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Humour/Détente
Phicai : Le sommier [Sélection GL]
 Publié le 15/09/22  -  13 commentaires  -  5076 caractères  -  56 lectures    Autres textes du même auteur

Un petit texte sans prétention inspiré de vacances avec quelques petits enfants.


Le sommier [Sélection GL]


Depuis près de six mois, j'ai emménagé dans un petit immeuble récent, dans le sud de Paris. J'habite un petit deux-pièces au quatrième étage. Au-dessus de moi, un seul étage où habite une dame d'un certain âge, plus près des soixante-dix que des soixante. On s'est souri et salués plusieurs fois dans l'ascenseur, on s'est dit deux mots de politesse, rien de plus.

C'est une dame gentille et coquette, ses cheveux teints tirés en chignon lui donnent, de loin, l'air d'une jeune femme mais de loin seulement, de près elle fait bien son âge. Elle a toujours autour du cou un foulard d'une grande marque, à moins que ce ne soit une copie, je ne m'y connais pas beaucoup. Elle a tout l'air d'une vieille dame gentille et charmante.

Aussi ai-je été très surpris, il y a quelque temps, d'entendre son sommier grincer d'une façon qui ne laissait aucun doute sur l'activité à laquelle elle s'adonnait.

Je ne l'avais pas remarqué auparavant, mais comme j'avais dû rester une petite semaine à la maison pour une grippe, ce jour-là je n'avais pas allumé ma radio qui devait habituellement couvrir ces bruits. À moins que le phénomène soit tout récent.

Et depuis, j'épiais le grincement rythmé qui me parvenait assourdi, régulièrement. Quand je dis régulièrement c'est vraiment le cas puisque le même scénario se renouvelait tous les jours, week-ends compris, à heure quasiment fixe.

Cette dame cachait bien son jeu, pensais-je. Elle avait tout d'une grand-mère, honnête, rangée, bien sous tous rapports. Je n'aurais jamais cru qu'elle pût avoir cette vigueur.

Mais, au plus profond de moi, en secret, j'enviais celui qui pouvait accomplir cette performance.

Près d'une heure le matin et autant le midi et le soir. Il fallait avoir la santé…

J'essayais d'imaginer la tête que pouvait bien avoir l'étalon. Un jeune de vingt ans, au sommet de sa libido, se faisant de l'argent de poche ? Mais, à ce rythme-là, il aurait fait fortune rapidement. Un homme de son âge ? Mais dans ce cas il devait avoir une consommation phénoménale de petites pilules.

L'affaire me tracassait. Je n'étais pas jaloux, loin de là, mais d'imaginer cette femme, qui aurait pu être ma grand-mère, s'adonner à ce genre d'occupations au-dessus de moi me troublait profondément.

Quand il m'arrivait de partager le même ascenseur, je faisais semblant d'être plongé dans la lecture d'un journal ou d'un livre, selon ce que j'avais sous la main. Un simple bonjour, un sourire un peu crispé, je ne pouvais pas faire plus. J'évitais son regard. Mais elle essayait chaque fois de faire la conversation, de parler de la pluie et du beau temps. Ou peut-être d'autre chose ? Se risquerait-elle à me prendre dans ses filets ? Je ne suis ni prude ni puritain, j'ai des copines avec lesquelles je passe quelques semaines, quelques mois au plus, mais je ne voulais pas me lancer dans ce genre d'aventures.

Le grincement quotidien du sommier se poursuivit plusieurs mois. Ma libido personnelle en avait pris un coup, je ne voyais plus mes copines, hanté par ce grincement. Chaque fois que je fermais les yeux, des images obscènes tournaient dans ma tête.

J'avais pris l'habitude de fuir l'ascenseur, de peur de le partager avec cette dame. Pour échapper au bruit rythmé du sommier, je partais plus tôt le matin. J'empruntais systématiquement les escaliers où je faisais en sorte de ne croiser personne : si j'entendais le moindre bruit dans la cage d'escalier, je me terrais chez moi jusqu'à ce que le bruit cesse. Le soir, je restais de longues minutes à guetter l'entrée de l'immeuble pour m'assurer que personne n'y pénétrât en même temps que moi. Sinon, je m'enfuyais dans la rue. Ça m'arrivait rarement. J'avais vite pris l'habitude, après ma journée au boulot, d'aller me promener au lieu de retourner dans mon appartement et de passer la soirée devant la télé, avec ce bruit au-dessus de moi. Le week-end aussi, je me baladais toute la journée. Tout ça me fit le plus grand bien puisque j'avais perdu plusieurs kilos.

Un jour cependant, j'arrivai en même temps qu'elle dans le hall d'entrée sans que je l'aie vue, perdu dans mes pensées. Mon éducation m'interdisant d'être malpoli envers cette dame âgée, je montai derrière elle dans la cabine en regardant mes pieds. Je n'avais ni livre ni journal, mais un panier de courses dans les mains. Difficile de m'y plonger. Je n'ai pas pu lui échapper.

Voyant mon embarras, elle me dit :


– Depuis quelque temps, je voulais vous voir au sujet du bruit que nous faisons avec mon petit chéri. J'espère que vous n'êtes pas trop ennuyé…

– Ça me gêne d'en parler, la coupai-je, je ne voudrais pas être indiscret…

– Mais non, mais non ! Vous n'avez pas à être gêné. Voyez-vous, mon petit chéri est plein d'énergie. Il doit la dépenser d'une manière ou d'une autre. Je l'adore et je ne veux pas l'empêcher de faire ça. Ses parents sont partis pour quelques mois à l'étranger et me l'ont confié. Je ne peux pas quand même lui interdire de faire du trampoline, à six ans !


Apparaissant de derrière le long manteau de la vieille dame, un gamin me regarda en rigolant.


 
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   Vilmon   
24/8/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
C’est bien raconté et bien écrit, en simplicité, ça colle avec la légèreté de l’histoire. Je comprends que c’est humoristique, mais j’ai trouvé un peu trop poussé le fait que le narrateur se terre et évite autant la dame. J’ai apprécié ma lecture.

   Anonyme   
15/9/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Voilà une petite nouvelle bien sympathique. Nous avons affaire à une vieille dame dont la vigueur sème le quiproquo chez le voisin narrateur. Bien que la chute soit un peu prévisible, mais taisons-la pour ceux et celles qui n’ont lu, c’est fort bien amené par les réflexions graduelles du narrateur qui en devient obsédé.

Ouais, j’ai bien aimé !

Merci pour la lecture gratuite et le temps que vous avez passé dessus

Anna en EL

   socque   
27/8/2022
 a aimé ce texte 
Bien
En lisant ceci :
Quand je dis régulièrement c'est vraiment le cas puisque le même scénario se renouvelait tous les jours
j'ai eu la certitude que le bruit en question avait une explication tout "innocente", ma lecture s'est donc faite dans l'attente de la révélation. J'ai souri en la découvrant, je ne m'y attendais pas et la mention du "petit chéri" qui la précède prolonge plaisamment le quiproquo.
L'ensemble m'a paru peut-être un poil trop long pour ce qu'il constitue au final : une blague.

Une histoire bien sympathique donc à mon avis, cela dit, au début, j'ai relevé plusieurs répétitions qui m'ont donné une impression de "trop vite écrit" ; le récit se raclait la gorge, en quelque sorte. Voilà les phrases qui m'ont fait tiquer :
un petit immeuble récent, dans le sud de Paris. J'habite un petit deux-pièces au quatrième étage. Au-dessus de moi, un seul étage où habite une dame
"petit", "habite".
une dame d'un certain âge (…)
C'est une dame gentille et coquette, (…) elle fait bien son âge. (…) d'une vieille dame gentille et charmante.
"dame", "âge", "gentille".

   Ingles   
15/9/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Phicai,

Une nouvelle légère et soignée qui nous en apprend davantage sur une fixation du narrateur que sur la voisine. Bien vu pour le sujet, encore tabou, malgré quelques signes qui montrent une évolution collective. D'ailleurs le narrateur oscille entre l'admiration pour l'auteur des actes (supposés) et sa surprise d'envisager ce que peut faire (ou vouloir faire) une grand-mère "honnête et rangée". La chute est attendue (ouf il ne s'est rien passé !).

Au plaisir de vous lire,
Inglès

   Hananke   
15/9/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

J'ai bien aimé cette courte nouvelle et même si l'on devine un autre
final que prévu, je ne m'attendais pas au coup du trampoline.
Comme quoi, il ne faut pas grand chose pour se donner des idées,
se faire son cinéma voire à calomnier sans autres formes de procès.

Il fut un temps de ma jeunesse où, en HLM, nous entendions aussi
ma femme et moi grincer le sommier du dessus mais ce n'était pas
du trampoline. Les murs de ces habitations étant de vraies passoires.

J'ai bien aimé.

   plumette   
16/9/2022
 a aimé ce texte 
Bien
J'avais lu cette nouvelle en El et je pensais l'avoir commentée! c'est dire qu'elle m'avait intéressée. Je me souviens qu'elle m'avait donné le sourire.

je m'attendais à ce type de dénouement.

Elle véhicule quelque stéréotype sur la sexualité du 3 ème âge , le narrateur étant carrément gêné d'imaginer cette femme " qui aurait pu être sa grand-mère" faire des galipettes.

ou encore, une femme d'un certain âge ne peut inspirer de l'amour à un homme plus jeune et "vigoureux" ...elle se paye obligatoirement un gigolo.

Mais le narrateur est cash, alors je lui pardonne, et il ne se donne pas un beau rôle! il dit aussi qu'il a peur d'être pris dans ses filets.

je me suis d'ailleurs demandé quel âge donnait le narrateur à cette femme.

c'est bien raconté,

Une lecture plaisante

   Lotier   
18/9/2022
« À bon entendeur, salut » Entendeur comme voyeur, ici, bien sûr.
La dérive obsessive est très appuyée. Ça aurait pu dégénérer en quelque chose de plus pathologique, le narrateur menant une enquête poussée, achetant un chronomètre, mesurant les fréquences, faisant des statistiques, etc.
J'aime bien la conséquence inattendue de la perte de poids…
Je comprends bien que le narrateur s'éloigne de la dame, pour assurer la chute de la nouvelle, mais psychologiquement, je ne suis pas sûr que cette réaction soit la plus plausible, au vu de son obsession… un rapprochement aurait pu conduire à une tout autre fin.

   Donaldo75   
18/9/2022
L'exergue m'a prévenu, c'est un petit texte sans prétention. Je le confirme vu que le pitch dramatique semble tenir sur la chute et que cette dernière n'est pas super bien amenée. Ceci dit, le récit est pas mal mené et je me suis demandé tout au long de ma lecture comment tout ceci allait finir. La narration à la première personne du singulier rend l'histoire un peu plus authentique, ce qui confirme l'exergue ou du moins son affirmation.

   Anonyme   
19/9/2022
 a aimé ce texte 
Bien
C'est mignon comme histoire malgré le dénouement qui se dévoile vite, mais ouhlala quelle mentalité d'arrieré le narrateur,
heureusement qu'il est touchant ! Ça y va les clichés ! Une femme gentille et charmante ne l'est plus si elle décide de faire grincer son sommier toute la journée ? Une mamie ne peut s'envoyer en l'air qu'avec un gigolo ou un vieux de son âge qui aurait pris du viagra ? On a qu'une envie, lui demander dans quel siècle il vit ce jeune timoré plein de préjugés !

Pour la forme c'est une nouvelle honorablement écrite même si elle surjoue l'offusqué pour faire durer le suspense !

Je vais quand même essayer de la cacher à ma grand-mère pour ne pas la faire mourir de rire trop tôt !

   papipoete   
21/9/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Phicai
Commencer à lire ce récit, force à le lire jusqu'à la fin... on veut savoir, autant que le héros lui-même !
On est tout rose de suivre ces bruits de lits, ohhhh madame ! quand-même ! Et à votre âge en plus ; mais qui donc peut " servir " cette mamie, à la manière d'un Rocco Siffredi ?
La réponse à ce suspens intenable, est si bien amené ( le héros ; " non je préfère ne rien savoir madame ", et si drôle et attendrissant !
Pas une once de vulgarité, et le rythme est savamment distillé !
Je pense que le héros va reprendre du gras, laissant la marche et les escaliers à monter !
Il lui sera de même difficile, de choisir un sommier quand un vendeur lui demandera, ce qu'il attend d'un bon sommier...
Dans la strophe vers la fin " un jour cependant, j'arrivai en même temps... je n'ai pas pu lui échapper " j'aurais plutôt écrit :
" je ne pus lui échapper "

   Cyrill   
27/9/2022
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Phicai,

L'argument est très mince, d'autant plus qu'on se doute, dès que les bruits de sommier sont évoqués, que ce ne sera pas des parties de jambe en l'air.
C'est une histoire qui peut avoir un certain auditoire auprès d'un groupe d'amis ou en famille, et peut-être arracher quelques sourires.
Je trouve l'écriture correcte, mais l'humour a du mal à émerger. Ce n'est du moins pas celui que j'apprécie. Je précise pourtant que, comme le narrateur, " Je ne suis ni prude ni puritain".
Le pot-au-roses est dévoilé avec un dialogue, je trouve, bien lourd.
Désolé d'avoir si peu accroché, une autre fois peut-être.

   Germain   
28/10/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Je mentirais en disant qu'on ne sent pas la fin venir, le fin mot de l'histoire, il n'empêche que c'est assez réussi, et drôle. L'obsession que le narrateur (trice) développe par rapport a ces bruits intempestifs est plutôt comique, et le fait que ce soit une vieille dame très digne l’embarrasse au plus haut point et lui interdit de faire la moindre remarque. Le tout ressemble à une blague bien racontée, juste de la bonne longueur, et j'aime bien l'idée qu'un malentendu puisse gâcher bêtement l'existence de quelqu'un à ce point.

   Anonyme   
30/10/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte qui m'a bien fait rire moi qui m'attendait a de la grivoiserie je suis tombé dans le panneau un peu comme le jeune homme gêné qui pense que la mamie est encore très verte. Chouette idée. Bravo !


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