Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Perjoal : Je n'ai pas le temps
 Publié le 29/09/08  -  5 commentaires  -  11486 caractères  -  25 lectures    Autres textes du même auteur

En pleine nuit, un homme tente de rejoindre une plage du Sud. Lorsqu’il décide de rejoindre une station service, un événement perturbe son projet…


Je n'ai pas le temps


Par une nuit de printemps, sur une autoroute déserte, la vieille Renault roulait vers le Sud à allure réglementaire.


- Demain matin, tu seras sur la plage, mon amour, annonça le quinquagénaire.


Il ne pouvait retenir une larme en pensant à cette plage du Languedoc, régulièrement fréquentée par leur couple depuis plus de vingt-cinq ans. C’était là, dans ces sables blonds, que leur histoire avait commencé…


- Je n’aurais pas dû partir si tard… je suis épuisé. À la prochaine station, je fais une pause. Je dormirais bien aussi, ne serait-ce qu’une petite heure. Tu veux bien ?


L’homme revoyait la journée écoulée. Il avait fait bon. Le soleil était présent. Accompagné de son ami de toujours, Stéphane, il avait suivi cette voiture noire, qu’il aurait voulu dépasser pour mieux fuir l'insupportable vérité qu'elle cachait dans ses flancs.


« Aller de l’avant, et ne pas avoir peur de l’inconnu. Le bonheur est par là ». C'étaient les derniers mots que son épouse lui avait adressés. Il les répéta à son ami, lorsque celui-ci lui demanda ce qu'il comptait faire maintenant, pour meubler sa solitude…


Décidément, la vie ne lui avait fait aucun cadeau. Il y a huit ans, c’était sa fille unique, Élena, qu’il avait accompagnée de la même façon, sur le même trajet, derrière la même voiture noir vernis. Elle n’avait pas seize ans. L’âge où tout commence. Où tous les espoirs sont permis, où l'avenir est plein de possibles et le regret une vague chimère de l'âme.


Un chauffeur ivre en avait décidé autrement.


- Voilà ! La station est à deux cents mètres…


Sans aucune raison, à cet instant précis, le moteur se coupa net. Et comme si cela ne suffisait pas, les phares s’éteignirent également.


- Toi aussi, tu vas m’abandonner ? pleurait presque l’homme, qui débraya quand même pour tenter de rejoindre l’aire de repos en roue libre.


Hormis quelques poids lourds alignés sur leur place de parking, l'aire était déserte. La voiture perdait rapidement de la vitesse.


- Allez, tout va bien… Dans notre malheur, nous avons quand même de la chance, vois-tu. Il reste à peine une quinzaine de mètres, et nous serons sur une place de stationnement.


Tout à coup, l’homme vit une ombre, surgissant de nulle part, passer devant lui. Il se dressa sur les freins, mais sans l’assistance procurée par le moteur, il ne put éviter l’obstacle. Le bruit sourd d'un choc, annonciateur d'un nouveau malheur, fit tonner dans la nuit sa matité caractéristique.


- Oh mon Dieu, qu’ai-je fait ?


Il ouvrit sa portière et voulut se précipiter pour constater l’étendue des dégâts. Mais son élan fut stoppé net par la vision d'une jeune fille, horriblement crasseuse, qui se relevait devant lui. Elle était vêtue d’un simple tee-shirt, dont la blancheur semblait n'être que le souvenir d'une origine très improbable. Deux grands yeux verts, effrayés, apeurés, le fixèrent, avant que la jeune fille ne prenne la fuite. L’homme, toujours assis derrière son volant, regardait partir, comme hébété, cette fille dont la course révélait à chaque foulée… ses fesses nues.


- Mademoiselle, revenez ! cria-t-il en descendant enfin de la voiture.


La fugitive disparut dans le fossé, au bord de l’autoroute.


L'homme se rendit à l’avant de sa voiture. Sur le sol gisait le restant d’un sandwich, vague ersatz d’un triste repas. C’était cependant la seule preuve tangible qu’il n’avait pas rêvé. Il ramassa le guignon de pain et remonta dans sa voiture pour y prendre sa veste.


- Je vais appeler les secours… Bon sang ! Dans quel problème nous sommes-nous encore fourrés !


Pendant qu'il verrouillait les portes de sa voiture, il se demanda si c’était bien prudent de laisser sa femme seule ainsi. Mais il haussa les épaules : qui trouverait un quelconque profit au vol d'une urne funéraire ?


Dans la station, il se dirigea directement vers l’employé qui trônait derrière le comptoir.


- Appelez la police ! Je viens de renverser quelqu’un ! Une jeune fille, presque nue… elle a pris la fuite.

- Encore cette fille ! lui répondit l’employé, visiblement plus intéressé par la feuille qu'il remplissait que par les angoisses de son visiteur.

- Vous… vous la connaissez ? demanda l'homme, dubitatif.

- Je l’ai jamais vue ! Je me demandais même si ce n’était pas une légende, le fruit de l’imagination des routiers… Excusez-moi, je n’ai pas le temps de m’occuper de vous. Je dois rendre ces feuilles remplies à mon chef. Vous pouvez vous servir du téléphone, annonça l’employé en désignant le combiné sur le comptoir.


L’homme composa le numéro. Après un temps qui lui parut interminable, il obtint enfin un correspondant, à qui il exposa la situation. Une patrouille allait arriver.


L’homme revint vers le comptoir et remercia l'employé, en osant :


- Excusez-moi encore de vous déranger, mais ma voiture est en panne. Vous ne connaîtriez personne qui pourrait y jeter un coup d’œil ?

- Je n’ai pas le temps ! Demandez à la police lorsqu’ils viendront, répondit l'employé en repiquant du nez dans ses papiers.


Debout sur le pas de la porte, l'homme attendait l’arrivée de la voiture de patrouille. Invariablement, son regard passait de sa voiture à ce talus où la fille avait disparue.


Une lumière bleue déchira la nuit. La police, enfin !


- Bonsoir messieurs, dit-il poliment. Je…

- Quel est votre problème ? Faites vite, nous sommes pressés. On vient de nous avertir d’un accident important à quinze kilomètres d’ici, et nous devons aller assister nos collègues, dès que nous aurons fini avec vous.


L’homme expliqua ce qui s’était passé. La fille surgissant de nulle part, et fuyant à moitié nue.


- Tiens, pour une fois, ce n’est pas un chauffeur routier qui nous raconte cette histoire de fille…

- Vous allez faire des recherches pour la retrouver ? demanda-t-il.

- Je n’ai pas le temps de m’occuper de vous ce soir ! Est-ce que cela vous dérangerait de passer au poste demain matin pour faire votre déposition ?

- C’est que ma voiture est en panne…

- Faites-la réparer, et ensuite passez au poste ! ordonna l’uniforme avant de remonter dans sa voiture de patrouille et filer à toute vitesse dans le halo des éclairs bleus.


L'homme se sentait bien seul, et ne savait plus quoi faire. Il soupira en pensant à cette solitude, la sienne désormais. Pour la vie…


Il entra à nouveau dans la station et demanda s’il pouvait téléphoner à un garagiste. L’employé au comptoir lui sortit la carte d’un dépanneur local. Après avoir expliqué à son correspondant son problème, le quinquagénaire obtint pour toute réponse :


- Je n’ai pas le temps de m’occuper de vous ! Je viens d’être appelé pour un accident. Regardez si ce n’est pas un fusible ou un fil détaché, et si vous ne trouvez pas, appelez-moi demain matin !


L’homme raccrocha, sans rien dire, et retourna à sa voiture. Il prit la lampe de poche qu'il gardait toujours dans la boîte à gants, et ouvrit son capot. Il repéra très vite l'origine du problème, près de l’alternateur. C’était en effet un simple faux contact, qu'il répara en quelques secondes. En refermant le capot, il vit sur celui-ci une trace rouge. Du sang...


- Oh non ! Elle est blessée ! Il faut la retrouver…


Il éclaira le talus. « Ne pas avoir peur de l’inconnu. Aller de l’avant ».


Sans omettre d’emporter la petite trousse de secours de sa voiture, il se mit à la recherche de la fille. Les traces de pieds nus et de sang étaient bien visibles mais, heureusement, les dernières n’étaient pas très abondantes. En continuant à suivre le caniveau, il s’éloigna de plus en plus de l’aire de repos, pour finir par déboucher, deux kilomètres plus loin, sur les bords d'un déversoir d’orage. Il observa attentivement les alentours. Il était probablement près d’un échangeur : plusieurs axes routiers se croisaient sur différents niveaux.


Sa lampe éclaira le pilier d’un pont. Une échelle s'élevait contre celui-ci, et donnait accès à une sorte de local technique. Tout en haut, une porte entrouverte…


Après une brève hésitation, il gravit le premier échelon. Il vit le sang sur un des barreaux...


Arrivé au sommet, il ouvrit la porte. La gamine était là, apeurée, recroquevillée sur elle-même, dans le coin le plus sombre du local


- N’aie pas peur…


La fille, visiblement terrorisée, pleurait en disant :


- No police, no police… Je, fille très gentille…


Dans un geste rapide, trop rapide pour être vraiment voulu, elle écarta les jambes pour s’offrir à son visiteur. Ses yeux exprimaient la honte, la peur... mais aussi brillait au fond comme une petite lueur d'espoir, celui de poursuivre, de continuer sa vie, cette misérable vie dont elle semblait avoir fait son quotidien.


- Mais que vas-tu penser là, malheureuse !


Il s’approcha d’elle en lui parlant doucement. Il vit ses blessures. Rien de grave, de simples écorchures aux genoux… Mais qui pourraient bien vite s’infecter dans ce lieu dégoûtant.


- Calme-toi. Je vais te soigner, et ensuite tu m’expliqueras ce que tu fais ici, dit-il en passant très doucement une main dans les cheveux collants de saleté de la fille, une très jeune fille de toute évidence.


Elle tremblait. Mais voyant que l’homme était en train de la soigner, elle se calma. Il lui sourit et réitéra sa question.


Un torrent de mots incompréhensibles jaillit de ses lèvres, mots qu'elle appuya de nombreux gestes, remplaçant par le mime les phrases dont elle devinait à son expression qu'il ne les comprenait pas. Tant bien que mal, elle réussit à lui raconter son histoire d'immigrée clandestine, qui avait fui une bande de passeurs mal intentionnés. Depuis, elle se cachait le jour, et tentait de se nourrir la nuit en fouillant les poubelles de la station.


À la fin, quand elle vit qu'il l'avait comprise, ses yeux s'emplirent brusquement de toutes les larmes qu'elle avait enfouies en elle, bravement, depuis tant de jours, de semaines, de mois... Laissant enfin libre cours à une détresse trop grande pour son cœur trop jeune encore, elle s'effondra en pleurs sur son épaule. Sans bruit. Sans cris. Des larmes, de simples larmes d'enfant, qui coulaient, interminablement.


Lui ne cessait de penser avec horreur à la réaction qu'elle avait eue en le voyant. Elle avait très probablement été abusée sans vergogne en échange d'un peu de nourriture, ou pire, du silence de ses « bienfaiteurs »…


Il lui proposa de la couvrir avec son manteau, et l'invita à le suivre. Elle refusa, elle ne pouvait se résoudre à quitter le seul havre de paix qu'elle connaissait depuis tant de lunes. Pour quel inconnu ?


- Ne crains rien. Pas police… chez moi…


Elle accepta seulement de bouger lorsqu’il lui fit comprendre qu’il lui donnerait à manger. Il s'en voulait profondément de l'attirer ainsi, comme un animal, mais il n'avait pas trouvé d'autre argument pour la décider. Une fois dans sa voiture – qui démarra du premier coup –, il lui tendit une boîte de biscuits dont elle attaqua illico le contenu, avec la hâte furieuse et fébrile de ceux qui ne savent jamais quand ils pourront à nouveau manger à leur faim.


Avec beaucoup de difficultés, il essaya de lui demander son nom et son âge… La réponse, lorsqu'il l'eut déchiffrée, lui fit l’effet d’une bombe.


- Elena, 16 ans.


« Aller de l’avant, et ne pas avoir peur de l’inconnu. Le bonheur est là. »


Il remercia silencieusement sa femme… où qu’elle soit.


- Ne t’inquiète pas, petite. Je prendrai soin de toi. J’ai tout le temps...



 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   studyvox   
29/9/2008
J'ai trouvé cette nouvelle "très bien plus".
Le style est simple et colle très bien avec le récit.
Le contraste entre les gens pressés et l'indifférence aux malheurs des autres est bien traité.
Les sentiments sont bien évoqués, sans tomber dans le misérabilisme.
Bravo

   Marchombre   
20/11/2008
Une histoire belle, émouvante… les phrases son très construites, ce qui, contrairement à beaucoup de textes, ne gène pas la lecture.

   victhis0   
29/9/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
beaucoup de retenue et de tact dans cette histoire qui eut peu facilement être larmoyante...Une belle émotion pour une belle sensibilité, de la pudeur sur la forme pour une impudeur sur le fond : c'est un bel équilibre.
je regrette les dialogues, moins soignés (notamment 'oh mon dieu qu'ai je fait' vraiment peu crédible, trop écrit à mon goût, manquant de vérité et de simplicité.

   Anonyme   
3/10/2008
 a aimé ce texte 
Bien
Selon ce que j'ai compris, Stéphane est un ami proche qui accompagne lors de la crémation. La voiture devant est un corbillard, et cette scène se déroule avant le transfert de l'urne vers la plage que le personnage fait seul.

J'ai trouvé cette histoire très jolie, limite magnifique. Un gros regret, l'absence de nom des personnages principaux (la morte et son mari) qui rend les choses un peu artificielles.

Je sens que c'est un effet voulu, puisque d'autres personnages ont une identité... Est-ce un effet de pudeur?

J'ai néanmoins passé un très agréable moment et suis vraiment touché par l'histoire, moins par l'écriture.

   widjet   
18/5/2009
 a aimé ce texte 
Pas
Une bonne intention pour un texte raté, qui, hélas, n’évite pas le pathos.

C’est trop maladroit, trop bancal ou décalé (dans les dialogues Bon sang ! Dans quel problème nous sommes-nous encore fourrés ! et certaines formulations le seul havre de paix qu'elle connaissait depuis tant de lunes ). Ou exagéré La réponse, lorsqu'il l'eut déchiffrée, lui fit l’effet d’une bombe

Trop surligné aussi dans cette recherche à l’émotion, peu aidé par une écriture hésitante.

Sur un sujet qui ouvre autant les bras à la facilité et au misérabilisme, il fallait faire preuve de plus de retenue.

Widjet


Oniris Copyright © 2007-2020