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Sentimental/Romanesque
Maëlle : La voix, si loin
 Publié le 17/01/07  -  13 commentaires  -  6228 caractères  -  107 lectures    Autres textes du même auteur

Là-bas, les sonneries se succèdent, au fond de lui, il les compte, la quinzième, la seizième, la dix-septième, il est trop tard, maintenant, on ne décrochera pas, mais lui s'accroche au combiné, avec une conviction de noyé, vingt et un, vingt-deux...


La voix, si loin



Une page grise d'annuaire, froissée, repose comme en attente. Des doigts moites s'approchent des touches, glissent, dérapent, renoncent...

Il a hésité, essuie ses mains sur son pantalon... Les ongles sont nets, courts, presque trop. On ne saurait dire si ce sont les ombres ou des traces de poussière qui maculent sa peau. Il a des poignets comme dessinés au rasoir, des mains fortes, faites pour étreindre et broyer. Pourtant il y a dans ses gestes autant d'hésitation et de retenue que dans ceux d'un enfant apeuré, ou d'une adolescente.

Il étire ses doigts comme un rapace ses griffes... Et les replie, rageusement.


~~~


Elle a posé rageusement son livre. Elle a regardé l'heure, d'un geste machinal, oubliant aussitôt les chiffres lus sur l'antique cadran de la pendule. Là-bas, sur une table branlante, l'objet de sa colère tressaute niaisement. Armand avait pourtant promis de mettre une cale !

Au diable eux tous ! Si au moins il pouvait tomber ! Mais non, bien sûr. Il se contente de battre la mesure, au rythme de cette sonnerie qui lui vrille les tympans !


~~~


Il serre le combiné de toutes ses forces. En lui monte une prière, si forte qu'elle n'a plus de mots. Il aura essayé, il fallait essayer... Là-bas, les sonneries se succèdent, au fond de lui, il les compte, la quinzième, la seizième, la dix-septième, il est trop tard, maintenant, on ne décrochera pas, mais lui s'accroche au combiné, avec une conviction de noyé, vingt et un, vingt-deux...


~~~


Elle ne décolère plus, maintenant. Le téléphone se trémousse toujours, et sa sonnerie lui écorche les oreilles. Comment peut-on être insistant à ce point ! Il faut que ça s'arrête. Il le faut ! Elle peste. Encore une fois, la roue de son fauteuil s'est prise dans les fils électriques. Encore une chose qu'Armand n'a pas faite ! Elle contourne la méridienne qu'Audrey a encore déplacée, on voit bien qu'ils n'ont pas ces problèmes ! Devant elle, le téléphone tressaute d'excitation. Elle sourit d'un air méprisant, et soudain se transforme. La harpie excédée devient douce et fragile. C'est ainsi qu'ils veulent la voir, c'est ainsi qu'elle se fait. Sa détresse lui est bien plus utile que sa force.

Désormais, elle est telle qu'ils la voient.


~~~


- Allô ?


La voix est si douce. La main calleuse caresse le téléphone. Mais c'est d'un cri de bête blessée qu'il répond... Mon Dieu, comment lui dire ?

Là-bas, dans le bar, un couple d'amoureux discute. Lui le regarde, un instant, et sa main se serre involontairement sur celle de sa compagne. Elle lui sourit, gentiment sans comprendre. Il oublie.


~~~


- Amélie !

- Oui

- Amélie, je vous en prie, ne raccrochez pas.

- Je...

- Amélie, écoutez-moi, je sais que vous devez me détester, que vous... Laissez-moi vous expliquer, je vous en supplie !

- Oui...


Sa voix a dû trembler sans doute. La sienne est rauque, comme déchiquetée.

Une voix semée d'éclat de verre.


- Amélie, Amélie...


~~~


- Il faut que je vous dise.

Le silence a été interminable.


- Je ne vous ai pas abandonnée.


Mais qu'elle parle !


- Je sais que vous avez dû m'oublier...


- Oh, c'était impossible...


~~~


Il n'a pas entendu l'ironie du ton.


- Moi, je ne pouvais pas vous oublier. Toutes ces années, je n'ai pensé qu'au moment où je vous retrouverais.


Il a à peine entendu la réponse.


- Amélie, ne m'en veuillez pas. J'aurais dû vous le dire... Mais j'avais peur qu'ils s'en prennent à vous. Ces gens-là ne reculent devant rien, le seul moyen de leur échapper, c'était la police. Amélie, je vous le jure, tout cela je ne l'ai fait que pour vous. J'aurais tant voulu vous offrir la vie dont vous rêviez... J'ai vraiment tout gâché !


Oh ! non ! Cette fois la voix est sincère, elle vole vers lui avec tant de passion !


- Amélie, vous voudriez bien... Vous voudriez bien d'un escroc, d'un taulard ?

- Oui.

- Amélie...

- Je vous ai attendu toute ma vie.

- Amélie, vous ne m'attendrez plus ! Je vous ferai la vie si belle Amélie, vous verrez !

- Oui...

- Je vous donnerais un jardin, Amélie, vous aimez tant les jardins.

- Oui !

- Oh, Amélie...


~~~


L'amoureux dans le bar a levé les yeux, et froncé les sourcils. Il ne sait plus trop si cet homme... Pourtant, c'est la même veste, la même couleur de cheveux, du moins il lui semble. Mais... C'était une loque, qui tout à l'heure serrait le téléphone en tremblant, en pleurant presque. Il a pris de l'assurance, le bonheur le transfigure... Un coup de fil ne peut pas changer un homme à ce point ! Il secoue la tête. Ce doit être un autre.


~~~


Ils se racontent, maintenant. Il lui dit sa vie d'avant, et celle qu'il veut lui offrir. Il lui dit l'horreur de la prison, l'horreur de l'absence. Il lui parle du jardin, elle y veut des myosotis, des primevères et une grande armoire normande pour pouvoir y ranger tout. Ils s'inventent un rêve dans si peu de temps il sera vrai ! Elle a oublié de lui parler des tulipes, deux rangées de chaque côté de l'allée, et des plantes aromatiques pas trop loin de la porte. Il lui promet des framboisiers, et une pièce ensoleillée qui pourrait être le séjour, avec un grand divan et un chat gris...


~~~


Le soir est descendu, tout doucement. Elle l'a à peine vu tomber. Elle tend le bras vers la lampe, jette un oeil dans le miroir en face d'elle, réarrange une boucle dans un geste de coquetterie depuis longtemps oublié. Le téléphone tout contre son oreille, résonne d'un silence heureux.


- Oh, moi aussi, il faut que vous avoue quelque chose.

- Oui...

- Je pense que vous avez dû vous tromper. Au fait, je ne vous connais pas.

- Non...


Il le savait déjà, mais sa voix vibre encore de l'excitation précédente, et il y a de l'espoir dans sa certitude.


- Non... Mais vous avez une si jolie voix.



A Laure Delmas et Thomas Gauthier


_______________________________


Pour écouter ce texte, c'est ici



 
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   Musea   
17/1/2007
Très émouvant, sensible, beau...Merci Maëlle!

   Marsupilmi   
23/1/2007
Très, très, très joli. Avec beaucoup de subtilité , et une écriture raffinée capable de restituer cette subtilité. Bravo !

   Nono   
24/2/2007
Un agréable problème à plusieurs inconnu(e)s. On a envie de le tourner dans tous les sens, ce récit, pour s'inventer une multitude de solutions. Voilà en tout cas un texte qui titille bien mon imagination.

   roxyleen   
27/2/2007
j'aime beaucoup la trame, un peu de réconfort dans deux coeurs, bien écrit...bon moment!
Questionnement sur le pourquoi et la suite du texte qui me laisse imaginative..merci

   Karl   
28/3/2007
 a aimé ce texte 
Bien
Une histoire assez courte qui nous saisit tout de suite, pour finir par un pied de nez intéressant. Ce qui est sûr, c'est qu'on a envie d'aller au bout du texte. Il reste peut-être un petit goût d'inachevé...

   Anonyme   
22/5/2007
Un style académicien, que je trouve trop terre à terre. Rien de grave, mais rien de franchement émouvant à mon gout.

   oxoyoz   
22/5/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je trouve le style assez cinématographique, on se visualise des changement de plan, de caméra. Le début est un peu flou, puis l'ambiance se construit, cohérente. Le texte n'explique pas ce qui se passe, il le décrit. Il faut y être sensible mais c'est plaisant.

   TITEFEE   
13/8/2007
 a aimé ce texte 
Bien ↑
quant l'on peut encore rêver que tout est possible..
théâtre d'ombre, la voix derrière le rideau du temps

j'ai beaucoup aimé et j'espère que ma lecture en aura restitué le plaisir de l'avoir lue et découverte au fur et à mesure que je la lisais !!!
http://www.archive-host2.com/membres/up/1086141494/maellelavoixsiloin.mp3

   Bidis   
28/8/2007
 a aimé ce texte 
Bien
C'est la première nouvelle que je lis jusqu'au bout, alors que dès les premières lignes, je n'aimais pas Je ferai cela désormais pour tout le monde Puisqu'il paraît qu'un commentaire négatif vaut mieux que pas de commentaire du tout.
Dans plusieurs phrases, ou petits bouts de phrases, j'ai trouvé le petit génie de l'Ecriture qui se cachait (de l'Ecriture que j'aime bien entendu, on est toujours dans la subjectivité).
"Elle lui sourit, gentiment, sans comprendre. Il oublie"
Ou qui aurait pu se cacher :
Sa voix a dû trembler sans doute La sienne est rauque, comme déchiquetée" Si j'enlève "comme déchiquetée", j'entre en poésie. Toujours selon mon oreille.
L'écriture est jolie, mais elle pourrait, à mon avis, être plus belle encore
Pour l'histoire, je n'ai pas accroché du tout. Mais là, on entre dans un autre genre de subjectivité...
Cependant, la fin est surprenante et ça, c'est toujours gai même quand on n'apprécie pas le thème.
Notez sec, dit Nico et débrouillez vous avec ça !
Je mets 13. Pour moi, c'est entre bien et bon.

   widjet   
6/5/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Peut-être que le courte durée du texte m'a empêché de ressentir les sentiments décrits par les autres commentateurs....Dans un autre contexte, ce genre de malentendu aurait presque fait sourire....Je préfère (dans un genre différent) "Mais Attendre" du même auteure....mais cela n'est pas du tout déplaisant et confirme la sensibilité délicate de Maëlle

W

   xuanvincent   
20/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Un court texte, que j'ai trouvé bien écrit et agréable à lire.

La fin m'a plu.

Merci, Maëlle !

   Anonyme   
22/12/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,

bon, l'avantage là, c'est que l'auteure est toujours présente sur le site.
J'ai pas été emballé. Déjà, par la construction, ce va-et-vient permanent m'a fatigué et un peu agacé, trop rapide, trop répétitif à mon goût.
Les personnages sont à peine dessinés, je vois bien que c'est volontaire, mais à côté de ça, les réactions de l'un comme de l'autre semblent exagérées et le dialogue en devient surréaliste. Je n'ai pas du tout réussi à m'y intéresser, sinon que j'ai du mal à croire à la réaction de la femme (même handicapée et désespérée et là je trouve que tu y vas un peu fort quand même).

Sinon, j'm bien la réaction d'hostilité devant le téléphone qui refuse d'arrêter de sonner quand on ne veut pas répondre.

   Anonyme   
1/1/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une très belle écriture de cinéma, vraiment maîtrisée. Un style entre poésie et synopsis. On reste sur un texte un peu auréolé de mystère, mais qu'importe, cette lecture fut un plaisir.

"Ils se racontent, maintenant. Il lui dit sa vie d'avant, et celle qu'il veut lui offrir. Il lui dit l'horreur de la prison, l'horreur de l'absence. Il lui parle du jardin, elle y veut des myosotis, des primevères et une grande armoire normande pour pouvoir y ranger tout. Ils s'inventent un rêve dans si peu de temps il sera vrai ! "

Le moins de ce texte c'est qu'on en voudrait vraiment davantage.


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