Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
marogne : S'il te plaît, serre-moi !
 Publié le 17/07/08  -  6 commentaires  -  5776 caractères  -  15 lectures    Autres textes du même auteur

Une visite au Louvre, au début du mois de Juillet de l'an de grâces 2008.


S'il te plaît, serre-moi !


S’il te plaît, serre-moi !


Une vallée ou un plateau, on n’en voit pas les limites, écrasé sous le soleil.


Il n’y a pas âme qui vive.


Un désert ?


Que fais-je ici ?


Tout est ocre, de manière uniforme, plat, vide.


Non, quelques taches se distinguent. Là-bas, des zones sombres, noires, et de-ci de-là, des zones aux éclats métalliques. Il faut que je m’en approche, que j’essaye de comprendre où je suis, et pourquoi j’ai l’impression de survoler cette contrée inconnue, comme si je volais.


Une zone sombre à proximité, allons-y !


Des pierres taillées dans du granit noir, luisantes, gravées ; des pierres tombales !

Elles ont été comme jetées les unes sur les autres, certaines sont brisées, toutes ont la même forme. Lire les noms, il faut que je lise les noms, jusqu’au bout, en taisant l’horreur qui m’envahit.

C’est mon nom qui apparaît sur chacune, les prénoms changent, les dates remontent parfois à quelques siècles. Parfois le nom change légèrement, les altérations de l’histoire, c’est comme si toute ma famille, depuis l’origine était là. Mais les pierres sont toutes les mêmes, je cours, je cours, je trébuche, de peur, de fatigue. Moi, je dois voir si j’y suis. Il n’y a pas d’ordre, les pierres, quel que soit leur âge, sont jetées au sol, elles sont toutes pareilles, comme si elles avaient été gravées récemment. Quel est le fou qui aurait pu faire cela ?


Je n’ai pas trouvé ma pierre, mais quelque chose, un étrange sentiment qui m’a envahi, me fait comprendre que c’est normal. Je ne pouvais pas être là.


Aller plus loin, m’échapper de cette folie, il faut que je comprenne où je suis. Il faut que j’aille voir les autres « taches ».


Les zones « métalliques » semblent bouger, comme si elles étaient vivantes, elles sont loin, mais j’en ai peur.


Une autre zone qui semblait noire depuis le lieu où je me trouvais précédemment. Elle est beaucoup plus vaste que celle que je viens de visiter. Il n’y a pas de pierres tombales ici, mais des restes de murs, comme s’ils avaient été fondus, on ne voit que leurs ombres sur le sol. Il n’y a personne. C’était un village ! Mais où sont les habitants ? Que sont-ils devenus ? Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que seule la mémoire du lieu subsiste ?


Il faut que je me décide. Je dois aller voir ces étranges taches de couleurs qui se déplacent.


Au fur et à mesure de mon approche, je distingue mieux. Il y a trois colonnes qui se dirigent vers une zone sombre. J’ai appris à les distinguer, c’est certainement un cimetière.


Comment sais-je qu’elles se déplacent ?


Ce ne sont que des couleurs, qu’une irisation de la surface sous le soleil. Du vert, du rouge, du jaune, du noir, du bleu, toutes ses couleurs qui renvoient les rayons du soleil. Innombrables, je ne sais ce qui les produit, mais il y en a des milliers, des millions, et ça grouille, et ça avance.


Au plus je m’approche, au plus je suis fasciné. C’est la surface elle-même du sol qui semble se modifier, jouer avec les couleurs, comme un tableau surréaliste.


Je distingue mieux maintenant où elles vont. Un cimetière, une croix au milieu, arrogante, protectrice. Les trois colonnes semblent l’avoir comme objectif, une attaque du symbole par les couleurs. Elles passent sur les tombes, escaladent les pierres tombales, on voit que certaines, horreur, disparaissent dans les entrailles de la terre à chaque sépulture.


Je m’approche toujours, téméraire. Je ne comprends pas d’où me viennent ce courage, cette curiosité malsaine. Mais il faut que je sache.


Des élytres, ce sont des élytres de scarabées, des milliers, des millions, des milliards, qui survolent le sol, qui se déplacent selon un dessein inconnu. Le soleil joue sur elles, la lumière éclate en des milliers de couleurs, l’horizon disparaît sous des arcs-en-ciel déments. Rien ne semble pouvoir les arrêter.


Je sens sous moi des frémissements, je me sens soulevé, porté. Je n’ai pas encore prêté attention au lieu où je me trouvais. Je ne suis pas dans les airs, mais je repose sur un lit. Un lit vivant, que je perçois à peine maintenant, un lit qui m’emporte d’un lieu à l’autre. Je laisse tomber ma main pour en tâter la surface, et je comprends.


Des scarabées, ce sont des scarabées qui m’emportent, sur un lit vivant. J’entends, j’entends maintenant le bruit sourd de leurs élytres, leur bourdonnement qui m’entoure, qui m’emprisonne.


Je retire ma main, affolé, suis-je fou ?


Où suis-je ?


Et les scarabées m’entourent, je sens maintenant que la couverture qui me protégeait est vivante. Je sens frémir sur mon corps nu leurs milliers de pattes. Je suis une de ces taches que le soleil irise.


Ce n’est pas un lit, ils sont au-dessus de moi aussi ! J’en suis tout entouré, comme dans une boîte vivante qui m’emporte, qui m’emporte.


Ce n’est pas un lit ! Ce n’est pas une boîte ! C’est un cercueil, je suis dans un cercueil vivant, et ces bêtes immondes vont me recouvrir, me faire disparaître, comme les villages que j’ai vus plus loin.


Non !


Je ne veux pas !


Je les sens maintenant sur mon visage, mes yeux sont recouverts de couleurs vivantes, qui jouent avec les rayons de soleil, je me dissous, je deviens moi-même couleur, je disparais.


Non !


NON !


……


- Que ce passe-t-il mon chéri ? Qu’est-ce qu’il t’arrive ?

- Un cauchemar ! Un terrible cauchemar !

- Calme-toi, ce n’est rien, tout va bien, on est ensemble.

- Un cauchemar, des scarabées, horrible, je suis mort !

- Non, ça va aller, tu es avec moi, tu es près de moi.

- S’il te plaît, serre-moi, serre-moi dans tes bras. S’il te plaît.


……


Exposition Jan Fabre, au Louvre, du 11 avril au 7 juillet 2008.


……


Montesson, le six juillet 2008


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   widjet   
17/7/2008
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Est ce un cauchemar que TU as réellement fais toi ?
Bon j'avoue que je n'ai pas été convaincu par ce texte, assez embrouillé (comme le sont les rêves me dirais tu à raison) et dont même le style dont je suis habituellement client m'a paru convenu (trop d'interrogations). Je n'ai pas ressenti un effroi particulier, ni une tension (ça manque de détails je crois)
Bref, pas mauvais en soi juste le strict minimum syndical pour un auteur comme toi, forcément ça déçoit un peu...

Une prochaine fois sans doute ? ....

Bonne journée

Widjet

   xuanvincent   
17/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
A mesure que j'ai avancé dans la lecture de ce texte, j'ai pensé de plus en plus à un cauchemar...

Le texte, qui se lit facilement, me paraît bien écrit comme les textes précédents. Les phrases me semblent même plus courtes que souvent et les paragraphes inhabituellement brefs.

Je retrouve le côté inquiétant d'une partie des nouvelles de marogne. Toutefois, comme widjet, j'ai préféré d'autres textes de marogne.

La fin nous fait penser qu'il s'agit bien d'un cauchemar du narrateur et introduit, finit sur une note de douceur.

PS : Après relecture du texte, le "S’il te plaît, serre-moi !" a retenu mon attention, mais d'une manière différente. Peut-être annonce-t-il déjà la fin (dans la mesure où le narrateur est ensuite plongé dans son cauchemar) ?

   Anonyme   
19/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Moi j'ai aimé l'idée, les scarrabbées qui frémissent brrrr... mais j'aurai voulu plus de noirceur (qui a dit elle est exigeante, Estelle?), que tu ailles plus à fond dans la frayeur, dans les descriptions irréalistes de ce cauchemar...

plus de frissonssssssss
;-)

Sinon, comme toujours, c'est bien écrit quoique parfois un peu trop redondant (mais je te l'ai déjà dit sur d'autres textes je crois) à mon gout...

Merci pour la lecture, et pour mon insomnie de ce soir!

   strega   
20/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai aimé aussi. (quelqu'un en doutait franchement ?) Mais je rage aussi car j'aurais aimé que tu aille au bout de l'absurde, dans la syntaxe surtout. C'est vrai qu'il y a beaucoup (trop ?) d'interrogation de la part du narrateur.

Les phrases sont minimalistes et j'aime beaucoup ça. Mais j'aurais vraiment aimé en lire plus. (pas en longueur of course).

Je suis frustrée marogne !

P.S : J'aime beaucoup le titre aussi.

   Bidis   
22/7/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Eh bien, moi, de cette nouvelle, je n’aime absolument pas le titre ni, d’ailleurs, la chute qui y ramène le lecteur.
Mais le texte, lui, m’a complètement fascinée !
J’ai trouvé des faiblesses dans cette belle écriture, l’une ou l’autre répétition, un « il y a » et un « il n’y a pas » et je préfèrerais lire « Plus je m’approche, plus je suis fasciné" que "Au plus je m'approche, au plus...", mais détails que tout cela. J’ai trouvé qu’il se dégageait de ces phrases une puissance d’évocation peu commune. Et j’ai été littéralement emportée comme l’est le personnage...
Je suis allée voir dans Google qui est ce Jan Fabre, ce compatriote des Flandres, mais il me faudrait voir cette exposition dont parle Marogne pour comprendre… En tout cas, on aurait envie d'être inspiré comme cela par cet artiste !

   leon   
29/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je vais être un peu fainéant en disant que je partage le commentaire de Bidis : le texte est beau, mais la chûte pas du tout originale.

Car je crois qu'on a "tous" rêvé d'écrire ou écrit un texte décrivant un cauchemar et où le héros se réveille dans son lit. Je crois bien que les professeurs de français le font souvent faire à leurs élèves.

Mais néanmoins, ici, c'est très bien fait.


Oniris Copyright © 2007-2018