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Humour/Détente
solidane : L’avocat
 Publié le 13/02/09  -  10 commentaires  -  9530 caractères  -  67 lectures    Autres textes du même auteur

Pourquoi rendre un divorce si compliqué ?


L’avocat


C’est la fin du p’tit concert dans la ville de banlieue. On ira boire…


- Un pastis, s’il vous plaît.


Le serveur un peu surpris s’est légèrement penché.


- Vous avez bien dit… ?

- Un pastis, lui répètes-tu, patiente.


Ça marche à tous les coups. Le garçon est manifestement interloqué, que dis-je, estomaqué. Que ce soit dans un troquet, au restaurant ou chez des amis qui ne te connaissent pas, l’effet est le même. Tu es une des très rares femmes à prendre un pastis à l’apéro. Dans nos contrées reculées, un Pastis, un Ricard, ce sont des boissons d’hommes, ma chérie. Mais toi, tu n’en as cure, et invariablement : « Un pastis ».


L’homme s’est repris, il se tourne vers moi et me demande ce que je prendrai. J’ai envie de lui répondre « Une grenadine, s’il vous plaît », histoire d’augmenter le contraste. Mais il y a tout de même des limites, il est baraqué et capable de m’obliger à la boire.


Alors que tu sirotes ce petit soleil jaune, je t’observe, et le temps passe, dix ans déjà. Il va être temps d’y aller.


… Un dernier verre, et on sera heureux…



Nous sommes allés voir un avocat. Son apparition était inévitable.


Nous souhaitons Léa et moi un « divorce avec consentement mutuel sur requête conjointe ». Bref une formule clé en main, on se met d’accord sur tout et basta ! Nous avons de fait peu de problèmes à régler, rien qu’une maison que nous sommes encore en train de payer. L’homme est jeune, rond, adipeux. On nous l’a conseillé. Il se définit aussitôt comme un avocat atypique, de gauche et… sûr de lui. Par curiosité, il nous demande qui nous a « envoyés ». Nous lui nommons un de nos amis… apparemment, pas des siens. C’est vrai, notre copain pencherait plutôt à droite, et alors, c’est un mec sympa et plutôt droit. Le juriste se gratte la tête, étonné malgré tout. Pourquoi lui ? Soudain, un éclair de génie, il a compris. C’est parce qu’il vient de gagner une grosse affaire en appel, nous explique-t-il, alors évidemment, notre ami, impressionné, nous l’a conseillé, connaissant par ailleurs nos idées... Manifestement, avocat, adipeux, les yeux globuleux et… imbécile fier de lui. Ça commence plutôt mal.


Désirant un divorce par consentement mutuel, il nous déclare qu’il ne veut rien savoir des circonstances qui nous mènent à ce choix. Tant mieux, il ne donne vraiment pas envie de lui raconter notre histoire douloureuse. Après quelques explications, quelques compliments sur sa propre efficacité, son savoir-faire (pensez donc, il vient de gagner un gros procès), il nous autorise à lui poser des questions. Léa n’a encore rien dit, moi non plus d’ailleurs, il ne nous en a pas laissé le temps. Je sens bien qu’elle veut que ça aille vite, qu’on règle ces petits problèmes matériels rapidement, et mieux… si on pouvait sortir du bureau divorcés ! Mais là, il ne faut pas trop rêver. Avant de rentrer dans le vif du sujet, je me demande une dernière fois ce que je fais dans ce lieu.


Sa suffisance attend notre intervention. Léa, un peu à son habitude, me laisse exposer les faits. Alors que je lui explique que nous n’avons qu’un vrai problème, trouver une formule réaliste et honnête de partager le bien immobilier, il me coupe la parole. Pas de difficulté, on voit bien que ça va se faire facilement, il nous faut vendre la maison. Je suis désarmé, je lui explique que financièrement c’est le plus mauvais moment, que je viens de me retrouver seul, que je ne vois plus mes enfants (il est vrai que ce sont ceux de Léa), que j’ai besoin de temps pour savoir si je veux garder la maison ou partir… Le costumé nous fait alors une analyse économique, soulignant que la conjoncture est bonne, que c’est maintenant. Léa écoute, je sens que je vais m’énerver. Il ne m’en laisse pas le temps, il se lance dans de savants calculs, aux termes desquels je dois tellement d’argent à Léa que son bénéfice n’est pas négligeable, et que pour ma part j’aurai payé largement plus que ce que nous avions prévu intérêts compris.


Je lui fais humblement remarquer que ça ne paraît pas très équitable, Léa n’a rien dit, mais elle me fait signe qu’elle est de mon avis. Le « sûr de lui-même » balaie mes objections, déclare que selon lui c’est au contraire très mesuré et que si je n’en suis pas persuadé, il peut céans téléphoner à un notaire qui confirmera ses dires. Soit, qu’il le fasse. Sans y faire attention, j’ai commencé à griffonner quelques notes, je devrais dire à les graver sur son superbe bureau en acajou, très cher, très gauche. Léa reste muette. L’avocat joint enfin son correspondant. Suit une longue conversation avec l’étude de Maître G., l’avocat aligne des chiffres. Quand enfin, il raccroche, il nous annonce que l’estimation du notaire réduit ses propres chiffres de moitié au désavantage de Léa. Soit, dit-il, ça peut se voir ainsi, ça peut se faire « à la louche ». Rien ne laisse transparaître que sa première hypothèse était imbécile ou partiale. Je ne sais pas pour autant si celle du notaire est juste.


Mais qu’est-ce que je fais ici ! Léa pressée d’avoir son bout de papier « Nous sommes divorcés » semble accepter la formule du notaire. Nous lui demandons s’il y aura possibilité d’échelonner ma dette, nous en avions discuté avec Léa, qui sait que dans l’immédiat je ne pourrai pas payer l’intégralité. Le gros s’emporte.


- La loi ne vous donnera que tant de délai et encore je calculerai des intérêts, la loi ne m’autorise pas à léser votre femme.


Mais quel con, où a-t-il pu percevoir que l’un cherchait à désavantager l’autre ! Il ajoute que mon épouse percevant une moindre rémunération, elle est en droit de réclamer « une prestation compensatoire » et que donc je ferais mieux de ne pas trop la ramener. Je rêve ou quoi ? En attendant l’ouvrage de marqueterie que j’ai réalisé dans l’acajou du bureau prend forme. Je ne sais ce que j’ai dessiné, on dirait un gros poisson, chaque écaille finement ciselée, deux gros yeux sortant de la tête. Coup d’œil de Léa, elle n’a pas l’air d’apprécier.


La scène est surréaliste. L’homme est revenu à sa première plaidoirie, il vaut mieux vendre cette maison. Machinalement, j’ai saisi le bout de sa cravate que je tords régulièrement. Aucune méchanceté, un geste pour calmer mon anxiété. Léa les mains sur les genoux attend. La torsade atteint le nœud de la cravate. Le visage bouffi commence à s’illuminer, le rouge l’emplit, les yeux ont gagné en protubérance. Il continue son plaidoyer, tenant que mes arguments ne font que confirmer ce qu’il nous explique.


Je ne comprends plus rien à ce qu’il dit, Léa non plus. Soudain, ma résolution est prise, je lâche la cravate, celle-ci se détorsade rapidement, le mouvement gagne la tête, qui se met en rotation autour d’un cou, heureusement empâté, qui semble résister. Alors que ce manège cesse enfin de tourner, je me lève calmement, et je lui dis, cherchant l’approbation de Léa, qu’on en sait assez, qu’on a besoin de prendre du temps, de discuter tous les deux à la lumière de ces précieuses informations. Sa cravate pendouille lamentablement. Cette fois, sa superbe semble l’avoir quitté.


- Bien, bien, ânonne-t-il, c’est vous qui voyez.


Je ne lui réclame rien pour la magnifique œuvre d’art que je lui ai dédiée. Il a intérêt à apprécier, parce que pour ce qui est de la faire enlever ! Le plateau du bureau n’y survivra pas.


Nous repartons tous les deux, nous offrons un moment d’échange sur ce qui vient de se passer. Ni l’un, ni l’autre, n’avons envie de désavantager le partenaire. Léa ne veut que divorcer et rapidement, toucher l’argent qui lui est dû raisonnablement, et si la loi est mal faite et qu’elle ne me permet pas d’obtenir les délais du réalisable, elle en est navrée. Mais, elle n’y peut rien, ce qu’elle veut c’est ne plus m’être, le reste, ça me regarde.


Je suis donc là, avec ce qui semble n’être que « Mon » problème. Je ne veux rien de sordide, je ne vois pas pour l’instant d’issue. Il faut que je réfléchisse. J’ai seulement besoin d’un peu de temps. Je ne suis pas attaché à cette maison. Tout simplement voir disparaître en un mois celle avec qui l’on a vécu dix ans, ses enfants, l’endroit où l’on habite, celui qu’on a construit… ça va vite, trop vite pour moi. Je sais pourtant que ce n’est pas une difficulté si importante. J’avais besoin de temps. Léa que j’ai rappelée ne semble pas désireuse de m’en accorder. Qui serais-je si je lui en voulais ?


J’en arrive à la conclusion de ce long texte, au but que je me suis fixé dès l’origine de ces quelques mots.

Lecteurs, chers lecteurs, il va falloir me subventionner, porter la main à la poche. Je ne vois vraiment pas d’autre solution. Je vois vos sourires s’effacer. Pourquoi ? Aurais-je dit quelque chose de choquant, d’incongru ?


 
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   Menvussa   
13/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un bon petit texte, bien écrit, de l'humour. la chute est pour le moins inattendue. Question : Peut-on payer en Deutsche Mark ?
J'ai bien aimé les métaphores utilisées pour parler de l'avocat.

"il se lance dans de savants calculs, aux termes desquels je dois tellement d’argent à Léa que son bénéfice n’est pas négligeable,..."

Le bénéfice de l'avocat ? ou celui de Léa ?

"j’ai commencé à griffonner quelques notes, je devrais dire à les graver sur son superbe bureau en acajou, très cher, très gauche."

J'ai du mal à imaginer notre narrateur attablé au bureau de l'avocat, c'est vrai qu'il faut au moins cela pour lui permettre peu après d'attraper la cravate, c'est vrai que c'est très surréaliste comme scène... Peut-être que tous ces passages "surréalistes" ne se passe en vrai que dans la tête du narrateur... peut-être que tout ceci n'est qu'un rêve qu'il fait avant d'entamer une véritable procédure de divorce qui le mine ? Va savoir !

   Anonyme   
13/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte bien écrit avec de l'humour
Moi aussi j'aime le pastis na surtout l'été
Toutefois j'ai un peu buté sur la cravate et le bureau : Il le fait en pensées ou vraiment?
Sinon l'avocat sûr de lui bien vu
Et ceci
Mais, elle n’y peut rien, ce qu’elle veut c’est ne plus m’être
c'est dit d'une manière juste qui m'a fait frémir

Merci

Xrys

   Ephemere   
13/2/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour, une écriture simple pour ce divorce si simple aussi. J'ai bien aimé le début, ces souvenirs gais.
FMR

   marimay   
14/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour solidane,
Aussi rapides qu'un rêve ont passé dix années de bonheur parfumées à l'anis : bien, la présentation!
S'il n'y a jamais rien de drôle à se retrouver dans le bureau d'un avocat, vous avez su mettre dans cet entretien un côté que je trouve plaisant.
Je relève aussi cette phrase "Mais, elle n'y peut rien, ce qu'elle veut c'est ne plus m'être" : en juste quelques mots, elle dit tout.
Je vous lis... une participation aux frais. Je vous commente... deux participations?

   Nongag   
14/2/2009
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Je n'ai pas trouvé ça bien drôle même si l'idée est intéressante. L'écriture est correcte, sans plus.

Je sais que c'est pour rire, mais comme a-t-il pu jouer avec la cravate de l'avocat sans qu'il sans rende compte... Et il massacre son bureau de la même manière! L'humour (ou le fantastique) ne suppose pas l'absence de logique...

Dommage l'idée était bonne mais je n'ai pas du tout accroché.

   jensairien   
15/2/2009
Je n'ai pas bien compris l'intérêt de cette nouvelle.
hormis l'histoire de la cravate et de la gravure sur bureau (deux scènes pas très convaincantes) il s'agit juste d'une discussion très banale dans le bureau d'un avocat. L'auteur semble tourner autour du pot sans jamais vraiment entrer dans l'histoire

   macada   
25/2/2009
 a aimé ce texte 
Bien
bien écrit, j'aime beaucoup le (re?) passage de la cravate et surtout la chute. par contre, l'intro (l'âpéritif), je ne vois pas ce que ça vient faire là.

   Anonyme   
28/2/2009
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce texte est indéniablement marqué d'une forte sensibilité ; il ne laisse pas indifférent et on peut, sans se tromper, noter l'empreinte d'une expérience personnelle douloureuse.

Il est clair que l'épisode de la cravatte se déroule entièrement dans la tête du personnage, en sachant que l'avocat reste de marbre. C'est un désir qui prend forme dans l'imagination, l'homme de loi rigide et insensible provoquant une frustation légitime qui touche aussi le lecteur.

Il est dur de mettre en relation l'introduction avec le reste de l'histoire. j'y vois personnellement l'évocation de souvenirs antérieurs aux divorce qui en font un acte très dur et notamment pour le narrateur.

Ma phrase préfére bien sûr : "Mais, elle n’y peut rien, ce qu’elle veut c’est ne plus m’être, le reste, ça me regarde."

Merci à Solidane ;)

   Anonyme   
1/3/2009
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Ouais, ouais, pas mal dans le fond, j'aime beaucoup le passage chez l'avocat.
Par contre j'ai un souci avec la partie italique qui me semble complètement floue... j'ai pas tout bien suivi/compris j'ai trouvé le langage approximatif comparé à certains passages du "bout en pas italique".

J'aime assez l'avocat donc, mais je trouve que du coup tes autres personnages sont fades, voire inexistants pour la femme qui me semble tellement effacée que c'en est presqu'indécent.

Le passage cravatte, je n'y crois pas, ni la réaction qui s'en suit de la part de l'avocat.

Les deux ou trois paragraphes avant le dernier paragraphe sont flous aussi, peu clairs, allambiqués, tournant autour du pot.

La fin est bien. Incongrue, au point qu'on se dise : tout ça pour ça????
Donc déstabilisante, c'est cool, mais je ne suis pas sure que ce soit dans le bon sens.

J'aime pas le coté mendiant... ça me fait penser à cette mère d'octuplés qui en appelle à la générosité des gogos pour payer les frais d'hopitaux de ses gamins, et ça me met mal à l'aise.

Bref, je reste mitigée.
à mon gout encore pas mal à travailler pour que ce soit vraiment un truc qui laisse une impression inaliénable, inoubliable.
Bref, rien de bien original si ce n'est la fin.
dommage.

   estelane   
6/4/2009
 a aimé ce texte 
Bien
Pas facile de placer de l'humour dans un divorce !
Pour ma part, je trouve que l'auteur a réussi à me permettre d'aller jusqu'au bout, par curiosité.
Les pensées marrantes du personnage m'y ont aidée.
Merci pour cette nouvelle sympatique.


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