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Réalisme/Historique
maria : Une bonne excuse [Sélection GL]
 Publié le 09/09/20  -  13 commentaires  -  9535 caractères  -  89 lectures    Autres textes du même auteur

Le réveil n'a pas sonné.


Une bonne excuse [Sélection GL]


Des bruits de rue et un soleil torride passaient entre les volets fermés à l’espagnolette projetant ainsi dans les volumes ombreux de la chambre un patchwork de lumières mouvantes où Suzanne s’abandonnait à un paresseux papillonnement de paupières jusqu’à ce qu’un furtif et puissant rayon de clarté ne l’éblouisse. Suzanne ouvrit les yeux : sept heures dix. Elle bondit du lit, courut jusqu’au salon. Pas d’erreur. Sept heures dix. Elle retourna dans la chambre dans un état de panique, alluma le plafonnier et empoigna le pied de Paul : Réveille-toi, dépêche-toi… Le réveil n’a pas sonné… Tu dois t’occuper d’Emma… J’dois y aller… J’suis déjà en r’tard.

Comme il ne réagissait pas, elle fit le tour du lit et tapota sur sa poitrine. Mais pas un geste, pas un mot de lui et d’elle le même affolement. Paul… Paul. Il avait les yeux ouverts mais il ne la regardait pas. Malgré la stupeur qui la tétanisait elle souleva le drap avec une certaine méfiance et le fit glisser le long de son corps nu que ses doigts effleurèrent par à-coups. Brusquement, elle retira sa main comme si elle venait de se brûler, alluma la lampe de chevet, recula d’un pas et se mit à l’observer comme si quelque phénomène extraordinaire venait ou allait se produire avec une impression double, absurde : elle le voyait mais il n’était pas là. Elle ne comprenait pas. Ça l’énervait. Elle se mit à le palper avec force et détermination. Mais pas un geste, pas un mot de Paul ; seulement les va-et-vient routiniers de dehors et Suzanne, le souffle coupé, bouche bée, les yeux agrandis par l’effroi. Puis dans un élan, elle fit un pas et se pencha sur lui et passa, repassa sa main sur la joue, sur le cou, sur le torse de Paul comme si elle voulait le démaquiller, lui enlever cette apparence si étrange avec l’impression sinistre de tripoter de la pâte à modeler durcie, tout juste sortie du frigo. Mais elle finit par lâcher prise. Elle avait compris. Ahurie, les bras ballants, elle sentit des larmes glisser le long de son visage. À l’envi. Elle ne les essuyait pas. Elle se laissait happer dans une réalité folle.

Le téléphone était dans le couloir sur la console : Mon mari, il bouge pas… Au lit… Couché… Non il répond pas, non, il respire pas… 43… Non… Ouverts… Sept heures… non, sept heures dix… Oui, notre fille… Cinq ans.

Emma ! Terrorisée, furieuse d’avoir laissé la porte de leur chambre ouverte elle lâcha le combiné et fonça. La chambre d’Emma était en face. Suzanne ferma les yeux et prit une profonde respiration avant d’ouvrir la porte. Doucement, juste assez pour passer la tête. La petite aussi dormait sur le dos. Le rose indien des murs embaumait son souffle d’enfant qu’elle entendait s’engouffrer en elle et qui lui insufflait l’irrésistible mais vaine envie d’aller s’allonger tout contre elle, et de ne rien dire, mais d’attendre : d’attendre la restauration de leur présent, d’attendre le temps où Paul se lèvera ; d’attendre le moment où il leur réclamera une petite place.

Mais c’est la voix du téléphone qu’elle entendit : Madame… Madame, allô…

On lui dit qu’on ne la comprenait pas bien, on lui demanda d’épeler le nom de sa rue… on lui dit que les secours étaient en route… qu’elles ne devaient pas rester seules… qu’on avait aussi prévenu un médecin de son quartier…

Suzanne raccrocha et alla, comme on le lui avait demandé, déverrouiller la porte d’entrée, et alors qu’elle s’apprêtait à descendre ouvrir celle du bas, elle se rendit compte qu’elle était nue et elle se rappela qu’ils avaient fait l’amour avant de s’endormir et elle se souvint aussi, parce qu’elle venait de s’y cogner, qu’ils avaient un interphone maintenant.

En se retournant elle trébucha sur la glacière de Paul qui lui avait dit en arrivant, à vingt-trois heures, qu’elle n’avait rien à faire, qu’il avait tout lavé à l’aire de repos d’Albi, en fin d’après-midi ; ensuite ils s’étaient embrassés encore et encore pendant qu’il retirait le blouson en cuir qu’elle venait de lui offrir pour son anniversaire et ensemble ils s’étaient engouffrés dans la cabine de douche.

Sept heures quinze.

Suzanne, perdue dans ce couloir pourtant minuscule fixa son regard sur le téléphone. Tout à coup elle pensa à Monsieur C., le client du vendredi huit heures et haussa les épaules, comme si elle le défiait. Elle l’imaginait très bien fustigeant la secrétaire à huit heures et une minute : L’aide-ménagère n’est pas arrivée... Je vois bien qu’elle a du retard... Je me fous des embouteillages, des travaux dans la ville, de leurs enfants malades, de leurs vieilles voitures en panne… de toutes leurs excuses bidon… Huit heures : c’est dans le contrat… Je vais…

Vous allez quoi, monsieur le c… ard, quand vous saurez, qu’à son réveil, l’aide-ménagère a trouvé son mari mort, dans leur lit ? C’est pas une bonne excuse ça ?

Au lieu de hurler à la mort, Suzanne soliloquait : le vieux con du vendredi huit heures ne pourra pas m’engueuler aujourd’hui. Ni personne d’autre d’ailleurs.

Mais quand elle rentra dans la chambre la honte criait sur son visage. Elle se trouvait monstrueuse d’avoir élaboré une compensation à la mort de Paul. Contre quoi elle ne pouvait rien : le cadavre qui gisait sur leur lit avait pris sa place.

Elle eut un sursaut. Elle voulut croire à autre chose, croire aux médecins du SAMU qui allaient le réanimer. Elle s’affaira. Avec le geste sûr, rapide, tout en pleurant et reniflant, elle enfila le short et le débardeur posés sur leur valet de chambre (comme aimait dire Paul), se moucha et s’essuya le visage avec un puis deux mouchoirs en papier, ramassa ceux avec lesquels ils s’étaient essuyé les sexes après l’amour et les jeta dans la corbeille sous sa coiffeuse (chinée par Paul) ferma la porte-fenêtre sur les bruits encombrants du dehors et qui gêneraient l’auscultation (de Paul) en se disant que guetter leur sirène ne ferait pas arriver les urgentistes plus vite. Elle rabattit aussi les voilages couleur paille (hérités par Paul), enferma le cendrier et la montre (de Paul) dans le tiroir de la table de nuit et en eut assez. Désemparée, se sentant défaillir, elle finit par s’effondrer sur le bord du lit. Contre Paul.

Mal à l’aise, à la fois attirée et gênée par son corps, elle voulut remonter le drap, mais s’arrêta net quand elle se rendit compte que les lèvres de Paul étaient entrouvertes, que son bras gauche était écarté et sa main recourbée vers sa place. Horrifiée, elle se revit lui donner le dernier baiser, lui tourner le dos, rouspéter parce qu’elle devait se lever quatre heures après et quelques secondes plus tard maugréer contre ses ronflements de camionneur. Elle se souvint de l’avoir secoué deux fois, de lui avoir demandé, sans le regarder, de se tourner contre le mur, de lui avoir répété qu’il l’empêchait de dormir. D’après, elle ne se souvenait de rien puisqu’elle avait dormi. Dormi au lieu de considérer ses râles de mourant épuisé de kilomètres, de chaleur et enfin d’amour. L’abomination de son sommeil lui plia la tête.

Et il y eut la poupée Lily. Lily chantait. Suzanne n’avait pas le droit à la réclusion. Son cœur palpitait pour Emma mais ça tambourinait dans sa tête et malheureusement les yeux inutiles de Paul ne l’aidaient pas à réfléchir. Les larmes des siens non plus. Le bloc de post-it sur la coiffeuse fit comme un déclic. Elle écrivit vite : Samu pour Paul gardez Emma. Deux coups de brosse, une lingette sur le visage, le post-it, les claquettes, la porte. Sur Paul.

Emma et Lili apparurent. Tout sourire. On aurait dit deux sœurs. Suzanne les souleva et leur fit des bisous. Emma demanda papa. Suzanne embrassa Emma. Et dit à Lily que papa n’avait pas pu rentrer hier soir. Et dit à Emma, tout en avançant dans le couloir, qu’elle n’avait pas le temps d’expliquer. Et à Lily elle dit qu’il y avait une odeur dangereuse qui piquait les yeux, dans sa chambre. Et à Emma, en commençant à descendre l’escalier, que des messieurs allaient venir vite. Trois coups de sonnette chez la voisine de dessous. Regards, post-it, bisous pressés. Je reviens.

Sept heures dix-neuf.

Ils étaient quatre. En deux temps trois mouvements ils s’étaient déployés dans l’appartement.

Suzanne sentit la main du plus grand sur son épaule et vit la jeune aux yeux doux et limpides lui faire non de la tête. Deux « non ». Lents. Ralentis. Puis elle adressa à celui qui avait les cheveux frisés un « oui » de la tête aussi. Rapide. Codé. Il sortit de la chambre et le grand enleva sa main de l’épaule de Suzanne comme pour la remettre à la jeune. Celui avec des lunettes remballait le matériel. D’un geste de la main, la jeune fit attendre le brancard déplié et d’une voix douce, détachée de son ensemble, elle dit à Suzanne qu’elle pouvait approcher.

Dans d’autres circonstances Suzanne n’aurait pas qu’écarquillé les yeux, elle lui aurait dit de vive voix qu’elle n’avait pas besoin de permission pour s’approcher de son mari. Mais comme si elle ne voulait pas les retarder dans leur procédure elle avança, la figure voilée de tristesse. La jeune avait la main posée sur le front de Paul et demanda à Suzanne si elle voulait le faire. Suzanne n’a pas répondu, ni à son murmure cajoleur : « Il n’a pas souffert. »

Il y avait trop d’idées qui s’embourbaient dans sa tête au rythme rabatteur des longs ronflements de Paul que la sonnerie du téléphone masqua à peine. La voix du répondeur fit écho dans la chambre : « J’appelle à tout hasard, je me doute bien que vous êtes en route. Tant pis. Monsieur C. n’est pas chez lui aujourd’hui. Il ne faut pas y aller. »


 
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   socque   
18/8/2020
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai trouvé cette histoire touchante, mais trois points ont gêné ma lecture et empêchée de pleinement apprécier le récit :
1) Le fait que Suzanne parle à la poupée Lily m'a déroutée ; je comprends bien que cela manifeste l'affolement de la mère, mais un instant j'ai oublié qu'il s'agissait d'une poupée et je me suis demandé qui était cette Lily ;
2) Le Post-It ; j'ai d'abord cru que Suzanne l'avait laissé sur le corps de Paul et j'ai dû réfléchir pour comprendre que c'était le même qu'elle avait remis à la voisine ; en relisant plus attentivement, je me rends compte que c'est "Sur Paul" en fin de paragraphe qui m'a embrouillée ;
3) Tout à la fin, "au rythme rabatteur des longs ronflements de Paul" ; ma première réaction est de penser que Paul est encore vivant puisqu'il ronfle ! Il me faut un petit ajustement pour saisir que Suzanne évoque un rythme connu, familier et révolu, celui des ronflements de Paul.

J'admets que ce sont là des erreurs d'inattention à ma lecture, en y repensant on rectifie ; mais, en ce qui me concerne, elles ont un peu gâté la fluidité du récit qui, par ailleurs, me paraît "sonner" vrai et être rondement mené. Je vous indique une impression possible à la lecture.
Sinon, je trouve parlante la juxtaposition de l'affolement de Suzanne et de sa capacité, malgré tout, à agir de manière concrète et efficace : appeler les secours, penser à confier sa fille à la voisine sans affoler l'enfant... Une mention pour cet instant qui donne son titre au texte, celui où Suzanne laisse échapper sa rancœur contre le client de huit heures du matin et se fustige aussitôt d'avoir voulu "profiter" de la mort de Paul. Bien vu, pour moi.

   Dugenou   
18/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Paul, bien que mort, est je pense, dans ce texte, le personnage principal. C'est là que le texte puise sa force : au travers des états d'âmes de Suzanne, de ses préoccupations, c'est toujours la présence de Paul qui est récurrente. Le texte abonde de détails qui le rendent (omni-)présent sans qu'il soit vivant.

L'écriture, nerveuse, presque haletante, sans être opressante pour le lecteur, renforce cette impression, cette panique ressentie par la narratrice, en même temps que cette urgence professionnelle qui, la conclusion du texte le montre, est somme toute bien futile...

En Espace Lecture.

   ANIMAL   
21/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une mort sereine, un drame horrible, selon que l'on se place du côté du mari décédé ou de la femme qui reste seule avec leur petite fille.

Voilà une nouvelle très bien écrite, entre l'affolement de la femme, les pensées saugrenues qui lui viennent, la révolte et la lassitude, la culpabilité. On comprend qu'elle ne se remettra jamais de cet instant affreux mais qu'elle fera face pour préserver son enfant.

Un instantané de vie et de mort qui laisse un goût amer car on se dit que cela peut arriver à tout un chacun, y compris soi-même.

Une nouvelle très émouvante.

   Corto   
23/8/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cette nouvelle est écrite de main de maître.
Chaque élément du drame est présenté avec précision, crédibilité et dresse un tableau cohérent et captivant.

Ce que je remarque surtout c'est le rythme qui s'installe: un rythme d'urgence, celle du lever précipité, puis de la découverte de Paul inanimé, de l'angoisse qui s'installe puis encore de la contrainte du rendez-vous de 8 heures, de l'appel au SAMU, de protéger la petite fille etc. Tout se déroule à toute vitesse et l'on s’essouffle presque à suivre la narratrice.

On sent très bien ensuite une baisse de rythme à l'arrivée des secours qui gèrent la situation avec professionnalisme et efficacité.

La chute est bien amenée: elle rend d'un coup obsolète tout ce rythme effréné. Mais il n'y a aucun soulagement car l'important s'est échappé vers le corps de Paul.

Je relève volontiers cette belle phrase très travaillée des "idées qui s’embourbaient dans sa tête au rythme rabatteur des longs ronflements de Paul que la sonnerie du téléphone masqua à peine".

Grand bravo à l'auteur.

En EL: Corto.

   Donaldo75   
25/8/2020
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Ce texte comporte pas mal de maladresses stylistiques. Je me pose la question de pourquoi ne pas raccourcir les phrases plutôt que de s’embarquer dans de l’emberlificoté. Cette question me semble toujours légitime parce que je suis un lecteur et que ma quête du sens n’est pas facilité par une confusion stylistique. La narration en souffre, même si ce n’est pas le seul facteur de désordre. Il y a de temps en temps une tentative de donner du rythme avec des phrases très courtes, sans verbes, des locutions masquant du dialogue ou du monologue, une forme d’incarnation maladroite de Suzanne. Le lecteur se perd quand même vite dans les contraintes égrenées par Suzanne et visiblement compliquées à gérer. Ensuite, ça part un peu dans tous les sens. Le rythme semble s’accélérer mais pas au profit d’une histoire mieux racontée. La lecture en devient hachée pour qui essaie de comprendre ce qui se passe sans se dire qu’il va devoir décortiquer le puzzle pièce par pièce, à moult reprises, alors que le pitch dramatique apparaît d’une minceur atomique. Je termine ce texte dans une impression de confusion narrative et de désordre stylistique. C’est dommage parce que je sens qu’il y a de la matière mais elle n’est pas bien exposée.

   jaimme   
25/8/2020
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour,
Je ne comprends pas la démarche de cette nouvelle. Quel est l'objectif de l'auteur.e? Je ne critique pas le fond: la découverte de son conjoint décédé est un angle d'attaque fort pour bouleverser le lecteur, mais c'est le traitement qui ne m'a pas convaincu. Soit on utilise la langue, le style, la syntaxe pour atteindre l'empathie du lecteur, soit on utilise le rythme (qui ici aurait pu être syncopé, comme le rythme cardiaque du personnage, ses pensées hachées, ses gestes mécaniques-c'est un peu le cas dans le texte). Mais le style est à travailler, comme pour la première phrase (je vous conseille de le faire à haute voix) et le rythme, la musicalité sont trop délaissés pour me plaire.
Pour dire les choses plus directement: soit il aurait fallu que l'on ressente fortement la folie qui s'installe, soit au contraire la distanciation par rapport à la réalité (autre forme de dysfonctionnement mental) ce qui n'est pas suffisamment mis en oeuvre ici. Ici le mélange ne fonctionne pas, à mon avis.
Le meilleur conseil que je puisse vous donner: après avoir écrit, laissez le texte reposer plusieurs jours, puis lisez-le comme s'il avait été écrit par quelqu'un d'autre et peaufinez, peaufinez.
Bon courage.

   IsaD   
9/9/2020
 a aimé ce texte 
Pas
Après plusieurs lectures, décidemment, je n’arrive pas à entrer dans cette nouvelle.

Je bute à presque toutes les phrases tant elles me semblent confuses. Certaines expressions me laissent perplexe. J’en relève ici quelques-unes :

« Suzanne s’abandonnait à un paresseux papillonnements de paupières… » J’ai du mal à visualiser l’action du « papillonnement de paupières ».

« Elle retourna dans la chambre… et empoigna le pied de Paul » Un peu bizarre de réveiller son conjoint en lui « empoignant » le pied (qui plus est)

« Elle fit le tour et tapota sur sa poitrine »… Là encore, dans un moment pareil (où on se doute que quelque chose de grave est arrivé), j’ai du mal à imaginer quelqu’un « tapoter » sur la poitrine de son conjoint.

« Malgré la stupeur…. elle souleva le drap avec une certaine méfiance ( ?) et le fit glisser le long de son corps nu que ses doigts effleurèrent par à-coups (je trouve l’idée mal amenée)

« avec l’impression sinistre de tapoter de la pâte à modeler durcie, tout juste sortie du frigo… » (une façon très spéciale de décrire le conjoint mort).

« Terrorisée, furieuse d’avoir laissé la porte de leur chambre… » J’imaginerais plutôt dans cette situation une crainte, une peur, une angoisse certes mais pas une terreur ni une fureur…

Je vais arrêter là car tout me semble du même acabit, je pense que l’histoire mériterait d’être sérieusement retravaillée pour que le lecteur puisse entrer pleinement et avec empathie dans ce récit.

Le titre me semble également très léger vis-à-vis du drame qui se déroule.

Certains détails me laissent songeuse quant à leur utilité dans la trame de l’histoire. Exemple, l’anecdote de la poupée ( ?), qu’apporte-t-elle ? Celles des mouchoirs usés ? Ces détails ne me semblent pas essentiels ou alors y a-t-il une signification que je n’ai pas comprise ?

Idem pour la narration des objets ramassés avec entre guillemets : (de Paul), (chinés par Paul), (hérités par Paul)… cela me semble plutôt maladroit.

La fin ne m’a pas du tout convaincue dans sa formulation et la toute dernière phrase semble vouloir être une chute qui m’a mise mal à l’aise tant elle me parait décalée par rapport à l’idée du texte.

Désolée pour ce constat, que je serai peut-être seule à faire, mais comme ce site a pour but de vouloir faire progresser, j’ose apporter ma contribution, qui n’est que la mienne.

Je pense que le style, pour moi trop décousu, est nettement à retravailler.

   plumette   
9/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
j'ai bien aimé le sujet de cette nouvelle qui puise dans un réalisme cru et dramatique.
je trouve que la découverte progressive des "anomalies " de ce matin là par Suzanne est bien rendue.
j'imagine bien l'affolement parce que le réveil n'a pas sonné et l'affolement d'une autre nature face à l'inertie de Paul, puis la nécessité de "gérer" la situation vis à vis d'Emma et de Paul aussi.
je comprends, je souscris, je m'identifie aux réactions de Suzanne.

J'ai trouvé habile les éléments de leur vie distillés au fil du texte. Le fait qu'ils aient fait l'amour la veille renseigne sur le couple ( au fond c'est une chance pour Suzanne ce partage ultime mais elle ne peut pas encore le ressentir, elle en éprouve même une culpabilité renforcée!) mais est un choix narratif qui peut sûrement se discuter.

Le texte est devenu un peu plus confus pour moi à partir de la poupée Lily ( qui perd son y dans une phrase!). j'ai donc relu ce passage et je me suis souvenue de situation à laquelle j'ai pu assister d'une enfant qui parle à sa poupée et de l' adulte qui entre dans ce jeu d'un dialogue à 3. Là encore, c'est bien vu sur le plan du réalisme, mais il y a une rupture dans la narration qui m'a un peu perdue
Dans ce paragraphe , je n'ai carrément pas compris la phrase:
"Suzanne n’avait pas le droit à la réclusion." et le "Sur Paul " de la fin du paragraphe.

Le récit de l'intervention du Samu m'a paru un peu confus aussi avec ces non et oui que je n'arrive pas à rattacher à une question. C'est un peu trop elliptique pour moi!

Mais l'histoire est forte, les personnage sont incarnés, et pour conclure, la narration un peu inégale.

   dream   
9/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
S’il pâtit de quelques passages superflus, l’effroi, la panique et l’angoisse sont omniprésents dans ce texte. Entre des moments d’intense affolement, vient s’enchâsser subtilement un effet de flashback qui désarçonne de prime abord lorsque Suzanne se projette dans le passé en évoquant des objets – évocations bien superflues-, en regard du drame qui vient de se jouer brutalement : « la coiffeuse (chinée par Paul), le valet de chambre (comme aimait dire Paul), les voilages couleur paille (hérités par Paul) ». Certes, on peut voir de la confusion dans ce récit tragi-comique, mais au final je trouve que c’est bien vu car cela rend bien compte de l’état mental du personnage, proche de l’hystérie, où tout s’emmêle de façon incohérente face au désarroi d’une situation bien réelle.

   Gouelan   
10/9/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour,

J'ai lu d'un seul coup, et me suis un peu essoufflée par le manque d'aération du texte. J'aurais aimé des retours à la ligne plus fréquents, des phrases choc isolées pour signifier l'impact, l'angoisse, la colère de voir la vie fiche le camp sans prévenir, le déni.

Malgré les phrases un peu longues et parfois difficiles d'accès dans certaines descriptions, provoquant quelques incompréhensions, cette histoire m'a captivée. Je trouve la fin très réussie. Le dernier paragraphe, c'est la vie qui donne une claque à la mort, le monde continue de tourner, tant pis pour Paul. Tant pis pour Emma qui n'aura même pas la "satisfaction" morbide de faire suer le client de 8 heures, d'avoir une excuse infaillible, l'excuse qui plaquera le client, lui "bouclera le bec".

C'est la mort qui entre sans prévenir, qui bouleverse, ne laisse que quelques réflexes de survie, laisse échapper de drôles de pensées honteuses, parce qu'on ne sait pas comment réagir, parce que "ça n'arrive pas tous les jours des trucs comme ça". Le cerveau s'égare, cherche un refuge.

Alors oui j'ai apprécié cette nouvelle.

   Malitorne   
12/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Ça manque un peu d’homogénéité dans le style entre longues phrases et phrases courtes, quelques passages pas très clairs, mais dans l’ensemble c’est plutôt pas mal. L’idée est originale et l’émotion bien rendue. Pas grand-chose à dire de plus sur une histoire plaisante mais qui ne donne pas beaucoup d’éléments de réflexion. C’est trop court pour qu’on s’attarde davantage.

   maria   
13/9/2020

   hersen   
15/9/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
L'idée est assez bonne de raconter la mort du conjoint que l'on découvre au réveil.
Je trouve l'attitude de Suzanne est assez réaliste, chacun dans ces cas-là se trouve des moyens de résister. Ici, les (Paul) récurrents sont bien vus, ils insistent sur la prégnance du personnage, ils lui donne vie en quelques sorte, avant sa mort, et le lecteur le sent présent dans la vie de Suzanne.
Je ne suis pas sûre que la chute apporte quelque chose, car ce n'est pas intéressant de savoir si dans ce moment le client du vendredi est chez lui ou pas. j'imagine Suzanne en dehors de ces considérations.

Je suis un peu plus réservée sur le choix du vocabulaire, parfois un peu approximatif, ou en tout cas qui m'empêche de penser que ça sonne juste.
Je te donne deux exemples pour illustrer :
"La jeune" : tu parles ici du personnel médical. Cette désignation revient trois fois en peu de temps et je pense que c'est une erreur, car elle désincarne. Et donc je ne crois pas à son "murmure cajoleur". Je ne pense pas que le personnel médical soit cajoleur. Il est empathique.
"La figure voilée de tristesse", je n'accroche pas trop, c'est un peu pâle pour la situation.
Par contre, les idées "qui s'embourbaient" dans sa tête est excellent.

Merci de cette lecture !


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