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Humour/Détente
macalys : Vies perdues et retrouvées
 Publié le 12/11/07  -  11 commentaires  -  5262 caractères  -  27 lectures    Autres textes du même auteur

Trois short short stories, très courtes nouvelles, sur le sens que l'on donne à la vie.


Vies perdues et retrouvées


L’esprit d’aventure


Il réalisait maintenant qu’il avait eu tort de se rendre à cette fête. Ce petit gros au prénom improbable qu’il avait ridiculisé plus d’une fois en son temps s’était pointé comme une fleur, en costard-cravate, et avait captivé une cour caquetante de femelles appétissantes. SES femelles. Et ces histoires qu’il inventait ! Il en avait encore l’estomac barbouillé de jalousie.


Les poings serrés de rage, il gagna la gare la plus proche où il réserva un billet, histoire de prendre l’air. Une fois à Saint-Malo, sur un coup de tête, il s’embarqua sur un vieux cargo piloté par un marin laconique. Ils franchirent la Manche. En Angleterre, désœuvré, il erra un moment entre les quais et les pubs, désireux de sentir sa vie tanguer. Il décida finalement d’entreprendre la traversée de l’Atlantique sur un voilier manœuvré par deux étudiants idéalistes. Ces deux écolos un peu barges refusaient d’emmener GPS ou radio à bord, juste ce qu’il lui fallait. En eaux profondes, ils se firent attaquer par des mouettes. Le sang de leurs blessures attira des requins… Finalement, le yacht d’un milliardaire en vacances les remorqua jusqu’à Baltimore.


Il écrivit un roman relatant son périple, puis se lança dans une tournée promotionnelle financée par les millions de son nouvel ami américain. Ce dernier lui offrit un retour à Paris dans son jet privé. Sa femme se déshydrata tant elle pleura de le revoir. Mais au moins il aurait des choses intéressantes à raconter à la prochaine fête du lycée.


Pourvu qu’elle se réincarne…


Pour échapper à une situation familiale difficile, elle se maria jeune, avec un petit fonctionnaire sans ambition ni fantaisie. Elle en conçut bientôt de l’amertume, mais son éducation lui imposait la fidélité. Pour se distraire, elle peupla sa maison d’enfants. Cependant, sa patience limitée les rendit craintifs. Excédée par leur obéissance obséquieuse, elle les abreuva d’insultes pour qu’ils réagissent. Cela devint une habitude. Ils grandirent névrosés, incapables de confiance en eux. Ils partirent, loin.


Elle les supplia de revenir s’occuper d’elle, de lui tenir compagnie, de la sauver de son couple sans avenir depuis vingt-cinq ans. Mais leurs vies lui échappaient. Ils essayaient de maintenir le cap bon gré mal gré, colmatant leurs brèches affectives, digérant avec difficulté l’échec de leur mère. Ils lui envoyèrent ses petits-enfants afin de l’attendrir. Elle les chouchouta. Quelques années. Puis elle tenta de les tourner contre leurs parents, créant des histoires de famille traumatisantes qui n’amusaient qu’elle. Les visites se raréfièrent à nouveau. Son époux la quitta pour ne pas sombrer dans la folie. Ses enfants contractèrent des maladies liées au stress. Ils moururent lentement, les uns après les autres. Mais la matriarche ne versait de larmes que sur son isolement qui lui interdisait d’épancher ses aigreurs. Son cœur se desséchait tandis que sa descendance l’oubliait, elle et ses humiliations.


Sa rage la conservait. Elle se muait en momie vengeresse, retranchée dans sa solitude et sa colère. Elle s’éteignit abandonnée de tous, vaincue par les ténèbres de son âme. Ayant défié la Mort jusqu’à la fin, celle-ci refusa de se déplacer en personne pour recueillir son dernier souffle.


Belle prise !


La matinée avançait doucement. Déjà deux prises. Deux poissons rachitiques, déformés par la pollution, qui se débattaient mollement dans l’eau claire d’un seau. Le pêcheur s’apprêtait à ranger ses affaires quand il aperçut une silhouette sur le pont. Un adolescent fluet avait franchi le parapet et se penchait dangereusement au-dessus du fleuve. « Ne saute pas petit ! Descends ! On va parler ! », mais le bruit du corps s’abattant à la surface couvrit ses cris.


Sans trop réfléchir, il plongea et attrapa le suicidaire par le coin de son blouson trop large. Il nagea ensuite vers la rive, mais le courant le repoussait toujours. Il se contenta alors de maintenir sa position en espérant que quelqu’un aurait assisté à la scène et réagirait. Lui ne pouvait plus appeler à l’aide, l’effort mobilisait toute sa concentration. La victime pesait sur ses bras, poids mort, et ses habits mouillés l’entraînaient vers le fond. Heureusement, un vagabond qui campait sous le pont accourut. Il saisit la canne à pêche et visa avec dextérité le sauveteur en perdition. Un couple en promenade apprécia rapidement la situation. Ils contactèrent la brigade fluviale. Les pompiers arrivèrent costumés en hommes-grenouilles, fièrement campés sur leur bateau gonflable rouge et noir. Ils remontèrent les deux naufragés. Cependant, le clochard exalté par sa bonne volonté lançait encore et encore l’hameçon qui s’ancra finalement à la barque souple et lui arracha un morceau. Tournoyant sur la baudruche crevée, l’équipage n’affichait plus aucun héroïsme. Il héla un bateau-bus de passage. Des cordes furent échangées. La tension retomba.


Couché en travers des sièges en plastique blanc, l’imprudent qui avait causé tant d’agitation ouvrit les yeux : « j’le savais, qu’on m’sauverait… J’l’avais parié avec les copains… Et j’ai gagné ! J’vais enfin pouvoir me payer la dernière console de Tinendo… »



 
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   studyvox   
12/11/2007
J'ai été surpris que cette nouvelle appartienne à la catégorie "humour", mais à vrai dire, en parcourant la liste des catégories proposées, je ne sais pas ce que j'aurai choisi!
L'accumulation de faits invraisemblables correspond à un genre non classifié.
Je pense que la catégorie "réflexion" serait mieux adaptée à ce texte.

   Aliceane   
12/11/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je suis d'accord pour dire que ce texte est difficilement classable.
C'est un texte sur la vie tout simplement. Je ne le trouve pas humoristique ; en tous cas, il ne m'a pas fait rire.

Deux-trois choses m'échappent. Je ne suis pas d'accord avec tout ce qui se passe. Mais je trouve les phrases, les événements bien maîtrisés.

On passe un agréable moment à lire ceci.
J'ai une petite préférence pour le dernier texte !

   nico84   
12/11/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Moi je me demande juste "comment ses histoires te sont elles venues à l'esprit".

J'ai surtout aime la 1ere et la 3eme, originale, plaisante, et la troisieme finit sur une chute inattendue, merci macalys.

   Pat   
13/11/2007
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
J'adore ce genre de nouvelles courtes mais percutantes, qui me rappellent celles de Jacques Sternberg (comme "histoires à dormir sans vous" par exemple). La concision donne une force incroyable au récit (notamment le deuxième que je trouve beaucoup plus riche que les autres, sans doute parce qu'il touche à quelque chose d'assez universel... et peut-être aussi parce que les histoires de famille nous atteignent davantage). En fait, le reproche, et encore, qu'on pourrait faire à cet ensemble c'est qu'il manque un peu d'homogénéité, notamment par rapport au découpage temporel (le premier relate un moment assez significatif dans la vie d'une personne, le deuxième traverse une existence entière (voire ses ramifications sur plusieurs générations) et le troisième un événement ponctuel. Ca peut aussi être un choix, cette variété. Histoire de souffler un peu après un récit plombant, histoire aussi de donner du relief... Ce n'est donc par vraiment un reproche.. Peut-être est-ce simplement lié au fait que j'ai tellement aimé la deuxième histoire que j'en redemande ! Donc le reproche, c'est qu'il faut que tu continues... 3 c'est trop peu ! Ces récits sont de véritables réflexions sur la vie, la posture que l'on prend dans celle-ci et les conséquences sur les autres... C'est d'une grande justesse psychologique...
Et en plus, tout cela est servi par une plume de grande qualité. Le style, non dépourvu d'un certain humour (ironique parfois, mais pas uniquement) fait passer le fond avec une certaine habileté. Cette distance introduite par ce procédé amène à réfléchir, sans que l'on soit trop impliqué mais sans que l'on soit non plus étranger. J'aime beaucoup ce style qui dénote une grande sensibilité, assez synthétique (une concision dans les images, le rythme qui ne laisse passer que l'essentiel et qui entre en résonance avec le propos), ce qui n'empêche toutefois pas certains effets poétiques ("un vieux cargo piloté par un marin laconique." "Elle se muait en momie vengeresse, retranchée dans sa solitude et sa colère. Elle s’éteignit abandonnée de tous, vaincue par les ténèbres de son âme. Ayant défié la Mort jusqu’à la fin, celle-ci refusa de se déplacer en personne pour recueillir son dernier souffle." "Deux poissons rachitiques, déformés par la pollution, qui se débattaient mollement dans l’eau claire d’un seau."). Bravo Macalys ! J'attends de nouvelles histoires comme celles-ci...

   Bidis   
13/11/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Petite déception.
Ma prédilection pour les histoires puzzle m'a fait attendre une fin commune à ces trois histoires. Je les ai lues dans un envol de curiosité passionnée - pour m'apercevoir de ma bévue et redescendre sur terre.
Alors, je les ai relues, chacune pour elle-même. Et, de mauvaise humeur, j'ai relevé dans la première :
"SES femelles. Et ces histoires qu’il inventait ! Il en avait encore l’estomac barbouillé de jalousie." Deux sujets, et ici ils sont mélangés.
Ne pas faire attention : je suis de mauvaise humeur.
Car évidemment, c'est bien écrit. C'est du Macalys, cette question !...
Et moi aussi je trouve la deuxième histoire particulièrement savoureuse dans sa cruauté lucide.

   Ninjavert   
13/11/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ah bordel ! Je ne sais pas quelle raccourci clavier je déclenche malgré moi régulièrement mais ça me zappe tout mon commentaire avant que je ne l'ai validé :(

C'est bien pour toi que je le recommence Macalys !

Bon, je disais donc que mon avis rejoint celui de Pat, à savoir que j'ai globalement aimé les trois histoires avec une nette préférence pour la deuxième. Y a des petits trucs qui m'ont gêné ici ou là, sur la première notamment, mais globalement j'ai vraiment bien aimé. Au rang des critiques :

1) Je trouve un peu rapide le début. Je doute que cette seule soirée foirée soit l'élément déclencheur du périple de notre héros. Si c'est le cas, c'est un peu excessif, si ça ne l'est pas, le reste (même très succint) m'a manqué pour cerner sa personnalité. La fin aussi, est un peu bizarre. Il est au lycée, mais il est marié. Soit il s'est marié très jeune, soit il n'est pas lycéen mais prof, par exemple. Le flou est peut être volontaire, moi il m'a (un peu) perturbé :)
Mais j'aime le voyage, j'aime le départ sans but et sans attache, j'aime les personnages rencontrés en route. Tu arrives à construire une personnalité à ton personnage en te servant d'éléments extérieurs, je trouve ça très fort (ils refusaient d'emmener GPS ou radio à bord, ce qui me convenait tout à fait... > j'en ai déduit (peut être à tort) qu'il recherchait justement quelque chose qui lui manque dans sa vie quotidienne, ce fameux besoin d'aventure) etc.

2) J'ai adoré cette deuxième histoire. La façon dont tu fais passer cette femme d'une catégorie à une autre, en quelques lignes, est formidable. De sympathique elle passe à franchement antipathique en quelques phrases parfaitement justes. J'ai adoré la façon dont tu décris les enfants, petites choses fragiles qu'elle a crées et dont elle dispose selon ses envies avec plus ou moins de succès. La plume est habile, délicieusement acide et diaboliquement pertinente.

3) J'ai beaucoup aimé aussi ce troisième petit bout de texte. L'humour est très présent, et finement utilisé. Tu parviens grâce à des petites touches de drôlerie à désamorcer une situation au demeurant assez tragique. L'enchaînement des péripéties, sous forme de gag, se révèle très efficace. J'ai visualisé tout ça sous forme d'un dessin animé (alors que j'étais clairement dans le film avec les deux premiers) et c'était très sympa :)
Ma seule chipouille (il en faut, sinon c'est pas drôle) : Des vêtements mouillés ne t'attirent pas vers le fond, vu qu'ils flottent. C'est même une erreur, quand tu tombes à l'eau, de te débarasser de tes vêtements car ils constituent une protection contre les éléments extérieurs, et de moindre mesure, un isolant contre le froid (le corps humain les "réchauffant" tant que tu restes dans l'eau). Mais ses godasses peuvent l'attirer au fond, en effet :)
La chute sur la console de jeu m'a paru un peu "too much". L'idée du pari débile est parfaite, le coup de la console fait un peu surfait. Je m'en serais passé...

Un texte très agréable, et très bien écrit, comme tu as l'habitude de nous en proposer.
On est pas loin de l'orgasme en fait : des préliminaires intéressantes, un pic d'une intensité formidable au milieu, et on redescend tout doucement avec le sourire au lèvres... Allez, je sors ^^

Merci Macalys !

EDIT : Lien vers le forum correspondant

   Togna   
13/11/2007
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Alors là, bravo ! ça c'est du style percutant adapté à la nouvelle courte, trois moments de vie avec moralité sous-jacente. Comme Pat, j'en redemande.

   widjet   
18/3/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Comme Bidis, j'attendais naivement "le pont" qui relierait ces petits contes. En vain. Alors je les ai aussi relu et , hélas, hormis la seconde histoire, sordide mais assez parlante dans le genre, je n'ai pas été emballé par ces instantannés qui manquaient d'accroche et dont le traitement m'a paru sans "punch" pour sortir ces contes d'un lot commun .

Mais visiblement je suis le seul alors, ne m'écoute surtout pas ! :-))))

Bonne soirée

W

   guanaco   
25/3/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Trois petits récits traités de manière cinématographique: tu passes du zoom au plan d'ensemble, sans fondu enchaîné certes mais l'ensemble reste cohérent et bien équilibré. Quant à mes préférences, elles vont vers la 2 et la 3.
La 2 est un véritable exercice d'écriture à elle-seule: toute une vie en quelques lignes.
La 1 me gêne pour les mêmes flous que Ninj'.
La 3, même si c'est un final à la "Jackass", reste un bon moment de lecture avec quelques pointes d'humour...
Merci.

   Flupke   
7/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Oui moi aussi j'ai pensé à Sternberg.
J'ai bien ri sur « Mais au moins il aurait des choses intéressantes à raconter à la prochaine fête du lycée. Original, amusant et surprenant. Ça m'a bien plu.

   Menvussa   
26/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Trois petits clins d'œil.

Le premier devrait jouer au loto avec une telle chance...

Le retour de la mamie. Une histoire à l'humour aigre-doux...

J'espère qu'il l'on rejeté à l'eau... non je rigole... mais jaune.


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