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Sentimental/Romanesque
Seelie : Un beau cheval [Sélection GL]
 Publié le 20/08/19  -  10 commentaires  -  10461 caractères  -  74 lectures    Autres textes du même auteur

Les souvenirs remontant d'une photo d'enfance.


Un beau cheval [Sélection GL]


« C'était un beau cheval. »

De prime abord, la part de fierté qui m'incombait a pris le dessus.

La gamine sur la photo, l'œil exalté et le cheveu dissident, c'est moi. J'ai l'air à peine déposée sur son dos, une cocotte en papier sur un lave-linge en phase d'essorage.

Il tenait son encolure relevée en col de cygne, mes trois pommes de hauteur m'obligeaient à une inclinaison audacieuse pour arriver à regarder au-delà de sa crinière de feu. Ça n'avait pas grande importance, de nous deux il était celui qui avait le pied le plus sûr.


J'ai acquiescé, pour seule réponse. Mon approbation à ce commentaire innocent s'est vite diluée dans le chariot de souvenirs qui remontaient, depuis l'album ouvert sur la table, me gratter la mémoire d'une façon irritante.

Le sourire de maman s'est sensiblement émoussé, perdue dans les photographies d'un temps où elle prenait la peine de les coller dans des albums. Quand on se penche vers l’arrière, la route semble se teinter de ce flou que le temps finit par apposer sur tout. C'est pratique, sans doute, cette nostalgie qui apaise les débats, conclut les crises, et nous mène à percevoir le passé à travers un prisme qui arrondit les angles. Il faudrait aussi pouvoir figer sur le papier la lassitude, les déceptions, les colères, les emballements, comme on le fait des goûters d'anniversaire et des enfants endimanchés devant le sapin. La lucidité voudrait sa part de nuance dans ce concentré de bonheur en galerie.

Moi, j'en aurais besoin, parfois, quand je vois maman remonter le cours du temps et se noyer dans nos enfances. Elle a de la matière, je le reconnais. Elle photographiait à tort et à travers.

Parmi toutes ces images, je me demande ce que sont devenus nos caries dentaires, nos genoux sanglants, nos punitions injustes, nos terreurs nocturnes, leurs disputes conjugales, et nos haines transitoires. Par quel tour de passe-passe, aucune photo n'a jamais capturé le benjamin tordu de rage sur le sol pour un gobelet de la mauvaise couleur, la chambre mise à sac par une colère de notre aînée, ma mine résolument fermée devant une assiette de légumes, le château Lego détruit par une expédition punitive du cadet ?

Je peux nous observer tous les quatre, sourires édentés et coupes au bol androgynes, posant devant la R6 d'un orange peu convaincant. Mais aucun arrêt sur image de maman, excédée par nos cris sur une banquette trop étroite pour tous nos fessiers, nous menaçant du pire sur le bas-côté avant de reprendre la route.


Non pas que je me plaigne de l'ensemble. Nous avons bénéficié d'une enfance heureuse, un juste dosage d'explosions de joie et de modestes frustrations, ce qu'il faut d'équilibre pour apprécier le début du chemin, et bien assez d'amour tombant en pluie éparse sur nos quatre têtes pour nous le renvoyer entre nous, entre deux bastons fraternelles.

Ce que je regrette, c'est l'image tronquée sur laquelle soupire maman face à ses photos.

Tout spécialement quand elle parle de ce cheval.


Notre histoire a commencé vers mes huit ans. Je promenais alors mon insouciante rêverie en sautillant le nez en l'air. J'avais déjà compris que les douces oreilles des équidés sont bien plus attentives que celles des adultes. Quitte à avoir affaire à des géants, ma préférence allait naturellement vers ceux qui ne vous demandent rien.

Flamme était un ancien champion qui accusait dix-huit ans. Il avait concouru jusqu'au niveau national et remporté plus de prix que les murs de son box ne pouvaient en afficher. Il avait indéniablement conservé une certaine majesté de sa longue carrière. Sa robe peu commune, d'un alezan très roux, et le mystère complice des adultes, tout cela avait largement suffi à installer une aura de légende autour de ce vieux retraité. Le maître équestre sélectionnait soigneusement les jeunes cavaliers qu'il mettait sur son dos, il leur fallait l'audace, une main de velours, et un poids plume pour prétendre au titre. Il demeurait un cheval nerveux qui donnait du fil à retordre aux gamins.

Dans la petite troupe de jeunes cavaliers, il se disait qu'un sorcier vaudou l'avait façonné de ses mains, que c'est pour ça qu'il volait si haut au-dessus des barres d'obstacle. Il se chuchotait qu'il n'avait besoin d'aucun cavalier, et que ceux qui avaient tenté de le soumettre avaient subi d'indicibles dommages. Certains prétendaient qu'il était passé à travers le feu d'une guerre mystérieuse et que sa robe incandescente l'attestait. Pour nous, il n'avait pas d'âge, nous l'avions toujours connu, il était notre héros.


Le jour où j'ai enfin découvert, sur le panneau d'affichage des leçons, mon prénom à côté de celui de Flamme, j'ai touché au Saint Graal.

Dans ma tête de fillette, je me sentais adoubée, le devoir impérieux de me hisser à la hauteur du défi. Pas un instant, ne m'est venue l'idée sacrilège de quémander le secours d'un aîné.

Son box était situé de l'autre côté de l'allée centrale des écuries, hors de vue du palefrenier qui secondait les enfants. Je suis partie bille en tête, fléchissant légèrement sous le poids de l'honneur qui m'était fait et d'une selle presque aussi lourde que moi.


C'est donc un défaut de surveillance qui fut la clé de tout.

Je conserve l'image d'une porte de box dépassant la hauteur de mon crâne, de la gravité teintée de respect avec laquelle je l'ai ouverte. Je revois encore avec précision ce titan courber l'encolure vers moi et son regard curieux instiller entre nous une douceur à laquelle je n'étais pas préparée.

Il m'a paru gigantesque. Il ne l'était pas, c'est moi qui étais toute petite.

J'ai répété sur lui les gestes appris sur d'autres, avec l'émotion d'un soir de première, lui me taquinait les côtes et me bousculait du bout du nez.

Sa bonne volonté évidente a tout mis à ma portée. Il se courbait pour venir chercher le mors, me tendait ses pieds à curer, attentif à mes gestes, un colosse abandonné aux soins d'un papillon.

J'étais au pays des merveilles et rien n'arrête un enfant dans cet état.

La malice a balayé d'un revers de main insouciante le problème de la taille. Puisqu'il ne pouvait pas descendre à moi, j'escaladerais.

Le stratagème était fastidieux mais efficace : hisser la selle sur la mangeoire en briques située le long du mur, le placer tout contre, et passer sous son ventre pour grimper à mon tour dans l'auge, pile à sa hauteur. Descendre le sangler, puis recommencer mon escalade pour placer la jambe droite en grand écart et me laisser glisser sur lui.

Le temps que l'on s'inquiète de mon sort, j'étais déjà apparue sur le dos de Flamme au centre des écuries.


La suite des événements se dilue dans le souvenir imprécis que j'en ai gardé et le récit qu'on m'en a fait plus tard.

L'étonnement du maître équestre, puis le plaisir jusqu'au ravissement, à découvrir cette vieille canaille au doigt et à l’œil d'une ébauche de cavalière miniature. Il suivait le poids de mon corps, à l'affût de mes intentions. Je collais à la selle, absorbée par son rythme balançant. Nous avons dansé, tout le long de cette leçon, la musique de deux êtres qui se rejoignent.

Aux écuries, le maître équestre m'a aidée à le desseller, puis il a observé longuement Flamme poser sa tête contre mon ventre.

« Je l'aime bien. Mais j'ai oublié le licol. »

Sa main a balayé le dos du cheval d'un mouvement tendre et il nous a tourné le dos en ajoutant dans un sourire : « Vous n'en avez pas besoin. »

Nous n'en avons jamais eu besoin. Flamme suivait mon dos, le chanfrein posé contre moi, écoutant, avec une patience sage, les instructions de chacun de mes gestes.

On m'a probablement grondée un peu pour les risques pris, je ne m'en souviens pas. Je n'étais déjà plus à la hauteur de l'inquiétude des adultes.

J'étais occupée à tomber en amour.

Le reste s'est discuté entre grandes personnes. Un marché consistant à offrir à ce vieillard la retraite qu'il méritait. J'ai patiemment appris à prendre soin de ses anciennes blessures, mes parents ont pris en charge sa pension.


À partir de ce jour-là, Flamme m'a attendue chaque jour à la porte de son box, tapant du pied pour saluer mon arrivée.

Il m'a appris son langage de silences.

Il a ajusté ses trois cents kilos à la fragilité de mes huit ans, dosant savamment sa puissance.

Il s'est courbé très bas, pour me laisser l'atteindre, et ça l'a rendu immortel.

Il m'a appris à danser, à pied comme en selle, et aujourd'hui encore, je danse avec lui sur le dos de chaque cheval que je rencontre. À ses côtés j'ai fait connaissance avec les chevaux. Leur immense fragilité sous leur montagne de muscles. La douceur délicate sous leur puissance. Comment aller chercher leur approbation dans chaque exercice. Comment jouer leur partition et les mener à poser leur confiance sur notre humanité.

Il a posé en moi les bases de tout ce que j'avais à savoir sur l'amour.

J'ai su la confiance, la plus compliquée, celle que l'on reçoit. Celle qui vous fait grandir. Celle qui vous donne sans prendre. La seule forme d'attachement qui en vaille la peine.

Quelques années plus tard, découvrant l'incontournable lecture de Saint-Exupéry, j'ai réalisé que j'en connaissais l'essentiel. Malgré la rousseur de sa robe, c'est bien moi qui étais son renard.

Il est mort deux ans après notre rencontre d'une colique que son âge a rendue irrévocable.

Le premier drame de ma jeune existence. Un premier désert à traverser, dont les adultes saisissaient mal la profondeur. Seul le vétérinaire, qui le soignait depuis des années, a mesuré ma détresse solitaire. Il m'a offert le récit véritable de la vie de Flamme, et de ses derniers instants. Il m'a appris la place que j'avais tenue dans la vie de ce cheval, son dernier amour humain. Et que je ne devais jamais oublier, toute ma vie de cavalière, la leçon reçue de ce cheval instructeur.

Flamme a fait de moi sa cavalière et j'y ai gagné, à cause de l'odeur des chevaux.

De toutes ces quantités d'images qu'il a gravées en moi, ne restent que ces quelques photos que maman redécouvre de temps en temps.


Je la regarde suivre d'un doigt caressant, l'encolure col de cygne de Flamme sur le papier jauni.

Elle répète encore : « Vraiment, un sacré cheval. »

Alors je détourne vers le jardin un regard dont je chasse l'humidité en clignant des paupières. Je pose une main forte sur son épaule et son lent soupir m'apprend que les mères savent toujours ce que nous percevons bien plus tard.

« Tu as raison maman, c'était un sacré beau cheval. »


 
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   poldutor   
20/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,

J'ai adoré ce texte,la première partie fait la part belle aux souvenirs enfantins de la narratrice : le sourire de la mère, les disputes (les bastons) fraternel(le)s, ceux qui viennent de familles nombreuse savent que quoi je parle !
"Parmi toutes ces images, je me demande ce que sont devenus nos caries dentaires, nos genoux sanglants, nos punitions injustes, nos terreurs nocturnes,..., et nos haines transitoires. Par quel tour de passe-passe, aucune photo n'a jamais capturé le benjamin tordu de rage sur le sol pour à un gobelet de la mauvaise couleur, la chambre mise à sac par une colère de notre aînée, ma mine résolument fermée devant une assiette de légumes, le château Lego détruit par une expédition punitive du cadet ?"
"Je peux nous observer tous les quatre, sourires édentés et coupes au bol androgynes,"

Puis le seconde partie, cette façon de parler du cheval avec tendresse et amour.


des phrases superbes : " les chevaux. Leur immense fragilité sous leur montagne de muscles"

"Il m'a paru gigantesque. Il ne l'était pas, c'est moi qui était tout petite"
"J'étais occupée à tomber en amour."
" une cocotte en papier sur un lave-linge en phase d'essorage."
"Il m'a appris son langage de silences.
"Il a posé en moi les bases de tout ce que j'avais à savoir sur l'amour. "
"un colosse abandonné aux soins d'un papillon."
"Il a ajusté ses trois cents kilos à la fragilité de mes huit ans, dosant savamment sa puissance."


Et cette phrase magnifique :
"J'ai su la confiance,.......... Celle qui vous donne sans prendre."

Nouvelle très bien écrite.
Merci pour ce moment de grâce.
Au plaisir de lire une autre histoire de cette qualité.
Cordialement.

poldutor E.L

   Corto   
22/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce récit scelle l'alliance entre l'originalité et la finesse.

L'aventure de cette petite fille de 8 ans avec ce cheval champion en son temps mais retraité de 18 ans est douce et délicate.

Les mots pour décrire la complicité entre ces deux êtres sont particulièrement bien choisis "J'étais au pays des merveilles et rien n'arrête un enfant dans cet état".

Et dire de son ancien cheval "Il a posé en moi les bases de tout ce que j'avais à savoir sur l'amour " est à la fois étonnant et remarquable.

On sent dans tout ce récit combien cette expérience a été marquante pour la fillette qui a bien grandi, jusqu'aux jours du souvenir où sa mère répète "Vraiment, un sacré cheval."

Qu'ils sont beaux les 8 ans lorsqu'ils permettent à une enfant de vivre une telle aventure.

Bravo à l'auteur.

   plumette   
25/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé entrer doucement dans le coeur du texte par l'évocation des souvenirs tronqués que nous rappellent les photos d'enfance. Souvenirs heureux, qui gomment une certaine réalité beaucoup plus ambivalente , on a tous connus cela!

et puis Flamme entre en scène, et le texte prend une autre direction, dimension devrais-je dire ! Il s'agit d'initiation grâce à cette relation avec l'animal, c'est fort et émouvant, je ne suis pas cavalière mais vous avez su me faire envie.

j'ai bien aimé l'écriture qui nous offre quelques images saisissantes comme celle du début: "La gamine sur la photo, l'oeil exhalté et le cheveux dissident, c'est moi. J'ai l'air à peine déposée sur son dos, une cocotte en papier sur un lave-linge en phase d'essorage."
ou alors quelques formules denses sur la relation entre la fillette et l'animal:
"Il m'a appris son langage de silences.
Il a ajusté ses trois cents kilos à la fragilité de mes huits ans, dosant savemment sa puissance.
Il s'est courbé très bas, pour me laisser l'atteindre, et ça l'a rendu immortel."

un bien joli moment de lecture,

Merci pour le partage

Plumette

   Sylvaine   
20/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C'est une très belle histoire, émouvante, qui ne peut que séduire les amoureux des chevaux. Je trouve cependant que le développement initial sur l'album de photographies et les souvenirs d'enfance et de famille est nettement trop long et que vous tardez à aborder l'essentiel au bénéfice d'un bavardage inutile, alors que l'art de la nouvelle implique la concision. Je trouve aussi -pardonnez-moi- que l'écriture, un peu négligée, n'est pas "à la hauteur " du sujet. La complicité du cheval et de l'enfant, l'espèce de "coup de foudre" qui les rapproche sont cependant bien rendus. Je crois que ce texte mériterait d'être retravaillé, et que vous obtiendriez ainsi un superbe conte initiatique.

Relisant le texte aujourd'hui, je m'aperçois que j'ai été un peu sévère en EL. Vous avez quand même su trouver de très belles formules pour traduire l'accord entre le cheval et sa très jeune cavalière. Je modifie donc mon appréciation et remplace le "bien" par un "beaucoup." La nouvelle distille une émotion très pure. Merci de m'avoir rappelé tous les rêves que m'a inspirés autrefois la lecture de L'Etalon noir.

   maria   
20/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Seelie,

Une nouvelle très bien écrite.

Un vocabulaire riche et bien employé : pas de lourdeur.
Les phrases longues expriment bien l'harmonie, la douceur entre ce " beau cheval " et cette gamine en " cocotte en papier ".
Les phrases courte saisissent : " Il a posé en moi tout ce que j'avais à savoir sur l'amour ".

Mais je regrette qu'il n'y ait pas vraiment de chute.

Merci pour le partage et à bientôt.

   senglar   
20/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Seelie,


On sort ravi, vaguement ému de la lecture de cette nouvelle, comme l'héroïne on a l'oeil vaguement humide.
Le héros foncier de l'histoire bien sûr c'est le cheval. Qu'y a-t-il de plus grand, de plus majestueux, de plus cadencé qu'un cheval d'obstacle...
On se demande comment ça peut tenir dans une photo d'album de souvenirs.
Elle est très belle d'ailleurs, très vraie, très juste, cette dissertation sur les photos quand elle parle de la qualité de la photo, de son flou au second plan, de sa façon de fixer, de figer, de flouter une certaine forme d'immortalité, de matérialité immatérielle.
Mais on se prend à regretter la trop longue digression/extrapolation sur la fratrie, les parents, les inévitables mesquineries, les inévitables disputes. On ne veut pas de ce mesquin ordinaire dans un récit qui est là pour nous ravir...
Et où le cheval mène la danse et nous apprend ce qu'est l'amour librement consenti, offert, donné sans détour pour l'épanouissement d'une enfant, une leçon de vie, une initiation qui laisse bouche-bée les adultes, qui n'ont cependant pas perdu leurs facultés de rêve, d'émerveillement et sont à la hauteur. Tous.
Je me souviens alors qu'au Moyen Age on distinguait entre les hommes et les animaux supérieurs, moyens et inférieurs mais que le cheval, lui, n'était pas considéré comme un animal, il avait un statut à part, un statut spécial où il était l'égal du chevalier, l'égal du sur-homme, un être à part entière au même titre que l'être humain. Pas une conquête mais bel et bien un compagnon, un frère !

Ben oui une belle, très belle histoire :)

Merci Seelie !


Senglar

   hersen   
21/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Seelie, tu me mets dans l'embarras !

Si je lis ici une histoire-souvenir touchante, je ne trouve pas la force que j'en attendais.
je pense que ton but était ce lien extraordinaire entre la fillette et le cheval. Sans dire que je ne le ressens pas (faut pas exagérer non plus !) il reste sans surprise, je veux dire par là que chaque enfant qui fait de l'équitation, probablement à des degrés divers, ressent cette attirance vers sa monture et se sentira honoré d'une marque d'amitié de la part de celle-ci; Et cette marque grandira l'enfant.

Je pense que mon impression est induite par la première partie, qui donne à la vie familiale une trop grande place et, peut-être aussi y a-t-il trop d'explications au sujet du cheval. Et la fin nous fait retomber dans ce souvenir, alors que d'avoir eu le privilège de l'amitié de Flamme aurait dû laisser place à l'épanouissement de l'enfant devenue adulte. Car je ne peux croire, comme l'histoire le sous-entend, qu'il n'a laissé que de la tristesse. Quid des leçons de vie enseignées à l'enfant à son contact ?
Cette nouvelle en fait flirte trop avec des sentiments faciles. Même si l'histoire est jolie, cela ne suffit pas.
Oserais-je dire que tu as fait un refus d'obstacle ?

Car tu nous a déjà montré que tu savais...

Bon, tu ne vas pas trop m'aimer :) j'espère que tu ouvriras un fil et que tu prendras ce com pour ce qu'il est : l'avis d'un seul lecteur.

Et j'ai vraiment aimé la gamine aux cheveux dissidents, origami en phase essorage !

   papipoete   
25/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Seelie
Je pensais qu'il était si grand mon cheval, certes oui mais j'étais surtout très petite du haut de mes huit ans ! Nous nous sommes tout de suite plus, et il m'a aidé à être à sa hauteur, il aurait même pu s'agenouiller pour m'accueillir sur son dos...
Nous vécûmes des moments de bonheur, et c'est de lui que vient mon savoir équin ! c'était un si bon, un si beau cheval...
NB à travers des lignes mélancoliques, point un éclat de soleil dans la plume de l'auteure, à travers cette connivence entre l'enfant et ce vieux cheval au passé glorieux ; mais la petite sait que ce bonheur vient un peu tard, et que par une aube sombre son idole partira !
Je trouve le récit touchant, presque comique lorsque ce dos parait bien haut à escalader, mais elle va y arriver par des subterfuges que Flamme semble lui souffler !
On oublie ainsi ces souvenirs de fratterie, où l'amour maternel semblait peau de chagrin, pour ne voir que la bête et sa belle...
J'ai regardé pour la 4e fois le film " cheval de guerre ", et votre récit me l'évoque à travers de belles phrases, de fortes images !

   Tiramisu   
28/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

J'aime beaucoup le thème de cette nouvelle, la rencontre de l'animal et de l'enfant, des êtres plus proches qu'on l'imagine. Ils se comprennent sans parole, leur communication passe par un canal souvent inaudible pour des adultes. Ce qui est assez bien rendu dans la rencontre de Flamme et de la petite fille même si c'est une partie qui aurait pu (dû ?) être davantage développée. Question : est ce que Flamme aurait réagi de la même manière que cela soit cette petite fille ou un autre enfant, c'est à dire soit aussi collaboratif ? C'est un cheval gentil avec les enfants de manière générale, ou bien, c'est une véritable rencontre entre cette petite fille et ce cheval et si c'est la cas, la description n'est pas assez spécifique sur la particularité de cette rencontre.

Il y a de jolies trouvailles aussi dans cette nouvelle, l'album photo réalisé par la mère au début abandonné ensuite, les photos non prises comme les colères, la mère qui photographiait à tort et à travers. Tout cela est très bien vu.
La nostalgie de l'enfance est bien rendue. Et en même temps, j'ai trouvé le début un peu trop long. En tout cas, cet aller et retour entre la relation au cheval et l'album photo, même si je comprends l'idée de présenter l'enfance et d'arriver à ce moment clef qui est la rencontre avec le cheval. Plantation du décor de l'enfance et présentation du moment clef, logique.
La description de la rencontre avec le cheval est peut être un peu trop courte pour le coup et arrive un peu tard, il me semble.
Tout au long de ma lecture j'ai été partagée entre des moments d'émotion forts et de la lassitude. Je vais essayer de m'en expliquer. D'abord, je crois cela vient de l'écriture qui est recherchée, un peu trop intellectualisée, par exemple : l'oeil exalté et le cheveux dissident, commentaire innocent dilué dans le chariot des souvenirs, un prisme qui arrondit les angles... Je comprends bien que la narratrice a vieilli et ne parle pas à hauteur d'un enfant de 8 ans, mais je trouve que cela met à distance le coeur du texte c'est à dire, les émotions et sentiments de cette petite fille de 8 ans. Concernant l'écriture, je pense aussi que parfois les phrases sont un peu trop longues.
Je crois que ce sont ces raisons qui m'ont fait parfois rester à l'extérieur du texte, sauf la fin que j'ai trouvée pour le coup très touchante.
Merci pour cette lecture
Bonne continuation

   jfmoods   
7/9/2019
"Le sourire de maman s'est sensiblement émoussé, perdue dans les photographies d'un temps où elle prenait la peine de les
coller dans des albums."

Je suis toujours un brin agacé par ces participiales qui ne s'accordent pas avec le nom mais avec le complément du nom de la principale...

La beauté de la nouvelle repose sur une efficace mise en perspective.

D'un côté, une vision faussée, arrangée, aseptisée, de l'enfance ("La lucidité voudrait sa part de nuance dans ce concentré de bonheur en galerie.", "Parmi toutes ces images, je me demande ce que sont devenus nos caries dentaires, nos genoux sanglants, nos punitions injustes, nos terreurs nocturnes, leurs disputes conjugales, et nos haines transitoires. Par quel tour de passe-passe, aucune photo n'a jamais capturé le benjamin tordu de rage sur le sol pour un gobelet de la mauvaise couleur, la chambre mise à sac par une colère de notre aînée, ma mine résolument fermée devant une assiette de légumes, le château Lego détruit par une expédition punitive du cadet ?", "Je peux nous observer tous les quatre, sourires édentés et coupes au bol androgynes, posant devant la R6 d'un orange peu convaincant.") ; de l'autre, le souvenir du moment de vérité, de la rencontre providentielle, de l'événement grandiose qui métamorphosa la vie d'une petite fille (tonalité épique du récit assurée par le jeu des disproportions : "une cocotte en papier sur un lave-linge en phase d'essorage", "Je revois encore avec précision ce titan courber l'encolure vers moi", "un colosse abandonné aux soins d'un papillon", "Puisqu'il ne pouvait pas descendre à moi, j'escaladerais", "Descendre le sangler, puis recommencer mon escalade pour placer la jambe droite en grand écart et me laisser glisser sur lui", "cette vieille canaille au doigt et à l’œil d'une ébauche de cavalière miniature", "Il a ajusté ses trois cents kilos à la fragilité de mes huit ans, dosant savamment sa puissance", "Il s'est courbé très bas, pour me laisser l'atteindre", "Leur immense fragilité sous leur montagne de muscles. La douceur délicate sous leur puissance").

Merci pour ce partage !


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