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Aventure/Epopée
TITEFEE : J'étais de là-bas aussi - suite 12
 Publié le 13/07/08  -  1 commentaire  -  7233 caractères  -  4 lectures    Autres textes du même auteur

Chacun trouve sa voie par des chemins qui semblaient échapper à la réalité.


J'étais de là-bas aussi - suite 12


Wattara avait très vite renoncé à exercer le métier qu’il avait choisi d’exercer lorsqu’il serait en Métropole, car ses nombreux curriculum vitae n’avaient récolté que des réponses négatives, quand encore on lui avait répondu laconiquement qu’on gardait sa candidature et qu’on le rappellerait !


Au début il avait attendu car il y croyait, et puis avait perdu peu à peu ses illusions.

Il ne serait donc pas électronicien comme il l’avait espéré !


Il omettait les sacrifices qu’il s’était imposés pour arriver à décrocher son diplôme en allant à l’alliance française pour apprendre le français et ensuite suivre ses études par correspondance, mais se sentait encore fort redevable envers sa mère qui s’était privée, parfois même du nécessaire, pour que son fils aîné parvienne à une situation enviable et ainsi puisse assumer plus facilement les responsabilités de chef de famille qui allaient, lors du retour au pays, lui incomber.


Il avait dépassé le malaise d’être africain, c'est-à-dire « autre » car finalement il fréquentait le plus souvent des étrangers. Dans le métro il y avait remarqué rapidement qu’il y avait un grand brassage de nationalités et de races…


Bien entendu, il se souvenait de la souffrance morale qui l’avait saisi au début de son arrivée à Paris, souffrance qui avait débouché insidieusement sur une angoisse du lendemain lorsque ses illusions tombèrent les unes après les autres.


Cependant depuis quelques mois il se sentait presque heureux auprès de Madame Pérez. Il s’en occupait comme il l’aurait fait de sa grand-mère et voyait petit à petit remonter au beau fixe le moral de la vieille dame.


Chanter était pour lui toujours aussi plaisant et il ne perdait nullement l’espoir de devenir comme on le lui avait prédit, célèbre par ce biais. Le chant et la danse habitaient son âme et toute la vigueur de la vie coulait dans ses veines lorsqu’il se mouvait en cadence dans les salles surchauffées par la musique et les corps en frénésie.


Il revêtait avec bonheur en rentrant ses vêtements africains dans lesquels son corps se sentait enfin en parfaite liberté. Il éprouvait souvent l’impression d’être « déguisé et contraint » dans ses vêtements européens qu’il revêtait afin de paraître plus « intégré de façon socio-esthétique ».


Vainement, il avait essayé dans les premiers temps de gommer la tonitruance de son rire qui témoignait de sa joie et était aussi un signe de politesse et de communion… Non ici on ne rit pas, l’on pouffe. On baille en mettant sa main devant la bouche, chez lui-même roter était un signe de remerciement !


Mais Wattara était avant tout poète. Sa mémoire ne lui était pas totalement personnelle car il restait tout empreint des coutumes de sa culture originelle. Les textes qu’il écrivait étaient semblables à des gouttes de sa conscience. Ils venaient s’insinuer dans l’esprit de ceux de sa race qui s’arrêtaient un instant pour l’écouter et repartait un sourire mélancolique aux lèvres.


Mais il écrivait aussi ses chants en français car il aimait la sonorité et la richesse de cette langue. Il se souvenait que Senghor le père de la négritude, avait répondu, en parlant au nom même de tous les intellectuels africains francophones :


Parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre message s’adresse aussi aux Français de France et aux autres hommes, parce que le français est une langue de « gentillesse et d’honnêteté ».


Le printemps avait déçu les amateurs de chaleur et de balade et le mois de mai très pluvieux avait chassé les passants des terrasses. Tout le monde aspirait à la venue de l’été et espérait un mois de juin plus chaud.


Wattara répétait sans relâche ses chansons et s’était adjoint un jeune garçon du Bénin qui jouait indifféremment du djembé et du balafon et aussi de la kora qui lui avait été donnée par son oncle, le griot du village.


Le jeune Aristide excellait dans l’improvisation. Il n’avait pas sa pareille pour vanter les mérites de la personne qui lui avait griffonné quelques mots sur un papier. Ses couplets savaient manier humour et tendresse et Wattara appréciait fort la gentille collaboration de son jeune ami.


Le couple de chanteurs projetait de se produire dans les rues, ou sur le parvis de Beaubourg ou peut-être à Vincennes pour la fête de la musique. Ils avaient entendu parler de ces manifestations musicales qui prenaient toutes les années une extension fantastique, y compris dans le monde depuis.


Ils s’étaient acheté deux boubous semblables jaune et marron avec des dessins beige et blanc du plus bel effet.


Ils se rejoignaient tous les soirs chez madame Pérez qui corrigeait parfois leurs textes car elle s’était révélée elle aussi dans l’écriture. Maintenant Conchita ne lâchait stylo et gros cahiers que pour passer à table ou, portée sur sa chaise, dans la chambre de Wattara ou dans la cour, pour écouter les deux amis.


Bien entendu le bruit que faisaient les deux compères avait au début fort indisposé les locataires, mais lors de la fête des voisins, que tout le monde avait honorée dans la petite cour, on avait enfin fait connaissance et la paix s’était installée. La fête s’était terminée au petit matin dans la joie, la ripaille et la danse. Il est vrai que le vin en perse avait délié les langues et amené les sourires sur tous les visages.


Ensuite les rapports humains s’étaient bien améliorés.


Les fenêtres grandes ouvertes pour apporter la fraîcheur dans les appartements surchauffés, les gens avaient pris l’habitude d’apporter leurs chaises dans la cour lorsque le soir tombait, et écoutaient en s’offrant café et petits gâteaux, les deux artistes qui profitaient avec plaisir de ce public tout acquis à leur musique. Cet immeuble était devenu pendant les soirées chaudes un petit village isolé dans l’indifférence de la ville.


Conchita récitait des poèmes qu’elle écrivait dans de gros cahiers où étaient incluses des pages blanches. Celles-ci s’ornaient de dessins naïfs couvrant toute la page et dont le graphisme luxuriant illustrait ses textes.


Sa voix rocailleuse de fumeuse invétérée s’étouffait parfois entre deux phrases, mais la vieille dame reprenait stoïquement le fil de sa lecture, en s’excusant.


Elle avait, par la suite, demandé à l’assistance qui voudrait bien la remplacer, car elle avait de plus en plus du mal à reprendre le cours de la narration. Il se trouvait toujours des candidats pour le faire.


Au début le cahier était passé de main en main pour voir les dessins et relire les textes qui avaient enflammé l’imagination de l’assemblée et lorsque la jeune femme du premier étage, que l’on croyait hautaine tant son port de tête et sa démarche étaient altiers, un jour demanda timidement la copie d’un poème qui lui avait fait penser à sa jeunesse, d’autres s’enhardirent et madame Conchita trouva encore plus de plaisir à donner ces textes qu’à les lire. Elle avait enfin un but non dénué d’une pointe de fierté.


Enfin, elle se sentait à nouveau utile… elle existait enfin et comblait sa vie de plein d’autres vies imaginaires, mais qui, pour elle, devenaient réelles ! Et tout cela, grâce à Wattara et à sa présence enjouée et compréhensive.


À suivre…



 
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   strega   
23/7/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Petite pause bien agréable je dirai. Ca pose un peu le décor, les alentours, l'ambiance générale. Bon, je sens que la pauvre Conchita ne va pas tarder à me manquer...

Bon ceci dit, mais que devient la famille de Wattara ??? (m'en vais lire la suite, peut-être que...)


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