypothèse la plus évidente, mais dans quel but feraient-ils cela ?

Les dieux seuls savaient ce que le Conglomérat convoitait en assiégeant cette planète.


Tandis qu’il courait, l’épée à la main, ses cheveux flottant autour de sa tête, il aperçut un escalier descendant sous la surface, protégé par une semi-coupole de pierre, elle-même partiellement recouverte de végétation. Il obliqua et se laissa glisser au sol pour franchir les quelques mètres à découvert qui le séparaient des marches. L’humus les rendait périlleuses, elles aussi, mais il les franchit sans encombre. Elles le conduisirent dans un tunnel régulier, que de nombreuses petites créatures avaient choisi pour établir leurs nids au fil des ans. Il frissonna intérieurement à l’idée de rencontrer à nouveau un de ces horribles serpents. Mais eux au moins ne portaient pas de bouclier énergétique.

Il s’orienta au jugé dans les galeries décorées de fresques complexes, dont les motifs dansaient dans la lumière de sa lampe torche. Il voulait atteindre la pyramide par l’intérieur. Il avança prudemment car, pour pacifistes qu’ils eussent été, les Krelnordiens n’en avaient pas moins conçu, pour se défendre contre l’envahisseur, de nombreux pièges. Et de fait : il évita une dalle discrètement descellée pour abriter un mécanisme dont il préférait ignorer la nature, et il contourna un tunnel sur les parois duquel de l’eau perlait, alors qu’il n’avait aperçu aucun cours d’eau en surface.


Il se retrouva bientôt face à une lourde porte de pierre. Mais il n’en était pas à sa première exploration de ruines krellnes, et il disposait d’un outil appréciable. Lors d’une fouille sur Regdaah, une autre de leurs planètes, il avait acheté un artefact décrit par l’antiquaire qui le lui avait cédé comme une clé pour les ruines qu’Arvelt se disposait à visiter. L’objet lui avait coûté une véritable fortune, et l’exploration n’avait débouché sur rien. Mais alors qu’il s’apprêtait à retourner dire sa façon de penser à l’escroc, il avait découvert par chance que la clé fonctionnait sur d’autres sites. Depuis il avait amplement amorti sa dépense initiale. Il introduisit donc le cylindre de pierre, ornementé, indestructible et pourtant incroyablement léger dans un orifice dissimulé dans les gravures du linteau. Un déclic se fit entendre et l’objet pivota de lui-même. Sans un bruit malgré sa masse, la porte s’ouvrit, chaque moitié s’enfonçant dans le mur correspondant jusqu’à permettre le passage d’au moins trois hommes de front.


Arvelt récupéra la clé puis se glissa à l’intérieur alors que les battants se rejoignaient lentement. Il balaya la pièce en brandissant sa lampe. Il se trouvait dans une grande salle aux parois inclinées. Dans chaque coin, des piliers soutenaient la structure qui devait culminer quelque part au-dessus de lui. Il avança dans les ténèbres, dérangeant une poussière centenaire.


Il aperçut une silhouette, haute mais indistincte, à la limite de son champ de vision. Il s’en approcha prudemment et dépassa bientôt des rangées de bancs de pierre qui semblaient avoir été sculptés hors du sol. Levant à nouveau sa torche, il permit à la lumière d’effleurer une statue représentant une créature humanoïde élancée, mais dotée d’une carapace et de mains griffues à trois doigts, et d’une tête… un visage oblong doté de deux protubérances latérales semblables à des cornes, d’yeux verticaux et d’une bouche très large qui, ouverte, dévoilait une armée de mandibules.


Pas étonnant qu’ils soient passés pour des monstres. Arvelt avait rencontré de nombreuses espèces étranges dans les Colonies, mais aucune qui soit aussi repoussante que les Krelnordiens. Pendant ses recherches, il avait consulté quelques anciens enregistrements vidéo, et il savait qu’en réalité les membres de cette race s’articulaient d’une manière perturbante, que leurs mandibules s’agitaient indépendamment les unes des autres ; les premiers colons avaient dû avoir la peur de leur vie en les voyant.


Celui de la statue portait une robe et un plastron ouvragé, ainsi qu’une couronne. Son bras droit indiquait le ciel. Il surplombait un trône massif partiellement situé sous le niveau général de la salle. On y accédait par un escalier qui l’entourait entièrement.

Il continua un moment à parcourir la vaste pièce, mais elle était vide. Pas la moindre trace de porte ou d’accès aux autres niveaux. Avec une certaine assurance, il vint s’asseoir sur le trône. S’il restait un peu d’énergie dans cet antique temple…


- Bingo, lâcha-t-il en sentant le siège s’élever doucement, emmenant avec lui la statue.


Il atteignit le plafond et celui-ci s’ouvrit en spirale.

Se trouvant ainsi à l’étage supérieur, Arvelt entreprit de poursuivre son exploration. Quatre couloirs partaient de la salle centrale plus petite et chacun d’entre eux menait dans plusieurs pièces. Il devint évident qu’il se trouvait en territoire vierge au vu du nombre d’objets en Xeno-iridium que les salles contenaient encore. La plupart d’entre eux ne livreraient sans doute jamais leurs secrets, mais le matériau dont ils étaient faits constituait un véritable trésor. Il en enfourna le plus possible dans son sac, et se promit de revenir chercher le reste plus tard, s’il parvenait à se débarrasser de ses poursuivants. Il mémorisa les coordonnées du temple mais ne les encoda pas dans sa boussole, au cas où elle lui serait dérobée. Le fruit de l’expérience.


En parcourant ce niveau, il localisa un puits d’aération. Comme il retournait vers le trône, il le vit gagner le plafond. Celui-ci s’ouvrit à nouveau, se trouva un moment obstrué par la statue puis révéla deux hommes qui descendaient, couverts par un de leurs complices, du moins jusqu’à ce que le plafond se referme.

Arvelt se dissimula dans un recoin alors que les deux commandos balayaient la pièce du faisceau de leur lampe de fusil. Il adressa une prière muette aux divinités krellnes, en espérant qu’elles ne soient pas rancunières. Les soldats communiquèrent par signe, et se dirigèrent chacun vers un couloir. Arvelt soupira de soulagement ; aucun ne venait de son côté. Il attendit quelques secondes puis se dirigea à pas de loup vers le siège.


Malheureusement les objets contenus dans son sac s’entrechoquèrent. Il décida de jouer le tout pour le tout. Au pas de course, il se jeta sur le trône, qui se mit en mouvement… vers le haut. Les commandos surgirent des couloirs latéraux et ouvrirent le feu. Le bouclier bloqua à nouveau les tirs. Alors que le plafond s’ouvrait encore, il dégaina sa rapière. Grand bien lui en prit, car à l’étage l’homme resté en couverture l’attendait avec un sabre, tout prêt à le décapiter proprement. Il para le coup de justesse et le duel s’engagea. Feintant et parant, il parvint à faire reculer son adversaire qui se retrouva dos à une table de pierre. Il pressa son avantage et blessa l’autre à la jambe, puis il recula. Alors que le soldat contre-attaquait en prenant appui sur son membre affaibli, il trébucha. Arvelt profita de l’occasion pour le frapper à la gorge. Il s’effondra.


Il eut à peine l’occasion de nettoyer son arme que le bruit du trône quittant son logement attira son attention. Il redescendait. Lui parvenait également le bruit d’une cavalcade dans un escalier.

- Sclérose ET putréfaction, siffla-t-il.


Sans prendre le temps d’inspecter les pièces, il se dirigea vers l’endroit où devait déboucher le conduit d’aération. Sans hésiter, il y plongea alors que les premiers tirs de plasma fusaient dans la salle. Il se retrouva emporté dans un étroit et très long toboggan. La vitesse lui arracha un cri. Le tunnel se mit soudain à tourner et un éclat de roche lui écorcha la peau, déchirant son sac qui continua la chute à sa propre vitesse. Les parois se rapprochaient encore, et il craignit un instant de rester bloqué. Au lieu de ça, ses bottes rencontrèrent une grille sommaire que son poids fit immédiatement sauter. Il se retrouva à rouler par terre dans la grande salle inférieure. Puis dans un tintamarre métallique, ses possessions atterrirent autour de lui. Il en ramassa la plupart en espérant que son sac éventré tiendrait le coup encore un peu. Mais le plafond s’ouvrit et la statue réapparut. Les commandos recommencèrent à la canarder.


Son bouclier remplit son office tandis qu’il courait vers la porte et activait celle-ci. Mais il dut se résoudre à abandonner la précieuse clé. Il poursuivit sa course dans les couloirs souterrains, les mystérieux soldats sur les talons.


Il lui apparut rapidement qu’il ne pouvait pas compter regagner le Slider avec cette meute à ses trousses. Aussi dut-il élaborer un plan de secours rapidement. Il avait toujours pensé qu’il travaillait mieux sous la pression, mais il trouvait qu’une escouade de types armés jusqu’aux dents, c’était un peu trop. À nouveau, il força sa chance.


S’assurant que la distance entre eux se réduisait, il entraîna ses poursuivants dans le tunnel humide. Quand il sentit la dalle s’enfoncer sous son pied, il se lança dans un sprint effréné, ignorant totalement le grondement assourdissant qui emplissait les sous-sols du temple.


Des murs se rompirent selon un schéma savamment orchestré et le flot tumultueux d’un bassin de contention se répandit dans les souterrains. Poursuivi par l’eau bouillonnante qui emportait ses adversaires vers une fin atroce, Arvelt accéléra encore, songeant ironiquement au sens littéral de l’expression « Avoir la mort aux trousses ». Au bout d’un moment qui lui parut une éternité, il vit la lumière percer les ténèbres loin devant lui. Trop loin. Il ne pouvait pourtant pas aller plus vite ! Il poussa un cri de rage et de terreur en franchissant les derniers mètres, puis l’eau le souleva et l’expulsa violemment à l’air libre, où il termina sa course, trempé et épuisé, contre un mur de la cité.

Et il s’évanouit.


Il resta inconscient un temps indéterminé, mais quand il ouvrit les yeux la première fois, la nuit était tombée. Il mangea et but, et s’installa le plus confortablement possible, se disant que s’il restait des commandos dans les ruines ils l’auraient trouvé depuis longtemps. Il se sentait moulu et la fatigue le rendait fataliste. Il s’endormit jusqu’à l’aube.


Le chemin du retour ne fut pas des plus faciles, mais ce repos forcé lui avait été profitable. Il gravit la pente et suivit la direction indiquée par sa boussole en envisageant déjà sa prochaine opération sur ce site. Il avait laissé trop de choses derrière lui.

Transporter son sac déchiré s’avéra fastidieux et c’est avec soulagement qu’il en versa le contenu dans le Slider. Il décolla aussitôt en direction de Sforath en emportant avec lui une véritable petite fortune. Tout bien considéré, il avait connu pire. Le gros avantage de son métier était qu’il s’enlisait très rarement dans la routine. Avec un sourire satisfait, Arvelt poussa le levier augmentant la puissance des turbines. L’engin volant ne fut bientôt qu’un point à l’horizon, laissant derrière lui la luxuriante jungle de Borr.



- Monsieur, permettez-moi de vous adresser mes félicitations.


Le noble à moustache et au visage poudré se tenait debout devant la table où s’étalait le fruit de l’exploration d’Arvelt.


- Un tel trésor, malgré tout un commando sur la même affaire… pérorait-il.


Arvelt avait espéré que le récit de l’événement lui permettrait de justifier une légère surévaluation du prix qu’il demanderait, mais son client ne paraissait pas vouloir se laisser convaincre.


- Je vois que nous avons eu raison de placer en vous notre confiance.


Ils se trouvaient dans une salle meublée avec goût, au sol couvert d’un impressionnant tapis aux couleurs chaudes. L’aristocrate l’avait convié dans sa résidence secondaire le jour qui avait suivi son retour. Il s’agissait probablement du bâtiment le plus luxueux de la planète, ou peu s’en fallait.


- Que diriez-vous de cinquante mille Crédits, cher ami ?


Arvelt n’en espérait pas tant. Mais dans ce genre de négociations, il valait toujours mieux se montrer un peu commerçant.


- À vrai dire, Monsieur, j’évaluais plutôt ces objets aux alentours de quatre-vingt mille Crédits. Mais peut-être ne vous intéressent-ils pas tous…


Assis dans une bergère aux coussins de velours, il affichait son expression la plus débordante de sincérité.

Le noble se tapota les lèvres avec le pommeau de sa canne, l’air de considérer sérieusement l’argument, puis il lança avec enjouement :


- Et pourquoi pas cent mille ? Après tout, le talent mérite d’être récompensé.


Arvelt sentit venir de coup fourré.


- Toutefois, continuait l’autre, pour ce prix, je m’autoriserai à vous demander un petit complément de service.


Il adressa un signe à ses deux gardes, deux types costauds qui se tenaient jusque-là près de la porte. Arvelt voulut se lever. Ils abattirent leurs mains sur ses épaules et le clouèrent dans le fauteuil.


- Mais qu’est-ce qui vous prend, protesta-t-il. Lâchez-moi !

- Bien entendu mon ami, répondit l’aristocrate en prenant quelque chose dans son bureau. Dans un bref instant.


Arvelt se débattit, mais la poigne des deux hommes était d’acier. Leur chef produisit un injecteur où était encochée une dose importante d’un liquide vert. Un des deux malabars releva la manche d’Arvelt.


- Vous plaisantez ! cria-t-il. Il est hors de question que vous… hé !


On lui tira la tête en arrière.


- Vous voyez, Monsieur Thorne, entendit-il alors que l’aiguille approchait de son bras, nous avons besoin de quelqu’un de votre trempe. Cette petite mission dans la jungle était en quelque sorte « l’ultime test », et maintenant, vous voici embauché au service de Sa Majesté l’Empereur. Ce gel que je vous injecte va s’introduire sans dégât aucun dans votre organisme, il protège quelque chose qui doit impérativement parvenir à Meryld en toute discrétion, et surtout ne pas tomber aux mains des Androsiens. Me suis-je bien fait comprendre ?


Arvelt fit de son mieux pour ignorer la douleur que causait le passage de l’épais liquide dans ses veines. Il ne songeait qu’à la façon dont il allait proprement éviscérer ce traître.


- Allez en Enfer ! parvint-il à cracher, la mâchoire serrée.


La douleur diminua et sa tête fut libérée, mais il était toujours maintenu en position assise.

Après avoir rangé son injecteur, l’autre se retourna, un sourire triste sur le visage.


- Non, Mon Cher. J’ai bien peur que non. Quant à vous, si dans les trois mois ce produit n’a pas été retiré de votre organisme, il s’y répandra sans contrôle. Et vous mourrez.

- Quoi ? hurla Arvelt, se débattant à nouveau comme un diable. En vain.

- C’est une estimation qui dépend largement de votre métabolisme. Le Gel physiologiquement neutre qui entoure la substance l’empêche de vous intoxiquer, mais il est attaqué par votre système immunitaire. Lorsqu’il sera trop affaibli, ce que vous transportez agira comme un poison fulgurant. Je vous conseille donc de ne pas traîner.


D’un geste négligent il invita ses sbires à relâcher leur étreinte. Arvelt se sentait dévoré par l’envie d’en finir avec eux dans l’instant.


- Ha ! Je me dois aussi de vous signaler que seul l’Empire dispose des appareils susceptibles de retirer cette chose de votre organisme.

- Qu’est-ce qui m’empêche de me vendre aux Androsiens ? lui lança-t-il.

- Mais votre patriotisme bien sûr, répondit le noble, feignant d’être choqué. Puis plus narquois, il poursuivit :

Et l’assurance d’être dédommagé au-delà de vos espérances à votre arrivée sur Meryld.

- Pourquoi vous ferais-je confiance ? Me prenez-vous pour un idiot ?

- Mais pas du tout, mon ami. Loin de là. Nous vous avons choisi pour votre capacité à pouvoir échapper aux agents androsiens à la recherche du produit, et à amener cette cargaison à bon port. De plus nous vous offrons la fortune et une opération totalement indolore, alors que d’autres n’hésiteront pas à vous saigner comme un goret si vous tombez entre leurs mains. Pensez-y. Et bonne chance !


Les deux armoires à glace le raccompagnèrent à la porte de la demeure, et lui donnèrent de l’argent ainsi qu’un enregistrement sécurisé mentionnant sa destination précise.


Résigné à accomplir cette mission, mais pas à renoncer à une vengeance qu’il envisageait particulièrement acide, Arvelt se mit en route vers le port spatial. En espérant qu’il trouverait un moyen d’échapper au blocus de Kuhul…



 
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   xuanvincent   
2/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
PS : Ce texte mérite à mon avis de recevoir d'autres avis de lecteurs.

30 juin :
Après une lecture rapide (je ne lis habituellement pas d'histoires de science-fiction), cette nouvelle m'a paru dans l'ensemble bien écrite, comme la précédente, et pouvoir intéresser les amateurs du genre.

L'auteur dans ce texte m'a paru avoir le souci de bien écrire et j'y suis sensible.

Détails :
- quelques petits "soucis" de respect de concordance des temps :
. "« les rues, bien que la colonie ne soit bien récente ( ;..) » : pour respecter la concordance des temps, j’aurais plutôt vu « fût ».
. "« pas étonnant qu’ils soient passés pour des monstres » : la concordance des temps ne me paraît pas respectée dans cette phrase (idem pour la phrase suivante)."

- « similicuir » : il me semble que l’on écrirait plutôt « simili cuir », sauf s’il s’agit d’un terme évoquant une réalité propre à cet univers de science-fiction.

- « manne de ressources » : cette expression m’a un peu gênée, elle m’a paru redondante.

29 juin :
Je vais essayer de lire sans trop tarder cette nouvelle... Que cela n'empêche d'autres lecteurs de laisser leur avis !

   ANIMAL   
4/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime beaucoup. On est tout à fait dans le style des space-opéras, quand ce genre de science-fiction était à la mode. J'en étais fan et je lisais tout ce que Fleuve Noir Anticipation publiait (c'était avant la Guerre des Etoiles, ça me ramène pas mal d'années en arrière).
L'histoire est agréable à suivre et le style coule tout seul. A lire plusieurs fois en attendant la suite.

   florilange   
10/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Moi non plus, d'habitude, je ne lis pas de SF mais faut varier les plaisirs & découvrir ces auteurs pleins d'imagination, même si je ne suis pas sûre d'être bien placée pour évaluer.

Alors ce texte m'a intéressée, je me suis dépêchée d'arriver à la fin pour savoir ce qui arriverait à Arvelt. Il est m'a-t-il semblé, assez bien rédigé, il coule bien. Les événements, armes, instruments & descriptions semblent suivre 1 vraie logique. 1 univers a été créé, 1 action vraisemblable s'y déroule. (Les temples sous la jungle font penser à ceux d'Angkor Vat) À quand 1 autre épisode? Merci pour cette lecture.
Florilange.

   Anonyme   
10/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah bravo ! Quelle imagination, puis ce personnage est attachant. Les scènes d'action sont savamment orchestrées, une petite faiblesse dans les combats rapprochés, mais rien de notable. Les descriptions sont parfois exhaustives alors que l'on aimerait en apprendre parfois davantage. Je suis une amateur de SF, celle-ci me plait bien. L'auteur maîtrise parfaitement le sujet. J'ai hâte de connaître les prochaines péripéties du héros.

   Anonyme   
13/7/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Les dialogues sont toujours aussi percutants et remplis d'humour, les personnages toujours aussi délicieusement attachants et irrespectueux et le récit aussi rythmé que dans les autres nouvelles de Leandrath mais, en plus de ça, le style déjà très bon au départ ne cesse de s'améliorer.

Je suis fan. Définitivement.

   David   
20/7/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Bonjour Leandrath,

Je dois dire qu'il y a des longueurs, je vais essayer d'être précis, mais globalement, pour un récit d'action, ça manque de rythme très souvent.

"Dans une salle voûtée aux parois métalliques, devant une holocarte représentant le système planétaire de Zuhul, les officiers de la flotte, en grands uniformes, tenaient conseil."

Dans cette première phrase de la nouvelle par exemple, "en grands uniformes" après "salle voutée", "holocarte", "officiers de la flotte", c'est une surcharge, ne pas le mentionner n'empêcherait pas la référence à leur culte des apparences, par la suite, à mon avis.

Les phrases qui débutent en "Et... " aussi, je ne trouve pas ça heureux :

"il était le symbole de l’attachement des Beliaris aux traditions. Et ces traditions les conduisaient aujourd’hui à leur perte."

"- Notre flotte ne suffira jamais à le forcer, cependant. Et vous le savez."

Des ponctuations que je trouve "à débattre" au moins, dans de nombreux passages, parfois fautives aussi, il m'a semblé :

"Le gouverneur de Kuhul, bien au frais dans sa station orbitale(,) n’en avait que faire, tant que les cargos de l’Empire pouvaient repartir chargés de richesses."

"Or(,) justement(,) depuis près d’un cycle standard, ces cargos ne partaient plus." mais c'est plus une lourdeur.

"Les ordres du gouverneur étaient stricts : il ne fallait pas alarmer la population.(;) Aussi(,) les marchandises extraites des mines ou des forêts s’entassaient-elles dans de vastes entrepôts(,) autour des deux zones de transit extraplanétaire." Plusieurs solution, mais en l'état, c'est mal construit pour la ponctuation.

"La Nation Stellaire du Conglomérat d’Andros avait dépêché une flotte de guerre plus que conséquente(,) qui surveillait en permanence les stations orbitales de l’Empire."

"Et interceptait tout vaisseau tentant de quitter la planète" juste après le passage précédent, ces phrases en "Et... ".

"Devant la plupart des constructions, des terrasses de planches s’étendaient, afin de permettre aux passants de circuler sans se souiller. Il y en avait peu à cette heure de la journée. Néanmoins Arvelt aborda l’un d’eux." Là, il m'a semblé que le "en" désignait les planches plutôt que les "passants", car ils ne sont pas le sujet principal, "Ils étaient peu nombreux... " par exemple, aurait pu préciser ce point.

"L’homme solidement bâti(,) portant un tablier de cuir garni de poches et des gants épais malgré la chaleur(,) se retourna : "

"- Je cherche la Nébuleuse.(,) C’est une taverne, vous connaissez ? demanda-t-il(,) en essayant d’ignorer l’haleine fétide de son interlocuteur."

"- Mais vous seriez pas, un de ces agents androsiens des fois ?"
Là, la virgule est fautive, ça casse toute la phrase.

"Les alliances entre les gouverneurs et les chefs militaires fluctuaient au rythme des traités signés ou rompus dans les Systèmes du Noyau –(,) ainsi que se désignaient les nations à l’origine de l’essor galactique(,) vers les colonies de la Bordure Intérieure." C'est bizarre ce tiret tout seul, une incise c'est au milieu d'un passage, pas en fin, il me semble.

"Il satisfit la cupidité du colon et étouffa ses scrupules(,) en lui versant quelques pièces de monnaie locale dans la poche." Wep pour le "satisfit" ! Un peu d'humour par là, ç'aurait été bien.

"- C’est par là, m’sieur.(,) Dans la ruelle(,) juste derrière le magasin de Jorge, c’lui qu’a une devanture verte."

"Une fois devant l’enseigne de néons clignotants qui formaient le nom de l’établissement, il vérifia le jeu de sa rapière en Xeno-alliage dans son fourreau.(,) Puis il entra dans la taverne enfumée, à l’atmosphère lourde des effluves de bière aigre et de sueur." Soit une virgule à la place du point, soit enlever le "puis" inutile à mon avis, et commencer la phrase simplement par "Il... "

"Il y avait là des colons de toutes sortes ;(:) forestiers, mineurs, ouvriers, jeunes ou moins jeunes."

"Dans un coin, un homme jouait de l’orgatron, un instrument très répandu qui émettait des sons mélodiques en même temps que des rayons de lumière irisée(,) qui évoluaient selon le rythme et les fréquences."

" Sur presque toutes les planètes chaudes ou tempérées, la canne à sucre s’était révélée extrêmement facile à implanter.(,) Sur certains mondes, un équivalent existait même(,) déjà(,) avant l’arrivée des colons." Là, je trouve ça mal dit, on ne parle pas vraiment d'équivalent pour des plantes, il me semble (le "déjà" pourrait sauter, aussi).

"Pendant un bon moment, Arvelt contempla les allées et venues des clients.(,) Puis une silhouette se présenta sur le seuil et il identifia celui qu’il attendait." Les phrases en "Puis... " comme pour les phrases en "Et... " j'y vois soit un mot en trop pour la phrase, soit une virgule plutôt qu'un point juste avant.


Bon, je ne vais pas faire un plus long commentaire pas à pas, il y a des trucs récurrents : Des phrases trop longues sans aucune ponctuations, des découpages de longues phrases par des points plutôt que des virgules (les "Et... " et "Puis... "). Je ne pense pas que ce soit forcément maladroit, mais les phrases concises, dans l'idée, pas seulement par découpage après coup, donnent plus de rythme au récit. Les phrases longues le ralentissent, c'est utile pour les descriptions, mais je crois qu'il faudrait les limiter dans une histoire comme celle-là.

Et puis l'humour aussi (Pas dans le fait que je commence une phrase par "Et... " là aussi, c'est une question de dosage) Le héros est spirituel quelque fois, il fait un peu d'humour mais ça ressort bien peu, et ça serait plus efficace pour rendre le récit plus vif.

Je n'ai pas réussi à visualiser l'attaque des octopodes, la traversée de la jungle n'est pas trop mal, mais ce passage là n'est pas bien passé pour moi.

   jaimme   
23/8/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Non, je n'ai pas, mais alors, pas du tout aimé.
J'ai trop lu de science-fiction pour accepter paisiblement que l'on donne une telle image de cette littérature qui est déjà suffisamment dénigrée (par ceux qui n'en ont jamais lu ou qui se contentent d'images prépubères comme Star Wars et autres spectacles sans scénario).
Vous parlez vous-même de "vintage". Et c'est peu de le dire puisqu'on retrouve pèle-mèle un bar western, un Indiana Jones chez les Mayas, des références à Alien vs Prédator. Seul emprunt honorable: l'association bouclier/lame venant de Dune de Franck Herbert.
Mais que j'ai détesté ces exclamations ridicules dont j'ai retenu:
"Sclérose galactique ! marmonna-t-il": de nos jours on dirait dans la même veine: "putréfaction mondiale, ou terrestre!", vous imaginez le ridicule!
"Ho merde… ne put retenir l’aventurier": c'est vrai que c'est très impoli de dire ça en pleine jungle!
Quelques points énervants:
"Nouvelle Ère Galactique": une ère n'est jamais "nouvelle", elle est la seule vraie pour ceux qui la crée;
"les dalles d’acier du sol": vous croyez vraiment que c'est un matériau que l'on utilisera longtemps. Sauf à le classer ici dans les plaisirs archéologiques de ces officiers;
"déguisement": dans l'esprit d'un officier c'est un uniforme (derrière lequel il peut se cacher, c'est vrai)
"cycle standard": utilisé dans l'espace pour uniformiser les mesures de temps. Sur une planète on utilise l'année du lieu. Ou alors en comparaison avec une autre unité de temps.
"un myriapode de la taille d’un serpent": il y a des serpents de toutes les tailles!
etc.

Mais il a un point positif majeur: vous savez assez bien narrer des situations d'aventure. Et ce n'est pas si facile.
En revanche il faut absolument revoir les dialogues. Il faut qu'ils soient intéressants!

Alors, vous qui avez l'air d'apprécier la SF: rendez-lui service avec des scénarios de qualité, originaux, adultes.
Lisez du Jack Vance qui fut le maître de la description des civilisations. Et Iain Mac Banks qui vous donnera une idée du niveau actuel de l'exigence en matière de science-fiction (ici du space opéra).
Bon courage pour la suite, car il y a des qualités dans votre écriture.


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