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Policier/Noir/Thriller
Perle-Hingaud : Clytemnestre 2009
 Publié le 29/10/09  -  16 commentaires  -  14753 caractères  -  124 lectures    Autres textes du même auteur

Une petite visite déjantée du mythe de Clytemnestre, très librement interprété…


Clytemnestre 2009


- Clothilde ! Clothilde, arrête ! Tu es complètement saoule, ou quoi ?


Ma charmante sœur m’apostrophe au bar. De quoi se mêle-t-elle ?


- Fous-moi la paix, Hélène. Occupe-toi plutôt de ton mari, pour une fois !


Quelle jalouse ! La déesse prend de l’âge, la cohorte de ses prétendants s’amenuise, elle ne supporte pas que, dorénavant, ce soit MOI que les hommes admirent ! Elle s’approche, hautaine, et écarte d’un regard impérieux les deux apollons qui me serraient de près. Si elle croit m’impressionner, moi, sa petite sœur... son port de reine me laisse de marbre ! Penchée sur le comptoir, j’attire le barman. Mes pieds nus battent la mesure, ma robe plaque mon corps en sueur. Sur la piste, la plèbe se déhanche en rythme, indifférente à notre querelle familiale. Hélène me retient par le bras :


- Calme-toi... Je sais très bien pourquoi tu fais ça... Gaspard-Edmond passe demain récupérer les enfants pour les vacances, hein ?

- Et alors ? Depuis plus d’un an qu’il a foutu le camp, qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ?

- Ne me dis pas que Jenny n’a rien cafté ! Son père vient avec sa nouvelle conquête, cette fille, là... Cassandra.


Je repose le verre lentement. Pink lady. De mémoire : gin, citron, grenadine, œuf et crème. Contrairement à ce qu’imagine ma buse de sœur, non, je ne suis pas saoule. Ni beurrée, ni murgée, ni même pétée. La réapparition de mon mari n’a plus ce pouvoir. Il y a un an, ça... Oui, il m’a fracassée, déchirée, cramée grave comme le dit ma douce Jenny. Mais c’est fini. Demain, quand il sonnera à la porte, il comprendra. Lui et sa pétasse, je vous le prédis, ça va être un véritable bain de sang ! Moi, quand on m’en fait trop, j’correctionne plus... j’dynamite... j’disperse... et j’ventile ! *


Je m’appelle Clothilde Atrides, née de Tindare. Comme le laboratoire. La pharmacologie de Tindare, vous connaissez ? Eh bien c’est Papa. Vaccins, molécules subtiles et éthérées, drogues douces, c’est mon Papounet. Fortune et Bienséance, famille respectée depuis la Grande Guerre, rallyes et chasses gardées. Je suis la cadette de quatre enfants, le vilain petit canard, la simplette. Enfin, ça, c’était Avant. Du temps de ma jeunesse, du temps de la gloire d’Hélène, des exploits des jumeaux. Le temps passé, lorsque je mendiais un peu d’amour à ma mère :


- Enfin, Clothilde, cessez donc de gémir...


Un peu de complicité à ma sœur :


- Ah non ! Tu viens pas à la boum de Diane, j’ai pas envie que tous les garçons détalent...


Alors, bien évidemment, quand Gaspard est apparu…

Oui, à l’époque, il se prénommait Gaspard. Edmond s’est immiscé ensuite, deuxième prénom greffé là pour se hausser du col auprès des administrateurs, à défaut de particule.


Carrière fulgurante chez Papa. Prêt à tous les sacrifices pour monter plus haut.


Y compris séduire la boulotte de la famille, le boulet, la boutonneuse, la bécasse, bref, Bibi.

Je n’y ai vu que du feu : il liquida le doux Tanguy, mon seul soupirant jusqu’alors, et s’imposa derechef. Bague au doigt en deux mois, trois enfants, quinze ans de mascarade.

Gaspard-Edmond m’aimait, du moins le croyais-je. Je le lui rendais bien : outre les petites gâteries hebdomadaires coutumières aux couples épanouis, son statut « d’époux de » lui garantissait l’accès à l’appartement avenue Victor Hugo, à la voiture de fonction et surtout au poste de Membre du Directoire.


L’an passé, lorsque Père s’est retiré des affaires, Gaspard-Edmond est devenu Président Directeur Général. La société prospérait, notre assise financière s’épaississait parallèlement à mes hanches. De son côté, Gaspard-Edmond amassait, de pots-de-vin en commissions occultes. Il finança, à titre personnel, une start-up, un laboratoire cambodgien. De l’union de la médecine ancestrale à la biochimie naquit alors la pilule miracle, le Vadroit. Messieurs, des heures de félicité amoureuse garanties ! Succès fulgurant. Gaspard-Edmond avait touché le pactole, j’étais désormais inutile. Il m’abandonna un matin, «Je te quitte, je ne t’ai jamais aimée, tu es moche et grosse ».


La claque.


La quarantaine, engluée, empâtée, amollie sur mon canapé, l’abus de pilules de mon cher Papa était-elle la seule issue ? Gaspard-Edmond l’espérait sans doute... Je n’allais certes pas lui donner raison. L’ampleur de sa trahison m’avait donné la rage. J’implosais. Je ne dormais plus. Je ne mangeais plus. Mes mains se mirent à trembler, mes yeux jaunirent. Un dimanche, Jenny me traîna à la piscine. Je plongeai, songeai à couler. Allez comprendre, un vieux réflexe, un coup de pied : je fis surface. Une brasse, une autre, une longueur, encore une... Muscles tendus, volonté d’avancer, simplement. Ne pas crever. Surnager. Encore une longueur, encore une. Lorsque je rendis les armes, mon cœur battait la chamade, mes oreilles sifflaient, des taches brunes voletaient devant mes pupilles. Aidée de Jenny, je titubai jusqu’à la voiture, conduisis en roue libre, m’écroulai enfin dans les bras de Morphée. Je dormis douze heures d’affilée. Je venais de trouver ma panacée, ma drogue, ma planche de salut.


Je m’inscrivis à un cours intensif. Trois jours par semaine, je me déchirais les poumons d’eau chlorée. Les vingt premières minutes étaient un supplice, les vingt dernières un enfer. Lorsque, ruisselante, hébétée, j’émergeais, plus rien ne m’atteignait. Je rentrais le cerveau aussi rincé que mon maillot. Dès que la douleur pointait, à l’aurore, dans l’appartement silencieux, je prenais mes clés de voiture pour faire le guet de l’ouverture du grand bassin. Cinq mois, cette folie a duré cinq mois. J’ai perdu onze kilos. Et puis, un matin, Jenny m’a surprise après la douche :


- Waouh, Maman ! Mais t’es terrible ! Qu’est-ce que t’as changé, dis-donc... Les épaules, le ventre... Tu peux plus mettre ça, attends... Viens, aujourd’hui, je te rhabille !


Ma fille me traîna dans un marathon fringues. J’étais encore fragile, elle décida de tout.

Ce fut à ce moment précis que les hommes se retournèrent sur moi. Je mis plusieurs semaines à comprendre : je leur plaisais. Une nouvelle Clothilde émergeait. Fracassés les carcans de pensée, oubliées les mœurs policées : la hargne était ma flamme.


Ce fut aussi à cette époque que Papa découvrit le chaos de mon existence. Je ne sais si Jenny l’avait sollicité, mais il actionna son réseau et le DRH du labo me proposa un poste au marketing. Honorifique, le poste, mais suffisant pour m’ancrer à la réalité. J’avais un but. Je gagnais de l’argent – un peu –, j’appartenais à un groupe – très déférent envers moi –, j’apportais ma pierre à l’édifice dont les bénéfices me nourrissaient depuis toujours. Définitivement accro au crawl, je suais sang et eau dans la piscine de l’entreprise sous l’œil alléché de cadres empâtés.


Puisque l’eau m’avait sauvée, je résolus de m’y jeter. J’écoulai tous mes meubles, mes souvenirs, ma collection d’eaux-fortes et la cave de Gaspard-Edmond. J’ajoutai quelques liquidités, et m’offris une péniche, quai de Seine. Les enfants étaient enchantés, frimaient à l’école et se la coulaient douce. Lors de la kermesse des petits, je rencontrai Théodore, père divorcé de son état. La dernière amarre fut larguée, au diable la fidélité. Un amant exceptionnel ne peut faire qu’un mauvais mari*, c’était parfait, je ne voulais justement pas d’attache.


Un gris matin, après huit mois de silence, Gaspard-Edmond reparut. Un simple coup de téléphone, les enfants qu’il souhaitait inviter, les termes du divorce à discuter. Grand seigneur, cette enflure, pourriture, moisissure, me laissait «tout ». Enfin, l’appartement de mes parents, le véhicule de la société, et la moitié de ses salaires passés. Pour le Vadroit, certes, je ne palperai rien, mais « après tout, c’est Beau-Papa qui avait insisté pour le contrat de mariage, t’en souviens-tu ? »


Des mois de rage dominée me permirent de me contrôler. Calme olympien. J’étais belle, j’étais forte, mon amant me le susurrait chaque soir. Je ravalai mon venin et acquiesçai à ses demandes. L’impudent ne captait rien, prenait mon silence pour une reddition, osait réclamer encore et encore :


- Bon, donc, cet été, je garde les enfants en juillet, et toi en août.

- D'accord.

- Oui, et... je voulais t’en parler... Je vais m’installer à Boston pour développer la filiale américaine du Vadroit. Jenny pourrait m’accompagner, qu’en penses-tu ? Je vais l’inscrire à l’université.

- Jenny ? Tu n’y songes pas ! Aurais-tu oublié qu’elle rêve de devenir vétérinaire de campagne ?

- Grandis un peu, Clothilde ! Vétérinaire, pourquoi pas pompier ou maîtresse d’école ? Jenny doit reprendre la suite, elle aura un vrai métier, je ne sais pas, moi, avocat, fiscaliste...


Je restai médusée au bout du fil. Ce traître était sérieux...


- Gaspard-Edmond, il est hors de question que ma fille abandonne sa passion pour gérer ton entreprise !

- Mais ne le prends pas comme ça ! Au moins, qu’elle fasse des études de médecine, ça lui sera toujours utile dans ma boîte. Et puis, j’ai mon mot à dire, non ? Arrête de la protéger, tu vas en faire une grosse matrone... Enfin, nous trancherons cet été, à mon retour d’Asie.


Gaspard-Edmond raccrocha sur ces paroles. Il venait de se condamner. Jamais je ne le laisserai sacrifier Jenny, ma tendre et décidée Jenny, sur l’autel des affaires.


Ma décision était prise, le destin en marche.


Un rapide tour d’organigramme, et mon complice apparut grâce à la magie d’Intranet. Baptiste Lemol, responsable de recherche et développement du secteur asiatique. Pas vraiment un Adonis, mais parfait pour mon stratagème...

Je le séduisis lors du cocktail de l’Assemblée Générale. Pour un homme talentueux mais oublié dans les labyrinthes de la hiérarchie, accéder à la table du Directoire relevait du supplice de Tantale. Pauvre garçon... Un simple regard, il fut à mes pieds. Ambitieux, amoureux, mes filets le serraient de trop près pour qu’il comprenne mon projet. En quelques semaines, Baptiste me promit tout, me donna tout, jura fidélité et silence en échange de caresses et de promesses.


Alors, oui, Hélène, ce soir je bois. Je bois à mon honneur vengé, à ma fille sauvée. Demain... Gaspard-Edmond revient du Cambodge par le vol de onze heures cinquante. Sa maîtresse l’accompagne. Demain...


xxx


Voilà, nous y sommes. Le rideau peut se lever.


xxx


- Mon Dieu, Clothilde... Tu es rayonnante !

- Bonjour, Gaspard-Edmond... Mademoiselle...


Je suis légèrement nerveuse. Si légèrement... à peine un frisson sur ma nuque. Gaspard-Edmond traverse le ponton d’un pas assuré. Il a pris du ventre... mais le bronzage le rajeunit. Elle... Je laisse glisser mon regard, il pourrait me trahir. Elle a la décence d’être mal à l’aise, souhaiterait bien disparaître. Patience, mon ange, patience...


L’après-midi est là, chaude, lourde. Je leur désigne le salon bâbord.

- Asseyez-vous donc, les enfants préparent leurs sacs, ils arrivent...


J’appelle :


- Jenny, Claire, Ernest : votre père vous attend !


Embrassades gênées, regards de biais sur l’étrangère. Je sers à boire. Baptiste nous rejoint, se présente. Mine incertaine, puis goguenarde de Gaspard-Edmond : pauvre Clothilde, elle aurait pu trouver mieux, tout de même...


- Baptiste travaille au labo, tu sais ?

- Ah oui, vraiment ?

- Il dirige les recherches sur l’élaboration de vaccins contre les maladies tropicales.

- Bien bien... Et si nous parlions un peu en privé, hein ? Je ne voudrais pas paraître grossier, mais nous devons régler divers problèmes, t’en souviens-tu ?

- Mais oui.


Je me lève, souriante.


- Allons dans mon bureau. Tiens, peux-tu porter les jus de fruits à la cuisine ?

- Oui, bien sûr. Aïe !

- Qu’as-tu ?

- Là, ton plateau. Une écharde... C’est quoi, cette camelote ? On dirait un clou qui dépasse... Regarde, je saigne.

- Oh, arrête ton cirque ! Fais-voir... Ce n’est rien, à peine une estafilade. Donne-moi ce plateau, je vais le ranger.


Je pose la tablette de bois tout en haut des étagères. Je m’en occuperai plus tard.


La discussion peut commencer, j’ai désormais tout mon temps. Je suis d’accord, oui, y compris pour Jenny, tu avais raison Gaspard-Edmond, j’étais stupide de ne pas voir son intérêt, plus de pomme de discorde entre nous. Oui, compris, promis, je signerai les papiers.


Dehors, soudain, un cri :


- Ouille...


Mon futur ex se précipite. Pincement : jamais il n’est accouru aussi vite vers moi. Cassandra se frotte l’arrière de la cuisse, juste au-dessus du genou :


- Une écharde dans la chaise ! J’ai plié la jambe, elle s’est enfoncée. Regarde, je saigne...


La donzelle frémit, pleurniche, se cramponne à son amant :


- Nous n’aurions pas dû venir... Je... Je te l’ai dit, mais tu ne m’as pas crue... Tu ne me crois jamais, jamais !


Je m’approche, apaisante :


- Allons, allons, ne paniquez pas...


Pendant ce temps, Baptiste replie soigneusement le transat, l’emporte avec précaution dans la cambuse, ferme à clé. Ne prendre aucun risque.


Les enfants reparaissent. Je les embrasse avec émotion, m’assure une dernière fois :


- Donc, c’est bien convenu : ils restent d’abord une semaine chez ta mère, avant de partir en vacances avec toi ?

- Oui, je les dépose ce soir à Neuilly. Je reprends le boulot demain, je ne peux pas me libérer avant samedi.

- Pas de problème, ça devrait suffire.


Cassandra me regarde bizarrement. Je ferais mieux de me taire, cette fille semble un peu trop perspicace...

Alors que je raccompagne le petit groupe, Gaspard-Edmond me souffle à l’oreille :


- Bravo, pour Baptiste... C’est bien de ne pas rester seule. Il est intéressant, au moins ?

- Passionnant. Et passionné par ses recherches. Je ne te l’ai pas dit ? Il lutte contre la dengue hémorragique mortelle, celle du Sud-est asiatique. Un virus foudroyant : trois jours après la piqûre infectée, tes organes sont réduits en charpie sanguinolente... et aucun remède connu !

- Eh bien... Un travail de Titan, à ce que je vois. Enfin, si tu es heureuse avec lui... Allez, tout le monde à terre, nous regagnons nos pénates ! Encore merci pour ces échanges fructueux.

- Mais je t’en prie… Adieu !


Un dernier signe de la main, un sourire naissant, le sourire du triomphe.


Aucune ombre au tableau. Peut-être, simplement, la petite Claire qui me regarde étrangement de l’arrière de la voiture. Elle et son frère, ils ont toujours préféré leur père, allez comprendre pourquoi.




*Note de l’éditeur : depuis la trahison de son époux, Clothilde de Tindare se plaît à citer Audiard à tout bout de champ, et a souhaité que ces deux reprises célèbres figurent dans ce chapitre de son autobiographie « Du rififi dans l’Olympe ».


 
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   jaimme   
29/10/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un vrai régal sur 80% du mythe, euh, de l'histoire.
Les références au monde antique gréco-romain abondent avec beaucoup de discrétion. Je laisse à chacun le plaisir de les découvrir. Je ne retiendrai ici que l'excellent "Gaspard-Edmond" pour Agamemnon!
J'ai beaucoup aimé le style.
Et.. le retour de Gaspard. Je trouve la fin moins pétillante. Et l'écharde trop visible. Cette partie est à retravailler, à mon goût, pour être au niveau du reste. Le Gaspard est un salaud, mais je l'aurais aimé encore pire. Responsable d'une mort (voire de beaucoup) pour être en accord avec le mythe.
La barre est placée haut avec ce récit!

   florilange   
29/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ah! Que c'est bon ces vengeances pensées, organisées, exécutées avec le sourire sous l'oeil de l'autre, qui se croit tellement supérieur.
Bravo pour l'actualisation du mythe & pour Gaspard-Edmond.
Rien à dire sur le style, il est excellent & se laisse lire sans la moindre longueur. En particulier, le va-&-vient entre présent & passé, totalement fluide.
Merci de cette lecture fort divertissante,
Florilange.

   brabant   
29/10/2009
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ah! ça, oui! Vous avez placé la barre très haut. On peut dire que je me suis régalé! Ecriture d'une rare élégance, aérienne, écriture alka-seltzer, ça bouscule les synapses et ça oxygène les neurones!
Pas de temps mort, la transition est envoyée en quelques mots et on enclenche sur le guet-apens. Pas le temps de souffler ni de languir!
Au niveau de l'intrigue, peut-être huit mois sont-ils un peu courts pour tous ces changements, peut-être Clothilde aurait-elle été mieux protégée quant au brevet, peut-être aurait-il été moins évident d'instrumentaliser les échardes...
Mais, basta! Quelle écriture! Olympienne! (j'ai osé!). Effectivement j'ai ressorti un livre de recettes: "La cuisine d'Olympe" par Olympe, pour le fun, recettes succulentes... Quel régal! Ecriture champagne, Vichy Saint-Yorre pour les abstinents, mais que des bulles!
ça m'a aussi permis de rafraîchir mon "Clytemnestre"; votre récit montre qu'il ne faut jamais oublier ses classiques. Erreur fatale de Gaspard-Edmond...

Encore bravo! J'en redemande!

Si vous vous occupiez de "Médée"?

PS: je retrouve un peu et c'est un compliment pour toutes les deux le même style d'écriture chez Misumena (cf "Baiser, n. m, v. tr." sur Oniris)

   Anonyme   
29/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Quelle métamorphose ! La chenille est devenue papillon, Monarque aux ailes bigarrées. Belle version de Clytemnestre, bien sentie sur le dénouement, un peu doucereux sur le personnage de Gaspard-Edmond peut-être. Quelques discours et phrases sont écrites dans un langage familier qui dévalorise l'écriture. Jolie amélioration tout de même !

S.

   Anonyme   
30/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime beaucoup cette nouvelle

Il y a un bon rythme, les dialogues sont réussis, l'humour est présent, l'intrigue est bien menée. Cette visite du mythe m'a plu (bien aimé Cassandra et son "tu ne me crois jamais")

Du côté des regrets, les mobiles me paraissent un peu faibles (Jenny me parait de taille à se défendre seule), il n'y a pas je trouve assez de montée en puissance dans la préparation du meurtre, le coup des échardes est un peu trop aléatoire et le dernier dialogue qui nous livre la clé est lui un peu raté.

En tout cas merci, je suivrai dorénavant cet auteur

Xrys

   Chene   
31/10/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir Perle-Hingaud

Démarche originale que d'aborder un thème mythologique en le rendant contemporain. On y retrouve en trame de fond le thème de la vengeance.

Tout concoure dans cette nouvelle à tracer le chemin psychologique de l'héroïne vers l'assouvissement de cette vengeance.
Et je dois dire que le style très fluide et élégant (à quelques exceptions près), les dialogues rondement menés, la mise en page en paragraphes qui font sens, l'expression teintée de quelques traits d'humour conduisent le lecteur à accompagner Clothilde jusqu'au bout de son destin.

Une petite remarque anatomique quand même :
[Cassandra se frotte l’arrière de la cuisse, juste au-dessus du genou] Hummm... bizarrement foutue Cassandra, ;) : "juste à l'articulation du genou" me semble plus opportun d'un point de vue anatomique.

Belle lecture appréciée.

Alors la suite ? Ernest vengera-t-il son père, Gaspard-Edmond ?

Au plaisir d'une prochaine lecture

Chene

   Meleagre   
5/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le titre m'a attiré, et indique savoureusement la démarche adoptée, qui est assez originale et intéressante. Cette nouvelle dépoussière le mythe.
Quelques belles trouvailles : l'évocation de la "pomme de la discorde", "la cohorte de ses prétendants s'amenuise", et surtout "Jamais je ne le laisserai sacrifier Jenny, ma tendre et décidée Jenny, sur l’autel des affaires." Le nom de Claire n'est peut-être pas le mieux choisi pour rappeler Electre
Mais je trouve parfois le style trop saccadé, haché, familier, le contexte trop résolument moderne : le transfert devient une parodie trop lointaine, trop décalée à mon goût. J'ai du mal à voir Clothilde se trémousser dans un bar, et Gaspard-Edmond inventer le Vadroit...
Ces réticences viennent peut-être de mon admiration pour toute la culture gréco-latine.
Cela dit, merci Perle-Hingaud pour cette nouvelle originale et intéressante.

   LeopoldPartisan   
6/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voilà une petite nouvelle joliment ficelée. En plus, elle m'a permis de découvrir le mythe de Clytemnestre, dont j'ignorais tout, sauf bien sûr la personnalité honnie de Gaspard-Edmont. C'est lisant sur ce mythe que j'ai aussi découvert que mon roman préféré toute catégorie de ces dix dernières années: "les bienveillantes" de Jonathan Littell, s'inspirait aussi de ce mythe (partie vengeance du fils à la disparition de Agamemnon). J'adore les références induites ou pas. J'ai bien apprécié le style alerte et le découpage des scènes. Petit bémol, la fin aurait vraiment pu bénéficier d'un traitement identique au début : un peu court et presque trop simple. Mais c'est quand même bien bien foutu.

   costic   
22/11/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Nouvelle très agréable à lire. J'ai particulièrement aimé le passage au fond de la piscine et le coup de pied salvateur.
Finalement rien ne change, le mythe me semble particulièrement bien remis à jour. Merci pour cette parabole savoureuse.

   Napthaline   
25/11/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai tout aimé dans cette nouvelle : le style, le ton, l'humour (le choix des noms, les clins d'oeil au mythe, à Audiard)
Et je n'ai pas trouvé la chute bâclée... même si le coup des échardes, c'est tout de même plus risqué qu'un coup de poignard... Imaginons que Jenny se soit assise sur la chaise ou que Claire ait décidé de porter le plateau pour aider sa mère... la suite eût été différente. Mais bon, là, on partirait sur une autre histoire (comme celle d'un certain ogre qui tua ses filles par méprise... )
Bref, que du bonheur, une vraie Perle !

   widjet   
30/11/2009
 a aimé ce texte 
Pas
Que l'auteur veuille bien me pardonner, mais pour ma part j’ai trouvé ça faiblard…
Bon, je ne connaissais pas le mythe alors j’ai regardé sur le net.
Adaptation plus ou moins libre et moderne donc, mais mise en scène bancale pour ma part. Je ne vois pas trop ce qu’apporte la scène du début, mais bon... Construction guère convaincante. On suit donc ce que va manigancer l’héroïne et c’est plutôt la déception. Tout s’enchaîne vite, trop vite (les ellipses, je ne suis pas super fan à la base) et presque sans problème (en quelques lignes, elle est désespérée puis au top et séduit qui elle veut).

Aucune atmosphère et personnages sont taillés à la serpe (rien sur les regards, les faciès, les tons de voix, bref pas grand-chose à se mettre sous la dent pour visualiser les scènes) n’aident pas non plus. Enfin, le plan machiavélique tant attendu s’avère assez être simpliste et le final même un peu comique (aucune description de la scène, mais plutôt un « aïe » et un » ouille » des plus saugrenus). Drôle d’idée d’avoir fait des personnages mythiques des gens de la bourgeoisie. Effet volontaire, je pense, pour le caractère humoristique, mais comme j’avais lu que c’était une nouvelle « noire », j’avoue avoir été surpris. La seule phrase qui soit amusante n’est pas celle de l’auteur.

Tout ça pour dire que c’est bien peu. Pour une adaptation libre ça manque, à mon sens, d’imagination et précisément de liberté.
Enfin, niveau de l’écriture, c’est… sans plus.

Après une « Muraille de Chine » guère emballante, je n’ai pas encore décollé pour un texte de Perle. Le prochain texte, peut-être…

W

   ANIMAL   
8/12/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte rafraîchissant qui se lit comme on boit une citronnade, c'est frais et acidulé :-)

J'ai aimé du début à la fin et ne connaissant pas l'histoire pastichée, je n'ai pas envie de la connaître. Celle-ci me convient.
La chenille qui devient papillon et se venge, ça me parle.

Le style coule tout seul, c'est un plaisir.

Bravo pour ce joli double crime !

   Anonyme   
14/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Perle
J'ai tardé à commenter ce texte parce que les références à la mythologie c'est pas ma tasse de thé à cause d'un truc tout simple : je m'y perds dans la généalogie de tous ces dieux et déesses. Donc j'ai attendu et j'ai décidé de commenter le texte en expurgeant toute idée de "références", ce qui n'est pas bien difficile, puisque l'histoire démarre sur les chapeaux de roue. Humour, humour acidulé comme un zeste de citron et rapports inter-familiaux très actuels.

On est loin de la tristesse mélancolique de "Résonance". Ici, j'ai l'impression que l'auteur se lâche et écrit comme il respire. Pas de prise de tête, juste le plaisir et moi... j'aime.

J'aurais bien vu deux points après le vilain petit canard : la simplette, juste pour enfoncer le clou de l'auto-dérision.
Le style est savoureux, avec juste ce qu'il faut de moquerie et d'acidité (ou d'amertume ?) surtout dans le passage de la piscine.
"Allez comprendre, un vieux réflexe, un coup de pied : je fis surface." J'aime bcp ce ton désabusé.

A partir du moment ou le rideau se lève, et même à partir de la réapparition d'Edmond, le style change, perd de cette hargne si bénéfique à la reconstruction du personnage central.
Place à l'organisation du "plan", les phrases se raccourcissent, le style haché devient froid et mécanique. Ca me plait moins. Les piques, toujours présentes sont moins amusantes, on entre dans le sérieux, le grave.

Au niveau du dernier acte. Il me semble quand même que pour un projet pareil les armes de la vengeance sont un peu aléatoires. Le coup du plateau encore plus que l'écharde du transat. Mais bon, ça reste possible mais moi à la place de Clothilde j'aurais balisé "grave" (j'aime bien le clin d'oeil dans le contexte mythologie) en me demandant si ça allait marcher. L'histoire pêche ici, manque de tension du personnage et manque de suspens. C'est vraiment du sur mesure pour l'assassin. - mais je suis fan de polar ce qui explique cela - l'auteur s'amuse, c'est évident et j'aime bien le fait qu'il ne se prend pas au sérieux, que ce qu'il écrit est là pour détendre et amuser.

N'empêche, la seconde partie est un peu légère dans l'intrigue et comme le ton a changé, du coup je n'y ai pas trouvé le plaisir que j'ai eu en lisant la première partie qui a nettement plus de punch et de fantaisie que la seconde.

Merci pour ce moment de lecture Perle.

   Anonyme   
12/3/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Belle écriture, fluide, imagée ; j'en redemande.

Ah ! Gaspard-Edmond : on se pâmerait en entendant un tel prénom.
Et puis quoi, ma chère, cessez de gémir et mariez-vous avec lui, quouaaa.
Je n’y ai vu que du feu : il liquida le doux Tanguy, mon seul soupirant jusqu’alors, et s’imposa derechef. Bague au doigt en deux mois, trois enfants, quinze ans de mascarade : ptain, ils tirent vite dans la haute... L'habitude des chasses à courre peut-être ?

très poétique : notre assise financière s’épaississait parallèlement à mes hanches.

Il finança, à titre personnel, une start-up, un laboratoire cambodgien : chaotique.

je suais sang et eau dans la piscine de l’entreprise sous l’œil alléché de cadres empâtés : belle image surtout dans une piscine (changeaient-il l'eau à chaque fois ?)...

Un simple regard, il fut à mes pieds. Ambitieux, amoureux, mes filets le serraient de trop près pour qu’il comprenne mon projet : c'est vrai qu'il suffit de faire claquer le porte jarretelle et hop ! emballé le minou.

Allez, Emballé je suis.

   Flupke   
30/4/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Perle-Hingaud,
Encore une fois je me suis régalé.
De phrases bien ciselées qui m'ont plu:
-notre assise financière s’épaississait parallèlement à mes hanches
-Edmond s’est immiscé ensuite, deuxième prénom greffé là pour se hausser du col auprès des administrateurs, à défaut de particule.
-outre les petites gâteries hebdomadaires coutumières aux couples épanouis,
-sous l’œil alléché de cadres empâtés
-Pour le Vadroit, certes, je ne palperai rien, (mort de rire)
-Elle a la décence d’être mal à l’aise
La chute est bien présenté, discrète et percutante, point trop n'en faut, juste le nécessaire pour comprendre.
Des observations psychologiques, à la Anna Gavalda.
Vraiment très bien.
Merci.
Amicalement,
Flupke

   Anonyme   
10/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai passé un agréable moment en lisant cette version moderne du mythe grec.
Ce n'est certes pas le texte de l'année, loin de là, mais les personnages dans leur ensemble sont convaincants.
Peut-être Cassandra est elle un peu fade par rapport à la vraie Cassandre et Gaspard-Edmond moins dur que le vrai Agamemnon, mais comme c'est une relecture du mythe pourquoi pas.

Pour moi il y a quand même deux défauts qui me gâchent un peu l'ensemble:

* est-il possible qu'un virus reste comme ça à l'air libre, dans l'air parisien, alors que c'est un virus tropical à priori ? Les changement de températures ne devraient ils pas le tuer ?

* pourquoi faire cette longue scène dans le night-club au début du texte ? Je la trouve largement superflue une plongée plus rapide dans le texte, dans le corps de l'histoire me paraissait plus souhaitable.

L'écriture reste agréable quand même, fluide, sans réelles trouvailles mais sans rien de gênant non plus.
Et une référence assez plaisante aux dialogues d'Audiard qui donne un côté drôle à l'ensemble.
C'est donc un sympathique moment de lecture que j'ai passé.


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