Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Réalisme/Historique
marogne : Sur la route
 Publié le 08/02/09  -  13 commentaires  -  4263 caractères  -  53 lectures    Autres textes du même auteur

Quand la route est longue, il faut bien se distraire.


Sur la route


Le soleil écrasait la route sous une lumière éblouissante. Plus une piste qu’une route, elle se confondait avec le sable, et semblait se perdre à l‘horizon. De chaque côté du mince ruban se déroulaient des immensités désertiques, troublées seulement par quelques mirages produits par l’atmosphère surchauffée. L’œil, pas plus que l’esprit, ne pouvait supporter ce vide incandescent. Il fallait rentrer en soi-même, vaincu devant cette beauté atroce.


Les hommes, sous la bâche du camion, supportaient en silence l’épreuve. S’ils étaient protégés des rayons directs du soleil, l’air chaud qui y pénétrait ne parvenait pas à apporter un peu de fraîcheur malgré la vitesse. Ils en avaient encore pour plusieurs heures, et ils avaient épuisé toutes les histoires que l’on pouvait se raconter dans le bruit du moteur et des roues, luttant à chaque cahot pour ne pas tomber sur leur voisin.


Il faisait chaud.


La sueur ruisselait sur leurs visages et imbibait le tissu épais de leurs treillis.


Seul le bourdonnement du véhicule troublait le silence du désert, on eut dit qu’il était vide de présence humaine. Dans la pureté immémoriale du sable, cet insecte rappelait seul la folie humaine, insensible à ce qui l’entourait, simple passant dans un monde qui l’oublierait comme se referme le sillage après le passage du bateau.


C’est quand le soleil commençait à décliner sur l’horizon, qu’ils arrivèrent près des contreforts de la montagne. Au travers de l’arrière du camion, ils commencèrent à apercevoir quelques herbes éparses. La chaleur était toujours aussi intense, mais les traces d’humidité que l’on pouvait percevoir apportaient comme une menace électrique que chacun ressentait au travers de la brume de sa fatigue.


De part et d’autre de la route, quelques moutons relevaient lentement la tête au passage de l’engin militaire, à peine surpris de voir arriver cet amas de tôles surchauffées. Leur air blasé était ressenti presque comme une insulte par la petite troupe. Ils avaient encore deux heures de route avant d’arriver au petit fortin qui allait être leur position pour le mois à venir. Le trajet allait bientôt devenir dangereux, quand ils atteindraient les lacets qui escaladaient le bord du plateau. La tension était palpable.


Rémi fut le premier à se bouger. Il avait eu une idée. Ou plutôt, il se rappelait d’un jeu dont on lui avait parlé il y avait quelque temps. Il empoigna le lourd fusil mitrailleur, et faillit le laisser tomber tellement la chaleur de celui-ci le surprit. Il le fixa sur la ridelle arrière, et enclencha une bande de munitions.


- Écoutez, je vais vous dire ce qu’il faut faire. On va essayer de découper les moutons par le milieu. Je connais quelqu’un qui a fait ça avec des vaches. Une bonne rafale de douze-sept, et on a plus besoin de boucher.


Il lâcha une rafale en direction de la bête la plus proche, mais ne réussit qu’à faire voler un peu de terre.


Le camion s’arrêta brusquement. Le sergent, qui était le plus haut gradé de l’équipe, descendit de la cabine, furieux.


- Vous êtes fous ou quoi ? Qu'est-ce qui vous a pris de tirer ?


Il fallut une bonne demi-heure de palabres pour convaincre le sous-off’ de participer au jeu. Après tout ce n’étaient que quelques moutons.


Le camion repartit, il continua à la même allure que précédemment pour corser l’exercice. Et c’était un étrange spectacle que de voir, dans le soir qui tombait, calme, cet insecte, vrombissant au sein d’un nuage de poussière, duquel, à intervalles réguliers, partaient des éclairs de feu, laissant dans son sillage des carcasses dont la terre sèche buvait avidement le sang.


Quand ils arrivèrent au poste ils avaient à leur palmarès une bête chacun, à l’exception d’Henry, le plus mauvais tireur, et du sergent qui, lui, en avait eu deux.


***


Ce n’est qu’une semaine après leur arrivée qu’ils surent qu’une enquête avait été ouverte. À côté des cadavres de moutons, on avait trouvé celui d’une petite fille. Elle devait garder le troupeau et être cachée derrière une bête. Oui, elle devait être cachée derrière une bête.


Tout cela n’était pas bien grave. Il fallait qu’ils apprennent à ne pas garder leurs troupeaux sur la route.




La Bastide, 29 décembre 2008


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   xuanvincent   
8/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien
L'histoire m'a semblé au départ bien écrite, comme dans les textes précédents. La chaleur notamment m'a paru bien rendue.

Ensuite, l'histoire de ces soldats qui s'amusent à tirer sur des moutons m'a moyennement intéressée. Toutefois, l'histoire - le noeud du récit - m'a plu à la fin de celui-ci, lorsque le drame est dévoilé.

Merci à l'auteur pour cette nouvelle, que j'ai apprécié lire.

   Menvussa   
8/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu
Le premier paragraphe fait un peu "lieu commun"
"vaincu devant cette beauté atroce." me semble un peu maladroit, beauté atroce et puis vaincu par... plutôt que devant, bien que cela change un peu le sens.

"C’est quand le soleil commençait..." pas très heureux le : c'est quand...

   Anonyme   
8/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Excuses moi Marogne mais "Brrrrr quelle horreur"... si c'est le but recherché, nous faire toucher du doigt la froideur et la perte de toute humanité qu'engendre l'utilisation des armes à feux... c'est gagné !
J'ai cependant une petite réserve sur cette phrase "Et c'était un étrange spectacle que de voir, dans le soir qui tombait, cet insecte, vrombissant..." je l'ai trouvée trop longue un peu poussive métaphoriquement parlant... désolée, c'est ma seule déception, sinon j'aime bien ton texte.

   Faolan   
8/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Une fin suprenante. Un texte qui donne matière à réflexion, sans prétention. Un bon style malgré les quelques "maladresses" déjà évoquées. Au final, une lecture agréable.
Merci.

   Anonyme   
2/3/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'ai vraiment aimé cette nouvelle.
Je ne trouve rien à dire sur le style, le fond, la forme.
C'est peut-être un peu trop "journalistique" mais je ne vois pas comment aborder autrement, stylistiquement parlant, ce type de nouvelle qui raconte un épisode froid, brutal et violent.

   Malka   
8/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Je me demandais où me ménerai cette route et le drôle de jeu qui s'y séroule et la fin m'a surprise. Un texte bien écrit. J'ai également noté Beauté atroce (le terme atroce me semble excessif).

   widjet   
8/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
La longueur de certaines phrases m'a un peu gêné. La lecture s'en trouve un peu parasité. Mais dans l'ensemble, j'ai plutot apprécié la façon dont le récit est construit et cet "air de ne pas y toucher" avant d'asséner dans ces dernières lignes, un uppercut.

Il y a un côté "fait divers" MAIS Marogne, si tu veux mon avis, pour rendre la démonstration plus glaçante (formidable contraste - voulu ou pas - avec la chaleur extérieure), il aurait fallu garder une distance vis à vis du texte et ne pas écrire certaines phrases comme Tout cela n’était pas bien grave ou Après tout ce n’étaient que quelques moutons. qui nuisent considérablement à l'effet escompté.

Dommage

Widjet

   Anonyme   
8/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un thème classique mais bien traité malgré une fin que je trouve trop abrupte.
Belles descriptions dans un style assez maîtrisé malgré ce passage :
"C'est quand le soleil...éparses" dans lequel le verbe commencer revient un peu vite à mon avis. Le "c'est quand" est un peu dur à l'oreille... Alors que ?
Beaucoup de points intéressants néanmoins et une lecture très agréable.
Merci

   Flupke   
8/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Oui, moi aussi commencèrent/commençaient m'a sauté aux yeux alors que si j'avais fait l'erreur moi-même, peut-être qu'après plusieurs lectures, mon radar n'aurait rien détecté. :-)
La chaleur est bien rendue et les descriptions intéressantes.
La chute surprend. Est-ce basé sur un fait divers réel comme c'est parfois le cas dans tes nouvelles ?

   jensairien   
9/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
un peu facile quand même. Marogne moi je serais toi, j'aurais un peu honte d'avoir pousser cette petite fille à une mort atroce, juste pour donner un sens à ta nouvelle.
Il manque cruellement quelque chose à ce texte pour que le lecteur ressente une tension dramatique.
Texte facile.

   Nongag   
9/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un court récit qui m'apparaît déséquilibré. Une longue introduction dans laquelle l'auteur construit un peu lourdement l'atmosphère. Oui, il fait chaud... Ce n'est pas évident de construire de longue sans perdre le rythme... ou en faire trop.

Puis soudain l'histoire bascule dans l'horreur.

C'est néanmoins un thème intéressant: le désœuvrement de militaire qui ont perdu toute sensibilité et qui s'adonne à des jeux aussi absurdes que cruels. Il ne manquait pas grand-chose à cette nouvelle pour être vraiment bonne: un peu de relecture peut-être pour simplifier certains passages.

Histoire triste inégalement racontée.

   Anonyme   
10/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Cette fois Marogne moi qui adore tes nouvelles pour leur style incomparable je suis déçue sur ce plan.
Et c'est dommage parce que c'est une idée aussi horrible que géniale et tellement convaincante. Mais il me manque ce "je ne sais quoi" qui fait du vrai Marogne
Xrys

   Jedediah   
14/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une histoire courte mais efficace, sans fioritures.
La fin est tout simplement atroce et m'a emplie d'horreur, mais j'aurais aimé en savoir un peu plus sur le contexte : quel pays ? quelle époque ?
La dernière phrase, enfin, très cruelle, m'a pourtant paru trop "simple"...
Merci pour cette publication !


Oniris Copyright © 2007-2020